MbH de M. AmbroiseHcmlu, 12 lustra
DE M. î)*AÏÎKOLiO. <59
)leu nous en garde dans sa miséricorde! Ce serait un triste élément, et il y en a déjà d'assez disparates dans "tout ce bolus.
Je n'ai jamais cru beaucoup à l'excommunication, et j 'espère encore, pour Rome, qu^elle hésitera devant cette -multima ratio qui n'aurait que la valeur que lui donnerait l'opinion. Et aloi*s... quelle faute!... Dans ma province ^3U à peu près, on a eu quatorze cents signatures de pré- ■€res ett faveur de la politique des annexions; je les ai envoyées au roi. Quant à là population, ne croyez pas qu'elle fût émue de l'excommunication, si elle arrivait ^ XiBs masses, satis doute, sont ici assez religieuses; mais ^ous les joufs plus netteinent on sépare les deux domai- Tfies, et les Italiens plus que d'autres y sont habitués : Di oggimai,.. VoUs savez.
Pendant les fêtes de l'annexion, j'ai eu sur les bras les tdames du Sacré-Cœur. Elles avaient illuminé pour les Tedeschi; et, à l'occasion de la venue de l'Empereur d'Autriche, elles avaient voulu le faire haranguer par des fillettes piémontaises qui s'y étaient bravement refusées. Maintenant, elles ont fermé leurs volets sans vouloir illumiuer. I^e peuple souverain a cassé leurs vitres* J'ai été personnellement leur exprimer ma douleur d'un pareil excès, et leur promettre aide et assistance. Malgré cinq Carabiniers que je leur avais donnés, le soir suivant, une bande d' Itûimnissmi a passé, et deux malheureux cailloux ont encore fait voler les vitres d'une croisée* Deux Coupables ont été arrêtés; mais le lendemain, la supérieure m'a écfit pour me déclarer qu'elle regardait la ville de Milan comme tout à fait inhabitable. Je lui ai Wpondtt que^ ne pouvant partager cette opinion, je me bdftiais à la respecter. Et voilà comtae quoi les dames du Sacré-CcfeUr nous imposent le regret de leur absence.
1. La bulle d^ excommunication était donnée à Home te jour hiême où cette leUre était écrite, ^6 inai's 1^60.
i60 CORRESPONDANCE POLITIQUE
AIT MÊME
Milan, 21 avril 1860.
Mon cher ami, je suis en retard avec vous; car ces jours-ci, j'ai eu une véritable avalanche de seccatôre.
Eh bien, et M. de Mérode ministre de la guerre! Et Lamoricière général ! Général du pouvoir temporel, lui qui, en 1849, votait, si je ne me trompe, contre la restauration du pape par le président ! Qui veut-on que cela trompe?
Tout le monde sait parfaitement, en Italie, quelle conspiration politique préside à cette croisade religieuse. Lamoricière, qui est fort léger, parle à droite et à gauche; on sait par lui ce qu'il a dit et fait dans les derniers temps, et tout ce qui est concerté avec Vienne et Naples. Orléanistes et légitimistes ont, à l'heure qu'il est, la main dans les affaires romaines; ils font dire partout : « L'Empire va crouler; tout va rentrer dans l'ordre.., » Et en attendant... je ne sais trop quoi, on concentre dans les États romains Irlandais, Suisses, Autrichiens déguisés, légitimistes français, pour la défense ou pour Tattaque, selon le cas. L'Empereur sait tout^la, j'imagine; à lui d'aviser.
Une coalition de tous les vaincus politiques contre l'Empire, à propos et sous prétexte de la question romaine; un rendez- vous général de tous les arrabbiati du globe qui font du Vatican leur Gibraltar, voilà où ont abouti tous les efforts des catholiques honnêtes pour sauver la papauté et le sentiment religieux. Heureusement Naples manque à l'appel. Sans cela, il aurait bien pu arriver que Cialdini dût s'en mêler. Une guerre entre
DE M. D'AZEGLIO. IGl
iensî cela me donne la chair de poule, rien que d'y ser.
IMon Dieu t dans la croisade qui s'organise, il y aura çà là, sans aucun doute, des gens de bonne foi. Si Ton ive aux coups, quelques-unes de vos recrues épiscoles croiront sincèrement « cueillir la palme du mar- :»?e, » et tout homme de cœur devra respecter des gens i se feraient tuer; mais, en réalité, ils n'auront servi e des intérêts, et ne seront parvenus qu'à exciter jus- 'à la rage la haine que porte au système politico-ecclé- ^stique toute la population de l'Italie centrale. — Hélas ( ^las ! dans tout cela où est l'Évangile ?
Ici, le clergé s'est parfaitement conduit. Nous avons averse sans secousse l'annexion, l'excommunication, -•-^ carême et le temps pascal. Franchement, prêtres et -■^ niques se sont entendus, et l'on ne s'occupe plus de ce u on dit ailleurs. Voilà ce que Rome aura gagné. Que sortira-t-il, en définitive, de tout ceci ? A la grâce e Dieu!
P. S, Dans les correspondances de certains journaux
français, on donne de l'importance à R*** comme homme
^'État. On le représente comme le rival de Cavour. Il
l'est, oui. Mais sur quel terrain? Il y a ici un des plus
^aves dangers pour l'Italie. Je vous en dirai plus long
une autre fois.
AU MÊME
Milan, 15 mai 1860.
Mon cher ami, je comprends votre étonnement de tout ce qui se passe à Turin en ce moment. On ne saurait se l'expliquer, ne connaissant pas le dessous des cartes. Je vais tâcher de vous le montrer autant que cela se peut.
La camarlUa présidée par ***, comme disait le grand
Frédéric, a pour âme daronée R*** et le protège, comme de raison, à cause de services passés et futurs.
Cette lionorable association mine Cavour par des moyens qui ne s'arrêtent devant aucun scrupule. La proclamation de Garibaldi disant que le roi est entouré de conseillers peureux, — Cavour peureux I — r c'est de U cuisine de R'**. L>venture de ce vrai héros, et non moins grand niais, est en partie destinée à placer Cavour dans une position intolérable. EtTectivement, ou se mettre hors la loi publique, ou avoir contre soi Garibaldi et tous ceux qui s'en servent comme d'une marionnette I Voilà ce que c'est que de pousser trop loin l'éclectisme ep matière de partis. La triste chose que la vue des coulisses f C'est à en pleurer de rage !
Quapt à moi, comme j'ai une réputation d'honnête homme à conserver, je fais à Milan ma politique à moi; j'ai refusé les fusils à Garibaldi, destitué un syndic qui publiait des invitations à l'enrôlement pour la Sicile, et j'ai notifié aux lialianissimi que , selon mon opinion, on pouvait déclarer la guerre à Naples, mais non pas y avoir un représentant et envoyer des fusils aux Siciliens, J^e jour où ma politique ne spra plus agréée, je dirai bopr jour à mes ministres et à mes fidèles Milanais.
J'ai YU avec grand plaisir qu'on a dit dans un journali — peut-être le Nord, — que j'avais refusé des fonds ponr l'expédition. C'est des fusils qu'il fallait dire; mais la signification reste la même; l'important pour moi, c'est qu'on ne croie pas que je vais à la dérive. Je deviens la bête noire de tout ce parti, comme de raison, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
Notre position en général est grave; l'affaire de Sicile arrive hors de propos. On voit bien le pian du parti avancé, ^ républicain, — qui se sent gêné par l'élément piémontais. Pousser au plus d'annexions possibles, pour que le Piémont disparaisse dans oe grand assemblage
désordonné. Déjà à présent on a toutes les peines du inonde à mettre un peu d'ordre. Que serait-ce si nous avions la Sicile, la Calabre, TOmbrie, et quoi encore sur les bras?
Notre armée est dédoublée, remplie d'éléments nouveaux, et elle aurait au moins besoin d'un an de bonne «t sévère formation; donc, il est heureux que T Autriche soit muselée.
Comme vous vojez, tout cela réuni est sérieux; mais avec de la fermeté, on se tire de tout. Seulement, il faudrait qu'elle commençât par le commencement, c'est-àdire par en haut. Bastal fais ton devoir, et que Dieu fasse le reste !
Je n'ai jamais été l'approbateur aveugle de Gavour, comme vous savez; mais, à mon sens, c'est le seul homme qui ait chance de pouvoir sauver la barque. Impossible de savoir comment tourneront les événements; l'imprévu nous mène, et mène, je crois, tout le monde en Europe. Chaque évolution nouvelle de notre politique ouvre une perspective qu'on ne soupçonnait pas; et je ne m'étonnerais point qu'on attribuât plus tard à des calculs machiavéliques et à des combinaisons profondes bien des faits et des solutions que ceux qui en paraissent les auteurs n'auraient jamais crus possibles. Que voulez-vous ? tout était factice en Italie depuis quarante ans; le mouvement de détente violente de ressorts, si long temps comprimés, amène des résultats qui déconcertent toutes les prévisions.
Ce qui se passe à Rome est toujours la grosse affaire en regard des événements de Sicile. Je ne crois pas, j'espère n'avoir pas à croire à des menaces sérieuses qui auraient été faites à Lamoricière; non pas que les mazziniens n'en soient bien capables, mais ces bruits-là sont, la plupart du temps, inventions des partis extrêmes qui échangent réciproquement des aménités sous forme
d'accusations d'assassinat. — Le poignard! grand Dieu ! a-t-il déjà assez tait de mal à Tltalie? (Les histoires des pays voisins sont, du reste , sous ce rapport, tout aussi riches que la nôtre;) et, à part l'infamie du fait, quelle manière plus sûre de tuer moralement son pays que ces recours au sang?
Après cela, je ne vous cacherai pas que dans les États romains, où la rage est l'état normal de tout le monde, on est aujourd'hui plus monté que jamais. Vous avez beau me dire tout ce que vous suggère une pensée élevée, me parler du dévouement sincère de tel et tel ; je vous le disais dernièrement : Les Italiens ne verront jamais dans ce rendez-vous donné à Rome qu'une conspiration politique contre le mouvement qui les entraîne. Si honorable que puisse être tel ou tel Français qui va r.'enrôler au service du pape, la masse ne sera jamais pour nous qu'une nuée d'aventuriers venant s'abattre, des quatre points cardinaux, sur un malheureux pays, incessamment foulé, humilié, avili par des armées étrangères, sous prétexte de zèle religieux. — Eh bien, c'est vrai, nous sommes las de ces tortures ; et nous éprouvons, contre le système qui nous les inflige, de ces frémissements du patriotisme dont la papauté, dans l'ordre spirituel et vraiment religieux, ne soupçonne apparemment pas les effets. — Et pourtant!... que faut-il pour lui faire ouvrir les yeux ? Dante I Tenez, je finis, car sur ce chapitre là...
Sur ce, je vous embrasse.
AU MÊME
Milan, 31 mai 1860.
Cher ami, voici l'aflaire de la Savoie terminée dans
nos chambres, et le R*** a vécu I Le débat sur le traité ^ a été pour lui un échec complet, quoiqu'il ait fait flèche de tout bois, comme vous aurez vu, si vous avez suivi la discussion. Cet homme a eu le front — et Fimmense maladresse — de vouloir se disculper, et de mêler le nom du roi à une pareille apologie. Il a prononcé quelques phrases avec cette voix vibrante qui enlève toujours quelques bravos comme le si di petto des ténors; mais je vous laisse juger quelle a été l'impression des gens sensés. Le roi est furieux, et je vois par là que le charme peut être rompu : Dieu en soit loué I
Pour ce qui est de la chambre, les votants avec R*" ne sont que 23 ! On peut venir à bout d'une pareille ^rmée, et j*espère que nous pourrons bientôt dire : Parce ^epulto.
1. Traité du 24 mars, pour ]a réunion de la Savoie et de Nice à la France.
L'empereur, recevant la députation présidée par le comte Greyflé de Sellecombe, avait dit :
« Je vous remercie des sentiments que vous venez de m'exprimer, «t je vous reçois avec plaisir. Le roi de Sardaigue ayant accédé au '])rincip6 de la réunion de la Savoie et du comté de Nice à la France, ^e puis, sans manquer à aucun devoir international , vous témoigner ma sympathie et agréer l'expression de vos vœux. Les circonstances dans lesquelles se produit celte recliflcalion de frontières sont si exceptionnelles que tout en répondant à des intérêts légitimes, elles ne blessent aucun principe et par conséquent n'établissent aucun précédent dangereux.
« En eifet, ce n'est ni par la conquête ni par l'insurrection que la Savoie et Nice seront réunies à la France, mais par le libre consentement du souverain légitime appuyé de l'adhésion populaire. Aussi, tout ce qui en Europe ne cède pas à un esprit d'antagonisme d'une autre époque, regarde comme naturelle et équitable cette adjonction de territoire. L'accueil fait aux communications adressées par mon gouvernement aux puissances représentées au congrès de Vienne auto- Hse, pour la plupart d'entre elles, la juste espérance d'un examen 'a.Yorable. »
IM CORRBSPOMDANGE POLITIQUE
Ge qui est loin d'être enterré, c'est le parti mazzinien, rouge, etc. , etc. J'ai toujours cru et dit qu'on s'en était trop servi, ces temps passés. Car enfin, îa guerre, ce sont les armées qui l'ont faite; et les annexions, nous les devons aux ducs et archiducs et non pas aux mazziniens ; maintenant, pourtant, il faut compter avec eux, et sous le nom de Garibaldi on fait passer bien des choses. On enrôle pour les États du pape en disant que c'est pour la Sicile. On fait des quêtes dont le produit sert à nombre d'usages : aux fusils pour Garibaldi, à pousser nos soldats à la désertion, à solder des grèves d'ouvriers, etc., etc. On a arrêté quelques meneurs : le fameux Zambianchi, qui septembrisait au petit pied à San-Grisogono en 49; Fumagalli, et qui sais*je? On parle d'un procès qui compromettrait des geiis qui se tiennent dans l'ombre. M. B***, député dont vous avez" pu admirer le génie, serait du nombre. Comme vous voyez, c'est toujours la même chose ; que le monde périsse, pourvu que leur république arrive.
Heureusement que M. de Cavour paratt décidé à ne pas y aller de main-morte. Et moi I... jugez. Tout à vous.
AU MÊME
Cannero, 4 juillet 1960.
Mon cher ami, que dites-vous de cette date? Cannero f... ah ! Cannero !... N'allez pas croire pourtant que j'aie déserté. Je me suis donné tout simplement huit jours d'isolement pour tâcher de me reconnaître au milieu de tout ce feu d'artifice qui s'appelle la politique du jour. Je savais bien que le monde faisait peau neuve; mais de quel train il y va ! François de Naples donne sa
^constitution ; à Yiefinë on s'y prépare. Je serais curieux 4de savoir si tout ee moiide-là peut se l'egarder saus rire : ^Dn ne doit guère en avoir envie pourtant.
Et nous autres, avec notre représentant à Naples, traitant d'une alliance — offensive bien plus que défensive, — et envoyant tous les jours des convois en Sicile; et les garibaldiens chantant Vittorio [re provvisorio] au bénéfice de la république ! Mais c'est qu'on ment aujourd'hui comme on n'a jamais menti I 11 est vrai de dire que tous ces mensonges ne trompent personne. C'est absolurtient commç si on disait la vérité. Mais c'est un éirâhgepastiéîàèio; que tkite au milieu de tout ceci? Attendre, et i*èn remettre â Dieu qui sait tirer les moissons de 1^ pourrittii*e.
Boinba et Garibaldi ont fait oublier Rome. Qu'y deîlertt-on? P*** m'écrit sur sa nouvelle paternité; — Cest toujours avec un nouveau plaisir, — mais de politique, ce seul mot : Qui^ tutto al sotito.
Non ; je n'ainie pas ces arrestations d'évêques qu'on fait chez nous. tU'ailleurs, pas de martyrs I ça ne mène à ï*îeil. Si on y allait comme avec saint Barthélémy ou saint lliaurent, cela donnerait à réfléchir; mais l'exemple du Cîardinal Corsi n'effrayera personne. Je m'en tiens à ma ^néthode. Je fais excellent ménage avec mes abbés lombards; s'ils ne veulent pas chanter Domine salvum fac Tegem Victorium, eh bien , il se sauvera sans eux, ce qui fait que presque tous le chantent, h n'ai eu qu'un prêtre en province dont il ait fallu s'occuper; mais son cas constituait un délit : c'est le tribunal qui a jugé.
Après-demain, je rentre à mes foyers, où j'ai trouvé une occupation qui vaut mieux que la haute politique. Je m'occupe en détail des Ivoghi pii (j'en ai 800 dans mon gouvernement), et je trouve l)eaucoup à faire. Que d'abus à corriger, que de larmes à sécher, si on veut s'en donner la peine! Condamné à tant d'incertitudes,
ie8 CORRESPONDANCE POLITIQUE
cela repose l'esprit et le cœur. Ici du moins on ne saurait se méprendre; faire du bien à quelqu'un, c'est une bonne chose, à coup sûr.
AU MÊME
Cannero, 22 septembre 1860.
Mon cher ami, vous aurez vu que je ne suis plus à Milan. C'est pour cause de santé; laquelle n'est pas un prétexte, car j'ai un de mes poumons qui commence à souffler de travers. Mais comme. Dieu merci, j'en ai un autre, j'aurais probablement remis à plus tard ce souci-là, sans une autre raison que je me reprocherais de cacher à un ami tel que vous.
J'admets que dans notre position il faille peut-être s'écarter de certaines règles; ainsi je ne condamne ni ne juge personne, mais je me réserve le droit de me juger moi-même. L'affaire des enrôlements ne faisait pas mon compte; je devenais le jouet des agents mazziniens, et je me suis dit : En voilà assez. Je suis payé pour connaître ce monde-là, et je ne me laisse pas prendra à leurs conversions. Aussi, vous voyez ce qui arrive à tapies. On a fini par ouvrir les yeux en haut lieu; de là, la manifestation de M. de Cavour et l'entrée de nos troupes, dont le nombre prouve qu'elles n'en veulent pas exclusivement aux Autrichiens et aux Bavarois du cardinal Antonelli. Mais ma démission était antérieure à ces faits.
Je profite de ce répit pour faire une reprise à mon poumon, que je remplis de la vapeur qui s'exhale de î'iodurate de potasse, et de l'acide sulfurique mêlés ensemble.
Après cela, n'allez pas croire que je compose mon épi-
DE M. D*ÂZEGLIO. 169
taphe. Non, ventrebleul j'entends voir comment tout cela finit, et peut-être y donner un dernier coup de collier. Du reste, il était discutable si on devait ou non laisser partir Garibaldi (pour moi, c'était non); mais au point où nous en sommes, il n'y avait plus qu à le suivre au Quirinal et au delà du Mincio, ou à lui barrer le chemin, et c'est ce qu'on a fait, fort à propos, à mon sens. C'est un peu l'expédition Gioberti en Toscane que j'approuvais entièrement.
AU MÊME
Turin, 4 octobre 1860.
Cher ami, je comprends votre irritation au sujet de tout ce qui vient de se passer et de l'entrée de nos troupes sur les terres du Patrimoine; mais tout en entrant dans votre pensée, et sans assumer à mon compte tous ces faits, permettez- moi une simple observation.
A part les questions qui se trouvent naturellement soulevées, — il ne s'agit pas ici de terres, ni d'immeubles, mais d'un peuple qui s'appartient à lui, et à personne autre, qui a son droit propre comme tous les autres peuples; il n'eât plus question aujourd'hui, à la suite de ces prodigieux événements que nul ne prévoyait et qui nous éblouissent, du Piémont, de la Toscane, de Naples, des États romains, mais de I'Italie; — à part tout cela, je dis comme conclusion : Quand on a foulé aux pieds une nation pendant des siècles; quand rois, gouvernements, peuples voisins, soil par la ruse, soil à main armée, se sont constamment réunis contre elle pour l'exploiter à leur profit, pour la diviser, la partager, la vendre, la revendre, la torturer, l'anéantir, peut-on
170 CORRESPONBANCB POLITIQUE
s'attendre qu'au jour de son réveil elle respectera les lois, les pactes, les traités qu'on a faits sans la consulter et dans le but de la rayer du nombre des nations? Si on sème le vent, on récolte la tempête.
Après tout cela, vous me connaissez assez pour savoir que mon opinion est que, même pour l'Italie, tout n'est pas permis. Aussi je tâche d'expliquer, mais je ne prétends pas tout absoudre.
Mais tous les doubles jeux ne se font pas seulement en Italie! — Mauvaise raison, me direz-vous. — Soit! mais f explique,,. Enfin, et après tout, c'est Dieu qui conduit tout cela; et voyez : noiis faisons une sottise, voilà nos ennemis qui en font vingt pour que la nôtre disparaisse. Et puis, nous avons des bonheurs qui tiennent du miracle. Exemple : Persano me dit qu'une bombe a éclaté à son bord dans le magasin des obus Paixhans chargés ^ et il n'a pas sauté! I II y en aurait bien d'autres.
A une autre fois.
AU MÊME
Turin, 18 octobre 1860.
Cher ami, un mot à la hâte pour vous dire qu'avânthier, au sénat, j'ai prononcé quelques paroles pour avoir un prétexte de déclarer que la récompense nationale décrétée par Bertani à l'assassin Milano est repoussée avec indignation par la nation, ce qui est. Dieu merci! exact.
Gomme le froid précoce m'avait pris à la gorge, j'ai été obligé de faire lire par mon collègue et ami le comte de Cambray-Digny ce peu de mots. J'avais tenté de faire dire quelque chose d'analogue à la chambre; cela aurait
DE M. D'ÂZEGLIO. 171
eu plus de valeur; mais, grâce aux étiquettes parlementaires, fiasco.
Il me semblait un peu bien sévère que pas une voix ne s'élevât à ce sujet. Plus que jamais nous avons besoin de faire connaître à l'Europe que nous ne faisons pas fi des sentiments honnêtes, — en masse.
De Naples, rien d'important. Toujours l'anarchie — bénigne heureusement. Après le triomphe parlementaire, et avec vingt-cinq mille hommes sur les lieux, si le ministère n'en finit pas d'un ooup avec la révolution cosmopolite, — ma foi, il sera difficile de rien comprendre à ce qui se fait.
Adieu, cher ami, vous aurez reçu le Fischietto^^ c'est une étude dal verOé
i . Le Charivari itaUen.
rARSA
(deLLA SETTirtANA PASSATA)
L'azione succède nel Palazzo ex-Reale, proprletà di S. M. Vittorio Emmanuele, quaiido sarà annesso (a).
Garibalûi — non curandosi di qnello che fanno e dioono gll altri — 8ta in un angolo» traceiando sopra nna carta geograflett délie linee che partono da Napoli e mettono a Venezia e a Roma.
Bertani (colonnello) in camieia rossa, con un reYoWer nelle mani, ~ NiGOTERA, barone del mai {b), — Alessandro Dumas, storlografo dl corte e Direttore dei Musei di P^apoli (ora dimessosi volontariamenté), — Ledrd-Rollin, — Victor Hugo, — Crtspi, — Madama Mario e suc maritO; — Sogialisti riforhisti inglesi, russi, wurtemburgliesi, ed altri che si eredono originari del monde délia luna, — Tre minis- TRI in aspettatita d'esser tnandati a spasso, e finalmente Ricgardo SiNEO, siedono attorno ad un taToIo.
n Propeta Mazzini, — approfitando délia distrazionë o preoccupazîone di Garibaldi, — Ta pian pfanino gratfando le parole Vittorio Smmanuele che tengono diefro alla parola Italia, in un> nuovo proclama del DiUatore.
(a) Esquisse d'après nature du système qui règne à Naples (et ne gouTerue guère).
{b) Mai. — Proclamation où il a déclaré qu'en mat il dirait : Viva V. Em.
i72 CORRESPONDANCE POLITIQUE
AU MÊME
Turin, 29 octobre 1860.
Cher ami, nous sommes en dehors de la légalité, oui, oui et oui; mais — qui mieux que vous peut le comprendre? — placez-vous sur le terrain non pas piémontais, non pas toscan, non pas napolitain, etc. (je me répète, et je rabâche, pardonnez-moi], mais Italien, et vous serez obligé de reconnaître que nous sommes dans le droit général d'une nation qui, pour rentrer en possession d'ellemême, est précisément obligée de briser tout ce qui était depuis si longtemps Tordre régulier^ convenu, sanctionné, déclaré sacro-saint par ses bourreaux. La situation est telle. Il y a une force des choses conséquence d'injustices séculaires plus forte que tous les fils lilliputiens qu'on appelle les conventions diplomatiques. Et puis, — je le répète, — je ne justifie pas et je n'absous pas, j'explique, et je présente les circonstances atténuantes qu'admettra l'histoire.
Merci de ce que vous me dites des journaux français, au sujet de mes quelques paroles. On a pris acte de ma déclaration, c'est tout ce qu'il fallait^.
1. On lisait dans la Patrie : « On a beaucoup remarqué dans le monde diplomatique les quelques mots que M. Massimo d'Azeglio a prononcés, au sénat, dans la discussion du 18 octobre.
« Ce discours, où l'ancien gouverneur de Milan adhérait, du reste, à la politique que la force des choses et l'intérêt suprême de l'Italie imposent à Victor-Emmanuel, avait pour but de déclarer à la face de l'Europe que la récompense nationale décrétée par Bertani h la famille de l'assassin Milano était repoussée par la nation avec horreur. M. d'Azeglio s'est exprimé sur ce point, — comme il avait su le faire au moment du meurtre d^Anviti, — avec l'accent indigné de ThoD-
Je ne crois guère à une attaque de TAutriche, pour toutes les raisons que vous savez aussi bien que moi ; mais si elle avait lieu même à présent, je n'en serais pas trop effrayé. Jamais je n'ai vu Tesprit public en Italie aussi ferme qu'aujourd'hui. Jamais la volonté de l'indépendance n'a été aussi générale. C'est mieux que de l'enthousiasme, c'est de la résolution. La génération qui surgit a des qualités qui faisaient défaut à la nôtre. Il y a une véritable soif de concorde et de discipline; et les populations qui étaient les plus énervées, qui répugnaient le plus aux devoirs militaires, fournissent d'excellents soldats. Cette fameuse brigade dont je vous écrivais l'année passée, et que j'avais formée avec toutes ces moustaches grises, la brigade-Bologne, a emporté les deux positions les plus difficiles à Ancône, au pas de course. Elle avait affaire bel et bien à des Autrichiens déguisés en papalini. L'esprit général de l'armée est excellentissime : le matériel est abondant et parfaitement organisé; nous avons quelques généraux qui montrent de vrais talents militaires, presque tous les officiers ont fait la guerre et connaissent le service de campagne.
Après tout, je sais bien qu'on peut être rossé; mais cela, c'est la guerre; et, en tout cas, ce ne serait qu'à recommencer. Car, quant à reculer et à nous laisser
nète homme, avec la noble suscepUbilité du patriote irréprochable qui ne souffre pas qu'il soit porté atteinte à Tlionneur de son pays. Les applaudissements universels ont montré qu'il exprimait les sentiments du sénat tout entier, et par le sénat ceux de l'Italie elle-même. M. d'Azeglio ne pouvait rendre un plus grand service à la cause nationale qu'en la dégageant de toute solidarité avec les folies coupables de quelques hommes qui, si on les eût laissés faire à Naples, eussent fini par la compromettre. L'Italie sera redevable de beaucoup de manières envers l'éminent homme d'État. Elle lui devra surtout cet avantage suprême de n'avoir pas été seulement servie, mais honorée^ dans toute la force du terme, par cet homme de bien. »
diviser de nouveau, il ne faut pas y songer. Ni le roi, ni Cavour, ni personne ne saurai gouverner avec un pareil programme; et ce serait Mazzini, la république, la sociale, que sais -je?
Du reste, ce n'est pas rAutriche qui m'inquiète le plus. Je m'effraye plutôt de la difficulté de mettre de l'ordre, d'organiser, surtout le royaume de Naples. Dieu, quel personnel t et que penser de gouvernements qui ont à ce point pourri un peuple? Pour moi, je n'aurais pas voulu cette annexion de sitôt. Mais Dieu me donnera tort, je l'espère.
Quant à mon poumon, il paraît que Tiodure me réus^ sit. N'en ayez pas de souci. J'arriverai encore à voir la Vénétie délivrée, s'il plaît à Dieu.
âu même.
Gènes, 27 novembre 1860.
Clfer ami, ne me parlez pas de Naples; c'est ma bête noire, et elle devient plus noire tous les jours; c'est à se casser la tète contre les murs. Le roi était ipaitre de la position; et on a créé Garibaldi, avec lequel il faut compter. Cavour avait le parlement dans sa manche, et le parti mazzinien démonétisé; maintenant je l'attends... Et pour le bouquet, les voilà qui veulent monter au Capitolej! J'avoue que j'avais cru, darjs ma simplicité, être délivré définitivement d6s Grecs et des Romains 1 Et noua voilà en 4860 taisant de la politique de libretto d'opéra séria et ressuscitant Cola di rienzol J'aurais envie de taire une brochure de cinquante pages là-dessus. Mais vous comprenez ma position. Est-ce bon de se diviser?
Je me sens tellepoient de mauvaise humeur, que j'ai
fresque Tespoir de me laisser peut-être alarmer hors de propos; enfin nous sommes lancés, et non de rimedio.
LXXYII
AU MÊME
Gêoes, 4 janrier 1861.
Mon cher ami, que la nouvelle année vous apporte à vous et aux vôtres tout le bonheur que je vous désire; el vous n'aurez plus rien à demander à Dieu I vous savez si c'est du fond du cœur que je vous dis cela. Ha santé va tout à fait bien, à condition pourtant d'en avoir queU ques soins; et c'est dans ce but que je me suis placé sur le versant sud des Apennins. Toute la question pour moi est d'éviter ou d'abréger les rhumes auxquels j'ai une grande disposition, et pour cela ce climat est le meilleur remède. En un mot il n'y a pas de dérangement grave dans rorganisme; mais, à force de rouler, la machine n'est plus assemblée aussi solidement qu'elle l'était il y a vingt ans : c'est en règle.
Vous connaissez ma manière de voir quant à Naples , mais pour bien comprendre cette question, il faut la regarder de plus haut; et elle se réduit alors à une des mille transformations du mazzinisme, qui est la révolu-?^ tion cosmopolite, ou mieux VOle-ioi^ que je m! y mette y^parti nombreux sur la face du globe. Le tort de Cavour, à mon sens, c'est de vouloir renchérir sur les idées, f?^ dirai-je les folies, — de ce parti, au lieu de le mettre sous son genou, ce qui ne serait pas dit&cile; car on aurait pour soi bien des gens qui maintenant disent : Puisque Cavour et le roi font les yeux doux aux mazziniens, ce n'est pas à nous à nous montrer pédants. Au fait, qui est-ce qui y perdra?
476 CORPESPONDANCE POLITIQUE
Après cela, le parti est très-adroit ; il vous administre le mazzinisme dans la proportion qui convient selon les cas : à Naples, par exemple, ce sont les grands moyens qu'on emploie, Dio epnpolo, et abbasso quelque chose tous les jours; et puis des démonstrations, des émeutes, etc. A Turin cela n'irait aucunement : il est curieux d'observer le manège plein de réserve du parti chez nous, le soin qu'il prend de son personnel, et son habileté à le mettre en bonne odeur; par exemple, je le vois toujours prêt, son R*** à la main, le faisant aller, venir, paraître à propos avec force éloges, à peine l'occasion s'en présente. Ce qui est plus extraordinaire, il paraît avoir mis dans ses intérêts le Journal des Débats, qui ne tarit pas dans ses correspondances sur le compte de R*** et sa grande dextérité. Je ne comprends pas qu'on puisse oublier les faits et gestes de cet avocat : son attitude dans l'affaire de la fusion de la Lombardie avec le Piémont, en 1848, et sa lutte sophistique avec le comte Sclopis; ses manœuvres au commencement de 49, son opposition à l'expédition de Toscane de Gioberti ; la campagne de Novare ; son refus de la paix avec l'Autriche, qui nous a forcés de dissoudre la chambre et de courir la chance de nouvelles élections en un tel moment , etc.; vous savez si nous l'avons échappée belle alors ! Tout le temps qu'il a passé soit au ministère, soit à la chambre depuis lors, — non ne ha indovinata una, — comme nous disons en italien ; mais il est de la bande, et il faut le pousser; ce qui ne serait pas étonnant, de la part des mazziniens, puisqu'il en est une émanation, dans le genre des jésuites en robe courte; mais ce qui a le droit d'étonner de la part des Débats!
Malgré tout cela, le mazzinisme serait impuissant par le nombre, car c'est une minorité, et comme toujours il supplée par l'intrigue et l'audace; mais en haut lieu, on s'imagine être bien fin en s'en servant pour faire pièce à Cavour !
Je VOUS ai raconté cela il y a longtemps : cette situation est déplorable, et constitue un vrai danger. L'idée m'était venue d'écrire quelque chose à ce sujet, mais comment toucher au nœud de la question ? Et sans cela, à quoi bon?
Adieu, cher ami : espérons dans la Providence et dans la sottise de nos ennemis; et vous, ne vous ennuyez pas de l'Italie, car ce n'est pas sa faute si tout n'est pas fini.
A vous.
P.-S. Avez vous remarqué l'enthousiasme des Débats pour Garibaldi ? C'est tout simplement le thème des mazziniens. Garibaldi est sans contredit un homme hors ligne, comme aventurier, guérillero, partisan, etc.; de plus c'est un honnête homme. Mais il faudrait qu'on fût persuadé une bonne fois que c'est une nullité absolue comme intelligence, — vous savez, « cœur d'or, tête de tuffle; » — et qu'avec son programme de la Vénétie,.du Capitole, etc., Capoue était au moment de l'arranger comme Annibal; et que, sans nous,,, Garibaldi et les siens ont triomphé tant que personne ne se battait ; pour le reste, on a vidé les caisses , désorganisé tout, et mis la cause italienne dans le plus imminent danger. Et on fait de Garibaldi une espèce de Messie f
AU MÊME
Florence, 6 mars 1861.
Mon cher ami, « Être à la fois politique et honnête ! » Vous tracez-là le meilleur et le plus utile des programmes; pensez si je l'approuve et si je l'appelle de tous mes vœux! Il y a quelques mois, je vous écrivis certaine lettre qui doit vous avoir paru bien explicite pour un
ancien diplomate. Si elle n'avait pas été adressée à un ami tel que vous, elle aurait été même fort risquée; entin je m'y suis dégonflé et vous savez ce que je vous ai dit alors. Je n'ai rien à ajouter, sinon qu'il est impossible de se trouver mêlé à tout ce monde- là. Il faut donc faire, ce que du reste nous sommes obligés de faire tous les jours, manger le dîner et ne pas aider à la cuisine.
Quant à l'Italie, je reconnais qu'elle s'est faite comme jamais rien de ce genre n'a été fait au monde; mais je pense qu'elle restera, et qu'après Dieu sait combien de tiraillements intérieurs, elle prendra son assiette. Dans la précipitation de cette œuvre il faut voir, non pas le fait isolé, mais l'ensemble; et, dans cet ensemble, la preuve que tout le travail existait et était achevé depuis long-temps. Je suis convaincu que là est la vérité.
Maintenant c'est l'affaire de Rome qui chauffe. Nous disons : La più dura a scorticare è sempre la coda,.. Ah I Rome, Rome! Mon cher ami, quand je pense à ce que Pie IX a été, à ce que nous avons travaillé à faire de lui, à ce qu'il pouvait, devenir pour lui-même, pour la papauté, pour l'Italie, pour le monde!... Et maintenant! Enfin, il faut conclure de ce qui est arrivé que Dieu n'a pas voulu le maintien du temporel, qu'il voulait le châtiment de tous ces pouvoirs oublieux de leur origine et de leur mission; qu'il voulait l'unité de l'Italie; qu'il voulait, en somme, toute autre chose que ce à quoi pensait la prévoyance humaine.
Mais maintenant quelle peut être la solution ? Vous savez ma manière de penser là-dessus : au lieu de vous la développer avec les nouvelles applications qu'elle exige depuis les discours de vos chambres, samedi je vous expédierai une brochure qui paraîtra ce jour-là, et pour laquelle vous pourrez me chanter un Requiem si vous le voulez bien, car je vais être lapidé! Imaginez que je fais la sottise de prêcher contre la capitale à Rome
DE M. D'AZEOLIO. i79
au moment de ce cri général qui nous convie au Capitole, à l'effet d'y recommencer je ne sais laquelle des grandes ères, peut-être celle de Cola di Rienzo. Enfin, comme je ne désire rien et ne demande rien à personne, je dis ce que je crois vrai; et après, qu'on s'arrange!
Je vous enverrai deux exemplaires^, et j'aurais l'am- Mtion de les faire arriver à l'Empereur et au prince.
Veuillez me mettre aux pieds, — style directoire, — de madame Rendu, qui ne nous pardonnera pas, je le crains, tous nos méfaits; plaidez pour nous et surtout pour moi.
Tout à vous.
P.-S, Un de mes anciens amis, député, arrive de Turin; il me dit que le groupe contraire à la capitale à Rome y prend courage. Il faudrait qu'on aidât chez vous en mettant franchement la question sur le tapis. Je ne m'explique pas comment on admet en France avec tant de résignation , dans certains journaux, cette idée toute mazzinienne : le zèle irreligieux peut pousser à de grandes sottises. Il serait important de la discuter, au moins pour les catholiques comme pour les Italiens; si on s'en donne la peine, on l'emportera. Il faut surtout rompre la glace, et mettre du cœur au ventre à ceux qui craignent les mazziniens et ne veulent pas compromettre leur quieto mère.
AU MÊME
Florence, 24 mars 1861.
Mon cher ami, je ne vous ai envoyé que trois exemplaires par modestie; mais puisque vous m'encouragez, en