‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 65 sur 102 · Le Charivari italien · texte numérisé non relu

Le Charivari italien

FÀRSA

( DELIA SETTIMANA PASSATâ)

L'azione succède uel Palazzo ex-Reale, proprietà di S. M. Vittorio Emmanuele, quaudo sarà anneseo (a).

Garibaldi — non curandosi di quello che fanno e dicono gli altri — lia in un angolo, tracciando sopra una carta geograflca délie linee che partono da Napeli e mettono a Venezi* e a Roma.

Rertani (colonnello) in camicia rossa, con un revolver nelle mani,

— Nicotera, barone del mai (b), — Alessandro Dumas, storlografo di corte e Direttore dei Musei di Napoli (ora dimessosi vclontariamente),

— Ledru-Rollin, — Victor Hugo, — Crispi, — Madama Mario e suo marito, — Sogialtsti riformisti inglesi, russi, wurtemburghesi, ed altri che si eredono originari del raondo délia luna, — Tre ministri in aepetfativa d'esser mandati a spasso, e flnalmente Riccardo Sineo, siedono attorno ad un tavolo.

Il Profeta Mazzini, — approfltàndo délia distrazione o preoccupazïone di Garibaldi, — va plan pfaninb gratlando le parole Vittorio Emmanuele che tengono dietro alla parola Italia, in un nuovo proclama del Dittalore.

(a) Esquisse d'après nature du système qui règne à Naples (et ne gouverne guère).

(?;) Mai. — Proclamation où il a déclaré qu'en mai il dirait : Viva V. Em.

AU MÊME

Turin, 29 octobre 1860.

Cher ami, nous sommes en dehors de la légalité, oui, oui et oui; mais — qui mieux que vous peut le comprendre? — placez-vous sur le terrain non pas piémontais, non pas toscan, non pas napolitain, etc. (je me répète, et je rabâche, pardonnez-moi), mais Italien, et vous serez obligé de reconnaître que nous sommes dans le droit général d'une nation qui, pour rentrer en possession d'ellemême, est précisément obligée de briser tout ce qui était depuis si longtemps Tordre régulier, convenu, sanctionné, déclaré sacro-saint par ses bourreaux. La situation est telle. Il y a une force des choses conséquence d'injustices séculaires plus forte que tous les fils lilliputiens qu'on appelle les conventions diplomatiques. Et puis, — je le répète, — je ne justifie pas et je n'absous pas, j'explique, et je présente les circonstances atténuantes qu'admettra l'histoire.

Merci de ce que vous me dites des journaux français, au sujet de mes quelques paroles. Ou a pris acte de ma déclaration, c'est tout ce qu'il fallait 1 .

1 . On lisait dans la Patrie : « On a beaucoup remarqué dans le monde diplomatique les quelques mots que M. Massimo d'Azeglio a prononcés, au sénat, dans la discussion du 18 octobre.

« Ce discours, où l'ancien gouverneur de Milan adhérait, du reste, à la politique que la force des choses et l'intérêt suprême de l'Italie imposent à Victor-Emmanuel, avait pour but de déclarer à la face de l'Europe que la récompense nationale décrétée par Hertani a la famille de l'assassin Milano était repoussée par la nation avec horreur. M. d'Azeglio s'est exprimé sur ce point, — comme il avait su le fairo au moment du meurtre d'Anviti, — avec l'accent indigné de l'hon-

Je ne crois guère à une attaque de l'Autriche, pour toutes les raisons que vous savez aussi bien que moi ; mais si elle avait lieu même à présent, je n'en serais pas trop effrayé. Jamais je n'ai vu l'esprit public en Italie aussi ferme qu'aujourd'hui. Jamais la volonté de l'indépendance n'a été aussi générale. C'est mieux que de l'enthousiasme, c'est de la résolution. La génération qui surgit a des qualités qui faisaient défaut à la nôtre. Il y a une véritable soif de concorde et de discipline; et. les populations qui étaient les plus énervées, qui répugnaient le plus aux devoirs militaires, fournissent d'excellents soldats. Cette fameuse brigade dont je vous écrivais l'année passée, et que j'avais formée avec toutes ces moustaches grises, la brigade-Bologne, a emporté les deux positions les plus difficiles à Ancônc, au pas de course. Elle avait affaire bel et bien à des Autrichiens déguisés en papalini. L'esprit général de l'armée est excellentissime : le matériel est abondant et parfaitement organisé; nous avons quelques généraux qui montrent de vrais talents militaires, presque tous les officiers ont fait la guerre et connaissent le service de campagne.

Après tout, je sais bien qu'on peut être rossé; mais cela, c'est la guerre; et, en tout cas, ce ne serait qu'à recommencer. Car, quant à reculer et à nous laisser

ne le homme, avec la noble susceptibilité du patriote irréprochable qui ne souffre pas qu'il soit porté atteinte à l'honneur de son pays. Les applaudissements universels ont montré qu'il exprimait les sentiments du sénat tout entier, et par le sénat ceux de l'Italie elle-même. M. d'Azeglio ne pouvait rendre un plus grand service à la cause nationale qu'en la dégageant de toute solidarité avec les folies coupables de quelques hommes qui, si on les eût laissés faire à Naples, eussent Uni par la compromettre. L'Italie sera redevable de beaucoup de manières envers réminent homme d'État. Elle lui devra surtout cet avantage suprême de n'avoir pas été seulement servie, mais honorée, dans toute la force du terme, par cet homme de bien. »

diviser de nouveau, il ne faut pas y songer. Ni le roi, ni Cavour, ni personne ne saurai gouverner avec un pareil programme] et ce serait Mazzini, la république, la sociale, que sais -je?

Du reste, ce n'est pas l'Autriche qui m'inquiète le plus. Je m'effraye plutôt de la difficulté de mettre de l'ordre, d'organiser, surtout le royaume de Naples. Dieu, quel personnel! et que penser de gouvernements qui ont à ce point pourri un peuple? Pour moi, je n'aurais pas voulu cette annexion de sitôt. Mais Dieu me donnera tort, je l'espère.

Quant à mon poumon, il paraît que l'iodure me réussit. N'en ayez pas de souci. J'arriverai encore à voir la Vénétie délivrée, s'il plaît à Dieu.

AU MÊME

Gènes, 27 novembre 1860.

Cher ami, ne me parlez pas de Naples; c'est ma bête noire, et elle devient plus noire tous les jours; c'est à se casser la tête contre les murs. Le roi était maître de la position; et on a créé Garibaldi, avec lequel il faut compter. Gavour avait le parlement dans sa manche, et le parti mazzinien démonétisé; maintenant je l'attends... Et pour le bouquet, les voilà qui veulent monter au Capitoleî! J'avoue que j'avais cru, dans ma simplicité, être délivré définitivement des Grecs et des Romains! Et nous voilà en 4860 faisant de la politique de libretto d'opéra séria et ressuscitant Cola di rietizo! J'aurais envie de faire une brochure de cinquante pages là-dessus. Mais vous comprenez ma position. Est-ce bon de se diviser?

Je me sens tellement de mauvaise humeur, que j'ai

fresque l'espoir de me laisser peut-être alarmer hors de propos; enfin nous sommes lancés, et non c'è rimedio.

AU MÊME

Gêues, 4 janvier 1361.

Mon cher ami, que la nouvelle année vous apporte à vous et aux vôtres tout le bonheur que je vous désire; et vous n'aurez plus rien à demander à Dieu I vous savez si c'est du fond du cœur que je vous dis cela. Ma santé Va tout à lait bien, à condition pourtant d'en avoir quelques soins; et c'est dans ce but que je me suis placé sur le versant sud des Apennins. Toute la question pour moi est d'éviter ou d'abréger les rhumes auxquels j'ai une grande disposition, et pour cela ce climat est le meilleur remède. En un mot il n'y a pas de dérangement grave dans l'organisme; mais, à force de rouler, la machine n'est plus assemblée aussi solidement quelle l'était il y a Vingt ans : c'est en règle.

Vous connaissez ma manière de voir quant à Naples » mais pour bien comprendre cette question, il faut la regarder de plus haut; et elle se réduit alors à une des mille transformations du mazzinisme, qui est la révolution cosmopolite, ou mieux l'Ole^toi, que je m'y mette,*» * parti nombreux sur la face du globe. Le tort de Gavour, à mon sens, «'est de vouloir renchérir sur le» idées, — dïrai-jô les folies , — de ce parti , au lieu de le mettre sous son genou, ce qui ne serait pas difficile; car on aurait pour soi bien des gens qui maintenant disent : Puisque Câvour et le roi font les yeux doux aux mazziniens, ce n'est pas à nous à nous montrer pédants. Au fait, qui est-ce qui y perdra?

Après cela, le parti est très-adroit; il vous administre le raazzinisme dans la proportion qui convient selon les cas : à Naples, par exemple, ce sont les grands moyens qu'on emploie, Dioepopolo, et abbasso quelque chose tous les jours; et puis des démonstrations, des émeutes, etc. A Turin cela n'irait aucunement; il est curieux d'observer le manège plein de réserve du parti chez nous, le soin qu'il prend de son personnel, et son habileté à le mettre " en bonne odeur; par exemple, je le vois toujours prêt, son R*** à la main, le faisant aller, venir, paraître à propos avec force éloges, à peine l'occasion s'en présente. Ce qui est plus extraordinaire, il paraît avoir mis dans ses intérêts le Journal des Débats, qui ne tarit pas dans ses correspondances sur le compte de R*** et sa grande dextérité. Je ne comprends pas qu'on puisse oublier les faits et gestes de cet avocat : son attitude dans l'affaire de la fusion de la Lombardie avec le Piémont, en 1848, et sa lutte sophistique avec le comte Sclopis; ses manœuvres au commencement de 49, son opposition à l'expédition de Toscane de Gioberti ; la campagne de Novare; son refus de la paix avec l'Autriche, qui nous a forcés de dissoudre la chambre et de courir la chance de nouvelles élections en un tel moment , etc.; vous savez si nous l'avons échappée belle alors ! Tout le temps qu'il a passé soit au ministère, soit à la chambre depuis lors, — non ne ha indovinata una, — comme nous disons en italien; mais il est de la bande, et il faut le pousser; ce qui ne serait pas étonnant, de la part des mazziniens, puisqu'il en est une émanation, dans le genre des jésuites en robe courte; mais ce qui a le droit d'étonner de la part des Débats !

Malgré tout cela, le mazzinisme serait impuissant par le nombre, car c'est une minorité, et comme toujours il supplée par l'intrigue et l'audace; mais en haut lieu, on s'imagine être bien fin en s'en servant pour faire pièce à Cavour I

Je vous ai raconté cela il y a longtemps : cette situation est déplorable, et constitue un vrai danger. L'idée m'était venue d'écrire quelque chose à ce sujet, mais comment toucher au nœud de la question ? Et sans cela, à quoi bon?

Adieu, cher ami : espérons dans la Providence et dans la sottise de nos ennemis; et vous, ne vous ennuyez pas de l'Italie, car ce n'est pas sa faute si tout n'est pas fini.

A vous.

P. -S. Avez vous remarqué l'enthousiasme des Débats pour Garibaldi? C'est tout simplement le thème des mazziniens. Garibaldi est sans contredit un homhie hors ligne, comme aventurier , guérillero, partisan, etc. ; de plus c'est un honnête homme. Mais il faudrait qu'on fût persuadé une bonne fois que c'est une nullité absolue comme intelligence, — vous savez, a cœur d'or, tête de buffle; » — et qu'avec son programme de la Vénétie, du Capitole, etc., Gapoue était au moment de l'arranger comme Annibal; et que, sans nous... Garibaldi et les siens ont triomphé tant que personne ne se battait ; pour le reste, on a vidé les caisses, désorganisé tout, et mis la cause italienne dans le plus imminent danger. Et on fait de Garibaldi une espèce de Messie (

AU MÊME

ÇJorence, 6 mars 1861.

Mon cher ami, « Être à la fois politique et honnête ! » vous tracez-là le meilleur et le plus utile des programmes; pensez si je l'approuve et si je l'appelle de tous mes vœux ! Il y a quelques mois, je vous écrivis certaine lettre qui doit vous avoir paru bien explicite pour un

n« CORRESPONDANCE POLITIQUE

ancien diplomate. Si elle n'avait pas été adressée à un ami tel que vous, elle aurait été même fort risquée; enfin je m'y suis dégonflé et vous savez ce que je vous ai dit alors. Je n'ai rien à ajouter, sinon qu'il est impossible de se trouver mêlé à tout ce monde- là. Il faut donc faire, ce que du reste nous sommes obligés de faire tous les jours, manger le dîner et ne pas aider à la cuisine.

Quant à l'Italie, je reconnais qu'elle s'est faite comme jamais rien de ce genre n'a été fait au monde; mais je pense qu'elle restera, et qu'après Dieu sait combien de tiraillements intérieurs, elle prendra son assiette. Dans la précipitation de cette œuvre il faut voir, non pas le fait isolé, mais l'ensemble; et, dans cet ensemble, la preuve que tout le travail existait et était achevé depuis long-temps. Je suis convaincu que là est la vérité.

Maintenant c'est l'affaire de Rome qui chauffe. Nous disons : La più dura a scorticare è sempre la coda... Ah ! Rome, Rome! Mon cher ami, quand je pense à ce que Pie IX a été, à ce que nous avons travaillé à faire de lui, à ce qu'il pouvait devenir pour lui-même, pour la papauté, pour l'Italie, pour le monde!... Et maintenant! Enfin, il faut conclure de ce qui est arrivé que Dieu n'a pas veulu le maintien du temporel, qu'il voulait le châtiment de tous ces pouvoirs oublieux de leur origine et de leur mission; qu'il voulait l'unité de l'Italie; qu'il voulait, en somme, toute autre chose que ce à quoi pensait la prévoyance humaine.

Mais maintenant quelle peut être la solution ? Vous savez ma manière de penser là-dessus : au lieu de vous la développer avec les nouvelles applications qu'elle exige depuis les discours de vos chambres, samedi je vous expédierai une brochure qui paraîtra ce jour-là, et pour laquelle vous pourrez me chanter un Requiem si vous le voulez bien, car je vais être lapidé! Imaginez que je fais la sottise de prêcher contre la capitale à Rome

DE M. D'AZEGLIO. i?9

au moment de ce cri général qui nous convie au Capitule, à l'effet d'y recommencer je ne sais laquelle des grandes ères, peut-être celle de Cola ai Rienzo. Enfin, comme je ne désire rien et ne demande rien à personne, je dis ce que je crois vrai; et après, qu'on s'arrange!

Je vous enverrai deux exemplaires 1 , et j'aurais l'am- Lition de les faire arriver à l'Empereur et au prince.

Veuillez me mettre aux pieds, — style directoire, — de madame Rendu, qui ne nous pardonnera pas, je le crains, tous nos méfaits; plaidez pour nous et surtout pour moi.

Tout à vous.

P.-S. Un de mes anciens amis, député, arrive de Turin; il me dit que le groupe contraire à la capitale à Home y prend courage. Il faudrait qu'on aidât chez vous en mettant franchement la question sur le tapis. Je ne m'explique pas comment on admet en France avec tant de résignation, dans certains journaux, cette idée toute mazzinienne : le zèle irreligieux peut pousser à de grandes sottises. Il serait important de la discuter, au moins pour les catholiques comme pour les Italiens; si on s'en donne la peine, on l'emportera. Il faut surtout rompre la glace, et mettre du cœur au ventre à ceux qui craignent les mazziniens et ne veulent pas compromettre leur quieto vivere.

AU MÊME

Florence, 24 mars 1561.

Mon cher ami, je ne vous ai envoyé que trois exemplaires par modestie; mais puisque vous m'encouragez, en

Page 1