LXXXVIII AU MÊME
Cannero, 21 juillet 1861.
Cher ami, j'ai reçu la brochure, et je vous ai immédiatement écrit, mais la lettre s'est donc égarée? Je vous mandais en tout point ce que vous me dites au sujet de Cernuschi : il y a de la bile républicaine, mazzinienne et lombarde contre le Piémont et la maison de Savoie; mais il dit çà et là de grandes vérités.
Vous savez si j'abonde dans votre sens au sujet de l'Italie méridionale. A partir de l'expédition de Garibaldi, tout a été de travers comme ce devait être. La responsabilité n'en pèse pas sur Cavour ; mais il aurait dû s'opposer et se retirer plutôt que de la permettre. Il m'a dit lui-même qu'il l'aurait pu. Je dirai, moi, qu'il l'aurait dû; mais à quoi bon ces retours sur le passé? Pour mon compte, je bénis la Providence de m'avoir donné une répugnance instinctive à tout ce qui n'est pas loyal. Elle m'a valu de m'être retiré à temps, et de n'avoir pas trempé dans toutes ces bricconerie, puisque je ne pouvais pas les empêcher. Il m'est impossible de rien faire en ce moment pour le pays; aussi je suis à Cannero, où, du moins, je n'ai pas sous les yeux ce triste spectacle. J'ai eu Pantaleoni avec sa femme; ils sont partis hier. Jugez si nous avons causé
de tout ceci, et si vous avez été oublié. Il pense comme
Vous et moi.
Mais nos ministres I ce pauvre Betto s'est enferré, et ce
que vous en dites est bien ma pensée. Quand j'ai lu cet
étrange discours^, les bras m'en sont tombés! jamais je
1 . ft Oui, nous voulons aller à Rome. Rome séparé politiquement du i^twte de l'Italie restera un centre d'intrigue et de conspirations, une tsienaee permanente à l'ordre public. Donc, aller à Rome est pour les Italiens non-seulement un droit , mais une inexora|ile néoenslté. Mais
ne comprendrai quel motif a eu Gavour, et quel motif a Ricasoli pour se mettre toujours à genoux devant Mazzini et la révolution! J'en reviens toujours là : avoir l'Italie qui vous tend les bras, et deux cent mille soldats français qui vous aident, et croire nécessaire Mazzini !
Et voilà la seconde fois que le parti mazzinien aura perdu ritalie. Quand nous serons à dix, nous ferons une croix, comme dit Sganarelle.
comment devons-nous y aller? Le gouvernement du roi, sur ce point plus que sur tout autre, sera franc et précis. Nous ne voulons pas aller à Rome à l'aide de moyens insurrectionnels , intempestifs, téméraires , insensés, qui puissent mettre en péril les faits acquis et compromettre Tœuvre nationale.
u Nous voulons aller à Rome de concert avec la France. Voua Tavez déclaré vous-mêmes dans la mémorable séance du 27 mars. Le gouvernement ne peut pas se séparer de la décision du Parlement.
« Nous voulons aller à Rome , non pour détruire, mais pour édifier, pour offrir un moyen à l'Église, pour lui offrir une voie qui lui permette de se réformer elle-même; pour lui donner cette liberté et cette indépendance qui puissent l'aider et la stimuler à se régénérer dans la pureté du sentiment religieux , dans la simplicité des mœurs, dans la sévérité de la discipline, dans toutes ces vertus qui, au grand honneur et à la gloire immortelle du pontificat, ont rendu si illustres et si vénérés ses premiers siècles ; à se régénérer enfin dans le franc et loyal abandon de ce pouvoir entièrement contraire au grand but, tout spirituel, de son institution.
« Messieurs , le gouvernement ne croit pas la route facile , mais il puise courage et confiance dans la grandeur même de l'œuvre et dans la force et la conscience publiques.
a La révolution italienne est une immense révolution, par cela précisément qu'elle ouvre une ère nouvelle. L'Italie a eu cette grande fortune de jeter les bases, non-seulement de son propre avenir, mais de l'avenir de l'humanité entière.
i( La sainteté donc et la justice de notre cause, le bon sens, la prudence dans Tattente, la hardiesse dans l'action en temps opportun , la fermeté, la persévérance dans les desseins nous ont conduits sur cotte voie, nous ont aidés à arriver à ce point; j'ai la confiance qu'ils nous aideront aussi à toucher le but. h
DE M. D'AZEOLIO. 203
AU MÊME
Cannero, 15 août 1861.
Mon cher ami, il m'arrive une singulière affaire qui peut-être vous aura paru assez bizarre à vous aussi. La lettre à M. Matteucci, qui a paru dans la Patrie, était tout à fait confidentielle comme vous pouvez penser, si vous Pavez vue^ Mon pauvre collègue m'écrit tout effaré