août
 Monsieur Matteucci , sénateur^ etc, etc.
Mon cher ami ,
La question de tenir ou de ne pas tenir à Naples doit, ce me semble, dépendre surtout des Napolitains ; à moins que nous ne voulions, pour la commodité des circonstances, changer les priDcipes que nous avons proclamés jusqu'ici.
Nous sommes allés en avant , en disant que les gouvernements non consentis des peuples étaient illégitimes, et avec cette maxime que je crois et croirai toujours vraie, nous avons envoyé se faire... bénir plusieurs souverains italiens. Leurs sujets, qui n'ont protesté en au* cune façon, se sont montrés contents de notre œuvre: et on a pu voir que, s'ils ne donnaient pas leur consentement aux gouvernements précédents, ils le donnaient à celui qui succédait. Ainsi, nos actes ont été d'accord avec nos principes, et personne n'a rien à dire.
A Naples, nous avons changé également le souverain pour établir un gouvernement par le suffrage universel ; mais il faut , et il paraît que cela ne suffit pas, soixante bataillons pour tenir le royaume, et il est notoire que brigands et non brigands seraient d'accord pour ne pas nous vouloir.
Mais, dira-t-on, et le suffrage universel? Je ne sais rien du suffrage ; mais je sais que de ce côté du Trento, il ne faut pas de bataillons, et qu'au delà 11 en faut. Donc, il doit s'être commis quelque erreur; donc , il faut changer d'actes ou de principes , et trouver moyen de
soi CORRESPONDANCE POLITIQUE
qu'on a abusé de sa confiance, et qu'il est au désespoir de cette aventure. En effet, elle est désagréable non pour moi qui ai assez la mauvaise habitude de tout dire, mais pour les ministres ; et, de ricochet, cela retombe sur moi. J'en suis réellement peiné, et je crois qu'il serait bon de* publier quelque chose comme ce que je vous envoie, pour éviter tout malentendu; j'écris au directeur de la Patrie.
Ricasoli m'a écrit pour se plaindre, Massari idem; et effectivement, si j'étais coupable, ils auraient mille fois raison. J'ai écrit, répondu, expliqué à droite et à gauche pour remédier à l'école de mon cher collègue, qui, on le dirait, paraît avoir voulu faire une de ses expériences d'électricité animale, en mettant tout le monde en émoi. J'ai fait mon possible, et j'espère qu'on s'apaisera.
Matteucci ne m'a pas bien fait comprendre de quelle manière l'indiscrétion a eu lieu. Je la trouve moi-même assez difficile à expliquer, au point que je ne réussis pas à mettre en fuite un petit diablotin qui s'est cramponné à mon oreille et qui m'induit en tentation, en me murmurant que le cher professeur n'a pas été aussi victime qu'il s'imagine; aussi j'ai touché légèrement cette corde.
savoir des Napolitains , une bonne fois pour toutes , s'ils veulent de nous , oui ou non.
A celui qui voudrait appeler ou garder les Allemands en Italie , je crois que les Italiens qui n'en veulent pas ont le droit de faire la guerre. Mais aux Italiens qui, restant Italiens, ne voudraient pas s*unir à nous, nous n'avons pas le droit de donner des arquebusades au lieu de raisons ; à moins que , pour en finir, nous n'adoptions le principe au nom duquel Bomba bombardait Palerme, Messine, etc..
Je sais bien qu'en général on ne pense pas ainsi ; mais comme je n'entends pas renoncer au droit de raisonner , je dis ce que je pense, et je reste à Cannero.
A ce peu de mots, on pourrait faire de grands commentaires ; mais intelligenti pauca; et, ensuite, à quoi bon.^
Agrée?, etc., etc.
Massimo d'âzeglio.
m M. D'AZEGLIO. 205
Quant au fond de mes idées sur Naples, je prie Dieu soir et matin qu'il me donne un démenti. Je dis toujours que « sulle slealtà, le bugia, le corruzioni e i giochi di <L bussolotti, non si fonda una nazione, corne non si « fonda nulla. » Je le dis depuis longtemps, et il parait <jue je dis vrai. Que Dieu ait pitié de nous!
XG
AU MÊME
Caonero, 22 août 1S61.
Cher ami, la veille du jour où j'ai reçu votre lettre, je vous avais écrit précisément au sujet de la publication de^ la Patrie; ni moi, ni Matteucci ne l'avions autorisée; c'est un tour de commis, à ce quil paraît. Je vous envoyais une déclaration que j'aurais désiré voir insérer dans la Patrie. Mon paquet m'a tout l'air d'avoir entrepris un voyage de plaisir. Si pourtant il finissait par répondre à l'appel, voyez vous-même si ce n'est pas trop tard pour remettre sur le tapis cette sotte histoire. — Il n'y aurai! qu'une considération assez importante pour moi et un peu aussi pour l'Italie : je suppose que nos ennemis prendront ma lettre pour texte et lui donneront une interprétation qui esfrloin de ma pensée... Enfin je vous fais juge de l'opportunité^.