V Abandon de Borne, brochure publiée dans la France
2. l'Italie et Vempire d'Allemagne, étude lue à l'Académie des sciences morales et politiques, en décembre 1858.
3. «Ce que la nature des choses indique, c'est une grande fédération entre deux États considérables, l'Italie du Nord et l'Italie du Midi. Entre ces deux États s'élève une puissance qui est admirablement placée pour les unir, sans que l'un soit subordonnée l'autre : c'est la papauté, dominant moralement cette fédération, et faisant ainsi réellement de Rome la capitale de l'Italie, en lui conservant ce caractère exceptionnel, qui fait d'elle la capitale du monde chrétien.
« C'est la pensée de Villafranca, ramenée à son application pra-
Pour défaire l'Italie acluelle, il faudrait ou une révolte en masse des Napolitains, demandant leur autonomie: or, les Napolitains ont toujours été à ceux qui les ont pris, et n'ont jamais réclamé sérieusement aucun droit; ou bien il faudrait une décision d'un Congrès européen. Si un congrès entreprenait de défaire l'Italie, qui se chargerait de l'exécution de l'arrêt? Car il y aurait de Turin à Messine un grand parti, celui qu'on appellerait le parti de la dignité nationale, qui se lèverait pour la défense de
tique, modifiée par les événements qui se sont produits et dont il est impossible de ne pas tenir compte; c'est l'union qui doit précéder l'unité, selon l'expression de l'Empereur lui-même; et c'est véritablement l'unité, la seule sérieuse, la seule réelle, la seule conforme au génie de l'Italie.
u Au nord, une grande monarchie, digne de la gloire de la maison de Savoie, transportant sa capitale à Florencr, et attendant un jour la Vénélie, c'est-à-dire la domination de l'Adriatique et le rempart formidable du quadrilatère.
« Au midi, Naples, avec les Deux-Siciles, une des premières capitales du monde, une baie magnifique, une étendue immense de côtes, ajant à ses pieds la Méditerranée, qui ouvre à son commerce, à son activité, des routes sûres et faciles vers l'occident et le levant.
« Au milieu, Rome, ville neutre, asile inviolable de la plus haute puissance morale de ce monde, centre glorieux de toutes les aspirations nationales de l'Italie, au-dessus desquelles s'élève, non pas comme un maître, mais comme un arbitre, le représentant auguste de l'autorité divine.
« Voilà ce qui convient à l'Italie! Ce n'est pas là une création arbitraire : c'est l'empreinte de la nature d'un peuple, dans l'organisation politique qui doit s'adapter lidèlement à sa constitution territoriale et morale. Dans ce plan, calqué sur l'histoire et le sol de la Péninsule, rien n'est forcé ni contraint : les limites s'établissent d'ellesmêmes; les autonomies subsistent où elles ont été constituées par des intérêts permanents; les innovations transforment sans détruire, le progrès découle de la tradition, et les éléments de la nationalité italienne se rapprochent, s'assemblent, s'unissent par le lien fédéralif et se prêtent une force respective, au lieu de se paralyser et de s'anéantir par l'antagonisme, dans la dictature de l'unité. >»
l'unité, armata manu. Et, vous le pensez bien, j'en serais) car comment subir sans mot dire une pareille humiliation?
Ah! Gavour, Cavour! comme vous dites souvent; et vous avez raison.
Ainsi, je n'aperçois aucun moyen de scinder de nouveau l'Italie en deux morceaux. Qui sait, pourtant!... Si Ton trouvait le moyen de faire annexer au Nord la Vénétie, peut-être pourrait-on négocier... Mais tout cela est peu ou point possible.
Après tout, je trouve assez étrange les frayeurs que Ton a de la puissance future de l'Italie. C'est assurément flatteur pour nous, mais c'est aussi fort modeste pour vous. D'ailleurs, il y a quelque chose de peu conforme aux bonnes idées, dans cette théorie naïvement avouée, qu'il est tout simple d'empêcher son voisin de bien faire ses affaires quand on croit ce procédé utile à son propre intérêt. D'abord, je crois que la théorie est fausse en principe; ensuite, je pense qu'il est peu adroit et peu séant, etc., de l'exposer. Ai-je tort?
Et puis quel intérêt aura jamais l'Italie qui soit contraire aux intérêts de la France ? Tout cela , c'est de la vieille politique. Ce n'est pas de la politique s'inspirant de l'état nouveau du monde ; la politique des chemins de fer, des télégraphes électriques, des traités de commerce, des expositions universelles, de l'enseignement international ; la politique de la solidarité des idées et des intérêts, la seule juste, la seule vraie, la seule chrétienne. Il est peu probable qu'il y ait jamais plus ni de César pour assiéger Alésia , ni de Louis XIV pour bombarder Gênes. L'intérêt français entendu comme cela ressemblerait assez à l'intérêt allemand de saint Paul. Ces intérêtslà, c'est la guerre, à peine on peut la faire; et le problème actuel n'est pas de charger des mines pour faire sauter la postérité.
Pour ce qui est de Rome , je n'ai pas bien compris la part de souveraineté que M. de La Guéronnière veut réserver au pape 1 . Sur cela, la connaissance que j'ai de l'Italie et de Rome en particulier ont produit chez moi, vous le savez depuis longtemps, des convictions arrêtées. Je ne comprends autre chose que la souveraineté nominale dont nous avons parlé tant de fois. D'ailleurs, l'arrangement de M. de La Guéronnière devrait-il se faire avec ou malgré le pape? On ne saurait espérer le premier cas; et, quant au second, un congrès voudrait-il en assumer la responsabilité?
Le fait est que, de quelque manière qu'on s'y prenne, tout cela est terriblement difficile, surtout si l'on a des impatiences. Car le temps, — ce cher temps, — quel défaiseur d'embarras! Je m'étonne que M. de La Guéronnière ait négligé tout un côté de la question. Il paraît sous-entendre toujours que Rome est bien réellement la Capitale, que les Italiens en masse ne soupirent qu'après