OuTrages relatifs à l'inslruclion publique
78 CORRESPONDANCE POLÎTIQUE
AU MÊME
Novembre 1852.
Eh ! oui, mon cher ami, me voilà libre*; et je pousse le cri d*un homme qui s est débarrassé du poids dont sa poitrine était chargée; ouf!
J'avais accepté le gouvernail quand il était démontré que j'y pouvais manœuvrer avec plus de profit qu'un autre pour le pays. J'ai eu le bonheur de le tirer d'un bien mauvais pas, et de nous sortir des écueils sans trop d'avaries. Maintenant le navire est radoubé, et j'ose dire que les voiles peuvent flotter au vent. Je quitte mon banc de quart; à un autre t
Cet autre, que vous connaissez^ est d'une activité diabolique, et fort dispos de corps comme d'esprit; et puis cela lui fait tant de plaisir!
Quant à moi, outre que je ne suis pas « dévoré d'ambition, » je n'en puis plus physiquement; depuis trois ans je m'assassine, et les afi'aires eussent fini par en souffrir. J'ai à me reprocher, je vous le dis franchement, de n'avoir pas mis assez d'activité dans les dernières affaires de Rome^. On a fait quelques sottises qu'une action personnelle plus minutieuse de ma part aurait sans doute prévenues *.
t. M. d'Azeglio donna sa démission le 22 octobre 1852.
2. Le comte de Cavour prit en main les affaires à son retour d*un voyage en France et en Angleterre. 11 avait donné rendez-vous à Paris à M. Rattazzi , et ces deux hommes d'Ëtat y avaient obtenu audience du prince président.
3. Démêlés survenus à l'occasion du projet de loi sur le mariafte
4. M. d'Azeglio veut parler probablement ici de la présentation qui
A propos de sottises, peut-être avez-vous entendu dire quelque chose de notre querelle avec votre ministre à Tuf in, M. deB***. On a brodé là-dessus; voici le vrai. — - Il s'agissait, vous le savez, de Yinternement d'un de vos réfugiés de Nice, un avocat. Cet individu avait sollicité un délai pour cause de santé de sa femme. J'avais consulté confidentiellement, par déférence pour votre gouvernement, le représentant de la France. Voilà-t-il pas, qu'après je ne sais quel délai, M, de B*** m'écrit -uin billet dans lequel il me disait qu'il suffisait d'être des... quelque chose comme « canailles » pour être j)rotégés par moi et par le gouvernement piémontais. Je lui envoyai mes témoins , l'un desquels était la Marmora. Le billet fut retiré , et une réparation consentie. J'ai gardé le dossier.
Enfin, on va se reposer de tout cela. Bien des choses à Jft. Doubet.
Tout à vous.
A MOiNSlEUR DOUBET K
Conegliano, 13 août 11^53.
Monsieur et ami, je vous remercie de votre bonne
avait été faite au Saint-Père d'une lettre du roi Victor-Emmanuel, lettre accompagnée d'un mémoire dont les auteurs étaient les deux ministres Boncompagni et Gibrario. — L'envoyé extraordinaire du roi près le Saint-Siège, diplomate fort liabile et d'une liante intelligence , le chevalier de Sambuy, avait supplié le gouvernement sarde de ne pas donner suite à un projet de communication dont le fond comme la forme lui paraissaient regrettables. Le ministre, M. de la Marmora, avait répdndu sèchement en Invitant M.. de Sambuy à exécuter Tordre qui lui avait été donné. La teneur des documents dont il s'agit était en contradiction flagrante avec les instructions données par M. d'AzegUo à l'envoyé sarde, au début de sa mission.
1. M. Doubet remplissait alors en Italie une mission du ministre de Finstruction publique.
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leltre du 1" août, et je m'empresse de vous répondre avant que j'aie perdu votre trace, comme il m'est arrivé il y a quelques mois. J'ai vu Eugène à Paris en allant à Londres; non en revenant, car je ne me suis pas arrêté. Vous imaginez sans doute avec quel vif intérêt j'ai causé avec lui pendant le peu de moments que nous avons pu nous donner; comme vous le pensez bien, il n'y a pas eu lieu à des félicitations réciproques sur nos affaires.
Vous êtes à même de pouvoir juger en quel état se trouvent celles de l'Italie. Je ne suis pas assez égoïste pour que l'état prospère du Piémont me fasse oublier les souffrances de mes compatriotes du, reste de la Péninsule ; mais lorsque tous abusent de tout, il ne saurait en être autrement. Je déplore autant que vous l'affaiblissement du sentiment religieux que vous avez remarqué pendant votre séjour à Nice; le mal existe, nul doute à ce sujet. Reste à savoir à qui la faute? Et comme je connais assez notre malheureux pays pour me faire une idée exacte de la situation des différents Ëtats dont il se compose, et que je ne pense nullement me tromper en affirmant qu'il y a beaucoup plus de religion chez nous que chez nos voisins et qu'à Rome même, j'en conclus que ce n'est ni le StatutOy ni la liberté de la presse, ni la loi Siccardi ou celle sur les fêtes qui sont cause de l'affaiblissement de la foi chrétienne , mais bien plutôt l'évidence qui résulte pour tout le monde, à notre époque où tout se sait si vite, que le plus souvent la religion n'est que le masque dont se couvrent les passions les plus vulgaires et les plus sordides intérêts.
Ainsi, tandis que d'un côté on vous dit : Bio epopohy l'un portant l'autre, du côté opposé on vous crie : Dio e.., tant d'autres choses! et je ne serais pas à bout d'exemples, mais à quoi bon? Ce n'est pas moi, pour sûr, qui changerai tout ça. Pour mon compte, je n'y vois que du feu — ou, pour être plus vrai, que de l'obscurité. Ainsi
laissons faire à notre maître à tous, il en sortira bien sans nous.
Je suis à Conegliano, bien tranquille, et enchanté de ne pas être à la roue du gouvernail par le temps qu'il fait. J'ai descendu mon quart; aux autres maintenant.
J'espère bien vous voir à votre passage; quant à moi, je suis ici jusqu'à l'hiver.
Tout à vous.
AU MÊME
24 février 1854.
Mon cher monsieur et ami, je suis réellement charmé d'apprendre que le séjour de Nervi ait eu pour votre santé de si heureux résultats. Je me félicite d'avoir eu ma petite part dans tout cela, quoique dans le choix de votre propriétaire je n'aie pas eu la main heureuse; mais comme on dit en Italie : Per strada s'aggiusta la soma, et c'est, il me semble, ce qui est arrivé.
Je voudrais bien qu'à Paris on acceptât votre point de vue relativement aux affaires d'Italie, et à l'appréciation de son état réel. Je n'ai pas grande confiance dans les aperçus du cher M***, charmant garçon , avec un talent fort distingué pour vous improviser un sonnet, mais qui m'a toujours fait l'effet de ne pas improviser avec un égal bonheur les jugements politiques; et pourtant ce sont ces faiseurs d'embarras qui, étant les plus remuants, se tiennent d'ordinaire en première ligne, et finissent plus ou moins par être écoutés.
Nous voilà donc à la levée du rideau : le nouveau
drame s'annonce de manière, dès le prologue, à faire
croire qu'il ne manquera pas d'intérêt; nous verrons si
les gouvernements d'Europe comprendront une bonne
fois qu'il serait temps de s'occuper sérieusement à établir quelque chose qui ait chance de durée.
En vérité, si tout ce qu'on a fait depuis un an, et ce qu'on fera probablement dans un an d'ici, ne devait aboutir qu'à la paix armée avec peur des rouges d'un côté, peur du czar de l'autre, et à grand renfort encore de questions ouvertes, telles que les affaires italiennes^ hongroises, polonaises et allemandes, etc., etc.; si tous les frais, toutes les pertes qu'amènera Yimbroglio actuel ne devaient aboutir qu'à la remise en vigueur du statu quo qui a duré depuis 1815 jusqu'à 1848, ce serait à désespérer de l'humanité, de la civilisation, de la diplomatie et de tout ce qui s'ensuit.
Enfin, nous verrons arriver; et, en attendant, ne nous inquiétons pas trop ; car le bon Dieu a son idée, et on peut présumer qu'il saura nous tirer de là sans nos conseils.
Veuillez faire bien des amitiés de ma part à M. Borghelli, avec mes hommages à M"* la comtesse Ricci.
Tout à vous.
A MONSIEUR EUGÈNE RENDU
15 niftrs i&b4.
Mon cher ami,
Merci de votre bon souvenir; voilà longtemps que nous ne nous étions écrit. Certes, on ne s'oublie pas; mais la vie s'éparpille si fort I
J'ai reçu dernièrement une lettre de Doubet, datée de Nervi. Toujours préoccupé, comme vous savez, de l'étal religieux de l'Italie centrale, il en est fort attristé, et il a raison; car il voit juste, et il vous a probablement com-
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muniqué les impressions qu'il rapporte de ses courses à travers les États pontificaux. L'exaspération s'y accroît chaque jour. Le moyen de rester catholiques pour des gens qui volent le catholicisme devenir chaque jour davantage, au siège même du gouvernement pontifical, un insirumentum regni et une arme contre la nationalité d'un peuple I La guerre au Piémont et aux institutions repréisentatives, voilà le grand mot d'ordre des monsignori et le remède à tous les maux de l'Église. — A votre aise, messeigneurs; continuez sur ce pied, et dans cinq ans vous m'en direz des nouvelles I Vous ne savez pas ce que c'est que la propagande faite dans toute l'Italie et dans le monde entier par une masse d'émigrés qui emportent, avec la haine au cœur contre i preti, la résolution de revenir un jour se venger, coûte que coûte. Vous voulez faire du dogme le rempart de la boutique, vous verrez comment on arrive à la boutique à travers le dogme I
Pour Dieu, vos évêques de France ne comprennent donc pas un mot à cette situation? Qu'ils consultent l'archevêque de Gênes^ I II leur dira qu'il se forme, en ce moment, dans sa ville même, une association de jeunes gens qui s'engagent à ne jamais participer à aucun acte de la religion catholique; il vous dira que les trois malheureux qu'on vient d'exécuter (pour l'affaire fort ancienne des prêtres de Saint-Calixte, au temps de la République mazzinienne) ont déclaré qu'ils ne se confesseraient qu'au ministre protestant anglais de Rome; il vous dira, etc.
Je ne crois pas, moi, au protestantisme en Italie; on décatholicisera, on ne luthérisera, on ne calvinisera pas; mais quand les masses y auront cessé d'être catholiques, que seront-elles? Rien qu'une pourriture; et les monsignori sauront à qui s'en prendre !
1. Mgr Gharvaz , prélat connu pour sa modération et ses tendances Ubérales.
Dites et redites tout cela au cardinal de Tours^ qui est un homme d'un esprit si sage, et qui pourrait beaucoup à Rome s'il était appuyé par quelques-uns de ses collègues français. L'évêque de Troyes aussi pourrait peut-être quelque chose; mais on le dit assez mal en cour (de Rome s'entend]. Enfin, ne trouverait-on pas chez vous «ne dizaine d'évéques qui eussent le courage de se concerter pour faire ouvrir les yeux? mais il faudrait oser rompre avec M. Veuillot.
Pie IX aurait pourtant encore, à Theure qu'il est, une situation magnifique à ressaisir. Yous êtes à Rome; quoi qu'il fasse ou quoi qu'il tente, dans le sens des réformes et de son œuvre primitive à reprendre, vos baïonnettes le protègent. Que risque -t-il? Les Mazziniens l'avaient renversé; ils sont bannis. Cavaignac lui avait refusé 4,000 hommes à Civitta-Vecchia' pour le défendre contre la révolution; Napoléon III lui donne une armée. — Pour Dieu , qui l'empêche de mettre le temps à profit, et de redevenir lui-même?
J'ai l'air en vous parlant ainsi d'être un fervent. — Moi qui suis sincère avant tout, je ne voudrais pas que vous me crussiez plus catholique que je ne le suis; mais en vérité, j'enrage de voir la religion de mon pays se détruire avec cet acharnement par la main de ses chefs; et puis, j'ai aimé le pauvre Pio nom et je l'aime encore !
Après tout, ce n'est pas mon affaire, et comme je le dis souvent : Dio provvederàl