‹ L'Italie de 1847 à 1865Chapitre 61 sur 85 · Cannero, 13 août · texte numérisé non relu

Cannero, 13 août

Âa moment où il semble probable qu'on veut en finir avec la ques-

230 GORRESPOMDAMGE POLITIQUE

verrez, sans que je vous le dise, que je n'ai eu nullement Tintention de faire un article , j'ai même eu Tintention contraire; mais si dans tout cela il peut y avoir quelque chose d'utile, à votre aise ! Je ne prétends qu'à Thumble

tion romaine , il est utile de l'exposer sous son vrai point de yue ; les partis Tont obscurcie à dessein.

D'abord , coup d*œil sur Tétat actuel de Tltalie.

Ce qui se passe en Italie est la conséquence de l'ascendant qu'on a laissé prendre au parti réYolutionnaire.

Partout, dans tous les pays, le parti exagéré a toujours défait l'œuvre du parti raisonnable. En Italie, la Révolution cosmopolite tend à se mettre à la place de la révolution italienne et la pousse à sa perte.

Preuves :

Sentant le besoin d'un chef à opposer à Victor-Emmanuel, la révolution sociale a élevé Garibaldi, dont la réputation est pour une bonne moitié, et son rôle de guérillero à part, l'œuvre d'un mot d'ordre de secte.

Il fallait ensuite se délivrer de la monarchie et du Piémont.

Des rangs mazziniens est sorti le fameux cri : Rome capitale! N'était-il pas plus naturel et plus urgent de s'occuper de la Vénétie et du Quadrilatère ? Oui pour la liberté et l'indépendance nationale ; non pour le triomphe de Mazzini.

Son parti a mis Venise et Lugano sur l'afQche pour la forme ; mais les véritables efforts sont dirigés contre] Rome ; on veut obtenir à tout prix qu'on y transporte le gouvernement. M. de Cavour a donné dans le piège , ou plutôt s'y est laissé prendre volontairement. La cession de Nice, les attaques de Garibaldi avaient ébranlé sa popularité. 11 a voulu la refaire en criant plus fort que Mazzini. Les ministères qui ont succédé ont là une fameuse liquidation ! !

Rome capitale, qui serait restée le cri du républicanisme mazzinien, s'élève, par cette fatale circonstance, au rang de programme gouvernemental.

Comme de raison , ce programme a été adopté par tout l'élément ofQciel, ainsi que par tout ce qui ne veut pas se brouiller avec la démoc, soc, qui redoute les attaques des journaux rouges, et qui aime son quieto vivere.

Je crois pourtant être dans le vrai en disant que fort peu de personnes, hors les agents mazziniens, le prennent au sérieux.

En même temps . ce n'est pas sans surprise qu'on voit les journaux

DE M. D'ÂZEGLIO. 231

TÔle de canevas, et encore I II serait d'une importance majeure de redresser les idées sur Rome , de dire et redire que tout cela est simplement un tour mazzinien, et pas autre chose. Si on le comprenait une bonne fois,

(surtout les anglais) répéter avec la plus grande assurance que Rome

est la capitale naturelle que l'Italie a droit à sa capitale; il est

vrai qu*en Angleterre un ministère agrandit sa base à la faveur du no popery ; mais je crois qu'il faut aussi voir dans cette guerre l'eifet d'un mot d'ordre mazzinlen.

Car le triomphe de ce parU serait assuré, le jour où le gouvernement italien serait installé à Rome. A Turin , le bon sens du peuple l'a toujours empêché de se laisser entraîner à des actes qui auraient pu troubler le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ; mais on sait l'histoire des assemblées romaines...

J'arrive aux derniers événements. Laissons de côté Sarnico , qui ne fut qu'un ballon d'essai, ou mieux une fausse attaque destinée à masquer des projets plus sérieux.

L'équipée de Sicile, la proclamation de Corleone furent- elles réellement destinées à former une masse pour la diriger sur Rome? Est-il bien probable que même la tête de Garibaldi ail pu imaginer de battre Tarmée française avec ses chemises rouges?

Ne pourrait-on pas voir en tout ceci la première partie d*un plan qui jetterait la Sicile, et peut-être autre chose aux mains de la révolution.^ Garibaldi rôde autour de la dictature depuis longtemps; non qu'il ait une ambition personnelle, mais on lui crée un rôle en lui tournant la tète, et ou abuse de ce qu'il y a de désintéressé dans sa nature.

Mais laissons là les hypothèses; ce qui est certain, c'est ceci : Garibaldi s'est perdu tout à fait, pour le moment, par ses extravagances.

La proclamation du roi appuyée par le vote du parlement, par l'approbation de la presse, des populations, etc., a donné, par contre, une grande force au gouvernement et au parti raisonnable; il faut savoir profiter de cet avantage. Ce serait le bon moment pour faire accepter une solution raisonnable de la question romaine. Pour cela , il faudrait d'abord préparer l'opinion. Les artifices des mazziniens l'ont faussée au sujet de Rome.

Rome est si peu la Capitale naturelle , qu'à aucune époque elle ne

la moitié de la besogne serait faite; le momeut est suprême et j'en ai la febbre addosso.

Tout à vous.

l'a été! L'empire romain s'étendait en Espagne ^ en Afrique^ en Asie, avant de comprendre l'Italie entière. A peine commencèrent les menaces des barbares, le siège du gouvernement fut porté ailleurs. — Milan , — Trêves , — Ravenne.

La capitale d'un pays doit être au centre de sa vie intellectuelle. Home actuelle n'est pas cela. Depuis des siècles qu*a-t-elle produit? où sont ses grands hommes? Métastase, le poëte Cesareo. — Voilà tout.

Sa mission n'est plus d'enfanter les héros de la vie politique^ mais d'être y en se régénérant, un foyer de vie religieuse.

Le gouvernement porté à Rome prendrait bientôt la teinte locale : un bon vin mis dans une amphore qui a servi à un autre usage. Notre civilisation ferait un s^ut en arrière ; ces raisons et bien d'autres ont été dites.

Au lieu d'en faire la Capitale, il faut en faire la ville sainte, la ville des chrétiens; sans comparer ce qui n'est pas comparable, qu'on pense aux capitales religieuses des civilisations inférieures , la Mecque , Benarès... Il y a matière ici, non pas à comparaison, mais à une certaine analogie. Aucun homme raisonnable , dans leurs pays respectifs , ne songera jamais à troubler les villes saintes dans leur existence séculaire.

Rien ne sera fait tant qu*on ne sauvera pas ces deux intérêts : d'un côté, la liberté et Vindépendance du pape garanties par une souveraineté qui n'ait d'autre but que de l'empêcher d'être sujet ; — de l'autre , la vie politique et italienne des Romains, qu'on ne peut exproprier des conditions normales de l*existence.

Vous savez mes idées là-dessus. Plus j'y pense , plus j'en cause , et moins je vois qu'il y ait autre chose de possible et de pratique.

Si l'Empereur nous délivre de Rome capitale ^ ce sera un aussi grand service que Solferino.

Selon moi , la capitale est à Turin ou à Florence.

DE M. D*AZBOLI0. 233

AU MÊME

Cannero, 16 août 1862.

Mon cher ami,

Je vous présente le chevalier Torelli, député, mon ami de vieille date, mon compagnon d'aventures en quelques Occasions, avec lequel je suis en communauté d'idées I>olitiques, ce qui fait que nous nous disputons toujours.

Tout à vous.

GV AU MÊME.

Cannero, 21 août 1862.

Cher ami, la personne voulue n'était pas encore trou- >^ée, et Ferri avait commencé à vous envoyer quelques ^matériaux, in via provvisoria. Justement, il me faisait part ^e quelques doutes sur la ligne suivie, et me marquait le désir de ne plus s'en mêler; cela s'est rencontré à point, et je lui ai écrit hier de cesser tout envoi sous ma responsabilité, et que je me chargerais des explications à vous faire. Voilà donc tout arrangé.

Quant au journal, j'ai trouvé fort bien le prologue; mais il parait que ledessous des cartes était par trop gouvernement temporel pur, et trop anti-unitaire. Il est trop tard à cette heure, à l'un et l'autre point de vue. On ne peut songer à rebrousser chemin. Je n'ai pas à vous redire pour la centième fois ce que je pense de la question de la capitale; mais on ne doit pas s'imaginer non plus qu'il soit possible de laisser désormais les Romains sous le régime qui a soulevé contre le système pontifical

toutes les passions du patriotisme. A-t-on été déplorable des deux côtés ! combien de choses on aurait arrangées, en l'étant seulement un peu moins!

GVI AU MÊME.

Cannero, 24 aoât 186S.

Cher ami, Talleyrand avait raison, et je crois qu'à force de zèle pour avoir le «correspondant, » et, après, pour le décommander, j'ai fini par vous faire de l'embarras. Heureusement il paraii que vous vous entendiez directement avec Ferri; ainsi, je n*ai qu'à laisser faire.

Quant à l'autre question, je vais vous dire bien franchement et al solito toute ma pensée. Je n'aurais aucune difficulté à faire connaître ma manière d'envisager la situation du moment. Ce serait un autre feu de file d'injures dans les journaux mazziniens; mais à cela, poco maie. Ce qui m'embarrasse davantage, c'est que l'opinion générale ici est que la France est l'oi^ane du parti qui, au sénat, soutient le pouvoir temporel pur et simple. En effet, la seconde partie du prologue, relative aux affaires étrangères, est assez de cette couleur. Or, plus la position est grave, plus la publication d*une lettre de moi pourrait attirer l'attention (le prix que vous voulez y attacher vient au reste de ce que, parfois, l'amitié emprunte le bandeau de son voisin) , et plus il importe d'être bien à cheval sur la ligne droite, sur celle qu'on a toujours suivie. On ne demanderait certes pas mieux que de crier à l'apostat. Voilà les raisons qui, pour le moment, me donneraient quelque répugnance à prendre la France pour cadre d'une communication. Si j'ai bien compris, vous trouvez, vous aussi, qu'elle

DE M. D'âZEGLIO. 235

n'est pas assez italienne, ou plutôt, qu'en faisant de son mieux pour jouer] un air italien, elle fait trop sou- Tent des fausses noies.

Il y a encore autre chose. Je ne vous dirai pas comme quoi j'avais décidé de prendre mes invalides et de ne plus me mêler de rien, vu le personnel auquel inévitablement on aurait à faire. Si peu qu'on croie pouvoir faire pour son pays, je crois qu'il ne faut jamais s'abstenir. Mais je me trouve vis-à-vis du ministère dans une position qui, par pure convenance, m'oblige à garder certains ménagements.

J'ai toujours été l'adversaire de R***. Mais, Bicasoli tombé, j'ai aidé à former l'administration nouvelle. Au point où en étaient les choses, grâce au Barone, et pour sortir de l'ornière où l'on était jusqu'à l'essieu, il ne fallait pas être difficile sur le choix, des instruments; et l'on était encore obligé de ne pas se trouver trop mécontent de mettre R*** à la besogne. — Bien entendu, je n'ai pas changé d'opinion sur ses antécédents. Mais, tempo di carestia pan di veccia, R***, de son côté, s'est cru dans l'obligation de m' assassiner de bons procédés. Vous comprenez qu'il est résulté de là une situation quelque peu gênante, et que je devrais, en jugeant les choses actuelles, ne pas dire trop clairement certaines vérités.

Enfin, me direz-vous, est-ce oui, est-ce non? Eh bien, à vous on dit toujours oui. Seulement voyez et pesez tout dans la bonne balance.

En attendant, préparons toujours la lettre. Cette publication résumerait mes idées et celles de mes amis d'Italie sur la solution possible de la question romaine. Si la France voulait donner nettement son adhésion, en publiant ce document, tout serait éclairci. Mais nous ne pou¥ons pas risquer de malentendu ni de demiteinte.

Du reste, tous nos plans seront-ils seulement examinés, tandis que Garibaldi menace les quatre points cardinaux?

Pour passer à des tableaux plus riants, veuillez dire à madame Rendu que le petit Cannero est à séclicr sur mon balcon; le mal est que la peinture se fait vile, mais sèche lentement.

GVII AU MÊME.

Cannero, 30 août 1862.

Cher ami, votre idée de brochure-lettre me paraît la meilleure. On ne s'engage à aucun journal, et on ne répond que de son œuvre.

Une cinquantaine de pages : ce serait bien assez sous mon nom ; car, en vérité, après les Questioni urgenti, je n'ai rien de nouveau pour le fond à proposer.

Les points principaux sont toujours, à mon sens:

1 ° L'alliance avec Mazzini, faute capitale et faute non nécessaire.

2° Autre faute énorme : avoir voulu faire concurrence à Mazzini en acceptant son programme taie quale. Mazzini, comme tous ses semblables, lorsqu'on s'empare de leur drapeau, en ont un autre tout prêt dans leur poche; par la raison qu'en fouillant dans les alluvions de la démagogie, on ne trouve jamais la dernière couche.

3° Rome capitale est purement un piège révolutionnaire; le vrai but est de se débarrasser du Piémont et du royalisme constitutionnel. Rome, même avec le pape, serait toujours italienne; mais le canton du Tésin est sous le joug del barbaro : est-ce qu'on s'en inquiète? Quelques paroles furent prononcées, à ce sujet, à la Chambre par un imbécile quelconque; et voilà tout. Songe-t-on à unifier Saint-Marin?

DE M. D'AZËGLIO. 237

4» L'Italie (pays-gouvernement) reconnu par toute l'Europe (quasi) ne doit pas emprunter son programme à la piazza. Elle doit en avoir un digne d'un gouvernement xégulier, digne d'une administration éclairée, digne surtout d'honnêtes gens aimant l'Italie et non pas les utopies sectaires, humanitaires, etc.

Le Pape est et doit être à Rome, souverain au nom de traités qu'on peut modifier (car je n'admets pas que l'intérêt religieux bien entendu puisse être jamais un obstacle à des idées vraies, en politique ou autrement) pour cause d'utilité et de nécessité publiques; mais qu'on ne détruira jamais à la faveur d'un déchaînement démagogique, encore moins en faisant crier : Roma o morte! et en cherchant à effrayer ceux qui parlent au nom du bon sens.

Ici, quelques réflexions tellesque les suivantes : Les nations vivent de leurs qualités, vertus, etc., et meurent de leurs défauts, fautes, crimes, etc. L'Italie, admise au con- ^orzio des nations, n'a qu'à regarder autour d'elle. La X>rospérité comme la décadence des peuples, étudiées dans Xeurs causes, lui prouveront cette vérité. C'est donc à elle à acquérir les qualités et les vertus qui la rendront digne de sa vocation nouvelle; et c'est au gouvernement, aux pouvoirs publics, aux hommes de coeur et aux hommes intelligents, à prêcher d'exemple. Il ne signifie rien de crier : Roma I Roma ! ce ne sont pas les macigni du Capitole qui ont fait la grandeur des Romains; ce sont leurs qualités, leur fortezza, surtout leur respect pour la loi. Exemple : Le peuple, ou mieux la pieàs écrasée par les usures des riches, au lieu de crier : Mort aux riches! la propriété c'est le voll se retire sur le Mont-Sacré, demande et obtient des tribuns. Autre exemple : Camille, exilé, ne veut pas accepter la dictature pour déliver le Capitole sans sa nomination légale. — Garibaldi entend le délivrer avec moins de formalités.

238 CORHESPONDANCE POLITIQUE

5<* Vient ici la question Garibaldi, conséquence de Talliance avec Hazzini : on a tout toléré, même Samico; on a rempli les administrations de Hazziniens; on a permis la société émancipatrice de Gênes, et toutes ses succursales et puis bien autre chose (Hais on ne peut pas

tout dire.)

Il est arrivé ce qui devait arriver. Au point où en sont les choses, il y a peu de discussion à faire : ou force restera à la loi, à tout prix ; ou ce sera le chaos.

Et le Times au jnilieu de tout cela qui trouve une grande ressemblance entre Garibaldi et Colomb! I ! C'est à Manlius et non à Colomb qu'il faut le comparer. Et pourquoi les Romains devinrent-ils les Romains? Parce qu ils cassaient le cou à qui avait sauvé le Capitole, dès qu'on se croyait au-dessus de la loi.

Je crois qu'il est bon toutefois de ne pas avoir l'air de vouloir abaisser Garibaldi. Il suffit de lui laisser sa place, celle de rebelle^ à cette heure. Bien entendu qu'en le comparant à Manlius, je n'entends nullement qu'on pousse l'imitation jusqu'au bout. Garibaldi, qui sait? peut retrouver sa place un jour ; c'est un en cas qu'il faut garder pour le jour des luttes dernières.

Tenez, sans le vouloir, je me suis laissé entraîner, — et voilà encore des matériaux. Si vous le voulez, je continuerai; si vous voulez encore, je ferai le texte tant bien que mal, et je vous le soumettrai. Parlez, et ce sera fait. C'est curieux, cette brochure à quatre mains f

AU MÊME

Cannero, 5 septembre 1862.

Mon cher ami ,

Ces jours passés, j'ai été mandé à Turin par le ministère, qui voulait tenir un conseil renforcé y comme c'est

DE M. D'AZEÛLIO. 239

lusage dans les cas épineux. Je ne voudrais pas que, précisément en ce peu de jours, vous m'eussiez écrit, et que la lettre exigeât une réponse. En tout cas, je vous fais savoir que n'ayant rien reçu, je n'ai rien à répondre.

Eh bien, avais-je raison de dire : ni l'un ni Vautre. Le programme Aoma o morte! a été mené abonne fin par une trentaine d'individus; les autres ont mis bas les armes au nombre de deux mille, plus un millier qui ont décampé. Et cela devant un corps d'armée de dix-huit cents bersaglieri t Ceci prouve deux choses : i ° que Borne capitale n'est nullement le programme de l'Italie : c'est celui de Mazzini; 2® que Garibaldi, sa réputation, sa participation au succès de l'unitarisme sont pour les huit dixièmes le fait d'une manœuvre de secte, d'un mot d'ordre; et ces deux vérités non indigent demonstratione, pour vous comme pour moi. Mais il est bon que les sens qui se mêlent d'écrire sur l'Italie sans la connaître piuissent enfin y voir clair s'ils sont de bonne foi.

Pour moi , de tout ce qui vient de se passer il résulte <^ue ce serait le bon moment pour en arriver enfin à la solution, telle que la veulent le bon sens, l'équité et une saine appréciation de ce qui est possible à cette heure. 1.6 reste à nos neveux ! Nous nous sommes bien assez donné t!c peine pour ces gredins-là.

En attendant, il me semble que le ministère, — final- 'wnentey — s'est décidé à gouverner, et l'on voit déjà que toute la fantasmagorie révolutionnaire, qui effrayait tant de monde, disparaît.

A Intra^ petite ville à deux pas d'ici, au reçu de la nouvelle de Garibaldi prisonnier, les deux meneurs démagogues n'ont fait qu'une enjambée, et ils sont en Suisse. C'est comme cela partout.

Tenerezze à la Neonata; elle va toujours bien, j'espère.

A vous.

GIX

AU MÊME

Cannero, 12 septembre 1862.

Cher ami,

J'ai été souffrant pendant quelques jours d'une pointe de goutte, — annexe de mon écusson ; et il paraît que la goutte porte conseil, ainsi que la nuit; car, après avoir bien réfléchi et retourné en tous sens notre projet de brochure , après avoir aussi consulté quelques amis , j'ai fini par conclure qu'il vaut mieux, pour le moment, que je m'abstienne.

D'abord, je n'aurais rien à dire de nouveau, sauf la partie de l'exécution ; et comme je crois qu'il serait impossible de la faire dépendre d'un accord préalable avec le pape, et qu'il faudrait que la transformation nécessaire et l'organisation du nouvel ordre de choses, sous la suzeraineté pontificale y se fissent d'après une entente des deux gouvernements, italien et français, avec les représentants de la population romaine, peuton dire ces choses-là dans une brochure ? D'ailleurs , la France a très-bien développé ce point de vue, si l'on met de côté ses idées contre l'unité italienne, comme dangereuse pour l'avenir de la France (ce qui se rattache à de vieilles idées qui ont fait leur temps), et aussi son plan de conserver, sur un territoire restreint, le gouvernement ecclésiastique direct. Auprès des Italiens, avec cette idéelà, on gâte l'affaire; tandis qu'en proposant Y italianisation de Rome •, avec la souveraineté nominale, comme

1. La lettre de l'empereur, en date du 20 mai 1862, publiée seu'^ lement au Moniteur du 1 5 septembre , disait : « On atteindrait ce but par une combinaison qui, en maintenant le Pape maître chez lui, abaisserait les barrières qui séparent aujourd'hui ses États du reste de l'Italie. »

DE M.*D'AZEOLIO. 241

au moyen âge : Romacitta santa, etc., etc., on rallierait tout ce qui ne va pas chercher la république et démolir le catholicisme au Capitole.

Il me semble qu'on devrait appuyer davantage sur l'idée vraie (je redis toujours la même chose) que l'agitalion pour « Rome capitale » est aux trois quarts factice, et qu'elle est la conséquence du travail des sectes qui veulent se débarrasser de la monarchie constitutionnelle. 11 en est résulté une espèce d'éblouissement de l'esprit public, qui, malheureusement, devient presque l'équivalent de la réalité.

Mais ce qui est curieux, c'est que, parmi tous ces enthousiastes, on n'en trouve pas un qui, à l'oreille, ne vous dise : « Au fait, c'est une folie, mais que voulezvous?.... » De toutes les personnes que je connais, le comte Stampa, de Milan, beau-fils de Manzoni, est le seul qui m'ait donné tort pour les Questioni urgenti! Mais, dit le vieux proverbe : « // mondo è degli improniil »

P. S. Merci de la brochure de M. Piétri ^ Il a un mot auquel on fera bien de réfléchir : « Le gouvernement français a tout fait pour protéger la papauté temporelle : mais il ne la préservera pas d'elle-même; » et plus loin : « 11 faut, malgré tout, sauver Rome qui veut se perdre ! » Beaucoup de gens, chez vous, ont dû, à ce mot, crier: Au sacrilège I — Eh bien, dites-leur que c'est là la vérité. Une seule chose m'étonne, c'est que, lorsqu'un homme a ces convictions, et rend à la pensée religieuse le service de les déclarer en s' affirmant catholique, on lui rie au nez. S'il n'y a au Sénat de catholiques que ceux qui sont de la force de son interrupteur, franchement!... *.

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