Questioni urgenti, Florence, 4 mars
i80 CORRRESPONDANCE POLITIQUE
voilà une douzaine à votre disposition par ce même courrier.
Je ne comprends pas qu'il y ait des gens pour dire, en France, dans le camp des conservateurs {conservateurs de quoi?) que rien n'empêchera désormais de monter au Capitole! Ce sont là de ces mots que les partis inventent et qu'on se répète sans les examiner. Comme ce fameux : // est trop tard! qu'on emploie à tort et à travers. Croyez que cette manie de Rome n'est qu'un piège tendu au Piémont. Mazzini sait bien que le caractère piémonlais est le seul obstacle qu'il n'ait pu surmonter jusqu'ici. Il a ébahi tous nos badauds avec son Capitole^, et si la chose réussit, le tour est fait. Mais soyez certain, en même temps, qu'il y a loin d'y avoir unanimité et même majorité à ce sujet. Comme toujours, la folie ou mieux la fourberie crie, et le bon sens se tait. Le courage qu'on
i • « Les gens qui ont proclamé Rome capitale de Vîtalie ont spéculé sur l'effet rhélorico-classique que produit encore ce nom sur les multitudes, lesquelles, en fait de culture intellectuelle, n'ont pas été au delà du Cupitole. ils ont estimé que personne n'oserait appro« fondir la valeur d'une semblable idée : j'oserai, moi, et beaucoup d'autres avec moi; et si je me sens lié, dans une certaine mesure, par l'opinion de mes amis, à coup sûr je ne me sens pns étourdi par la majesté de la roche tarpéienne.
« LMtalie et le monde ont le droit de demander si ce Capitole doit durer éternellement; ils ont le droit de présenter leurs ti Ires nouveaux, et de s'enquérir si l'égalité devant la loi, la légitimité fondée sur le consentement des peuples, si le système des représentations nationales, de la publicité des actes administratifs, etc., etc., ne valent pas en matière politique^ toute l'antique sagesse romaine; si le respect réciproque des nations entre elles, la prospérité du commerce, des industries, ne valent pas les triomphes qui encombraient d'esclaves la voie sacrée; et si , Onalement, aux môles des amphithéâtres et au délicieux spectacle des membres palpitants sur l'arène, etc., il n'y a pas lieu de préférer la vue d'une locomotive transportant sur ses ailes de feu une masse d'hommes égaux et libres, sufllïtante pour peupler un pays? » {Quesiioni urgenti, p. 44.J
DE M. D'AZEOLIO. 181
trouve le plus difficilement est celui d'affronter le mot : codino !
Si Cavour voulait, tout cela s'apaiserait; mais nous avons tous nos défauts. La vanité d'avoir fait Vïtalie et de l'avoir proclamée au Capitole!... c'est là le grand ressort.
Après tout, je serais curieux de savoir comment nous monterions au Capitole tant que vous êtes là; et je serais curieux encore de savoir comment vous planteriez là le pape sans rien stipuler en sa faveur, et si vous pourriez stipuler moins qu'un titre de Souverain, la franchise du tombeau des apôtres et des basiliques, et ce qu'il faut de terre inviolable pour y placer la dateria et toutes les scgreterie oii se font les affaires spirituelles du monde catholique.
Je ne vous cache pas que je suis furieux de voir Mazzini mener tout le monde par le nez en Europe, si pourtant (car nous vivons dans un singulier temps) ce n'est pas lui qui est l'instrument! Elle serait bonne, celle-là ! mais je ne saurais le croire.
La résignation de votre interlocuteur m'a fait venir la pelle di vappone, comme on dit chez nous. Mais non, je compte sur la France pour être sauvé du Capitole; car, bien sérieusement, je regarde cette malheureuse idée comme le germe des plus grands dangers pour nous comme pour l'Europe; et je voudrais bien qu'il dépendit de moi de l'empêcher à tout prix. J'aurais fait autant, à mon sens, que de vaincre à Solferino. Entin, je ne suis qu'un vieux bon à rien, et je ne pouvais faire autre chose que de crier au feu! Le reste à la garde de Dieu I
Je ne suis pas d'accord avec Cavour pour écrire la brochure; mais franchement, je n'étais pas éloigné de croire qu'il ne m'en voudrait nullement; sa nièce m'écrit qu'elle est enchantée de moi et qu'elle est presque convertie; elle était romaine furibonde. Et, en somme.
iS2 CORRESPONDANCE POLITIQUE
voyons : est-ce qu'on peut établir une comparaison entre l'Italie et la France^ ? Votre centralisation est un phéno-
J . Od lit dans les Qnestioni urgenti : « L'Italie a le privilège de n'avoir pas besoin de Capitale. Parce que Tune des cités italiennes aura été choisie pour siège du gouvernement, cela ne voudra pas dire que les autres seront réduites à Tétat de villes secondaires.
« Gênes a été réunie au Piémont en 1815. Qui peut dire que, dans cet espace de quarante-K:inq ans, elle ait pris un aspect inférieur à celui de Turin? Qui viendrait des antipodes et serait conduit à Turin, puis à Gènes, devinerait-il laquelle de ces deux villes est la capitale? Il en a été de même pour Milan : sous la domination de l'Autriche, qui, certes, ne Taisait ni sacrifices ni elTorts en sa faveur, ne se maintint- elle pas dans la splendeur d'une ville maîtresse? Et qui pourra s'imaginer que celles des autres villes italiennes qui, 'par leur vertu propre, tiennent depuis longtemps le rang -et jouissent des avantages de cités capitales, vont tout à coup tomber en décadence parce qu'elles se trouveraient privées d'une cour, d'un corps diplomatique et de quelques ministères?
« Je considère comme une heureuse fortune pour l'Italie de se trouver matériellement constituée de manière que la population riche, instruite et indépendante n'ait pas de motifs de s'agglomérer tout entière sur un même point. Je n'ai jamais bien vu les avantages des grandes capitales, mais les inconvénients qu'elles présentent me sautent aux yeux.
« Avant peu d'années, on s'apercevra combien est vaine cette question de la capitale; de capitales, l'Italie en sera pleine l \\ y aura la capitale militaire, la commerciale, l'artistique, l'érudite, la religieuse, l'industrielle, etc., etc. Quelle que soit la ville choisie pour capitale politique, quel grand dommage en résultera- t-il pour les autres? Les chemins de fer n'ont-ils pas supprimé l'espace? Quel motif pourrait engager un habitant de Gênes, de Milan, de Turin, à quitter sa ville pour aller sMnstatler dans celle où siégera le gouvernement? On y verra courir quelques employés, quelques chasseurs d'emplois; les membres du parlement s'y réuniront pendant les sessions. Et après?
« Toute la question, ainsi dépouillée do CAlte fantasmagorie qui enveloppe, dans les autres pays, l'idée de la capitale, se réduit donc pour l'Italie à déterminer le lieu où il convient de fixer le siège du gouvernement. Certes, ce n'est pas là une question vaine! Mais l'important, comme conclusion, est que, renonç-ant ù de misérables jalousies en
mène admirable , mais redoutable. En avons-nous besoin? Et l'unité italienne une fois établie, allons-nous supprimer nos grandes cités? La question religieuse, la question du pape à part, est-ce que Florence, Milan , Turin, Naples, éprouvent le besoin de s'incliner autour d'un fantôme comme les gerbes des fils de Jacob devant celle de Joseph ? — Mais je me trouve admirable : j'argumente comme si je parlais à mes compatriotes, et c'est à vous que je parle.
Pardonnez-moi et pardonnez à ma brochure; vous n'en êtes pas pleinement satisfait : n'oubliez pas que j'y emploie des raisonnements tout à fait italiens, parce que je n'y parle qu'aux Italiens.
AU MÊME
Florence , i *^ avril 1861.
Mon cher ami,
M. le baron de B*** m'a écrit de Paris pour me demander la permission de publier la traduction des Questimi urgent i dont il a été caricato pel ufflzio délia stampa. Si son français ne vaut pas mieux que son italien, me voilà joliment arrangé I Je ne comprends pas trop ce
que c'est que son uffizio délia stampa Enfin, j'ai
donné toutes les permissions possibles, priant seulevue d'intérêts au^i mesquins que malentendus, les Italiens s'entendent pour placer ce siège dans un milieu sain, où le gouvernement se maintienne dans cet état de force virile qui l'a rendu jusqu'à présent inaccessilile aux menaces et aux entraînements, et où il puisse mener à bonne fin cette grande œuvre nationale qui est maintenant si près de son terme. »
ment, en cas dubiœ lecttonis, de vous prendre pour juge en dernier ressort. Votre mauvaise étoile vous condamne à recevoir toujours quelque éclaboussure des élucubrations que je lance à (ravers le monde. Veuillez ne pas trop vous impatienter encore cette fois , si par hazard mon baron se présente chez vous, et témoigner de votre indulgence en rempéchant de me faire dire ce qui serait contraire à mes opinions. Il n'est pas question d'amourpropre littéraire, bien entendu.
Si certains passages de ma brochure ne vous vont pas tout à fait, je suis heureux du moins que vous approuviez ma proposition de choisir Florence^ pour capitale, ou, pour mieux rendre mon idée, comme siège du gouvernement. C'est toujours quelque chose d'avoir lancé cette idée, et j'y ai confiance; aidez-moi dans votre presse. Si le courant qui entraîne tous nos badauds vers le Capitole pouvait être détourné, ce serait immense; et si Cavour voulait, mon Dieu! la chose ne serait pas difficile; mais il n'en prend pas le chemin (de Florence) , le cher homme. Qu'il tire de son côté, moi du mien; nous verrons qui tirera le plus fort. J'attèle avec moi pas mal d'honnêtes gens qui donneront un bon coup de collier : A la rescousse 1
Tenez, sans diplomatie, les dernières séances de notre parlement, le discours de Cavour, tout cela c'est du sanscrit pour moi. Les déclarations du pape d'un côté, celles de vos ministres de l'autre, et Cavour au milieu disant que le pape sera entraîné par nos raisons, et qu'avec l'approbation de la France nous monterons au Capitole : n'est-ce pas évident et clair, d'une irrésistible clarté?
1 (I Dans mon opinion, la ville préférable à toutes, comme sirge du gouvernement, serait Florence. *
Florence a été le foyer de notre dernier épanouissement de liauic culture intellectuelle. Elle est, comme elle Ta toujours été , le centre
DB M. D'AZEOLIO. I8j
J'ai causé hier avec un membre du parlement qui arrive de Turin. D'après lui, Cavour lui-même n'a aucune idée ni envie d'aller à Rome. Je le crois assez, d'après les conditions qu'il y met^. — On a voté, mais
de la langue ; et la langue est un des principaux liens qui unissent et conservent vivantes les nationalilés.
Elle est placée a distance égale des deux extrémités de la Péninsule. Elle n*est pas trop exposée à une attaque du côté de la mer , et elle n'en est pas trop éloignée ; des ouvrages liydrauliques sur l'Arno pourraient d*ailleurs l'en rapprocher davantage. Son climat est excellent.
Elle est protégée contre les agressions du nord par deux lignes, celle du Pô et celle de TAppennin ; facile d'ailleurs à fortifier, quand on le voudra, avec des forts détachés.
Ses habitants sont d'un esprit fin, et d*un jugement plein de mesure. La population toscane est généralement honnête, et point factieuse; elle se corrige rapidement des quelques défauts qu'elle a pu avoir dans le passé; et quand l'habitude de la vie politique s*y sera généralisée, le gouvernement trouvera à Florence ce milieu sain et sûr dont nous avons parlé comme de la plus importante condition pour lui. » {Questioni urgentij p. 51.)
1 Sans même aller chercher la vraie pensée de M. de Cavour^ à cet égard, dans les secrets d'une négociation relative à Tévacuation de Bome que le célèbre ministre poursuivit pendant trois mois, pour laquelle il s'était fait fort d'obtenir la sanction du parlement italien , nais que sa mort empêcha d'aboutir, qu'on lise avec attention le fragment qui suit du célèbre discours du 25 mars 1861 :
11 faut que nous allions à Rome, mais à ces deux conditions :
que ce soit de concert avec la France^ et que la grande masse des catholiques, en Italie et ailleurs, ne voie pas dans la réunion de Rome au reste de l'Italie le signal de l'asservissement de l'Église. Il faut, en d'autres termes, que nous allions à Rome, mais sans que Vindépendance du Souverain-Pontife en soit diminuée, 11 faut que nous allions à Rome sans que l'autorité civile étende son pouvoir sur les choses spirituelles.
a Voilà les 'deux conditions qui doivent se réaliser pour que notre entrée à Rome ne mette point en péril les destinées de Vhalie. a Quant à la première, l'honorable dé|mté Audinol a dit avant
personne ne veut boire le vin qu'il a tiré. Ni en ville ni à la chambre, il n'y a le moindre enthousiasme; et, certes, je le crois; car ici oii on est moins calme qu'à Turin, on
moi qu'il serait insensé de vouloir, dans l'état actuel de l'Europe, aller à Rome malgré la France.
« Mais j'irai plus loin : lors même que, par suite d'événements que je ne crois ni probables ni même possibles , la France se trouverait réduite à une telle situation qu'elle ne pût matériellement s'opposer à notre entrée dans notre capitale, nous ne devrions point réaliser la réunion de Home à l^Italie^ s'il devait en résulter un grave dommage pour nos alliés.
« Nous avons contracté, Messieurs, une grande dette de reconnaissance envers la France. Je ne prétends certes point qu'il faille appliquer aux rapport internationaux les règles strictes de moralité qui doivent présider aux relations individuelles ; cependant il y a des préceptes de morale que les nations elles-mêmes ne sauraient violer impunément
« Mais nous avons encore. Messieurs, un motif plus grave de nous mettre d'accord avec la France. Quand nous avons appelé, en 1859, la France à notre aide; quand l'Empereur consentit à venir en Italie à la tête de sa vaillante armée , il ne dissimula point les engagements dont il se tenait pour lié envers la cour de Rome. Nous avons accepté son aide sans protester contre les obligations qu'il nous déclarait avoir assumées; après avoir tiré de cette alliance tant d'avantages, nous ne pouvons pas protester contre des engagements que jusqu'à un certain point nous avons admis»
(( Mais alors, me dira-t-on, la question romaine est insoluble.
« Je réponds que, SI nous réussissons à r.^aliser la deuxième condition dont j'ai parlé, la première rencontrera peu d'obstacles ; c'est-àdire que SI nous pouvons faire en sorte que la réunion de Rome ù V Italie n'inspire pas de craintes graves au monde catholique^ — et j'entends par là cette grande masse de personnes de bonne foi qui professent les dogmes religieux par un sentiment vrai et non par calcul politique, cette grande masse que n'aveuglent point de vulgaires préjugés, • — Si nous arrivons, dis-je, à persuader à la grande majorité des cathotiques que la réunion de Rome à l'Italie peut s'opérer sans que l'Ëglîse cesse d'être indépendante, je crois que le problème sera bien près d'être résolu.
« Qu*on ne se fasse pas illusion : bien des personnes de bonne foi,
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ne s émeut guère de tout ce feu d'artifice. Il y a même une impression de malaise. On s'inquiète de voir traiter de pareilles affaires avec de tels moyens.
Vous savez, pour ma part, si je suis tranquille. C'est un quitte ou double en permanence t Jugez quelle schiuma révolutionnaire fondrait sur Rome si le gouvernement y était transporté, et comme cela mettrait le ieu aux poudres! J'espère que nous aurons encore à l'Empereur cette obligation : nous l'aurons échappée "belle I
sans être animées de préjugés hostiles à l'Italie ou même aux idées libérales, craignent que le siège du gouvernement italien une fois établi à Rome , le Roi une fois au Quirinal , le Souverain-Pontife ne perde beaucoup en dignité et en indépendance ; elles craignent que le pape, au lieu d'être le chef du catholicisme tout entier^ ne soit alors réduit en quelque sorte à des fonctions de grand aumônier ou de premier chapelain,
« Si ces craintes étaient fondées, si réellement la chute du pouvoir temporel devait entraîner une telle conséquence , je n'hésiterais pas à dire que la réunion de Rome au reste du royaume serait fatale nonseulement au catliolicisme, mais encore à l'Italie ; car je ne puis concevoir. Messieurs, un plus grand malheur pour un peuple civilisé, que de voir réunis dans une seule main, dans la main du gouvernement, le pouvoir religieux et le pouvoir civil ! L'histoire de tous les siècles comme de tous les pays nous le montre : partout où s'est produite cette réunion, la civilisation s'est arrêtée presque aussitôt et n'a jamais manqué de prendre une direction rétrograde ; le plus odieux despotisme s'est établi ; et cela esl arrivé soit qu'une caste sacerdotale usurpât le pouvoir temporel , soit qu'un calife ou un sultan s'emparât du pouvoir spirituel. Partout cette fatale confusion a conduit aux mêmes résultats. Dieu nous préserve. Messieurs, qu'il eu soit ainsi dans ces contrées ! »
Florence , ti ayrii 1861.
Cher ami, je comprends ce que vous me dites; mais j'ai tâché de faire entendre la vérité aux uns et aux autres. Que voulez-vous? Il ne se peut pas faire, vous le savez bien, que les Italiens envisagent la question romaine au même point de vue que les catholiques étrangers; quand surtout ceux-ci sont abusés, aveuglés de bonne foi par vos évoques, eux-mêmes de bonne foi , je le veux bien , mais par cela même d'autant plus à craindre; et c'est là le grand mal, j'ai essayé de le montrera Comment dissiper cet immense et opiniâtre malentendu ?
Cette question de Rome est notre grand péril , le péril
1. On lit dans les Questioni urgenti : « Ce qui est clair à mes yeux, c'est que Tempereur Napoléon ne peut désormais ni prolonger indéfiniment l'occupation de Rome, ni y mettre fin, sans laisser au pape une position définie, convenable et sûre.
« La plus grande difficulté naît de la difTérence de vues qui , dans la question romaine, sépare ritalie des autres pays catiioliqucs.
« En Italie, le pouvoir temporel n'a jamais été fort respecté. Les Italiens, qui l'ont toujours eu sous les yeux, l'ont toujours estimé ce qu'il valait.
« Excités plus que jamais depuis le commencement de ce siècle, les sentiments d'irritation contre la Curia romana se transformèrent un moment sous l'illusion généreuse que les débuts du règne de Pie IX avaient fait naîlrc ; mai^s dans les dix dernières années, ils ont repris
un cours plus violent que jamais
Rome a e.'^péré qu'en liant étroitement le temporel au dogme, celui-ci sauverait celui-là; mais que voyons-nous aujourd'hui? Précisément le contraire : le temporel entraîne le dogme dans sa ruine.
u Ce triste spectacle ajoute encore au feu de Tancienne irritation des Italiens contre la cour de Rome; et il est naturel qu'ils jugent la
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de tout le monde. A part toutes les grandes considérations religieuses, une fois le parlement italien installé à Rome, Mazzini serait maître. Il Test déjà pas mal aujourd'hui. Pensez qu'à ce qu on me dit, le ministère appuie l'élection de M*** î Ici on enrôle pour Garibaldi, et on fait récole du soldat aux recrues! Le jour de la Saint- Joseph, on a célébré la fête des deux prophètes avec des coups de fusils dans les rues, aux fenêtres, etc., etc.
Quant aux affirmations de Cavour, personne ne les prend au sérieux. Le cher homme en est arrivé à ce que , quand il parle, la seule chose qu'on croit impossible, est précisément celle qu'il affirme.
En ce qui me concerne, il a dit à un de mes amis qu'il trouvait fort bien ma brochure; mais « je devais dire ce que j'ai dit. » A vous à interpréter CQJe devais.
Tout ceci ne laisse pas que d'être assez peu rassurant. Si la France avait le malheur de laisser en ce moment Rome disponible, assurément il serait difficile de faire
question romaine à un point de vue exclusif, qui n'est pas celui de TEurope.
« Pour arriver à une solution , il faut que les Italiens, comme les catholiques étrangers, tiennent comple des impressions respeclivcs et des justes égards quMls se doivent réciproquement, et qu'ils se fassent des concessions mutuelles.
« Or, en vue de ces concessions, il est nécessaire, d'un côté, que les catholiques étrangers se persuadent qu'aucun Italien , ni à Rome ni ailleurs, ne veut pluj'ùtre gouverné par les prêtres : sous ce rapport, pas de transaction possible.
« De l'autre côté, les Italiens doivent se dire que la disposition à accepter certaines formes , fout odieuses qu'elles soient devenues , faciliterait beaucoup le^ conclusions pratiques, et que cet assentiment serait pour nous d'ailleurs une manière d'acquitter la dette do reconnaissance que nous avons contractée, en premier lieu, envers lu France et l'empereur Napoléon, et, en second lieu, envers ceux des gouvernements de l'Europe qui se sont montrés favorables à notre cause. C'est un devoir pour nous de chercher à ne pas être pour eux une cause de complications intestines. »
19î) CORRESPONDANCE POLITIQUE
autrement que de s'y installer. Mais j'espère que l'Empereur nous évitera ce danger. On pense généralement que Gavour, tout le premier, compte sur vous pour le sauver de lui-même. Singulière idée! Tandis qu'on aurait une route royale si belle et si large, en être toujours à s'embourber dans des chemins de traverse !
AU MÊME
Florence, 1 avril 1861.
Cher ami, il m'arrive une lettre de Turin, d'un homme qui est la probité et l'honneur personnifiés, exdéputé, appartenant à la gauche de 49 , et revenu sur bien des points. Je vous l'envoie comme pièce à l'appui de ma dernière lettre; vous pouvez la regarder comme l'expression vraie de la vérité^, que toutes les correspondance des Débats et du Nord déguisent à l'envi. — Si c'est un parti pris, tant pis; est-ce là le métier d'une telle presse ?
Je ne parviens pas à me rendre raison de cette entente tacite qui pousse les gens à se faire l'auxiliaire de Mazzini. Décidément je me fais vieux et je n'y comprends plus rien. Il me semble pourtant qu'il serait de l'intérêt de tout le monde de faire face à une explosion de la dé-
1 . « J'ai assisté aux interpellaUons sur la question romaine. C'est à en perdre la boussole; et il faut donc se laisser entraîner par les venfs et par Cavour, sans savoir si Ton va aux éoueils ou au port. Tous nos amis disent la même chose ; mais il est de mode de se mettre un masque pour caclier ses vrais senliments, et l'on se murmure à l'oreille : « Azeglio a raison : Rome capitale est une folie , mais on ne peut dire (« cela tout haut. W faut hurler avec tout le monde. » Voilù où l'on en est à Turin. Préparons-nous à en voir de belles! o
DE M. D'aZEOLIO. 191
magogie. Faites ce que vous pouvez , en paroles et en écrits : il serait bien à propos d'appuyer sur ce fait que Jiome capitale n'est pas du tout une opinion générale; au contraire, vous le voyez ; et cette lettre, c'est la nature prise sur le fait, nature d'iiomme qui voit juste, et <l'homme sincère. — Si on n'oppose rien à toutes ces manœuvres, elles n'auront qu'à triompher; et Home, centre de la démagogie, c'est la fièvre partout.
AU MÉMfc:.
Florence, !•' mai 1861.
Cher ami, je regrette que vous n'ayez pas donné suite à votre projet, mais je comprends cela. On se sent toujours en retard quand on écrit, par le temps qui court.
J'ai entendu parler des lettres de M. deMontalembert^ mais je ne les connais pas; aucun des journaux que je reçois n'en a rien dit. On m'assure qu'il est furieux; mais c'est là son état normal, et je ne crois pas qu'on puisse y trouver remède. Le mécontentement de soi et des autres, et la vanité rentrée sont très-difBciles à guérir. Au fait, M. de Hontalembert a passé sa vie dans un état violent; il se trouve n'avoir guère fait que des fiaschi ; on comprend sa mauvaise humeur. Je ne sais pas ce qu'il dit de moi : cela m'est assez égal; et d'ailleurs, toute ma rancune contre lui tombe quand je me vois transformé en Machiavel t Cela m'a bien amusé.
Garibaldi a eu son compte, comme vous voyez ; mais ça n'empêche pas qu'on ne traite avec lui de puissance à puissance, comme vous dites; et j'en éprouve un sen-