‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 82 sur 102 · A MADAME EUGÈNE RENDU · texte numérisé non relu

A MADAME EUGÈNE RENDU

9 janvier 1863.

Madame, je suis heureux que vous estimiez mon travail mille fois au delà de ce qu'il vaut. C'est la preuve que vous le voyez à travers le prisme de l'amitié; et pour moi cela passe avant tout.

Dans votre lettre tout aimable, je trouve surtout un mot charmant, qui me laisse entrevoir dans l'avenir un horizon auquel j'aurais difficilement eu l'ambition d'aspirer : se pourrait-il que Cannera eût un jour à faire feu de ses deux petits canons pour célébrer votre arrivée !

256 CORRRESPONDANCB POLITIQUE

Faites cela cet été, je vous en prie; et, à force de voir combien vous m'aurez fait plaisir, vous serez vous-même enchantée de tout.

A la manière dont tout a tourné pour moi, je ne vis plus que de la bienveillance des personnes que j'affectionne : permettez-moi de croire que, grâce à Eugène et à vous, chère dame, je pourrai presque atteindre l'âge des patriarches.

A MONSIEUR EUGÈNE RENDU

Turin, 23 janvier 1863.

Cher ami, que M. de Montalembert pare celle-là! Je vous assure que votre lettre * me semble un vrai chef-

1. On croit utile de reproduire cette lettre, en retranchant toutefois ce qui n'a pas trait aux idées générales. En présence des grandes questions qui en sont l'objet, une mesquine querelle de personnes ne peut même pas être rappelée.

On lisait dans cette lettre :

« Mais laissons là, Monsieur, un genre de discussion qui de-

Tiendrait , en se prolongeant , indigne de vous comme de moi , et venons à celui de vos griefs qui touche à une grave et décisive question, à celle précisément que j'ai entendu soulever dans la Souveraineté pontificale et l'Italie, et qui peut , à bon droit , passionner des intelligences telles que la vôtre, parce qu'elle a trait aux plus grands intérêts politiques et religieux; parce que la solution, s'il nous était donné de l'obtenir, serait aussi la fin de l'antagonisme fatal qui met aux prises, dans une sorte de champ clos, la Papauté et l'Italie.

« Sur qui retombe la responsabilité de tout ou (si vous voulez que nous soyons d'accord) de presque tout ce qui s'est passé en Italie depuis 1849? Ici, je ne conteste plus vos griefs, je les accepte, je m'en fais gloire ; et, au nom de convictions de vieille date et depuis longtemps déclarées, je réponds hardiment :

« Cette responsabilité retombe sur les hommes du parti religieux qui ont faussé, en 1849, les conditions politiques de la restauration du

(Tœuvrepar la puissance, le style, la convenance. Vous devez être satisfait de ces colères-là : Stridi^ dunque t'ho colto, disons-nous en Italie.

En lisant dans la Revue des Deux-Mondes du 15 courant le premier article sur l'Allemagne de M. Klaczko, j'ai éprouvé un mécompte : je ne me croyais plus si sensible;

gouvernement pontifical, sur le parti dont vous avez été, Monsieur le comte, — votre gloire même ne vous permet pas de vous soustraire à cet éloge, — l'éclatante personnification.

« Ce n'est pas sans des motifs impérieux que j'ai repris la question au moment où votre rôle a été prépondérant et décisif; c'est parce que tout part, en Italie, de 1847 ou de 1849, ces deux courants dont l'un condamne l'autre. Le pouvoir temporel, sous la forme où l'entend l'immense et docile majorité des catholiques, le pouvoir temporel, sous cette forme, pouvait-il vivre et vivait-il réellement lors de l'avènement de Pie IX? La première année du règne de l'auguste pontife n'avaitelle pas été l'aveu irrécusable de la nécessité où l'on était non-seulement de réformer ce pouvoir, mais de le transformer? Donc , le parti mazzinien une fois vaincu à Rome , en 1849, devait-on rétablir ce pouvoir tel qu'il est aujourd'hui, et fallait-il épuiser, dans un but chimérique, toutes les forces morales, politiques et sociales du catholicisme?

« Si oui, vous avez eu raison en 1849; M. Veuillot a eu avec vous et a encore raison ; le Monde a raison ; et vous avez tort , permettezmoi de vous le dire, Monsieur, d'essayer de désavouer vos conseils d'alors. Et, de plus, il est contradictoire de demander au Pape des réformes qui, si elles ont un caractère, politique, sont la négation directe d'un mode de gouvernement reconnu nécessaire. — Si non, les catholiques, il faut bien le reconnaître, ont été jetés, il y a treize ans , dans une voie fausse, fatale, aboutissant nécessairement à la ruine; si non, les principes proclamés par le parti dont vous étiez le chef en 1849 , principes qui se résument dans la négation des droits politiques des populations romaines, et qui sont, d'ailleurs, en contradiction, — je l'ai prouvé , — avec toutes les vieilles traditions du pouvoir temporel , ces principes écrasent le présent et menacent l'avenir; ils nous maîtrisent, nous barrent la route, nous ferment toute issue ; par eux , une lutte inexpiable fait de la mort de l'Italie la condition de l'existence de la Papauté; avec eux, sous leur étreinte, rien de possible à Rome, aujourd'hui, demain, toujours!

dites-moi si j'ai tort. L'auteur, en comparant la conduite de la Prusse à celle du Piémont en 49. dit qu'après la bataille de Novare, M. de Cavour sauva le statuto, la couronne, l'Italie, etc., etc., tandis que ce ne fut que trois ans et demi après que le pays, archi-sauvé, Dieu merci ! fut placé entre ses mains! N'est-ce pas un peu l'histoire de la vigne de Naboth?

« J'avais, en 1849, annoncé, au nom des principes seuls, et sans Bavoir quels seraient les faits, instruments de la force des choses, la ruine de la formé du gouvernement que vous et vos amis vous appliquiez à restaurer. J'ai donc le droit de m'en prendre aujourd'hui à ces principes de l'œuvre de mort si douloureusement accomplie; les faits qui se sont produits, les faits que je condamne comme vous (invasion des Marches, etc. ) sont vis-à-vis d'eux dans le rapport de l'effet à la cause. Je les laisse à qui veut s'acharner contre eux ; ils ne sont bons qu'à devenir matière à plaidoiries , qu'à servir de circonstances atténuantes à ceux qui , ayant ruiné le passé , s'ingénient encore à rendre toute résurrection impossible.

« Si, en 1849, au moment où l'armée française entrait à Rome et assurait au Saint-Père , avec une entière sécurité , la liberté de son action; si vous vous étiez dit, Monsieur (et quelques catholiques vous le crièrent, mais que pouvaient-ils?), que Rome devait rester au cœur de l'Europe désorientée et fatiguée le foyer de la vie politique, où n'en serait pas le catholicisme aujourd'hui ? Est-ce que contre Rome, demeurée la Rome de Pie IX , le Piémont eût pu , eût même tenté quelque chose? Qui a fait la vie et la force agressive du Piémont? Une seule chose : la mort de Rome. Si Rome n'avait pas abdiqué , elle demeurait le centre du système des États italiens et les entraînait comme des satellites dans la glorification de l'idée chrétienne personnifiée dans un pape; et quand fut venue la guerre d'Italie, la France n'aurait fait qu'achever par l'épée l'oeuvre déjà moralement accomplie par la seule puissance de la Papauté.

« C'est vous , Monsieur, c'est votre parti , — il faut savoir porter fortement les. grandes responsabilités, — qui avez créé le Piémont nouveau; qui, en faisant le vide à Rome, avez suscité la révolution ailleurs, et détruit l'équilibre des forces politiques et morales miraculeusement rétabli par Pie IX. Oui , je l'avoue , quand je me dis tout cela , quand je songe à tant de gloire , à tant de puissance perdues pour le

Au premier moment l'envie m'a pris de réclamer mon bien. Heureusement, le moment d'après je me suis trouvé ridicule. — Morale : Il faut faire son. devoir, parce que c'est le devoir; et si on vous oublie, tant mieux : c'est plus. méritoire.

Me voilà tout confessé. J'attends la pénitence.

Tout à vous.

AU MÊME

28 janvier 1863.

Cher ami, ces jours passés je me trouvais à peu près rétabli, quand voilà, pour le bouquet, des rages de

catholicisme au profit de ses adversaires ; quand je constate qu'il a cessé de compter , par la faute des siens, comme force sociale et dirigeante; qu'un si beau commencement de victoire est devenu une déroute où les vaincus volontaires ne connaissent même plus leur drapeau , je m'indigne, je m'irrite ; et devant ces abîmes dont je ne vois pas le fond , du haut de convictions dont l'énergie se mesure aux maux dont je suis témoin, je répète ce que j'ai écrit et ce qu'il faut que quelques-uns des hommes groupés autour de vous se résignent à entendre encore :

« En 1849, vous avez faussé le mouvement qui ramenait le pape à 1 Rome et paralysé la restauration; en 1859, vous avez ruiné autant qu'il était en vous le seul plan qui pût rendre la vie au gouvernement pontifical. Aujourd'hui , en niant des droits que la papauté temporelle avait respectés, sept siècles durant , vous la poussez opiniâtrement dans une voie sans issue. Vous rejetez donc tout ce qui est réalisable , vous • ne poursuivez que des chimères et n'aspirez qu'à l'impossible. Vous n'aves à mettre au service du Saint-Siège que des utopies ou des catastrophes: vous êtes le parti du néant! » (P. 98.)

a Et maintenant, si cette explication qui déchire tous les voiles pouvait avoir pour résultat d'inquiéter sérieusement votre conscience libérale, je bénirais un incident qui aurait rendu à la plus grande cause de ce siècle, à la cause de l'alliance du catholicisme et de la liberté en Italie, un esprit tel que le vôtre. En tout cas, j'ai rempli mon devoir; ayant parlé sans peur, je me crois aussi sans reproches ,

« Et suis, avec une parfaite considération, etc. » .

dents! J'ai dû me laisser tenailler trois jours de suite, et je commence à me trouver quelque ressemblance avec l'ancien modèle des tribolati — moins madame Job, Dieu merci! Voilà pourquoi je n'ai pas pu vous mander immédiatement à quel point j'étais heureux du magnifique coup de patte que vous avez su donner à M. de Montalembert et sa docte cabale ; pour le coup, Habet; et laissez crier! Vous avez osé dire la vérité vraie, et c'est là un grand service rendu, selon moi, à l'Église comme à l'Italie. Cette pensée vous fera prendre en patience les fureurs des gens à courte vue.

Ce que vous avez dit à M. Drouyn deLhuys est parfaitement juste. La grande affaire, c'est que l'action du gouvernement français à Rome ne soit pas stérile, mais qu'il trouve moyen de la rendre utile en abordant sans perdre de temps la vraie question, c'est-à-dire la transformation du mode de l'existence temporelle de la Papauté. En dehors de cela, tout est illusion; et vous montez la garde à côté d'un édifice destiné à périr dès que vos baïonnettes ne le soutiendront plus, si vous ne lui donnez pas des fondements nouveaux. — Tant qu'on n'aborde pas les réformes politiques, les réformes dont on parle aujourd'hui ne peuvent avoir aucune portée : dans deux, trois, cinq ans, on se retrouvera toujours au même point; et je regrette que votre gouvernement (dont je suis grand partisan) et l'Empereur (que j'admire et que j'aime comme notre bienfaiteur) aient l'air de se prêter à une comédie, ou d'en être les dupes tous les premiers. Voilà ce que e'est que de se tenir en dehors du vrai, et le vrai c'est la transformation, autrement la souveraineté nominale. Au reste, on doit croire que le besoin de temporiser et de laisser la situation mûrir est le motif qui guide l'Empereur. Car l'homme qui a écrit la lettre du 20 mai connaît merveilleusement la question italienne et se rend compte de toutes les exigences. Il a

touché le point le plus délicat et le plus nécessaire quand il a parlé « d'une combinaison qui, en maintenant le « Pape maître chez lui, abaisserait les barrières qui séparent « aujourd'hui ses Etats du reste de l'Italie. » Tout est là; et par parenthèse, votre brochure, écrite bien avant la publication de la lettre impériale, se rencontre merveilleusement avec elle, et se trouve en être le commentaire historique et politique le plus profitable.

J'adhère complètement à votre discussion, qui est, selon moi, irréfutable; et je vais tâcher de vous résumer une fois pour toutes ma manière de voir. Dieu veuille qu'elle puisse être acceptée en haut lieu!

D'un côté, on ne peut nier théoriquement le droit des Romains, et c'est rendre à la Papauté le plus détestable des services que de le supprimer en son nom. D'un autre côté, il est pratiquement impossible d'accorder aux Romains l'exercice complet de ce droit dans les circonstances présentes. Sous le programme : Rome capitale, se cachent, en effet, deux choses. En premier lieu, ce programme est l'expression des haines italiennes contre le gouvernement temporel, tel qu'on Ta connu depuis cinquante ans; mais ce n'est pas tout : ce programme est aussi la formule de ceux qui aspirent à se débarrasser d'un même coup, et de la monarchie et de la Papauté; c'est l'ancien mot d'ordre des loges sous les formes agressives de la démagogie moderne.

Les fautes du gouvernement italien et du gouvernement du Pape sont les puissants auxiliaires de cette conspiration. A mon sens, il n'y a qu'un moyen de la faire avorter; c'est l'entente de nos deux gouvernements (français et italien). Mais le terrain actuel est hérissé de non possumus; il faut en chercher un autre sur lequel la discussion soit, du moins, possible.

Ce terrain serait celui où des deux côtés, et de la part de l'Italie et de la part de la France, on admettrait égale-

ment et le droit des Romains et les droits du catholicisme, non pas seulement du catholicisme italien, mais du catholicisme universel : les négociateurs auraient alors pour mission de concilier ces deux droits, en écartant tout ce qui n'est pas rigoureusement indispensable au maintien de l'un et au respect de l'autre.

Le jour où la France s'engagerait à laisser le gouvernement pontifical revenir, en se transformant sous la pression des idées et des faits, à cette souveraineté honorifique qui, seule, permettrait aux populations romaines, comme vous l'avez montré, de s'associer aux destinées générales de l'Italie; ce jour-là la France aurait quelque chose de réel et de vrai à offrir à l'Italie en échange du sacrifice qu'elle lui demande. De même, et par contre, le jour où l'Italie, venant à se départir d'une prétention que repoussent des raisons si considérables dans l'ordre politique et dans l'ordre moral, aurait franchement reconnu Rome comme ville neutre, siège de la Papauté, capitale inviolable du catholicisme ; ce jour-là, tout en faisant, croirait-elle, le plus grand des sacrifices au désir de rétablir la paix morale et de rassurer les consciences, elle agirait, d'après mes convictions, selon les lois de son intérêt bien entendu.

Il y aurait alors des deux côtés quelques concessions à se faire; et ces concessions que le bon sens indique, que tous les esprits capables de comprendre la grandeur de la transaction à intervenir, par conséquent tous, les esprits vraiment politiques, invoquent et approuvent d'avance, recevraient peu à peu, pour le salut de l'Église, la sanction de toutes les consciences honnêtes.

La cour de Rome, quoi qu'elle dise, connaît trop sa situation réelle; en dépit des conseils intéressés des gens qui ne vivent pas pour l'Église, mais qui ea vivent; en dépit des illusions que certains esprits de bonne foi, je veux le croire, mais profondément étrangers aux réalités

italiennes, cherchent encore à entretenir autour d'elle, elle comprend trop que, par suite des fautes commises, le terrain politique manque définitivement sous ses pas; elle a trop le sentiment, non pas certes le sentiment avoué ni reconnu, mais intime, des changements irrémédiables accomplis autour d'elle, pour ne pas accepter d'avance, pour ne pas même invoquer secrètement, tout en se réservant de protester, une transformation qui serait le résultat, non de son consentement, mais de la force des choses, et qui ferait reposer enfin l'indépendance extérieure du Saint-Siège sur une base plus solide, que ne le peuvent être la négation de droits incontestables et l'immolation d'une nationalité.

Voilà, mon cher ami, ce qui est le fond même de ma pensée, et ce que je m'évertue ici à prêcher. Notre ministère aurait là un rôle magnifique, mais je crains qu'il ne soit pas de force. F***, avec son ramollissement du cerveau , devient impossible. P*** est trop adonné aux ripieghi, et sa finesse doublée de passion l'empêche souvent d'avoir une vue assez large des choses. M*** est un économiste hors ligne, et il a de l'élévation dans la pensée ; mais il lui faudrait plus de nerf : de sorte qu'en somme, on ne fait rien de décisif ni à l'intérieur ni à l'étranger, et Mazzini en profite. Comment en serait-il autrement, lorsque les deux gouvernements de France et d'Italie, deux gouvernements réguliers, soutiennent, celui-ci Rvma o morte, celui-là le système de la machine pneumatique et des sbires, for ever ?

J'ai laissé courir ma plume et elle en a fait des siennes ! Huit pages, c'est mettre à une rude épreuve votre clémence. D'autant plus que je porte vasi a Samo e nottole à Atene, je le sais bien; mais vous savez, vous, l'histoire du matelot de Savone, qui cria : Acqua aile corde! quand Sixte-^Ouint faisait hisser son obélisque et qu'il manquait quatre doigts aie mettre d'aplomb. Le bonhomme eut

une bonne idée, tout matelot qu'il était : pourquoi n'en aurais-je pas une un jour ou l'autre?

Je remercie madame Rendu de vouloir bien employer son crédit pour déterminer le voyage de Cannero. Je comprends que, par le temps qui court, les engagements six mois à l'avance sont bien osés. Je me contenterai d'espérer.

AU MÊME

Turin, 31 janvier 1863.'

Mon cher ami, oui, je connais M. Jacini 1 , et je l'ai rencontré avant-hier au moment oii j'allais lui envoyer votre brochure: il la connaissait déjà comme de raison, mais il n'en a pas moins apprécié votre politesse; nous sommes allés ensemble chez le libraire, et il a fait luimême l'expédition des deux exemplaires que vous avez sans doute reçus à cette heure.

La brochure de Jacini est intéressante (il vous a suivi sur bien des points) en ce qu'on y trouve constatée enfin la nécessité, pour l'Italie, de tourner bride sur la question de Rome : « Nous sommes, dit l'auteur, dans une voie sans issue. » Il est temps de s'en apercevoir! — Il avoue qu'après deux années d'agitation stérile, on n'est pas plus avancé qu'au premier jour, et que l'opinion, si passionnée à l'origine, est maintenant, à l'égard de Rome, in uno stato di sposatezza e di scoraggiamento. Enfin, il accorde que la lettre de l'Empereur (du 20 mai) peut servir de point de départ à une solution.

Pour un ancien ministre qui n'a pas renoncé à le redevenir, c'est bien quelque chose! Voilà un signe du temps, comme on dit : je vous le livre.

1 . Ministre des travaux publics sous l'administration de M. de Cavour. M. Jacini fait partie du ministère actuel.

Je me suis amusé à réclamer le petit lot qui me revient dans cette conversion, et j'ai glissé quelques mots sur la parenté... voilée qui existe entre la nouvelle brochure 1 et les Questions urgenti. « Ah! sans doute, m'a répondu Jacini... mais il y a deux ans, ce n'était pas le moment. » J'aurais eu une réponse toute prête : « Mon moment à moi, c'est quand les autres n'osent pas. » Car si le ministère auquel il appartenait eût un peu osé, et voulu seulement prendre ces idées en considération, que de millions et de malheurs et de sottises épargnés! Basta: j'ai passé outre; car à quoi bon, à cette heure?

Mille fois merci de la nouvelle preuve d'amitié que vous voulez me donner à propos de l'article de la Revue sur la Prusse. C'est peut-être mal de ma part, mais que voulezvous? il me semble qu'il s'agit du bien de ma fille et des miens.... et puisqu'au moment où ma famille va s'éteindre, la Providence veut que j'aie été pour quelque chose dans des événements profitables à mon pays (car je suis loin de m'en attribuer tout le mérite); puisque je puis laisser un souvenir qui pourra appeler quelques bénédictions sur notre nom, n'est-il pas naturel que je tienne un peu à ce qui m'appartient?

Pour me confesser jusqu'au fond, je vous dirai que je pensais bien que peut-être vous pourriez venir à mon aide en cette occasion — comme en tant d'autres!

Adieu, cher ami, et merci.

AU MÊME

Turin, 14 février 1863.

Cher ami, je regrette de vous avoir parlé de l'article de M. Klaczko... je vois que cela vous donne du tracas;

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