‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 91 sur 102 · ORIGINES HISTORIQUES DE L'IDÉE DE LÀ CONFÉDÉRATION · texte numérisé non relu

ORIGINES HISTORIQUES DE L'IDÉE DE LÀ CONFÉDÉRATION

Extrait du Mémoire lu par M. E. Rendu à l'Académie des sciences morales et politiques, au mois de décembre 1858. (L'Italie et V Empire d'Allemagne.)

Les deux grandes doctrines politiques dont j'ai signalé l'antagonisme, la doctrine théocratique et la doctrine de la monarchie impériale, n'étaient pas les seules qui, dans l'Italie du quatorzième siècle, se disputassent la domination. Sans doute, il faut bien le reconnaître, les esprits les plus éminents du moyen âge appartiennent à Tune ou à l'autre. Dante et saint Thomas eussent dédaigné tout plan d'organisation de l'Europe, dans lequel l'idée de l'unité absolue (que l'unité fût réalisée par le Pape ou quelle fût l'œuvre de l'Empereur) n'eût pas dominé et absorbé en quelque sorte l'existence individuelle des divers États, ou, pour parler plus exactement, des diverses provinces de la grande république chrétienne et impériale.

Pour l'auteur du traité De Monarchiâ y non plusque pour celui du De regimine Principum, j'ajoute pour l'Italie entière du treizième et du quatorzième siècle, la notion de la patrie renfermée dans des frontières invariables, dans des limites morales tracées par des lois et par des intérêts distincts, la notion moderne des nationalités, en un mot, n'existait pas. Et il n'y a point lieu de s'en étonner ; la puissance de la Papauté et celle de l'Empire étaient précisément, pour l'Italie, le moyen d'étendre son influence sur l'Europe; c'est au nom d'un principe général, universel, absolu, que l'Italie pouvait prétendre à exercer la dictature; c'était par les croisades, cette expression suprême de la pensée pontificale et catholique,

qu'elle avait saisi la direction de tout le mouvement militaire et commercial de l'Europe.

Mais tout autre allait être la situation de la Péninsule, quand, la force politique de la grande institution qui faisait d'elle le centre du monde venant à décliner, chacun des États s'efforcerait de conquérir une existence indépendante ; l'Italie devait tendre dès lors à s'affaiblir dans la proportion môme où grandiraient l'Espagne, la France, l'Angleterre, et le développement des peuples voisins devenait la mesure de sa propre décadence.

Pour se mettre à l'abri des conséquences d'une révolution si considérable, une ressource restait à l'Italie, c'était de saisir elle-même comme une arme défensive cette idée de la nationalité, qui, à partir de l'époque de transition inaugurée par le quatorzième siècle, va être au fond de tous les mouvements de la politique européenne.

11 faut ici le constater : cette nécessité de réagir contre le droit public des philosophes, des théologiens et des poètes, les populations italiennes semblent l'entrevoir d'instinct, lorsque l'Empire, après vingt-trois années d'anarchie intérieure et le règne si sage de Rodolphe de Habsbourg, entreprend de faire valoir de nouveau ses prétentions sur la Péninsule. Sans doute, la pensée nationale ne se dégage point nettement encore des nuages que de séduisantes théories ont accumulés autour d'elle ; mais, ainsi que s'en plaignait Henri VII, la vacance de l'Empire avait habitué les cités italiennes à vivre de leur vie propre 1 , et, pendant l'expédition de ce prince, des protestations incessantes éclatent au sein des masses contre le rétablissement de la suprématie étrangère.

D'abord, et lorsque le bruit se répand que les bataillons allemands ont franchi les gorges des Alpes, ce sont partout des agitations et des terreurs, et ce frémissement qu'a coutume de soulever dans un peuple toute nouveauté redoutable 9 .

1. « Postquam... disposuimus partes Italicas reformare, in quibus, vacante imperio, univers* communitates ac civitates Italiae jura Romani Imperii occupaverunt. » (AlbertiniMussati, Histor. Aug., lib. XIV; fier. Italie. 8crip., t. X.)

2. Il faut lire, pour comprendre cette époque, YHistoria Auguste

Pendant que les partisans de l'Empire, à Milan, s'humilient devant Henri VII, la foule répandue par les rues et sur les places publiques, y accable l'Empereur d'imprécations 1 , maudit les fureurs tudesques*, appelle les premiers citoyens de la ville à s'unir dans une ligue contre César 8 .

L'Empereur est contraint de faire remise des contributions qu'il a voulu lever; mais ce calcul ne triomphe point des haines de races * ; l'irritation se propage ; Crème, Crémone, Brescia chassent les vicaires impériaux; la flamme court de cités en cités*.

Devant les menaces de ce mouvement national, le sens des événements échappe à l'Empereur déconcerté. Il ne comprend rien à un fait nouveau dont il voudrait conjurer les effets. Il a devant lui un peuple qui prétend à affirmer son existence, et il n'aperçoit toujours que le Pape et l'Empereur, a Que me « veut-on ? dit-il à ses Allemands ; si je regarde en haut, je « vois Dieu qui m'inspire; si j'abaisse les yeux, je vois le « pape Clément qui me conduit. Voilà mes guides. Qui donc a est contre moi? pourquoi cette lutte entre adorateurs du « Christ ? et lesquels sont le plus près de moi, les Germains, « les Vandales, les Souabes, ou les Lombards et les Toscans 6 ?»

de Mussato , patricien de Padoue, témoin oculaire et acteur dans les événements de son siècle, né en 1261, mort en 1330. « Increbescente fama per universas Italiae civitates.... Germanise principes, populorumque theutonicorum frequentias Alpes transiisse, infremuere undique... Formidolosum namque idnovum... » (Lib. -I, rubr, XI) .

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