U Italie et V empire d'Allemagne
L'auteur, en exposant l'antagonisme des deux grandes doctrines politiques sur lesquelles, aux yeux de l'Italie, a reposé pendant le moyen âge et les premiers siècles des temps modernes, le droit publie de l'Europe, — la doctrine théocratique et la doctrine de la monarchie impériale, — signalait la naissance et les développements de la théorie du drotr national^ au delà des Alpes, et recherchait dans l'histoire Iw origines de l'idée d'une confédération entre les ËUta italiens.
DE M. D'âZBQLIO. 91
erçoit à certaines hésitations de ces grandes intelligences ^que leur raison avait l'instinct du vrai, et suivait à contre* ^3œur les errements de Timagination. Je pense que, dans l'intérêt de notre cause, il est important de le constater, <omme il est utile de faire connaître les écrivains qui ont vu la question sous son véritable point de vue. Trajano Boccalini , peu connu même en Italie, est remarquable sous ce rapport. J'espère vous l'envoyer le mois prochain , par occasion. Je Tai relu et j'en ai été frappé. Mettez Autriche au lieu d'Espagne, et c'est une brochure de circonstance pour 4858.
Adieu, cher ami, laissez-moi espérer que 1859 vous ramènera sur notre rivage, puisque le gîte ne vous a pas trop désappointé*
AU MÊME
Turin, 9 février 1859.
Cher ami.
Je Vai lue, cette brochure^ qui fait tant de bruit, qui émeut les hommes d'État, la bourse et le public. . . .
Tadopte pour le fond toutes les idées de la brochure. Je ne ferais de réserves que sur la forme à donner à leur application. Mais comme on glisse sur les questions de détail, il est possible que nous nous rencontrions aussi sur ce terrain.
J'accorde que la fédération est la solution la plus pratique, sauf à avoir le secret d'en convaincre l'Autriche. J'accorde encore que le centre de la fédération, la diète, doit résider à Rome. J'accorde même, quoique
1. La brochure Napoléon III et VTtatie, Cette brochure avait paru le 4 féYri«r.
02 CORRESPONDANCE POLITiQUE
en me tortillant un peu, que le Pape la préside ; mais il serait dangereux de se faire trop d'illusions à ce sujet. Le succès du projet est au prix d'une exacte appréciation de la réalité ; de ce qui est possible dans Tétat actuel des hommes et des choses : en dehors de cela, m vanum laboraveruni.
N'allez pas penser que je sois un mécréant. Je le suis bien moins que la majorité des Italiens ! Mais on veut faire, oui ou non, quelque chose de réel, de juste, de bon pour ritalie, et dans l'intérêt de la sécurité de l'Europe. Si c'est oui, la vérité, la réalité d'abord ; les systèmes, après.
Le pape des Italiens n'est pas le pape du reste de la catholicité. — L'Italie est la minorité, soit. Mais puisque c'est de l'Italie qu'on veut s'occuper, il faut l'accepter telle qu'elle est, telle que l'ont faite ses antécédents historiques, politiques, sociaux, religieux, etc., etc.
Pour l'étranger, le Souverain disparaît sous la majesté du Pontife, du vicaire de Jésus-Christ, du chef de la communion chrétienne la plus logique, la plus ancienne, la plus fortement organisée; pour le reste du monde. Pie IX est le pape de l'amnistie et du pardon; il est l'initiateur des réformes et de la régénération de l'Italie. Pour les Italiens, par contre, le Souverain cache le Pontife. Bien plus que le vicaire de Jésus-Christ, ils voient en lui le vicaire de Y Empire, l'obstacle permanent contre lequel se sont brisés les efforts des générations pour conquérir l'indépendance et la liberté. Ils ont sous les yeux la Curia Romana; comment voulez-vous qu'ils prennent le change? Comment voulez-vous qu'ils partagent au même degré la vénération dont l'entourent les catholiques de l'étranger?
Le gouvernement romain , qu'a-t-il fait des trois millions de chrétiens que la Providence lui avait donnés? Après quatre ou cinq siècles d'expérience où en sont-ils?
DE H. D*ÂZE6LI0. 93
sont les moins religieux, les plus sceptiques des
^li^Tétiens, et ce gouvernement ne se soutient (cas unique
A^.ns le monde) que par la présence de deux armées
^tTangères. Et il s'est trouvé un chrétien, un catholique
^^ciinvaincu qui a pu dire aux sujets du pape : « Votre es-
'^ clavage est indispensable à la foi catholique I » Crôit-
c^xi que dans Tesprit des Italiens cet argument puisse aug-
ïîQenter beaucoup leur attachement à la foi de leurs
"frères? Ou pour le moins, ne seraient-ils pas en droit de
ciemander si les mots : « Oneratis homines oneribus quae
'^ portare non possunt, vos autem ne quidem digito tan-
^ gitis sarcinas! » ne sont plus dans l'Évangile?
Si tout ceci est vrai, et je doute qu'on puisse démontrer le contraire, il en résulte que la méfiance des Italiens r contre le pouvoir temporel des papes, contre leur manière de comprendre les grands intérêts de la nation, est un fait qu'il ne dépend de personne d'annuler, et dont il faut tenir grand compte dans tout projet d'arrangement définitif et viable. Dès lors la présidence du pape peut être facilement admise par le catholicisme étranger, sans que cette approbation exerce une grande influence sur les populations italiennes, et rende plus facile l'organisation, l'établissement pratique d'un tel pouvoir. Ce sera à ceux qui domineront la situation d'aviser. Mais avant tout, croyez-vous que nous soyons bien rapprochés du moment oii ces questions recevront une solution pratique et définitive? Pour ma part je l'espère peu. Il est possible du reste que l'Empereur, en se montrant bien résolu, finisse par déterminer la partie adverse à faire des propositions sérieuses.
Quant à la guerre elle-même, malgré tout cet appareil, je suis encore à me demander si elle est possible, au milieu d'une prostration aussi générale ? — Et puis. . . des libérateurs!... là... des libérateurs..: pour tout de bon? Avouez que, dans l'histoire, ce serait du fruit nouveau I ;
J'étais à Florence tranquillement lorsque la bombe a éclaté. Je suis accouru, et j'ai écrit à Cavour que malgré les objections que j'avais pu avoir par le passé contre sa politique, au point oii en étaient les choses, je croyais qu'il n'était plus temps de la discuter, mais bien de réunir tous les efforts pour la faire réussir. Ainsi me voilà enrôlé et cavourien I J'ignore à quoi je pourrai être bon: et j'attends.
Je n'ai jamais pu vous envoyer les notes dont nous étions convenus, car pour arriver jusqu'à M. C***, sans s'exposer à des tracasseries de police, j'ai eu bien des ménagements à garder. Mais j'ai avviato Faffar^ et j'espère pouvoir obtenir bientôt une réponse. Merci encore de l'autre brochure; vous me comblez de dons, et moi je n'ai jamais rien à vous offrir. Contentez-vous de savoir que je vous aime bien, et que je vous serre la main di vero cuore.
AU MÊME
Genzano, 30 mars 1859.
Mon cher ami,
Je suis bien en retard avec vous, et je me sentirais bien coupable si je ne pouvais pas dire en toute cou-" science que depuis mon arrivée à Rome, je ne m'appartiens plus. Je commence par vous remercier de vos deux bonnes lettres. Vous êtes bien toujours notre vieil ami de 1847-48. Que Dieu vous en récompense!
J'ai trouvé Rome la même en haut; comment changerait-elle? En bas, c'est autre chose. Je ne reviens pas de ma surprise. L'esprit public a fait un pas immense. Les libéraux du Circolo romano qui voulaient adopter le nilum des légionnaires pour combattre Radetzki, com-
DE M. D'AZEGLTO. 95
prennent aujourd'hui la nécessité de procéder avec union et prudence : dans ce qui est désirable, ils comprennent ce qui est possible, et ne demandent qu'à être guidés. « Que la nation, disent-ils, obtienne justice. Si nous ne Tobtenons pas pour Rome même, patience, nous attendrons. » La couche inférieure, à la vérité, mord son frein, et il faut s'occuper incessamment à la tenir en bride; mais enfin, on l'y tient; et il y a dix ans, vous savez comment elle allait t
Après cela, si on n'obtenait pas des avantages véritables pour la cause italienne, je ne répondrais plus de rien. Mais je regarde l'hypothèse comme impossible. Personne, à mon sens, ne comprend son temps comme l'Empereur. Il a vu que la toute-puissance était réservée à celui qui saurait s'emparer du rôle si longtemps dédaigné de défenseur du droit commun des peuples. Il l'a pris résolument à la face du monde, comme il convient à un Napoléon à la tête des Français. Il n'est pas homme à abandonner la plus magnifique des positions que puisse atteindre l'ambition d'un, souverain, et pour sûr, on ne dira pas de lui :
Ghe fece per viltate il gran rifiuto.
Ainsi du courage et du calme; et voyons venir.
De mon côté, je m'efibrce de m'acquitter de ma tâche, celle d'empêcher qu'on lui mette ici des bâtons dans les roues. Et pour ce qui est d'aller à Paris, personne ne me Ta proposé; ainsi ne dites pas que je n'ai pas voulu. J'y serais allé sans doute avec plaisir; mais une fois que je me suis enrôlé sous la bannière du rival, je ne connais que la discipline; et je ne demande qu'à être utile, n'importe dans quel rôle.
Pardon si je vous envoie cette lettre ainsi barbouillée, mais je n'ai pas le temps de la refaire.
Tout à vous.
P.-S. Vous avez très-bien fait de parler à Cavour ^ dans le sens que vous me dites; et je suis d'avis (au point de vue même de la simple tactique), que tout en agissant vis-à-vis du gouvernement romain comme on doit agir vis-à-vis d'une puissance de laquelle on a de bonnes raisons de se défier, les publicistes italiens devraient prodiguer à la papauté des hommages et des respects. Pourquoi laisser à l'Autriche l'avantage de dire : t L'Italie est l'ennemie de l'Église? »
A ce propos, je suis bien aise de ce que vous me mandez du P. Ventura. Si beaucoup de membres du clergé se ralliaient comme lui à la Brochure, on éviterait bien des chocs qui se produiront, je le crains : je n'imagine pas que sa lettre au cardinal Antonelli^ ait produit grand effet.
1. M. de Cavour était venu passer huit jours à Parts, dans la seconde moitié de mars.
2. Le P. Ventura avait donné au plan exposé dans la brochure Napoléon III et Vltalie l'adhésion la plus explicite. Ce plan lu! paraissait la consécration des idées mises en avant par Gioberti dans le Primato, par le comte Balbo dans les Speranze d^Italia, et par luimême dans son Essai sur le pouvoir public. Le célèbre religieux avait écrit au cardinal Ântonelli pour le supplier de ne pas laisser le clergé s'engager dans une voie d'opposition h la politique qui seule, selon lui, pouvait raffermir le pouvoir du Saint-Père en Italie. • La guerre • paraît très-probable, disait le P. Ventura; mais il va dépendre de « la conduite qu'on tiendra à Rome de changer en guerre révolutîon- « naire une guerre décidée dans une pensée conservatrice. 11 serait « désastreux que le clergé se lançât dans une lutte contre la politique « de la Brochure f et qu'il manifestât des sympathies pour rAutriche. « Cela pourrait tout compromettre et tout perdre. « — Mais au moment même où le P. Ventura donnait ces conseils , VUnivers et le Correspondant ouvraient le feu.
AU MÊME
Turin, 10 aTril 1859.
Mon cher ami, j'arrive de Rome et je vais partir pour
ïaris, où je pense être rendu dimanche ou lundi ^. Je
Teçois à Pinstant votre lettre du 6. Je n'ai qu'une crainte,
c'est de ne pas justifier la bonne opinion que vous avez
de moi : pourrai-je être bon a quelque chose?
Votre remarque sur le ton de nos journaux est parfaitement juste; ils n'ont pas de tact. Il est vrai de dire pourtant que s'ils confondent le gouvernement romain avec l'Autriche, ils sont maladroits mais point calomniateurs : nous parlerons de tout cela. Seulement dites bien à tout le monde que la presse piémontaise dirigée par toutes les médiocrités de Témigration pour huit dixièmes, n'est pas le moins du monde l'expression de l'esprit public actuel en Italie; elle n'est que le reflet des déclamations d'une coterie d'émigrés et de quelques députés de l'extrême gauche qui ont pris le haut du pavé,
1. M. d'Azeglio se rendait à Paris, en qualité d'envoyé extraordinaire et miniàtre plénipotentiaire auprès des cours de France et d'Angleterre. Le journal ia Patrie annonçait son arrivée en ces termes : « De tous côtés, on a accueilli avec une vive satisfaction la nouvelle que cet illustre personnage reprenait, dans les circonstances présentes, le rôle actif dont l'investissent la confiance et le respect universels. On a senti que si quelques chances d'une paix compatible avec les justes exigences de FEurope et les intérêts légitimes de Tltalie pouvaient encore être dégagées de la position actuelle, la main de l'ancien président du conseil était plus apte que toute autre à accomplir une tâche si délicate. On s'est dit qu'en tout cas l'œuvre à laquelle M. d'Azeglio aurait pris une part personnelle et directe, — que cette œuvre aboutît à la paix ou que décidément elle dût conduire à la guerre, — serait acceptée par l'opinion comme l'œuvre de la sagesse, et comme le résultat d'une impérieuse nécessité. »
i»S CORRESPONDANCE POLITIQUE
et ([ue les autres laissent faire, comme il arrive un peu partout.
Quant au reste de l'Italie que je viens de traverser, vous ne sauriez vous imaginer à quel point tout a changé ; la bon sens a prévalu partout. A Rome, les républicains de 1849, les mazziniens d'autrefois, les carbonari, tous enfin comprennent qu'on a affaire à l'Europe et qu'il faut compter avec elle, avec la catholicité, avec l'opinion, etc.. J'ai bien chanté sur ce ton, comme vous pouvez penser; et prévoyant le cas où des complications politiques empêcheraient pour le moment l'accomplis sèment complet de nos vœux, je les ai préparés à accepter le possible^. Je vous assure que si on peut obtenir
1. On sail qu'au commencement de 1859, rAutricbe exerçait sur rilalie centrale une domination à peu près absolue. Mllitairemeut, elle occupait Parme, Plaisance, et s'appuyant sur Ferrare et Bologne, s'étendait le long de l'Adriatique jusqu'à Ancône. Diplomatiquement, elle avait confisqué à son profit, au moyen des petits traités, la souTeraioeté que l'acifi final du Congrès de Vienne avait assurée aux Èiài» it^iliens. En effet, la convention du 12 juin 1815, en associant la Toscane à la dérense de l'Autriche en Italie, plaçait Florence sous la main de Vienne; les duchés de Modène, par le traité du 24 décembre 1848, de Parme, par celui du 4 février suivant, avaient abandonné à l'Autriche le droit d'Intervenir à sou gré i toutes les fois que pouvait l'exiger }a prudence, » Les duchés s'étaient de plus engagés à ne conclure aucune convention militaire quelconque sans le consentement de }a cour de Vienne. En Romagne, l'inQuence de l'antique ennemie de l'Italie était consacrée par la substitution de l'autorité militaire autrichienne à l'autorité pontificale dans la sphère administrative et jusque dans l'ordre judiciaire. La souveraineté du pape n*y existait plus que de nom ; les chefs militaires inscrivaient en tête de leurs publications cette phrase significative : u L'impériale e real governo civile e militare, résidente a Bologna, ordina,.., etc., etc. » On connaît le rôle qui était dévolu à la Société Ferdinandéenne. Cette influence de l'Autriche partout ac« ceptée par les gouvernements italiens les avait tués dans le respect des peuples. Dépourvus de tout point d'appui national, ils ne vivaient que d'une vie factice et empruntée.
quelque chose de réel, rém^ncipation de la droite du Pô, par exemple, on s'en contentera , et on attendra le reste sans murmurer. San$ doute il ne faudrait pas imaginer qu'pn en pût sortir par une déception ; mais cela je le rpgarde comme impossible.
Adieu et à bientôt^
AU MÊME
Turin, 27 mai 1859.
Mon chef ami, je veux vous écri^:*e tous les jours depuis n)on arrivée, et puis , vous savez, Tenfer est
pavé de bonnes intentions! Aujourd'hui, enfin, voilà votre lettre qui arrive et la résolution est prise. Je commence par vous dire combien je suis touché du bon souvenir que veulent bien garder M™'' Rendu et madame votre belle-mère de ma courte, trop courte apparition vue de Clichy. Veuillez me mettre à leurs pieds où je dépose humblement ma demande pour le titre à*amico dt casa. Après ceci, jugez si je serais content de pouvoir, de manière ou d'autre, vous amener au milieu de nous. Je vous avouerai que je ne parviens pas à former un plan raisonnable à ce sujet. Mais enfin les déplacements de tout genre s'exécutent aujourd'hui avec tant d'imprévu qui} ne faut désespérer de rien; et vous croirez sans peine que si l'occasion s'en présente, je la saisirai avec empressement.
Je suis revenu de mon voyage pas mal éprouvé, mais
1 . Après quelques jours passés à Paris, M. d'Azeglio s'était rendu à Londres où il avait adhéré aux quatre propositions qui avaient pour but de « substituer aux traités conclus entre T Autriche et les duchés une eonfédération des Ëtats de l'Italie entre eux pour leur protection mutuelle tant intérieure qu'extérieure. » A cet instant décisif, il ayait
iOO CORRESPONDANCE POLITIQUE
une vingtaine de jours de calme m*ont mis à même de pouvoir de nouveau être attelé; la charrette est lourde et la route mauvaise, mais je me laisse faire. Si je vous parlais au lieu de vous écrire, je vous en narrerais plus long; pour le moment, je vous dirai seulement que je suis en train d'organiser des corps d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie, tout à fait comme les capitani di ventura du seizième siècle, qui plantaient leur drapeau sur la place du marché, avec un trompette et un bureau d'enrôlenàent, et qui criaient : « Chi vuol venire con me? » On peut se vanter un peu avec ses amis, et surtout leur dire les choses qui nous font plaisir. Sachez donc que j'ai la satisfaction de voir accourir en foule officiers et sous-officiers, tous libérés du service, mais qui me disent : « Avec vous, nous venons. » Suis-je donc vantard! Tout ce monde-là a la moustache grise, mais le général, à cet égard, n'est pas sans reproche, et j'espère que s'il est vrai que besoin tait trotter la mule, nous trotterons bien aussi pour un meilleur motif.
Les choses vont bien ici, et quoiqu'on n'ait encore rien fait d'important, les affaires d'avant-garde ont toutes été à notre.avantage. Il faut voir comme on reçoit vos soldats ! Hier, deux escadrons de lanciers passaient sous mes fenêtres au milieu d'une foule ne sachant plus comment exprimer son bonheur, et presque tous les officiers portant un gros bouquet que les dames leur avaient jeté des balcons ! C'est la lune de miel en son plein ,
également accepté, au nom du roi de Sardaigne, le principe d'un désarmement simultané des puissances engagées dans la lutte diplomatique. On pouvait croire à la réunion prochaine d'un Congrès où les États italiens eussent été représentés, et où, selon le vœu de la brochure Napoléon lll et l'Italie^ « la diplomatie ferait, la veille d'une lutte, ce qu'elle ferait le lendemain d'une victoire, d quand tout à coup le cabinet devienne adressa au cabinet de Turin (23 avril) la sommaUon d'avoir à désarmer le premier et sans délai.
et j'espère qu'elle sera la comète de mt>/-( passez -moi le néologisme) et encore de celles à révolutions séculaires.
Je me laisse aller à bavarder, et J'oubliais presque de vous dire combien je trouve utile et important le sujet que vous voulez traiter. Faire comprendre que l'Autriche mine moralement la papauté, sous prétexte de la servir, c'est là le point le plus important. Si ces Monsignori voulaient seulement se laisser servir! mais
Je pense que dans une quinzaine de jours je quitterai Turin assez tolérablement accompagné; et il est possible que je puisse bientôt vous dire quelque chose de plus explicite à mon sujet.
Tout à vous.
P. -S. Merci de la communication que vous me faites de la lettre dû P. Lacorjçjaire à l'abl^ Perreyve^. Voilà
f . Lettre écrite de Sorèze, le 2'i avril 1859 :
(1 L'Autriclie ne pèse pas seulement sur l'Italie d'un poids
injuste et oppressif qui retient ce pays sous un régime militaire ; elle pèse aussi sur l'Église en empêchant la papauté de conserver -en Italie le caractère qu'elle y avait 'toujours eu, et qui la rendait chère à ses habitants. Depuis 1815, appuyée sur le bras dô fer de l'Autriche, elle s'est peu à peu aliéné le cœur de tout ce qui l'entoure, et elle n'a plus vu le salul que dans une compression par la main de l'étranger. Soit donc que je considère l'Italie comme une nationalité ou un ensemble de nationalités évidemment opprimées, soit que je la considère au point de vue de la papauté et de l'Église , je crois que l'état actuel est intolérable et qu'il en faut souhaiter la an. Ce fut, du reste, toujours la politique de nos rois, de rendre à l'Italie sa pleine indépendance : Henri IV, Richelieu, Louis XV^ firent des traités dans ce sens; et, si telle était leur pensée lorsque l'Autriche ne possédait du sol Italien que le chétif duché de Milan , que serait- ce'aujourd'hui où l'anéantissement de l'État de Venise a fait de cette puissance la dominatrice absolue des vingt-deux millions d'hommes de la péninsule ? Sans doute l'élément révolutionnaire et anti-chrélien est fort à craindre ; mais il se nourrit principalement des généreuses passions du patrio-
deux nobles esprits, et, enfin, des gens qlil comprennent. Dieu veuille que leur pensée soit quelque peu contagieuse dans votre clergé, qui généralement, ce me semble, suit la bannière de \ Univers, Aures habent et non
tlsme, et c'est cette place d'armes qu'il faut lui enlever par une guerre de puissance à puissance, où Ton a des chances de vaincre l'ennemi sur le champ de bataille, et de contenir en même temps l'esprit révolutionnaire et anti-chrétien. Que si la Providence permet aux passions déchaînées de prévaloir un moment, ce sera sanâ doiilé Une gràiide calariiitéj mais ce sera la faute de ceux qui, en (815, omi telléitient abusé de la force contre des nationalités dignes de respect, et leur ont fait une situation qui n'a cessé de s'aggraver depuis quarante -cinq ans. Nous aurons eu, du moins, en France, l'honneur de briser avec ce parti injuste,et de verser notre sang pour une cause juste et libérale.»
« Quelque sévère que l'on soit pour un gouvernement^ il faut
reconnaître ce qu'il tente de bien, et j'avoue que si la politique actuelle de l'Empire ne cache aucun piège, 8'il soutient à la fois la cause de l'indépendance italienne et la cause des libertés de 'l'Église, je ne pourrai m'empêcher de lui être reconnaissant. La guerre de Crimée était déjà une belle guerre, mais sans grand péril, à cause de Talliance étroite de la France et de i'Anglelerre ; celle-ci, au contraire, est périlleuse , plus juste encore, et à ces d^ux points de vue, elle mérite Un assentiment plus marqué. L'Elupire joue son existence, et devant l'égoïsme politique qui nous étreint depuis 1815, c'est une noble altitude que l'on n'était pas en droit d'èspérér.
«Voilà, mon cher ami, mes sentiments. Je ne crains rien pour |{ome: elle peut souffrir un jour ; mais il vaut mieux souffrir en se sauvant que jouir en se perdant. Les malheurs de l'Église det*'rànce, de 1793 i 18Ô1, l'dnt épurée et rajeunie; il en sera de même de l'Ëgltse romaine et de l'Église Italique , si Dieu les appelle toutes deux a des épreuves et à des expiations.
(( Ne vous figurez pas, du reste, que nous soyons les seuls catholiques à penser ainsi. Il eil est une multitude qui ne forment pas d'autres vœux. Mais le régime autrichien a frahctii les Alpes, et les violences de la presse, qui se dit ultramontaîne parmi hOus, itnpHment. aux esprits une sorte de terreur puérile. Cette tyrannie paèsera comme toutes les autres,* elle est à la veille, je crois, de i*ecèvOir un g^dnd coup, et, dans tous les cas, il en sera ce qu'il plaira à Dieu î n
audiurit; oculôs habenf. . . Cécité et surdité; c'est beaucoup. La lettre que le P. Lacordaire vous avait adressée à Tous-tnéme était déjà très-significative ^ Pour Dieu, on devrait fépandre ces lettres-là par milliei's.
AU MÊME
Turin, 5 juin 1B59.
Cher ami, votre amitié, de prés comme de loin, veille constamment sur moi ; Tarticle que vous m'envoyez en est la preuve. Mille fois merci pour la cent et unième fois. Si je n'arrive pas à toutes les grandeurs de ce monde, ce ne sera pas de votre faute. Cette fois-ci, il paraît pourtant que je ne serai pas destiné à continuer les BernabiVisconti et C'®. Mon règne n'est pas de ce monde-là. J'attends toujours les événements qui doivent m'ouvrir les portes de celui qui m'est destiné. En attendant, je continue à former des cadres, et à rassembler mon matériel. Vous voyez par les journaux comme nos affaires marchent bien et rapidement. Je crois que l'Empereur est général.
1 « Sortir de là est le besoin du monde et de l^Église,
son plus pressant besoin. Y parviendra-t-on cette fois ? C'est le secret de Dieu. Mais, tôt ou tard, soit que les nations étrangères ne le permettent pas aujourd'hui, soit que les passions révolutionnaires y mettent entrave, tôt ou tard, j'en ai la conviction, l'Italie sera libre et rassemblée dans ses divers États sous une confédération libérale et -chrétienne. Jamais avant ce grand événement, qui se liera peut-être à la chute européenne de l'islamisme, jamais l'Église ne reprendra dans le monde le terrain qu'elle a perdu depuis Luther. L'Halle libre, c'est la papauté délivrée, quelles que soient aujourd'hui les apparences contraires ; et sans la papauté délivrée de l'étrauger et de l'absolutisme autrichien, il d'éSt pas possible de ramener les peuples au bercâàu de la foi. — Tbilàj Monsieur, mes sentiments; ils sont conformes aux Tôires i» (Sorèze, 12 arril 1859.)
loi CORRESPONDANCE POLITIQUE
Ses derniers mouvements le prouvent, et les hommes spéciaux les admirent beaucoup.
Inutile de vous parler de l'élan des troupes. C'est réellement hors ligne. La présence des souverains et l'émulation entre les deux armées donne à toute action un caractère d'impétuosité à laquelle rien ne peut résister. Aussi, pas une affaire où les Autrichiens aient tenu. Le roi a fait des siennes. Il s'est tellement exposé à Palestro que les zouaves l'ont empoigné pour l'empêcher d'aller se faire casser le cou. Après l'affaire, ils l'ont nommé caporai; et l'Empereur, après l'avoir sermonné sur son imprudence, lui a dit : « Si ça vous arrive encore, je vous mettrai aux arrêts. »
On tremble en songeant à la possibilité d'un malheur ; mais c'est beau et c'est utile : s'il gagne du terrain, il l'aura bien mérité. Quelle drôle de figure font, à côté de lui, les autres souverains d'Italie! Décidément, je crois que tout ça va crouler, et définitivement. L'Autriche tombera sous la question financière autant que sous la question militaire; elle servira d'exemple au monde qui verra quelle est la dernière conséquence de l'injustice : se briser contre l'impossible.
Adieu, cher ami, adieu, mesdames, adieu, enfants. Priez pour nous; et vogliatemi bene.
AU MÊME
Turin, 10 juin 1859.
Cher ami ,
Ce qui se passe en Romagne peut devenir fort compromettant si on n'y prend garde , je suis entièrement de votre avis; mais le jour devait venir où cette chienne de question aurait mis tout le monde au pied du mur.
DE M. D'AZEOLIO. \0ô
et nous y voilà bel et bien. Il n'est plus possible de tergiverser aujourd'hui. Il faut donner la meilleure forme possible à la solution; d'accord. Mais elle est inévitable. Or, voici l'état des choses au moment où je vous écris. Les sujets du pape, en Romagne, ne veulent plus de son gouvernement, c'est notoire. Les Autrichiens quittent les provinces; celles-ci se séparent sans Je moindre effort, sans Tombre d'une violence, comme tout ce qu'il y a de plus naturel. Voici comment les choses se sont passées à Bologne : au départ des Autrichiens le cardinal Mil- Jesi envoya chercher le Municipio : « Signori , possono « rispondere délia tranquillità ? — Eminenza, no. — € Dunque me ne vado! — Eminenza, si. » Pas plus fin que cela.
Après le départ du cardinal, tout le monde s'est embrassé, on a proclamé d'enthousiasme la dictature de Victor-Emmanuel ; et, de proche en proche, ça va comme les capucins de cartes. — Maintenant il n'y a que deux partis à prendre : ou répondre à la députation de la Romagne : Nescio vos/ et alors dans un mois, au plus tard, IMazzini et ses assassins régneront ; on commencera par les prêtres, et comme l'appétit vient en mangeant, on passera aux propriétaires, etc.. Et aloi^s? Il faudra bien faire (avec plus de difficultés, et avec une lourde responsabilité de tout ce qui serait arrivé de désordres) ce qu'on peut faire avant, avec certaines formes et sous certaines conditions.
Le Piémont, non plus que la France, ne doivent avoir aucune part dans le mouvement ; mais une fois que le mouvement est fait et achevé, cela devient une question (l'humanité, de droit naturel; et si le parti, ou mieux encore, si la secte politique qui porte le masque catholique et qui ne cesse de confondre à dessein les intérêts religieux avec les intérêts politiques, veut nous attaquer, eh bien I le monde civilisé jugera, et nous nous dé-
fendroîls. Je vous demande si, dans le inotnent actuel, il est possible de satisfaire à toutes les exigences? On peut dlHget* certains mouvements, mais les comprimer, impossible. J*ai la Romagne à conduire. Comme vous voyez, on lïié fait là lin fameux lot ! Je n'ai jamais reculé devant les difficultés; aussi, va pour la Romagne î mais atit conditions qui résultent de tout ce que je viens de VoUs dire. Après le fait accompli , plutôt que de laisser égdrger les prêtres, j'irai, et je ferai de mon mieux. Mais quant au fait lui-même, ça ne regarde que les Romagnôîs, et je ne m'en mêle pas. Si le cas arrive, et je le vois venir au pas de course, mon thème est simple. Je vais leur déclarer que je n'entends nullement préjuger les questions politiques, mais simplement sauvegarder la tranquillité publique, et utiliser les ressources du pays en faveiir de la cause de l'indépendance. L'urgence du moment, c'est d'avoir des soldats et de l'argent pour les payer. Les questions internationales viendront après. Vous comprenez que pour tenir au milieu de tous ces éléments^ il me faut des forces. Je réunirai ma brigade en formation à celles déjà organisées que me foiirnit le gouvernement. Avec cela je suis en mesure. Vous nie demanderez si cette position m'amuse beaucoup. Devinez : l'eiijeu, c'est ma réputation 1
AU MÊME
Turin, 3 juillet 1859.
Mon cher ami, cent fois j'ai voulu vous écrire ces jours-ci, et toujours des notes de fournitures, des rôles, des postulants, des récalcitrants, qui se mettaient en travers ! Enfin^ il faut bien pourtant que je vous dise un
ot avant de partir, et comme c'est pour demain il 'y a pas de temps à perdre.
La question s'est débrouillée finalement! La députaion des Romagnes a vu l'Empereur et le Roi, et celui-ci ui a fait la réponse que vous verrez bientôt dans les ournaux : elle n'est pas entièrement d'accord avec celle «[u'on lui avait prêtée; et à ce sujet, je vous l'avoue, tout accoutumé que je suis à l'impudence des mensonges de la secte, cette fois- ci j'ai été pris au dépourvu. Enfin n'importe : cela n'a pas empêché le roi de reconnaître qu'on ne peut pas laisser les Suisses égorger les femmes et les vieillards, ni la sociale trouver son nid au beau milieu de l'Italie ; et cela ne m'empêchera pas non plus d'aller prêter main-fopte aux lois élémentaires de l'humanité et de l'Ëvangile. Ah! si le pape voulait seulement!...
Imaginez que j'ai commencé cette lettre il y a trois jours, et je ne sais trop si elle pourra partir aujourd'hui.
Les détails, qu'on reçoit de Pérouse sont affreux. Et passe encore pour ces mercenaires! Mais les récompenser, proclamer qu'ils ont suivi leurs instructions, ça fait tourner la tête ! Dieu permettrait-il que tout sentiment religieux, toute idée morale se perdit en Italie ? Si sa! evanuerit, iri quo salietur?,,. Comme vous pouvez penser, ces horreurs ont produit en Romagne une levée en masse : on s'assemble, on marche sur les brigandj. Dieu sait quelles conséquences s'ensuivront.... Et voilà le fruit de la politique impitoyable qui a prévalu pourtant, pendant cinquante ans, dans les chancelleries européennes.
Hier, j'ai vu l'attlcle que vous m'avez envoyé : Grazie fratello! Il faudra bien enfin que les honnêtes gens arrachent le masque aux hypocrites ! lUille tenerezze à vos dames et aux petiots.
Tout à vous.
AU MÊME
Tarin, 24 juillet 1859.
Cher ami, si, — il y a deux mois, — on avait proposé le problème suivant : Aller en Italie avec deux cents mille hommes, dépenser un demi-milliard, gagner quatre batailles, restituer aux Italiens une de leurs plus belles provinces, et en revenir maudit par eux, on aurait déclaré le problème insoluble. Eh bien, il ne Tétait pas; le fait Ta prouvé.
Le quadrilatère est intact; la Lombardie est ouverte : qu'une occasion se présente, et TAutriche aura tout repris.
D'ailleurs, qu'est-ce que l'Autriche dans une confédération italienne? Le loup dans la bergerie. L'Empereur a oublié à Villafranca le chapitre des speranze^ que vous citez, et qui est pour nous la loi et les prophètes.
Dans l'Italie centrale, les esprits enflammés par tant de promesses n'accepteront pas, soyez-en sûr, la paix de Villafranca. Ce sera, que sais-je? l'inconnu! — On peut répondre : Mais enfin, vous avez gagné la Lombardie! — D'accord. — Mais la position est moins sûre aujourd'hui qu'elle ne l'était avant la guerre, et à un changement quelconque qui arrive en France ou en Europe, songez à quelles terribles éventualités nous nous trouvons exposés.
1. Délie Speranze d'Italia, cap. vi, p. 43 deTédit. de 1855. Dang ce chapitre, le comte Balbo démontrait que la Confédération était impossible pour les États italiens si on y admettait une puissance étrangère. « Alors même que l'on stipulerait et jurerait que le pape serait président, le pape ne le serait pas ; sa présidence ne serait qu'un mensonge; dès que l'Autriche ferait partie de la Confédération, l'Autriche serait tout, et l'égalité des membres de la fédération deviendrait une flclion diplomatique; non, les princes italiens et leurs ministres ne se feront pas volontairement plus dépendants, plus esclaves qu'ils ne le sont aujourd'hui. »
DE M. D*AZEGL10. 109
-Après cela, je m'abstiens de tout jugement t>ur la conduite de TEmpereur; en fin de compte, il a été au feu P^ur nous contre l'Autriche; et pour ce qui est de vos ^^mirables soldats, j'embrasserais leurs genoux. Mais ^^la n'empêche pas que notre pauvre Italie ne soit dans ^^^■^€ terrible situation! En vérité, je m'y perds!
îour ce qui me regarde, voici mon histoire en peu de ^^^ts. Je ne voulais pas aller à Bologne tant que la ques- ^^^n des Suisses^ n'était pas résolue. Je disais au minisi*e : Vous vous mettez dans l'alternative de detoir ou ^us retirer devant une sommation, ou de faire la guerre au ï^spe. Un ordre militaire m'a forcé d'y aller. Une fois là, ^ ^ Giunta m'a déclaré qu'elle était impuissante à main- ^^nir l'ordre. C'était vrai. J'ai dû prendre la dictature, ^Contrairement à mes instructions, qui me le défendaient formellement. Après trois jours, l'ordre m'est arrivé de ^e concentrer et de me diriger vers la Lombardie avec mes troupes et mes employés. D'un côté, les Suisses de Térouse étaient à la frontière, et, à l'intérieur, les mazziniens n'attendaient que mon départ. Je n'ai pas hésité. Je me suis dit : L'abandon immédiat de ces populations serait le déshonneur pour le roi et pour moi; dès lors c'est l'impossible, et j'ai désobéi. Au lieu de me concentrer, j'ai fait un détachement de neuf mille hommes que j'ai envoyé couvrir la frontière, et j'ai laissé trois mille hommes à la défense du gouvernement que j'avais établi à Bologne, confiant à mon chef d'état-major, le colonel Palicon, tous mes pouvoirs.
Après cela, je suis parti pour Turin; je me suis présenté au roi, et je lui ai dit : « Sire, Votre Majesté peut me mettre sous conseil de gueiTe, car j'ai formellement désobéi à ses ordres. » Il m'a demandé des explications,
1 . On désignait sous ce nom les mercenaires allemands qui avaient figuré à Pérouse.
HQ CORRESPONDANCE POLITIOUE
et, après les avoir écoutées, il m*a dit : « Vous avez bien fait; l'ordre qui vous a été expédié était un malentendu. » Voyez pourtant de quelles circonstances imprévues et inexplicables peut dépendre le sort des hommes et la marche des événements t Vous imaginez quels moments j'ai dû passer; etajout(Bzla circonstance matérielle d'une atmosphère de feu. Dans les salons du palais de Bologne, j'avais 32 dagrés Réaumuri Je suis encore accablé d'affaires ; ainsi, la suite prochainement.
Mille tenerezze.
AU MÊME
Cannero, 13 août 1859.
Mon cher ami,
J'ai à vous remercier de votre brochure^, véritable boulet rouge dont vous avez atteint l'Autriche à la ligne de flottaison. Et malgré tout cela, malgré le mensonge et la fraude permanente sur laquelle elle s'appuie, elle est loin de vouloir sombrer !
A ce propos, — à propos de Rome surtout, — permettez-moi de vous dire mon idée. Je vois poindre à l'horizon bien des complications qui seront la suite de la paix subitement conclue. Ce qui a été dit et fait jusqu'alors pour l'organisation de l'Italie, les événements et la force des choses vont rayer tout cela; et Rome se trouve dans une situation absolunaent nouvelle. Eh bien, avant tovit, — il s'agit ici de politique, — et coûte que coûte, le salut de mon paysl C'est au pape, comme aux autres princes italiens, à s'arranger en conséquence. Or défendre le pape pontife, c'est sans doute le devoir de tout catholique convaincu. Mais soutenir, à un point de vue absolu, le pape souverain, présenter le pouvoir tem-