Mgr Morlot, depuis arclievêque de Paris
2. Pie IX fit cette demande très-secrètement, au mois de septembre 1848, par lettre autographe.
AU MÊME
Paris, dimanche, 25 août 1855.
Mon cher ami, mille fois merci de Yoivepavé^ et mille fois pardon de ne pas vous en avoir remercié en persoDoe; mais je suis la feuille sèche prise dans la trombe.
Je trouverai pourtant le moment de venir vous serrer la main , dussé-je me faire porter déserteur. Ce serait fâcheux cependant; car je suis ici comme paratonnerre ^
Tout à vous.
A MONSIEUR DOUBET.
Tarin, 3 avril 1857.
Mon cher monsieur et ami, je vous remercie de votre bonne lettre qui me prouve que vous n'oubliez pas vos amis. Je ne vous oublie pas non plus, croyez-le bien ; mais comme vous dites : on est obligé par le temps qui court de vivre si vite, que le temps vous fait défaut pour les correspondances comme pour bien d'autres choses.
Je partage votre avis sur Tltalie, non-seulement sur les chemins de fer, mais généralement sur toutes les réformes. Une nation qu'on démolit pièce à pièce depuis des siècles se trouve naturellement à terre sans force, sans nerf; et vouloir la remettre sur pied d'un coup de baguette, prétendre qu'elle marche, qu'elle agisse et
1. M. d'Azeglio avait accompagné le roi Victor-Emmanuel dans son voyage à Paris et à Londres , en qualité d'aide de camp. Sa présence prouverait à l'Europe, disait le comte de Cavour, che non siamo infetti dalla labe rivoluzionaria.
qu'elle fasse bien ses affaires, serait la même chose que d'exiger d'un homme qu'on aurait tenu au lit pendant un an et traité au petit lait, qu'il remportât un prix de pugilat. En 48, on a commis bien des fautes; malgré cela, vu les antécédents, je trouve encore qu'on a fait des miracles. Mais 48 n'en a pas moins démontré que les décrets ne suffisent pas pour changer une nation, et que le bon Dieu seul peut dire au paralytique : Toile grabatum tuum et ambula. Nous autres hommes, nous devons trouver la possibilité de lui rendre préalablement la force de marcher par des moyens à notre portée, et ces moyens se résument pour les nations dans le mot réformes.
Permettez -moi de vous dire que votre personnage haut placé qui demande : Que faut-il faire pour Vltalie? me fait assez l'effet de Pilate demandant : Quid est Veritas? Est-ce que l'Europe a jamais posé sincèrement la question? Est-ce qu'elle a jamais attendu la réponse? N'a-t-elle pas toujours voulu faire nos affaires chez nous et sans nous? J'en aurais bien long à dire à ce haut personnage, s'il avait la patience de m' écouter ! Après tout, je ne pense pas que tout cela puisse s'arranger vite; ce n'est pas l'Italie seulement qui attend une solution, c'est le monde entier. Le vieux principe est partie le nouveau n'est pas encore arrivé ; ou s'il est arrivé, ce n'est qu'en théorie. De là la singulière logique du congrès de Paris au sujet de Naples. . . Heureusement pour vous le papier finit, et avec lui ma dissertation.
Je vous serre la main à vous et à Eugène; et veuilles dire à qui voudra l'entendre que, si on ne sait que faire pour ritaUe, on ne fasse rien, qu'on quitte ce sol ingrat, qu'on abandonne cette gente incontentabile. Nous nous en tirerons comme nous pourrons. Sommes-nous trop exigeants ?
îôUt à voua.
DE M. O'AZEOLIO. , 87
A MONSIEUR EUGÈNE RENDU
Canneroy lac Majeur, 2t juin I8b9.
Mon cher ami>
r Que de bonnes choses j'ai trouvées dans votre amabi'-»
diggime lettre en date du 4 5 courant, qui ne m'est parve*
:iiue qu'hier, et comme je vous en remercie 1 J'ai passé
;par Aix quelquefois dans la saison des eaux , mais je ne
m'y suis jamais arrêté. Ce serait un grand plaisir pour
moi de vous y rencontrer, mais ne connaissant pas vos
projets, j'ai pris des engagements qui me conduiront en
Toscane le mois prochain. Aux premiers jours d^août, je
serai pourtant de retour ici; et il faudrait avoir du mal-
lieur, si les Alpes, qui n'ont pu arrêter tant de braves
gens (depuis des siècles), qui n'arrivaient pas toujours à
propos, devaient vous empêcher, vous, notre vieil ami,
de venir nous voir et me serrer la main.
Me voilà donc tout à l'espoir que vous vous déciderez. Je demeure sur les l^ords du lac Majeur, près de Cannero, dans une petite maisonnette que je me suis bâtie, et où je serais heureux de vous offrir, ainsi qu'à madame Rendu, une hospitalité d'artiste. D'après votre lettre, je vois que j'ai l'honneur d'être connu d'elle de la manière qui m'e^t le plus favorable « — sur vos rapports. Êtesvous sur que je soutiendrai la réputation que vous m'avez &ite?
Quant à la politique, je suis exactement au môme point que TOUS. Je me suis rejeté en arrière de plusieurs siècles, et je me console du monde présent en voyant que l'histoire n'est qu'un tissu de transactions plus ou moins boiteuses^ qui ont constamment tiraillé la pauvre postérité d'Adam en sens divers, sans jamais lui permettre d'at-
88 CORRESPONDANCE POLllIQUE
teindre son but. Ariman et Orsmuzd me font Teffet d'être aussi dispos aujourd'hui que du temps des vieux mages. Si j'étais jeune, je pourrais et je devrais même prendre part à la lutte, mais il est tard à cette heure. Le but de toute ma vie est manqué! Dieu ne Ta pas voulu, ou pour le moins Ta ajourné à une époque qui ne m'appartient plus. Dès lors, il n'y a qu'à se retirer, ce que j'ai fait : car après avoir eu l'âme pleine de l'indépendance de sa race, les questions de mur mitoyen et même de portefeuille... franchement, c'est plus fort que moi f Mais si, par impossible, l'occasion arrivait, mes vieux os ne resteraient pas aux équipages !
Heureusement le papier finit, car une fois à cheval .sur ces idées, elles prennent le mors aux dents.
Tout à vous.
AU MÊME
Eaux de Mootecatmi, 13 juillet 1858,
Mon cher ami, je crois que pour le coup je vous tiens. Aucun motif ne me retient ici en Toscane, et mon projet était déjà de retourner à la fin de juillet; ainsi n'ayez aucun scrupule* Il est donc convenu que, sauf force majeure, le 3 août je vous attends à Cannero.
Voici maintenant le fil d'Ariane pour vous tirer d'affaire. A Turin vous partez à 7 h. 50 du matin, retenant vos places pour Arona; à Rovere vous vous arrêtez un quart d'heure, le temps de vous rafraîchir; vous changez de train, et vous arrivez à Arona un peu avant midi. La station est au bord du lac; transférez-vous sur le vapeur immédiatement : de Cannero à ma maisonnette, il y a une demi-heure à faire en bateau, et je viendrai vous prendre. Pour me faire savoir que vous êtes à bord, voici
le signal : ma maison se trouve sur la rive gauche^ à un quart d'heure avant d'arriver à Cannero; les hommes du bord vous la montreront. Quand vous passerez devant, vous vous placerez à la poupe, à côté du timonier, et vous agiterez un mouchoir; de mon côté, je hisserai un petit pavillon en signe d'entente et je partirai immédiatement pour venu* vous chercher. A trois heures et demie vous arrivez, ainsi ce n'est pas une très-longue course ; et si vous apportez une forte dose de bonne volonté, vous vous trouverez à merveille. Ainsi au revoir pour le 3 août, à 3 h. 50 minutes^.
AU MÊME
Cannero, 19 septembre 1858.
Mon cher ami ,
J'ai été bien douloureusement afïëcté de la triste nouvelle que j'ai trouvée dans votre lettre, — bien plus que
t. Le plain-pied où s'élève la villa de M. d'Azeglio esl taillé à vif dans la montagne, et surplombe le lac. Â gauche, au delà du village de Cannero, une cascade de montagnes s'échelonnent jusqu'aux Alpes et se couronnent de neiges. A droite , un promontoire porte jusque dans les flots les verdoyants massifs du sein desquels se détache, sur un ciel d'azur, le blanc clocher de l'église d'Oggebbio.
De la terrasse, conquise sur un rocher de marbre et que bordent les cactus et les lauriçrs-roses , la vue s'étend, au delà du lac Majeur, sur de gracieuses collines dont les lignes mollement dessinées se perdent dans les vapeurs bleuâtres du lac de Lugano. En 1858 , cette rive était la rive autrichienne. « J'ai pris ma retraite en face de l'ennemi, disait l'illustre patriote. En regardant ce rivage, je frémis, mais je me tais; ne voulant pas troubler par des récriminations puériles un silence qui me semble la condition de ma dignité personnelle comme
surpris. Ce pauvre cher Doubet, depuis bien longtemps, me faisait l'effet d'un homme qui se survit à force d'énergie; chez lui, l'épëe a bien usé le fourreau; car, malgré l'état de sa santé, j'ai vu peu d'esprits plus prompts que le sien et peu de volontés plus fermes. Je le pleure bien sincèrement; mais est-il bien à plaindre? Je commence à m'apercevoir que ce qui est triste, à coup sûr, c'est de vieillir, parce que les séparations se multiplient, et qu'on s'en va pièce à pièce. L'isolement dans la foule vous fait désirer de suivre les vôtres plutôt que de rester avec des inconnus. Après tout, ce n'est pas nous qui sommes les maîtres, et il faut obéir à celui qui nous fait à chacun notre part.
Je n'ai pas oublié votre travail qui m'a si vivement intéressé^, et qui, par son point de vue, se trouve si complètement d'accord avec les idées de Balbo et avec les miennes; oui, il faut rapporter tous les travaux historiques sur l'Italie à l'idée de l'indépendance. Il fut un temps, on ne saurait le nier, où nos meilleurs esprits se trouvaient fascinés par la préoccupation classique de l'antique Empire^ et caressaient l'idée d'un retour de suprématie pour l'Italie à la place de celle de son autonomie. C'était bien la fable du chien qui abandonne la réalité pour saisir l'image reflétée dans le courant. Mais on s'a-
de la dignité de mon pays. Je ne verrai pas cette ri?e redevenir italienne!... » Or, en ce moment même, le comte de Cavour arrivait à Plombières.