‹ L'Italie de 1847 à 1865Chapitre 48 sur 85 · Le Pape et le Congrès · texte numérisé non relu

Le Pape et le Congrès

(temporelle s'enlend); voudra-t-elle se momifier de cette façon? — Et puis, et surtout, les Romains accepterontils? Car enfin, les Romains au moyen âge, et jusque dans les temps modernes, ont vécu de la vie de tout le monde en Italie. Leur plaira-t-il de se faire exproprier de la vie publique, pour cause de convenance religieuse?

J*ai usé une rame de papier, et vous voilà forcé de me lire. Encore pardon.

AU MÊME

Gènes, 10 janvier 1860.

Cher ami, pendant que je m'évertuais pour être en règle relativement à la traduction, elle a paru à ma barbe, publiée sans nom d'éditeur, et avec celui du traducteur seulement. J'ai immédiatement écrit à Galeotti de pousuivre ledit traducteur, si la loi est pour nous. J'ai chargé un avocat de Turin de s'occuper de l'affaire. Que M. Dentu fasse des démarches : il doit y avoir des traités. En attendant, on va faire un article de quelques lignes pour mettre en garde le public, et déclarer M*** pirate.

Je ne pleure ni M. Walewski ni le congrès. Seulement, comme le premier a toujours été parfait pour mpi personnellement, si sa chute le contrarie, je le regrette. J'ai toujours éprouvé de grandes diflicultés à me figurer le désespoir d'un ministre tombé. Quant au second, je lui chante son Requiem sans restrictions.

Qu'avons-nous besoin de congrès une fois que France et Angleterre déclarent qu'on n'emploiera pas la force? Toute la question est là : qu'on laisse les Italiens s'arranger entre eux; les choses prendront leur assiette naturelle. Voilà assez longtemps que, grâce à l'Autriche, on n'a eu en Italie qu'un ordre factice. La France ne peut

DE M. D'AZEOLIO. 145

s'y faire à son tour, et indéfiniment, le gendarme du pape : qui donc y gagnerait quelque chose ? Ce ne seraient pas les intérêts religieux, assurément.

Je suis enchanté d'avoir l'approbation de l'évêque de

Troyes. N'est-il pas M. Cœur? J'ai connu, en 4836, à

Paris, un abbé de ce nom. Il prêchait avec une vogue

immense dans une église en forme de rotonde, il me

semble, dont j'ai oublié le nom. Serait-ce le même?

Quoi qu'il en soit, si vous êtes en correspondance ^vec lui, veuillez lui exprimer la vive satisfaction que je ressens d'être approuvé par un prélat d'autant de *savoir et de renom. Cela prouve qu'on peut aimer son jpays, quand ce pays est l'Italie, et ne pas être un aussi ^rand mécréant que le veulent certaines gens : Dieu en soit loué !

Je suis décidément très-satisfait du succès de ma brochure française. En Italie, on ne me trouve pas du tout trop chrétien , et l'on accepte parfaitement mes sympathies religieuses : lant il est vrai qu'en général , on ne soupire ici qu'après le moment où les soldats et les sbires Tie se dresseront plus entre les cœurs et le Christ!

AU MÊME

Turin, 14 janvier 18 60,

Cher ami, j'aurais dû vous écrire plus tôt de ne plus vous inquiéter du sort des exemplaires. Après neuf jours de grande vitesse^ ils sont arrivés. Pour moi, c'était toujours à temps. Mais mon libraire Giannini s'arrachait les cheveux, car c'était de beaux écus de moins. Bref, on me fait bon accueil ici ; mais l'essentiel est ce que vous me dites de Paris,

Hft CORRESPONDANCi: POLlTlOUlil

Au feUrplUs ratteillion est ailleurs : Le Pape et le Congrès l'absorbe naturellement. Ort l'a traduit, retraduit, iiaiprimé, réimprimé : On en pourrait paver l'État roittain. Sihgulièré brochure ! si Vous l'eussiez écrite, vous, vous l'auriez faite à la fois plus radicale et plus catholique.

Telle qu'elle est, elle met ici à tout le monde le diable au corps. Malgré cela , aucun désordre n'est à craindre, tant qu'on espère. Mais Dieu garde qu'on crût pendant seulement vingt-quatre heures, en Romagne, que le gouvernement dei preti reparaîtra I Les Romagnols ont brûlé leurs vaisseaux. Ce serait au dernier sang désormais. Il y a quelques mois. Un homme du peuple accosta Pepoli sur la place San-Petronio, à Bologne ^ et lui dit : Fvrse i preti di Borna tornerannoi ma allora, dei préti di qui non ne scappa uno I Si les choses s'arrangent, il n'y aura pas un cheveu d'arraché; si elles se gâtent, gare i

L'Empereur me paraît^se rendre compte de la situation; Vos évêques, par contre, ne semblent pas s*en douter. Ils m'ont tout l'air de supposer qu'il ne dépendrait que d'un acte de sa volonté pour rendre les Romaines au pape. Ou donc vivent-ils? L'Empereur s'est décidé à parler net, et dit au gouvernement romain, dans sa lettre au pape, quelques vérités nécessaires; il a serré le bridon ! « Il est probable que les puissances serontd'avis de ne pas recourir à la violence pour les soumettre (les Romagnes^) » Je le crois, pardieu! bien.

Hélas I c'est à Pie IX qu'il faut dire cela aujourd'hui ! Et penser que cet homme-là a tenu le monde entre ses mains, et qu'au cri de : Viva Pio nowo/ l'Italie se côUirbait comme une câVale domptée. — Ah 1 les gens qui l'otit tuéî...

Le congrès paraît donc définitivement ajourné : pour nous, l'inconvénient n^est pas grave, on s'organise.

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