‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 64 sur 102 · Mort de M. Ambroise Rendu, 12 mars · texte numérisé non relu

Mort de M. Ambroise Rendu, 12 mars

DE M. D'AKEGLÎO. 1S9

Dieu nous en garde dans sa miséricorde! Ce serait un triste élément, et il y en a déjà d'assez disparates dans tout ce bolus.

Je n'ai jamais cru beaucoup à l'excommunication, et j'espère encore, pour Rome, qu'elle hésitera devant cette ultima ratio qui n'aurait que la valeur que lui donnerait l'opinion. Et alors... quelle faute!... Dans ma province ou à peu près, on a eu quatorze cents signatures de prêtres en faveur de la politique des annexions; je les ai envoyées au roi. Quant à la population, ne croyez pas qu'elle fût émue de l'excommunication, si elle arrivait 1 . Les masses, sans doute, sont ici assez religieuses; mais tous les jours plus nettement on sépare les deux domaines, et les Italiens plus que d'autres y sont habitués :

Di oggimai... Vous savez.

Pendant les fêtes de l'annexion, j'ai eu sur les bras les dames du Sacré-Cœur. Elles avaient illuminé pour les Tedeschi; et, à l'occasion de la venue de l'Empereur d'Autriche, elles avaient voulu le faire haranguer par des fillettes piémontaises qui s'y étaient bravement refusées. Maintenant, elles ont fermé leurs volets sans vouloir illuminer. Le peuple souverain a cassé leurs vitres. J'ai été personnellement leur exprimer ma douleur d'un pareil excès, et leur promettre aide et assistance. Malgré cinq carabiniers que je leur avais donnés, le soir suivant, une bande d' ' Italianissimi a passé, et deux malheureux cailloux ont encore fait voler les vitres d'une croisée. Deux coupables ont été arrêtés; mais le lendemain, la supérieure m'a écrit pour me déclarer qu'elle regardait la ville de Milan comme tout à fait inhabitable. Je lui ai répondu que, ne pouvant partager cette opinion, je me bornais à la respecter. Et voilà comme quoi les dames du Sacré-Cœur nous imposent le regret de leur absence.

! . La bulle d'excommunication était donnée à Rome le jour même où cette lettre était écrite, 26 mars 1300.

i60 CORRESPONDANCE POLITIQUE

AU MÊME

Milan, 21 avril 1860.

Mon cher ami, je suis en retard avec vous; car ces jours-ci, j'ai eu une véritable avalanche de seccatôre.

Eh bien, et M. de Mérode ministre de la guerre t Et Lamoricière générait Général du pouvoir temporel, lui qui, en 1849, votait, si je ne me trompe, contre la restauration du pape par le président! Qui veut-on que cela trompe?

Tout le monde sait parfaitement, en Italie, quelle conspiration politique préside à cette croisade religieuse. Lamoricière, qui est fort léger, parle à droite et à gauche; on sait par lui ce qu'il a dit et fait dans les derniers temps, et tout ce qui est concerté avec Vienne et Naples. Orléanistes et légitimistes ont, à l'heure qu'il est, la main dans les affaires romaines; ils font dire partout : « L'Empire va crouler; tout va rentrer dans l'ordre... » Et en attendant... je ne sais trop quoi, on concentre dans les États romains Irlandais, Suisses, Autrichiens déguisés, légitimistes français, pour la défense ou pour l'attaque, selon le cas. L'Empereur sait tout cela, j'imagine; à lui d'aviser.

Une coalition de tous les vaincus politiques contre l'Empire, à propos et sous prétexte de la question romaine; un rendez- vous général de tous les arrabbiati du globe qui font du Vatican leur Gibraltar, voilà où ont abouti tous les efforts des catholiques honnêtes pour sauver la papauté et le sentiment religieux. Heureusement Naples manque à l'appel. Sans cela, il aurait bien pu arriver que Cialdini dût s'en mêler. Une guerre entre

WPP

DE M. D'AZEGLÎO. ICI

Italiens ! cela me donne la chair de poule, rien que d'y penser.

Mon Dieu ! dans la croisade qui s'organise, il y aura çà et là, sans aucun doute, des gens de bonne foi. Si Von arrive aux coups, quelques-unes de vos recrues épiscopales croiront sincèrement « cueillir la paljne du martyre, » et tout homme de cœur devra respecter des gens qui se feraient tuer; mais, en réalité, ils n'auront servi que des intérêts, et ne seront parvenus qu'à exciter jusqu'à la rage la haine que porte au système politico-ecclésiastique toute la population de l'Italie centrale. — Hélas \ hélas! dans tout cela où est l'Évangile?

Ici, le clergé s'est parfaitement conduit. Nous avons traversé sans secousse l'annexion, l'excommunication, le carême et le temps pascal. Franchement, prêtres et laïques se sont entendus, et l'on ne s'occupe plus de ce qu'on dit ailleurs. Voilà ce que Rome aura gagné.

Que sortira-t-il, en définitive, de tout ceci? A la grâce de Dieu!

P. S. Dans les correspondances de certains journaux français, on donne de l'importance à R*** comme homme d'État. On le représente comme le rival de Gavour. Il l'est, oui. Mais sur quel terrain? Il y a ici un des phrè graves dangers pour l'Italie. Je vous en dirai plus long une autre fois.

AU MÊME

Milan, 15 mai 1860.

Mon cher ami, je comprends votre étonnement de tout ce qui se passe à Turin en ce moment. On ne saurait se ^expliquer, ne connaissant pas le dessous des cartes. Je vais tâcher de vous le montrer autant que cela se peut.

La camarilla présidée par ***, comme disait le grand

Frédéric, a pour âme damnée R"* et le protège, comme de raison, à cause de services passés et futurs.

Cette honorable association mine Cavour par des moyens qui ne s'arrêtent devant aucun scrupule. La proclamation de Garibaldi disant que le roi est entouré de conseillers peureux, — Cavour peureux l — * c'est de la cuisine de R"*\ L'aventure de ce vrai héros, et non y moins grand niais, est en partie destinée à placer Cavour dans une position intolérable. Effectivement» ou se mettre hors la loi publique, ou avoir contre soi Garibaldi et tous ceux qui s'en servent comme d'une marionnette ! Voilà ce que c'est que de pousser trop loin l'éclectisme en matière de partis. La triste chose que la vue des coulisse* ! C'est à en pleurer de rage !

Quant à moi, comme j'ai une réputation d'honnête homme à conserver, je fais à Milan ma politique à moi; j'ai refusé les fusils à Garibaldi, destitué un syndic qui publiait des invitations à l'enrôlement pour la Sicile, et j'ai notifié aux ltalianissimi que, selon mon opinion, on pouvait déclarer la guerre à Naples, mais non pas y avoir un représentant et envoyer des fusils aux Siciliens. Le jour où ma politique ne sera plus agréée, je dirai bon* jour à mes ministres et à mes fidèles Milanais,

J'ai vu avec grand plaisir qu'on a dit dans un journal, —peut-être le Nord, — que j'avais refusé des fonds pour l'expédition. C'est des fusils qu'il fallait dire; mais la signification reste la même; L'important pour moi, c'est qu'on ne croie pas que je vais k la dérive. Je deviens la bête noire de tout ce parti, comme de raison, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

Notre position en général est grave; l'affaire de Sicile arrivé hors de propos. On voit bien le plan du parti avancé, — républicain, «— qui se sent gêné par l'élément piémontats. Pousser au plus d'annexions possibles, poui» que le Piémont disparaisse dans ce grand assemblage

désordonné. Déjà à présent on a toutes les peines du monde à mettre un peu d'ordre. Que serait-c.e si nous avions la Sicile, la Galabre, l'Ombrie, et quoi encore sur les bras?

Notre armée est dédoublée, remplie d'éléments nouveaux, et elle aurait au moin& besoin d'un an de bonne et sévère formation; donc, il est heureux que l'Autriche soit muselée.

Comme vous vojez, tout cela réuni est sérieux; mais avec de la fermeté, on se tire de tout. Seulement, il faudrait qu'elle commençât par le commencement, c'est-àdire par en haut. Basta ! fais ton devoir, et que Dieu fasse le reste !

. Je n'ai jamais été l'approbateur aveugle de Cavour, comme vous savez; mais, à mon sens, c'est le seul homme qui ait chance de pouvoir sauver la barque, i/'hfj Impossible de savoir comment tourneront les événements; l'imprévu nous mène, et mène, je crois, tout le monde en Europe. Chaque évolution nouvelle de notre politique ouvre une perspective qu on ne soupçonnait pas; et je ne m'étonnerais point qu'on attribuât plus tard à des calculs machiavéliques et à des combinaisons profondes bien des faits et des solutions que ceux qui en paraissent les auteurs n'auraient jamais crus possibles. Que voulez-vous ? tout était factice en Italie depuis quarante ans; le mouvement de détente violente de ressorts, si long temps comprimés, amène des résultats qui déconcertent toutes les prévisions.

Ce qui se passe à Rome est toujours la grosse affaire en regard des événements de Sicile. Je ne crois pas, j'espère n'avoir pas à croire à des menaces sérieuses qui auraient été faites à Lamoricière ; non pas que les mazziniens n'en soient bien capables, mais ces bruits-là sont, la plupart du temps, inventions des partis extrêmes qui échangent réciproquement des aménités sous forme

d'accusations d'assassinat. — Le poignard ! grand Dieu ! a-t-il déjà assez fait de mal à l'Italie ? (Les histoires des pays voisins sont, du reste, sous ce rapport, tout aussi riches que la nôtre;) et, à part l'infamie du fait, quelle manière plus sûre de tuer moralement son pays que ces recours au sang?

Après cela, je ne vous cacherai pas que dans les États romains, où la rage est l'état normal de tout le monde, on est aujourd'hui plus monté que jamais. Vous avez beau me dire tout ce que vous suggère une pensée élevée, me parler du dévouement sincère de tel et tel ; je vous le disais dernièrement : Les Italiens ne verront jamais dans ce rendez-vous donné à Rome qu'une conspiration politique contre le mouvement qui les entraîne. Si honorable que puisse être tel ou tel Français qui va ts'enrôler au service du pape, la masse ne sera jamais pour nous qu'une nuée d'aventuriers venant s'abattre, des quatre points cardinaux, sur un malheureux pays, incessamment foulé, humilié, avili par des armées étrangères, sous prétexte de zèle religieux. — Eh bien, c'est vrai, nous sommes las de ces tortures ; et nous éprouvons, contre le système qui nous les inflige, de ces frémissements du patriotisme dont la papauté, dans l'ordre spirituel et vraiment religieux, ne soupçonne apparemment pas les effets. — Et pourtant!... que faut-il pour lui faire ouvrir les yeux ? Dante ! Tenez, je finis, car sur ce chapitre là...

Sur ce, je vous embrasse.

AU MÊME

Milan, 31 mai 1860.

Cher ami, voici l'affaire de la Savoie terminée dans

nos éhambres, et lé R*** a vécu t Le débat sur le traité * a été pour lui un échec complet, quoiqu'il ait fait flèche de tout bois, comme vous aurez vu, si vous avez suivi la discussion. Cet homme a eu le front — et l'immense maladresse — de vouloir se disculper, et de mêler le nom du roi à une pareille apologie. Il a prononcé quelques phrases avec cette voix vibrante qui enlève toujours quelques bravos comme le si di petto des ténors; mais je vous laisse juger quelle a été l'impression des gens sensés. Le roi est furieux, et je vois par là que le charme peut être rompu : Dieu en soit loué !

Pour ce qui est de la chambre, les votants avec R*** ne sont que 93 ! On peut venir à bout d'une pareille armée, et j'espère que nous pourrons bientôt dire : Parce sepulto.

1. Traité du 24 mars, pour la réunion de la Savoie et de Nice à la France.

L'empereur, recevant la députalion présidée par le comte Greyfié de Bellecombe, avait dit :

« Je vous remercie des sentiments que vous venez de m'exprimer, et je vous reçois avec plaisir. Le roi de Sardaigne ayant accédé au principe de la réunion de la Savoie et du comté de Nice à la France, je puis, sans manquer à aucun devoir international , vous témoigner ma sympathie et agréer l'expression de vos vœux. Les circonstances dans lesquelles se produit celte rectification de frontières sont si exceptionnelles que tout en répondant à des intérêts légitimes, elles ne blessent aucun principe et par conséquent n'établissent aucun précédent dangereux.

« En effet, ce n'est ni par la conquête ni par l'insurrection que la Savoie et Nice seront réunies a la France, mais par le libre consentement du souverain légitime appuyé de l'adhésion populaire. Aussi, tout ce qui en Europe ne cède pas à un esprit d'antagonisme d'une autre époque, regarde comme naturelle et équitable cette adjonction de territoire. L'accueil fait aux communications adressées par mon gouvernement aux puissances représentées au congrès de Vienne autorise, pour la plupart d'entre elles, la juste espérance d'un examen favorable. »

Ce qui e»t loin d'être enterré, c'est le parti mazzi~ nien, rouge, etc., etc. J'ai toujours cru et dit qu'on s'en était trop servi, ces temps passés. Car enfin, la guerre, ce sont les armées qui l'ont faite ; et les -annexions, nous les devons aux ducs et archiducs et non pas s aux mazziniens; maintenant, pourtant, il faut compter avec eux, et sous le nom de Garibaldi on fait passer bien des choses. On enrôle pour les Etats du pape en disant que c'est pour la Sicile. On fait des quêtes dont le produit sert à nombre d'usages : aux fusils pour Garibaldi, à pousser nos soldats à la désertion, à solder des grèves d'ouvriers, etc., etc. On a arrêté quelques meneurs : le fameux Zambianchi, qui septembrisait au petit pied à San-Grisogono en 49; Fumagalli, et qui sais-je? On parle d'un procès qui compromettrait des gens qui se tiennent dans l'ombre. M. B***, député dont vous avez pu admirer le génie, serait du nombre. Comme vous voyez, c'est toujours la même chose ; que le monde périsse, pourvu que leur république arrive.

Heureusement que M. de Cavour paraî.t décidé h, ne pas y aller de main-morte. Et moi I , . . jugez. Tout à vous.

Cannero, 4 juillet 1*60.

Mon cher ami, que dites-vous de cette date? Cannero î... ah ! Cannero !... N'allez pas croire pourtant que j'aie déserté. Je me suis donné tout simplement huit jours d'isolement pour tâcher de me reconnaître au milieu de tout ce feu d'artifice qui s'appelle la politique du jour.. Je savais bien que le monde faisait peau neuve; mais de quel t rain il y va ! François de Napïes donne sa

PB M, D'AZEGMÛ. JG7

constitution ; h Vienne on s'y prépare, Je serais curieux de savoir si tout ee monde-là peut se regarder sans rire : on ne doit guère en ,avoir envie pourtant.

Et nous autres, avec notre représentant à Naples, traitant d'une alliance — offensive bien plus que défensive, — et envoyant tous les jours des convois en Sicile; et. les garibaldiens chantant ViUorio [re provvisorio) au bénéfice de la république ! Mais c'est qu'on ment aujourd'hui comme on n'a jamais menti ! Il est vrai de dire que tous ces mensonges ne trompent personne. C'est absolument comme si on disait la vérité. Mais c'est un étrange pastieieeio; que faire au milieu de tout ceci 1 ? Attendre, et s'en remettre à Dieu qui sait tirer les moissons de la pourriture.

Bomba et Garibaldi ont fait oublier Rome. Qu'y devient-on? P*** m'écrit sur sa nouvelle paternité; — C'est toujours avec un nouveau plaisir, — mais de politique, ce seul mot : Qui, tutto al solito.

Non ; je n'aime pas ces arrestations d'évêques qu'on fait chez nous. D'ailleurs, pas de martyrs I ça ne mène à rien. 8i on y allait comme avec saint Barthélémy ou saint Laurent, cela donnerait à réfléchir; mais l'exemple du cardinal Corsi n'effrayera personne. Je m'en tiens à ma méthode. Je fais excellent ménage avec mes abbés lombards; s'ils ne veulent pas chanter Domine salvum fac regem Victorium, eh bien , il se sauvera sans eux, ce qui fait que presque tous le chantent. Je n'ai eu qu'un prêtre en province dont il ait fallu s'occuper; mais son cas constituait un délit : c'est le tribunal qui a jugé.

Après-demain, je rentre à mes foyers, oti j'ai trouvé une occupation qui vaut mieux que la haute politique. Je m'occupe en détail des hoghi pii (j'en ai 800 dans mon gouvernement), et je trouve beaucoup à faire. Que d'abus à corriger, que de larmes à sécher, si on veut s'en donner la peine! Condamné à tant d'incertitudes,

cela repose l'esprit et le cœur. Ici du moins on ne saurait se méprendre; faire du bien à quelqu'un, c'est une bonne chose, à coup sûr.

AU MÊME

Cannero, 22 septembre 1860.

Mon cher ami, vous aurez vu que je ne suis plus à Milan. C'est pour cause de santé ; laquelle n'est pas un prétexte, car j'ai un de mes poumons qui commence à souffler de travers. Mais comme, Dieu merci, j'en ai un autre, j'aurais probablement remis à plus tard ce souci-là, sans une autre raison que je me reprocherais de cacher à un ami tel que vous.

J'admets que dans notre position il faille peut-être s'écarter de certaines règles; ainsi je ne condamne ni ne juge personne, mais je me réserve le droit de me juger moi-même. L'affaire des enrôlements ne faisait pas mon compte; je devenais le jouet des agents mazziniens, et je me suis dit : En voilà assez. Je suis payé pour connaître ce monde-là, et je ne me laisse pas prendre à leurs conversions. Aussi, vous voyez ce qui arrive à Naples. On a fini par ouvrir les yeux en haut lieu; de là, la manifestation de M. de Cavour et l'entrée de nos troupes, dont le nombre prouve qu'elles n'en veulent pas exclusivement aux Autrichiens et aux Bavarois du cardinal Antonelli. Mais ma démission était antérieure à ces faits.

Je profite de ce répit pour faire une reprise à mon poumon, que je remplis de la vapeur qui s'exhale de î'iodurate de potasse et de l'acide sulfurique mêlés ensemble.

Après cela, n'allez pas croire que je compose mon épi-

taphe. Non, ventrebleu! j'entends voir comment tout cela finit, et peut-être y donner un dernier coup de collier. Du reste, il était discutable si on devait ou non laisser partir Garibaldi (pour moi, c'était non); mais au point où nous en sommes, il n'y avait plus qu'à le suivre au Quirinal et au delà du Mincio, ou à lui barrer le chemin, et c'est ce qu'on a fait, fort à propos, à mon sens. C'est un peu l'expédition Gioberti en Toscane que j'approuvais entièrement.

AU MÊME

Turin, 4 octobre 1860.

Cher ami, je comprends votre irritation au sujet de tout ce qui vient de se passer et de l'entrée de nos troupes sur les terres du Patrimoine; mais tout en entrant dans votre pensée, et sans assumer à mon compte tous ces faits, permettez- moi une simple observation.

A part les questions qui se trouvent naturellement soulevées, — il ne s'agit pas ici de terres, ni d'immeubles, mais d'un peuple qui s'appartient à lui, et à personne autre, qui a son droit propre comme tous les autres peuples; il n'est plus question aujourd'hui, à la suite de ces prodigieux événements que nul ne prévoyait et qui nous éblouissent, du Piémont, de la Toscane, de Naples, des États romains, mais de I'Italie; — à part tout cela, je dis comme conclusion : Quand on a foulé aux pieds une nation pendant des siècles; quand rois, gouvernements, peuples voisins, soit par la ruse, soil à main armée, se sont constamment réunis contre elle pour l'exploiter à leur profit, pour la diviser, la partager, la vendre, la revendre, la torturer, l'anéantir, peut-on

s'attendre qu'au jour de Bon réveil elle respectera l$s lois, les pactes, les traités qu'on a faits sans la consulter et dans le but de la rayer du nombre des nations? Si on sème le vent, on récolte la tempête.

Après tout cela, vous ipe connaissez assez pour savoir que mon opinion est que, même pour l'Italie, tout p'est pas permis. Aussi jç tâche d'expliquer, mais je ne pré* tends pas tout absoudre.

Mais tous les doubles jeux ne se font pas seulement ep Italie! — Mauvaise raison, me direz-vous." — Soit! mais /explique... Enfin, et après tout, c'est Dieu qui conduit tout cela; et voyez : nous faisons une sottise, voilà nos ennemis qui en font vingt pour que la nôtre disparaisse. Et puis, nous avons des bonheurs qui tiennent du miracle. Exemple": Persano me dit qu'une bombe a éclaté à son bord dans le magasin des obus Paixhans chargés, et il n'a pas sauté! ! Il y en aurait bien d'autres.

A une autre fois.

AU MÊME

Turin, 1& octobre 1860,

Cher ami, un mot à la hâte pour vous dire qu'avant^ hier, au sénat, j'ai prononcé quelques paroles pour avoir un prétexte de déclarer que la récompense nationale décrétée par Bertani à l'assassin Milano est repoussée avec indignation par la nation, ce qui est, Dieu merci! exact.

Comme le froid précoce m'avait pris à la gorge, j'ai été obligé de faire lire par mon collègue et ami le comte de Cambray-Digny ce peu de mots. J'avais tenté de faire dire quelque chose d'analogue à la chambre; cela aurait

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eu plus de valeur; mais, grâce aux étiquettes parlementaires, fiasco.

Il me semblait un peu bien sévère que pas une voix ne s'élevât à ce sujet. Plus que jamais nous avons besoin de faire connaître à l'Europe que nous ne faisons pas fi des sentiments honnêtes, — en masse.

De Naples, rien d'important- Toujours l'anarchie — bénigne heureusement, Après le triomphe parlementaire, et avec vingt-cinq mille hommes sur les lieux, si le ministère n'en finit pas d'un coup avec la révolution cosmopolite, — ma foi, il sera difficile de rien comprendre à ce qui se fait.

Adieu, cher ami, vous aurez reçu le Fischietto 1 , c'est une étude dal vero.

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