‹ L'Italie de 1847 à 1865Chapitre 44 sur 85 · L'Autriche dans la Confédération italienne · texte numérisé non relu

L'Autriche dans la Confédération italienne

"j)orel, lel que nous le voyons, comme une condition nécessaire du maintien de la religion, ce ne serait certes pas là le moyei} de soutenir la foi. Je connais asse? bien»Rome. Soyez persuadé que plus elle se sentira en sûreté, plus elle se perdra. Ce qui a fait descendre Rome à S4 misère actuelle, c'est le trop de protection. Sans cette conspiration d'intérêts qui travaille dans tous les pays catholiques au profit de la Rome temporelle, elle ne se serait pas endormie dans une sécurité aussi con^plète ; la foi n'aurait pas abandonné l'Italie; l'indifférence serait moins générale; et la France n'aurait pas à choisir entre l'évacuation de Rome et le rôle peu agréable qu'elle e^t obligée d'y jouer. Ne vaudrait-il pas mieux dire une bonne fois ce qui en est, même au pape?

J'ai peu à vous dire sur nos affaires. L'Italie centrale s'organise. Mes anciens sujets sont admirables de calme et de discipline.

Je crains peu une intervention. Ce serait monstrueux après les déclarations du comte Walewski en 1856, et après la proclamation de Milan. A tout prendre, j'incline pour le laisser faire. C'est la solution qui n'engage aucune responsabilité.

Et Zurich ? Viendra-t- on à bout de faire quelquechose?

P,-S. — Je suis furieux contre vous : venir à Annecy, et dédaigner le pauvre petit Cannero !

A MONSIEUR A. DANTIER.

Cannero (lac Majeur), 26 aoû( 1859.

Monsieur,

J'ai reçu l'obligeante lettre, ainsi que la brochure' que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Je vous en remercie pour moi et pour mon pays. C'est

1 . Les Communes lombardes, l'Empire et la Papauté, Retraçant les

i12 CORRESPONDANCE POLITIQUE

avec bonheur que je vois grossir les rangs de nos défenseurs; et il faut bien croire que la Providence veut réellement nous secourir, quand elle nous donne pour auxiliaires Fépée et la plume de la France.

L'idée qui résume votre travail est qn ne peut pluî opportune; notre salut est dans l'union. Sous ce rapport, on ne saurait demander davantage à nos populations. Il est impossible de faire quelque chose de plus net, déplus clair, déplus unanime, que ce qui vient d'être fait en Toscane et à Modène*. Très-probablement la même chose se répétera à Bologne^. Et penser que ces paysgrandes luttes qui avaient divisé les puissances entre lesquelles se [partageait l'Italie du moyen âge , l'auteur rappelait aux populations de la Péninsule que si leurs ancêtres n'avaient recueilli de leui^ guerres civiles que l'anarchie et la servitude, ils pouvaient trouver, au contraire, dans l^esprit de concorde et d'union, la force et l'indépendance nationale. — ^. Dantier vient de rendre un service signalé aux études historiques en publiant un livre considérable : Les Monastères Bénédictins de l' Italie, 2 vol. in-8°. II y plaide, au nom de la science, et pièces eu main, la cause de l'Ordre illustre qui a donné tant d'érudits à l'Italie aussi bien qu'à la France.

1. Jusqu'à la paix de Villafranca, les dictatures offertes par la Toscane, Parme, Modène, au roi Victor-Emmanuel, n'avaient pas signifié : absorption dans le Piémont, système unitaire; mais simplement : collation d'un pouvoir de direction au point de vue de la guerre nationale. — La paix signée inopinément avec l'Autriche transforma les données du problème (voyez plus bas la lettre du 28 septembre) ; une volte-face eut lieu dans les idées comme dans les faits : — le 14 juillet, la consulte de Florence demande à Victor-Emmanuel de conserver le protectorat de la Toscane. — Envoi d'une députation à l'empereur Napoléon IIl^ députation composée de MM. Peruzzi, Matteucci, Lajatico. — Convocation des collèges électoraux pour le 7 août. — L'assemblée nationale de Florence vote la déchéance de la dynastie de Lorraine (16 août) et l'annexion de la Toscane au Piémont (20 août). — En même temps, décret de l'assemblée de Modène, portant que François V d'Autriche d'Esté est déchu de la souveraineté (20 août), et vote de l'annexion des provinces modénaises au Piémont.

2. Le 14 juillet, l'Empereur avait écrit au Saint-Père pour loi expo-

DE M. D'AZEOLIO. H3

I â scsont gouvernés eux-mêmes dans des moments d'une g:»rofonde excitation morale, et ont préparé des votations a^ussi calmes et aussi solennelles! A mon sens^ Thistoire n'abonde pas de pareils faits. On ne pourra plus dire, au ■moins, que l'état de siège est le seul moyen de garantir !ft' ordre en Italie.

Veuillez dire à notre ami Rendu que je lui suis on ne ;|>eut plus reconnaissant de Texcellent conseil qu'il vous SI donné, et agréez l'expression de mes sentiments les plus distingués.

A MONSIEUR EUGÈNE RENDU

Cannero, 18 septembre 18K9.

Mon cher ami, Après dîner, on paye la carte; et quand on en est à sa

ser les conditions dans lesquelles la paix de Villafranca pourrait produire des effets heureux pour les États de l'Église : « Dans le nouvel « ordre de choses, Votre Sainteté peut exercer la plus grande influence « et faire cesser pour l'avenir toute cause de trouble. Qu'Ëlle consente, « on plutôt que, de mofu proprio, Elle veuille bien accorder aux Léga- « tiens une administration séparée, avec un gouverneur laYque nommé N par Elle, mais entouré d'un conseil formé par l'élection ; l\ue celte « province paye au Saint-Siège une redevance fixe, et Votre Sainteté « aura assuré le repos de ses États, et pourra se passer de troupes

« étrangères Je supplie Votre Sainteté d'écouter la voix d'un fils

* dévoué à l'Église, mais qui comprend les nécessités de fon époque, « et qui sait que la force ne sufilt pas pour résoudre les questions et i aplanir les difficultés. Je vois dans la décision de Votre Sainteté, ou <( le germe d'un avenir de paix et de tranquillité, ou bien la continua- « tion d'un état violent et calamiteux.» — Un plan complet fut souciais, d'après ces bases, par le duc de Gramont , au gouvernement du ^aint-Père (mois d'août) ; les chefs du mouvement en Romagne adhét^aient à ce plan, qui se rattachait h l'idée émise au congrès de 185G, tl'après une proposition présentée , en 1815, par le comte Âldini à ^M, de Tallejrand et Metternich.

troisième jeunesse, on ne saurait ni s'en défendre ni s'en plaindre. Aussi je l'ai payée, en passant un mois assez souffrant de quelques avaries que j'avais rapportées de mes dernières expéditions. Me voilà maintenant à peu près radoubé.

Le moment serait mal choisi pour être malade, car ce moment paraît suprême pour l'Italie. Si on m'avait annoncé tout ce qui se passe maintenant, il y a deux mois, j'aurais ri au nez du prophète. Qui eût cru possible de voir les Romagnols doux et sages, les Toscans énergiques, et tous les clochers, à l'esprit dix fois séculaire, crouler avec un si parfait ensemble dans toutes les villes italiennes t

Mais tout n'est pas là. Et les Vénitiens, qui sont les premiers à repousser l'étrange marché que leur propose l'Autriche, et qui disent : « Souffrons pour le bien général ; notre tour viendra î » Et les Romains, qui s'engagent à ne rien tenter contre leur gouvernement, quoi qu'il arrive, pour ne pas fournir de prétexte aux ennemis de l'Italie? Est-ce que vous ne nous permettrez pas de nous admirer un peu ?

Maintenant, voilà l'article du Moniteur^ qui m'arrive

1. « La première question était de savoir si TAutriche céderait par traité le territoire conquis; la seconde, si elle abandonnerait frunchement la suprématie qu'elle s'était acquise dans toute la Péninsule ; si elle reconnaîtrait le principe d'une nationalité italienne , en admettant un système fédératif; si, enfin, elle consentirait à doter la Vénétie d'institutions qui en fissent une vérilable province italienne.

« Relativement au premier point , l'empereur d'Autriche céda sans contestation le territoire conquis, et, relativement au second, il promit les plus larges concessions pour la Vénétie, admettant pour son organisation future la position du Luxembourg vis-à-vis de la Confédération germanique; mais il mettait à ces concessions, pour condition sine qua non, le retour des archiducs dans leurs Ëtats.

« Ainsi la question se trouvait bien nettement posée à Villafranca :

en pleitië {Poitrine ; j'en ai perdu les étriers, je Tavoùe, au premier choc. Mais je les ai rite repris. Impossible, à mon setis, que FEmperéur soit fort en Colère contre tout ce qîi'on fait en Italie. Je crois plutôt que l'article, ainsi (jue Texcursion de notre cher Reiset et de Poniatowski, tout cela, c'est pour dégager sa parole envers l'Autriche.

ou rEm^ereur ne devait rien stipuler pour la Vénétie et se borner aux avantages acquis par ses armes , ou bien j pour obtenir des concessions importantes et la reconnaissance du principe de la nationalité, il devait donner son adhésion au retour des archiducs. Le bon sens traçait donc sa conduite, car il ne s'agissait nullement de ramener les archiducs avec le concours de troupes étrangères , mais au contraire de les faire rentrer, avec des garanties sérieuses, par la libre volonté des populallons, auxquelles on ferait comprendre combien ce retour était dans les intérêts de la grande patrie italienne.

« Voici , en peu de mots , Texposé véritable de la négociation de Villafï*anca ; et pour tout esprit impartial, il est évident que l'empereur Napoléon obtenait , par le traité de paix , autant et plus peutêtre qu'il n'avait conquis par les armes. Il faut même bien le reconnaître : ce n'est pas sans un sentiment de profonde sympathie que l'empereur Napoléon vit avec quelle franchise et quelle résolution l'emperéUr François-Joseph renonçait, dans Tintérêt de la paix européenfie et dans le désir de rétablir de bonnes relations avec la France, non-seulement à une de ses plus belles provinces, mais encore à la |»oiitiqUe, dangereuse peut-être, en tout cas non dépourvue de gloire, qtii avait assuré à l'Autriche la domination de l'Italie.

a En effet, si le traité était sincèrement exécuté, l'Autriche n'était plus pour la Péninsule cette puissance ennemie et contrariant toutes hs aspirations nationales, depuis Parme jusqu'à I^ome et depuis Florence jusqu'à Naples; mais elle devenait au contraire une puissance amie» puisqu'elle consentait de plein gré à ne plus être puis- <^nce allemande de ce côté des Alpes et à développer elle-même la >li&tlona1ité italienne jusqu'aux rivages de l'Adriatique.

« D'après ce qui précède, il est facile de comprendre que si, après

l«i paix, les destinées de l'Italie eussent été confiées à des hommes

1»1qb préoenpés de l'avenir de la patrie commune que de petits succès

l»«rUel8, le but de leurs efforts aurait été de développer et non d'en-

Ira^er les conséquences du traité de Viliafranca. Quoi de plus simple

Puisqu'il était convenu qu'on n'aurait pas employé la force, elle est entièrement dégagée, selon moi.

A tout prendre, je crois que si nous serrons nos rangs sans dépasser certaines limites, l'Europe finira par s'en arranger. Hors les intéressés, je ne vois trop ce qui pourrait effrayer nos voisins dans la création d'un État de

et de plus patrioUque , en effet , que de dire à l'Autriche : Vous désirez le retour des archiducs? Eh bien, soit; mais alors exécutez loyalement vos promesses concernant la Vénétie : qu'elle reçoive une vie à elle propre ; qu'elle ait une administration et une armée italiennes; en un mot, que l'empereur d'Autriche ne soit plus, de ce côté des Alpes, que le grand-duc de la Vénétie, comme le roi des Pays-Bas n'est pour TAUemagne que le grand-duc du Luxembourg.

« H est possible môme que , par suite de négociations franches et amicales, ont eût amené l'empereur d'Autriche à adopter des combinaisons plus en rapport avec les vœux manifestés par les duchés de Modène et de Parme.

« L'empereur Napoléon, après ce qui s'était passé, devait compter sur le bon sens et le patriotisme de l'Italie, et croire qu'elle comprendrait le mobile de sa politique, qui se résume par ces paroles : « Au u lieu de risquer une guerre européenne et par conséquent l'indépen- (( dance de son pays; au lieu de dépenser encore 300 millions et de « répandre le sang de 50,000 de ses soldats, l'empereur Napoléon a « accepté une paix qui sanctionne, pour la première fois depuis des (( siècles, la nationalité de la Péninsule. Le Piémont, qui représente (( plus particulièrement la cause italienne, trouve sa puissance cousi- (( dérablement augmentée; et, si la confédération s'établit, il y jouera « le principal rôle ; mais une seule condition est mise à tous ces « avantages, c'est le retour des anciennes maisons souveraines dans (( leurs États. »

« Ce langage, nous le croyons encore, sera compris de la partie saine delà nation; car sans cela qu'arrivera-t-il? Le gouvernement français l'a déjà déclaré : les archiducs ne seront pas ramenés dans leurs États par une force étrangère ; mais une partie des conditions delà paix de Viilafranca n'étant pas exécutée, l'empereur d'Autriche se trouvera délié de tous les engagements pris en faveur de la Vénétie. Inquiété par les démonstrations hostiles sur la rive droite du Pô, il se maintiendra en état de guerre sur la rive gauche, et, au lieu

DE M. D'AZEOLIO. 117

douze millions d'hommes. La question romaine, non plus, ne me parait pas de nature à soulever des obstacles insurmontables. Tout ce qui se passe à cette heure dans les États du pape pousse à une solution. Mais je ne veux pas aborder cette question; je crois que vous me trouvez tout à fait trop peu papiste, et que, sans le vouloir, je froisse vos opinions. Je ne dirai qu'une chose. Songez à tout ce que nous avons souffert dans nos sentiments et dans nos affections par le fait de la cour de Rome, et soyez sévère, si vous le pouvez, contre notre anti-papisme, qui, du reste, non-seulement n'attaque point la foi, mais par contre servirait à la réhabiliter dans les cœurs si profondément irrités de nos populations'.

d'une politique de conciliation et de paix, on verra renaître une po1i> tique de défiance et de liaine qui amènera de nouveaux troubles et de nouveaux malheurs.

« On semble espérer beaucoup d'un congrès européen ; nous l'appelons nous-môme de tous nos vœux, mais nous doutons fort qu'un congrès obtienne de meilleures conditions pour l'Italie. Un congrès tie demandera que ce qui est juste , et seraiMl juste de demander à ^ne grande puissance d'importantes concessions sans lui offrir en échange des compensations équitables? Le seul moyen serait la guerre ; mais, que l'Italie ne s'y trompe pas, il n'y a qu'une seule 'puissance en Europe qui fasse la guerre pour une idée : c'est la France ; «t la France a accompli sa tâche. » {Moniteur du 9 septembre,)

1. Nous ne saurions trop, sur ce point délicat, nous attacher à faire connaître la pensée de M. d'Azeglio.

« On taxe les Italiens d'irréligion, écrivait- il dans la Politique et le Droit chrétien, on les dénonce aux nations étrangères comme les ennemis acharnés du Saint-Siège; et il se trouve des dignitaires de l'Église qui, dans leur inexpérience pleine de sincérité, nous le voulons croire, pensent faire œuvre pie en soulevant, contre notre pays, la bonne foi des ignorants et la crédulité des simples.

« Est-ce manquer à la loi religieuse de dire que le pouvoir temporel, à rheure présente, loin d'être, pour le pouvoir spirituel, une garantie d'indépendance, n'est plus qu'un péril et une servitude? de soutenir que l'Église gagnerait tout , soit à transformer radicalement un gou-

nS CORRESPONDANCE POLITIQUE

Quant à moi, personnellement, je suis assez perplexe sur ce que j'ai à faire. He tenir entièrement à l'écart me répugne dans un pareil moment; de Vautre côté, il me répugne tout autant de m'enrôler sous une bannière pour laquelle je n'ai aucune confiance^, et que j'ai

vernement qui est rembarras de l'Europe civilisée, soit à rejeter loin d'elle une responsabilité qui TécraseP d'ajouter que le spectacle de trois millions d'iiommes mis violemment hors la loi du dix*neuvième siècle, pour être retenus de force sous une sorte de machine pneumatiquB, qu'un tel spectacle n'est pas fait pour ramener les peuple à rÉg|ise; et que donner, conime conséquence pratique et rationnelle de la IqI çhrélieqne, un système 4*oppressiou morale et politique qui en est la négation absolue, n'est pas le moyen d'attirer à la fo| des générations indifïérentes ou sceptiques?

« Que si les défenseurs du gouvernement clérical actuel persistent à répéter le mot atroce, — qui est un aveu en même temps qu'un crime , — prononcé par un de leurs orateurs : « L'esclavage des États romains est nécessaire à la foi catholique , » alors , nous n'avons plus qu'un vœu à former, qu'une espérance à concevoir, c'est que Dieu, dans sa miséricorde, veuille sauver de leurs mains la religion et

l'Italie! Ahl nous connaissons cette ultima ratio d'adversaires

qui, habitués à metlre les choses saintes au service des intérêts, n'hésitent point, par une audace sacrilège, à placer le tabernacle entre eux et les coups de l'Europe , et en parlant de leurs larmes , à mettre le feu aux poudres, c'est-à-dire aux consciences.

a Dans cette tactique est i^otre plus grand danger, j'ajoute aussi le plus grand danger du catholicisme. Ce n'est pas d'aujourd'hui que cet enchevêtrement des choses de Dieu et des choses de l'homme est la perte de l'Église. Sans ce fléau, eût^on eu la Réforme ? Sans ce fléau , aurait-on aujourd'hui l'immense apostasie qui se prépare? Hélas 1 hélas 1 écoutera4*on toujours, la quiétude au front et le sourire lur les lèvres, retentir cette grande et sainte invective :

Simon magOj ô miseri seguaci Che le Cose di Dio

Per oro et per argento adulterate, . . »

i . On «ait que M. Rattazsl avait pris le pouvoir des i»«in« dii cftoite dt Cavour, après la paix de Yillafranca.

"toujours traitée en adversaire politique. J*ai bien un projet qui me trotte par la tête, mais il est terriblement audacieux. Je voudrais écrire quelque chose qui pût (Hre lu et qui méritât d'être apprécié à Tétraiiger au moment de l'ouverture du congrès, et l'écrire en français, encore! Je ne manque pas de front, comme vous voyez! Le titre serait le Droit public et la Conscience, ou la Moraie ; ou bien le Droit public et le Droit chrétien /. . . . le but, de démontrer que les embarras et les calamités de l'Europe et de l'Italie sont la conséquence du désaccord qui règne entre les deux droits, etc. Cela suivi ou précédé d'un exposé de nos questions depuis \ 848 jusqu'à aujourd'hui, etc.

Vous me direz sans doute d'exécuter mon projet, car

Votre seul défaut est de me gâter. Mais enfin veuillez me

dire bien sincèrement ce que vous en pensez. J'ai ^crit

deux articles dans YOpinione; mais qui lit l'italien hors

de ritalie?

Mettez aux pieds de ces dames Famico di casa et oroyez-moi Tout à vous.

AU MÊME

Canner 0, 28 septembre 1859.

Cher ami, .

Mille fois merci de votre excellente lettre. Il faut que yfOXiA vous intéressiez bien vivement à nous pour que "VOUS employiez votre temps à un examen aussi détaillé de nos questions. ^^' i

Je trouve vos raisonnements parfaitement justes; la preuve, c'est que je les ai faits et dits moi-même quand

il était temps, soit à Turin, relativement à ma mission de Bologne, soit à Florence, quand j'ai vu les ministres avant de me rendre à mon poste. Les événements ont été plus forts que les raisonnements. Il faut accepter les faits.

Sans la paix de Villafranca, bien des choses étaient possibles, qui, avec la paix, ne le sont plus.

L'Autriche dans le quadrilatère, c'est l'Italie à sa merci au premier jour. L'Italie ne voit que cela. Elle n'a plus qu'un désir, celui de constituer, n'importe où ni comment, un groupe de provinces capable d'opposer une résistance sérieuse à une puissance qui n'a rien perdu de sa force, et qui a redoublé de mauvais vouloir. Comment voulez-vous qu'on songe aux traditions historiques ou aux intérêts de clocher? Sans la paix, ils auraient gardé quelque influence, réduite pourtant à des proportions minimes; car, je puis vous l'assurer, le municipalisme est expirant en Italie. Mais, dans la position actuelle, on ne songe qu'à créer des forces, et on doit reconnaître que les petits États italiens ont payé assez cher leurs glorioles locales pour que le goût leur en soit passé.

Ainsi je réponds à vos raisonnements qu'ils sont justes, mais qu'il est trop tard. Le plus curieux, c'est qu'on ne sait à qui s'en prendre. La France? elle a donné son argent et son sang pour notre cause. L'Italie? on Ta torturée pendant quarante ans, et puis tout à coup on lui coule du feu dans les veines, on l'arme, on l'excite! (Vos chefs disaient : « Mais vous ne bougez pas ; mais vous ne faites rien! » On ne me l'a pas raconté, je l'ai entendu de mes oreilles.) Et après cela on voudrait crier le quos ego^ et faire le calme plat! — A la rigueur, on pourrait s'en prendre à l'Empereur; mais savons-nous ses motifs? et d'ailleurs qui a jamais fait pour nous rien de comparable à ce qu'il a fait ? — Il n'y a qu'à reconnaître humblement que ce ne sont pas les hommes qui

mènent le monde, mais que c est Dieu seul; et cela posé, il ne nous reste qu'à le suivre.

Que résultera-t-il de tout ceci? je rignore. Mais il pourrait bien se faire que la Providence eût raison de la diplomatie, et l'obligeât à se tenir pour contente. On criera à l'ambition de Victor-Emmanuel en attendant. C'est tout simple, le plus malin y serait pris. Et pourtant, pour moi qui le connais, et qui sais combien il en avait déjà par-dessus les oreilles delà petite couronne piémontaise, si vous saviez comme cela me fait rire de me figurer Victor-Emmanuel dévoré d'ambition ^ I

1. M. d'Azeglio a dit, à ce sujet, dans la Politique et le Droit chrétien : »

« Il y a d'autres griefs contre l'Italie. Ce roi qui a su luiilitenir avec l«i Constitution de son pays le programme de Tiodépendance nationale, C|uel reproche vivant pour les gouvernements de Rome , de Toscane , €le Bfodène! Le Piémont, ce petit Ëtat qui, à force de sacriflces et de c^ourage, entraîne ù sa suite une nation entière» quel scandale pour 1 'Autriche et pour les représentants du principe païen de la force! • H faut donc miner l'autorité morale du Piémont et dévoiler Vam^ ition insatiable de son roi, etc., etc.

« Parlons froidement : que voyons-nous? D*un côté, l'Autriche, «jlepuis quarante années, employant tous les moyens pour s'emparer de ^A' Italie, matériellement et moralement, en dépit des traités; foulant •ciux pieds tout droit et toute justice ; appelant à son aide l'immoralité, la corruption ; soufflant dans le foyer révolutionnaire, afin de pouvoir ensuite se voir appelée à l'éteindre, etc., etc. De l'autre, le Piémont serré de toute part, étreint dans un cercle qui, chaque jour, se rétrécissait; vaincu d'abord, mais non découragé, et maintenant son in~ dépendance; relevant fièrement son drapeau constitutionnel sur le champ de bataille de la TchernaYa ; puis, tout à coup envahi et se défendant à Taide, sans doute, d'un tout-puissant secours, mais conquérant les éloges des premiers soldats du monde à Montebello , à Palestro, à San-Martino. Voilà les faits! Et quand ce petit pays, qui a eu tous ces courages, qui a supporté tous ces sacrifices, qui a bravé toutes ces fortunes, attire ensuite à lui les volontés et les cœurs ; quand l'Italie entière, qui voit, d'un côté, des souverains infidèles au pays ; de Tautre, un roi tenant haut et ferme le glorieux drapeau de ses pères; quand

Non, tout cela n'expliquerait rien, et il n*y a qu'à accepter le fait tel qu'il est, et admettre qu'il y a des entraînements inévitables, des antagonismes comme des

l'Italie répudie les premiers, et, acclamant le second, fait de lui m l'élu de la nation ; » quand cela arrive , T Europe s'étonne , la diplomatie s'émeut, et Ton décrète d'accusation le Piémont et son vaillant souverain!

« Non, le Piémont ne nourrit pas une « ambition insatiable. » Dans le mouvement qui se fait , le Piémont ne pousse pas, il est poussé ; et une inévitable nécessité lui impose lé rôle dont il se voit investi.

(( Du moment qu^ le vasselage de l'Autriche était brisé, le Piémonl devenait nécessairement le point de mire des espérances de la nationalité ilalienne. On l'accuse de faire de la propagande : il en fait, eela est vrai ; et il fait la plus invincible de toutes, celle du courage , eelle de la liberté unie à l'ordre, celle de la réforme des lois, celle de l'honneur militaire et de l'enthousiasme national. Son roi faisait de la propagande au milieu des boulets et de la mitraille , tandis que les princes déchus, après avoir fui non pas devant les violences de leurs sujets , mais devant leur mépris, étaient passés à Tennemi. Ces princes-rlà, de leur côté, faisaient aussi de la propagande : chacune de ces deux propagandes a porté ses fruits.

u Le Piémont est ambitieux ! — Plût à Dieu que , pour le bien d» l'Italie et pour la paix de l'Europe, il y eût eu depuis longtemps, entre les souverains de la Péninsule, l'ardente émulation d'une ambition semblable! sans doute, pour nous Piémontais, il manquerait alors à notre histoire de brillantes pages; notre pays ne serait pas hors de pair parmi les Étals de la Péninsule ; mais qu'importe? II n'y eût pas eu tant d'années perdues pour la régénération de l'Italie ,* l'Italie n'aurait pas eu à gémir sur les caractères brisés, sur les intelligences éteintes, sur les forces de son peuple paralysées sous Toppression, BOUS le poids d'un système qui est un insolent défi jeté à la raison humaine aussi bien qu'au droit chrétien. Pour ses souverains déchus, s'en prendre au Piémont, c'est, en vérité, trop facile; qu'ils s'en prennent k eux-mêmes I S'ils trouvent l'Europe indifil^rente, s'ils voient leurs sujets qui, ne les connaissant plus, se réfugient sous l'épée de Victor-Emmanuel, que cette dure leçon profite à tous les pouvoirs; qu'ils apprennent par là que la vieille politique, la politique paYenne, n'est plus de mise dans une société renouvelée par l'esprit chrélien, et où la voix de la justiee doit faire taire, enfin, la voix du canon. »

ffinités voulues par la nature des choses ;, et qu'à de ^3ertains moments, de grandes rénovations s'accomplissent : comment? pourquoi ? Parce qu'elles sont dans le ^îœur, dans l'esprit de tout le monde; parce que Dieu les y a mises, et parce qu'il les veut.

Ainsi, vous voulez donc que je m'aventure à faire de Ja prose! soit. Je pense, en définitive, que mon manuscrit ne s'imprimer^ pas tout seul. Je serai en tout cas à temps d'en faire des cornets si cela me convient. Votre correction du titre est juste, et je vous en remercie.

Et le mandement de l'évêque d'Arras? On dirait, en vérité, qu'on a juré de déraciner tout sentiment religieux du cœur des Italiens I

Il appelle l'état ^ctupl des Romagnes une « décomposition sociale! » Que doivent penser les masses d'un système qui n'est que mensonge et calomnie? Chez nous les gens religieux pensent que l'Église, dans son organisation actuelle, devient une secte politique; et les non religieux, qu'il faut l'abattre à tout prix si on veut avoir une patrie et une nationalité I

Avec vous je ne parviens jams^is à ma taire; haureusement le papier finit.

Tout à vous.

LU

AU MÊME

Cannero, 20 octobre 1859.

Cher ami,

J'ai reçu les deux journaux. Je tiendrais beaucoup, si œ n'était pas trop « moutarde après dîner, » à y voir ma lettre sur les affaires de Parme, ou publiée ou résumée '.

1 . Assassinat du colonel ÂnviU , ex-président des tribunaux militaires du duché. Ce malheureux, saisi parla populace, avait été mutilé

Ce n'est pas de l'araour-propre littéraire, vous concevez; mais bien de Tamour-propre national, et aussi un peu personnel, comme caractère. Je suis à confesse, comme vous voyez. L'effroyable affaire! J'en ai eu la fièvre, je vous l'assure !

Ma brochure pourrait bien être comme le Messie des

et décapité ; sa fête , colportée trois heures durant par toute la ville , avait fini par être fixée sur la colonne de marbre qui orne la Grand'- Place. — M. d'Azeglio, à l'occasion de cette « scène de cannibales, » fit insérer dans la Gazette Piémontaise la lettre dont les fragments suivent :

« Je ne voulais pas le croire ; mais il n'y a plus à douter. l\ est temps de parler pour qui a un cœur d'homme et d'Italien.

« Jusqu'à ce jour du 5 octobre , l'Italie pouvait lever le front haut devant les nations, et dire : Laquelle de vous, après quarante ans d'un esclavage corrupteur, a su montrer, à l'égal des Italiens, des vertus rares même parmi les peuples habitués à la liberté poliUque? L'Italie pouvait défier avec son nom seul toutes les forces de ses ennemis , parce que ces forces se brisaient devant cette sentence de l'opinion : u Que nul ne touche à l'Italie! »

« Aujourd'hui , l'Italie a le front souillé d'une tache , elle doit le baisser et rougir : elle n'est plus inviolable.

« Il nous faut le dire, nous, les premiers, et le dire avec des paroles qui montrent qu'en Italie ne sont éteints ni le sens de Thonneur ni le sens du patriotisme ; il faut crier : Le crime de Parme est

un épouvantable forjaitl Qu'a fait pendant quatre heures la

garde nationale? qu'a fait le gouvernement? qu'ont fait les spectateurs? Jusqu'à ce qu'on rende compte de tout cela, la reponsabilité la plus

grave pèse sur la ville de Parme Parme a laissé faire une tache

au nom italien , Parme et son gouvernement. Que ce gouvernement et Parme nous rendent l'honneur.

« Tout dépend de leur conduite.

u L'Italie attend.

« Cannero, 12 octobre 1859. >

Un mois plus tard , M. d'Azeglio écrivait, à propos de cette même affaire, dans la Politique et le Droit chrétien (p. 108 ) :

« Ou nous dénonce à l'Europe comme des révolutionnaires! Si nous sommes révolutionnaires dans le sens néfaste d'un mot trop cruelle*

DE M. D*ÂZEaLIO. \2o

Juifs plutôt que comme celui des chrétiens. Je suis loin de regarder sa publication comme assurée. Toutefois j'y travaille ferme. Il y a tant de choses à dire! et il faut choisir ce qui peut tenir dans le cadre, et encore que ce soit le meilleur. Après tout, vous avez eu l'imprudence de vous engager pour remploi de sacri palatii magister , et je vous tiens comme censeur responsable.

La défense de publier de nouveaux mandements tels que ceux que nous avons lus arrive tard, à mon sens, pour être utile au sentiment religieux en Italie. On se faisait une autre idée, je vous Tavoue, de la portée d'esprit politique de l'épiscopat français. Je suis bien aise d'apprendre de vous qu'il ne partage pas dans son ensemble les opinions des quatre évêques qui ont parlé. Je pense qu'il est superflu de dire que, pour la religion, ce serait un grand bien si cette divergence d'opinion était déclarée et connue du public; car aucun évêque n'aura le courage de rompre avec M. Veuillot... Je n'ai jamais vu la fureur de se démolir soi-même poussée aussi loin ; et penser que j>ersonne ne voit cela dans les hautes sphères de ce qu'on appelle le parti catholique!

Je n'ai pas refusé la présidence du conseil, car le roi

ment consacré par les inramies d'une époque célèbre, alors nous acceptons les analhèmes de nos ennemis. Mais nous en appelons à la loyauté ^e tous les honnêtes gens, où sont, chez nous, les tiiéories du communisoae, du socialisme, du bouleversement social? où les attaques à la propriété, les prédicalions incendiaires et les apparitions sanglantes du spectre de 1793 ? — Mais le meurtre d'Anviti 1 — Oui, nous avons eu un fait, un fait à jamais douloureux, mais un seul, qui a souillé la pureté du mouvement régénérateur; oui, nous l'avouons la rougeur au front et la douleur dans l'âme; mais un cri d*horreur est parti à Vinstant même de tous les points de l'Italie pour foudroyer les auteurs du crime. Pour notre part, nous l'avons stigmatisé devant l'Europe. Qui donc oserait faire peser la responsabilité de ce fait iéolé sur la nation entière? Et aussi, ajouterons-nous, quel est le peuple parmi nos Toisins qui, se sentant sans péché, nous jettera la première pierre? »

i26 CORRESPONDANCE ^LITIQUE

ne me Ta pas offerte; et en tout cas, je ne pourrais pas accepter un poste pour lequel les moyens me font défaut ; je ne suis plus capable de soutenir une pareille fatigue. Si j'étais ministre, j'irais, je crois, meilleur train qu'on ne va. Car je suis d'avis qu'il fallait y penser avant de s'engager (je l'ai assez prêché). Mais maintenant c'est une affaire d'honneur. Abandonner les provinces annexées, jamais • ! On me dira : Et la guerre? Eh bien, la guerre, nous la ferons, et une autre Novare ne tuerait pas le Piémont ni une autre maison de Savoie, au lieu qu'une lâcheté nous tuerait tous, et quelle fin I

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