‹ L'Italie de 1847 à 1865Chapitre 71 sur 85 · Le Pape et la diplomatie · texte numérisé non relu

Le Pape et la diplomatie

ét^iii au moyen âge, avec toutes les garanties d'indépendance exceptionnelle et de possession de biens donnant des revenus assurés dans les divers pays catholiques^, à l'inventaire des solutions proposées.

Je conçois que la presse cléricale dira : c'est trop! et la Révolution : c'est peu! Alors dans quelles colonnes trouver place pour exposer notre programme? A vous de voir comment on peut tourner l'obstacle; vous ne serék pas embarrassé : le tout est de savoir s'il est bon ou non de toucher cette corde.

Ce (jui se passe ici est passablement triste : les jalousies italiennes qui reprennent de plus belle; absence de courage politique, et pas le sou !

Vous direz que je suis un vieux brontolône; oui, je ne vois pas en rose, c'est un fait; pourtant j'ai la conviction que l'enfant est né viable. Or, comme la France est au moins la marraine!... Il faut seulement développer sa constitution, lui donner des fortifiants et ne pas le mettre à un régime violent pendant la dentition : question de patience I

Au milieu de mes tristesses, j'ai eu pourtant, je dois l'avouer, une petite satisfaction, c'est l'étincelle de bon sens qui a lui dans le discours (je ne sais si vous l'aurez lu) de notre ancien ministre des affaires étrangères, le signataire de la convention ^. Visconti-Venosta, tout en affirmant, bien entendu, qu'il s'agissait toujours du programme de Cavour (le programme secret ou le programme public?) a prouvé tout le contraire, et dit que le projet de traité de 1861 n'avait jamais été accepté par le gouvernement français, ce projet, tel qu'il était, n'étant pas de nature à donner des gages à la France catholique. Avoir osé déclarer cela prouve que la question a fait un

t. Voy. la lettre XC (22 aoiil 1801).

2. Discours de M. Visconti-Venosta à la Chambre des députés (8 novembre 1864.)

298 CORRESPONDANCE POLITTQUE

pas dans notre sens. Seulement, ce que je ne pardonne pas, c'est devenir avouer que notre gouvernement, en. signant une convention, a dû donner une garantie^. Il y eut un temps, je l'ai connu, où la garantie de rexécution d'un traité , c'était la signature du ministre sarde qui y mettait son nom; hélas!

A part cela, Visconti a eu du moins des paroles conrenables pour le Piémont, et n'est pas venu lui parler d'indemnité^; c'est quelque chose, il y a là une délica-

1 . (( l\ semblait au gouvernement impérial que, si nous n'offrions pas quelque garantie de fait , qui équivalût à créer une situation plus rassurante, une situation qui vînt sceller nos engagements, la politique française aurait été directement responsable de la crise qui pouvait suivre immédiaiementle retrait de Rome des troupes françaises. »

M. Menabrea avait, de son côté, exposé comme il suit, dans une séance du conseil municipal de Turin (21 septembre 1864), l'origine des négociations relatives .î la convention : « L'Empereur répondit qu'il n'était pas éloigné de retirer ses troupes, mais qu'il désir.iii du gouvernement italien une garantie que rien ne serait tenté contre le Saint-Père ; qu'il ne lui suffisait pas, à ce point de vue, de la garantie morale, base des négociations du comte de Cavour, mais qu'il avait besoin d'une garantie matérielle.

« Ces intentions du gouvernement français étant connues du ministère, on jugea opportun de reprendre les pourparlers commencés par le comte de Cavour; on chargea le marquis G. Pepoli et notre ministre plénipotentiaire à Paris, le chevalier Nigra, d'entrer en négociation.

« L'Empereur leur répéta ce qu'il avait déjà dit à Vichy, c'est-àdire que sans une garantie matérielle du gouvernemlent italien il lui était absolument impossible de retirer ses troupes. »

2. (( Nous avons demandé à ce pays un sacrifice qui blesse, je ne dirai pas des intérêts; mais des sentiments que tout homme de cœur doit ressentir : l'orgueil, la conscience d'une glorieuse hégémonie, exercée au profit de l'Italie. Ces sentiments blessés, messieurs, cette immense amertume ne peuvent obtenir qu'une seule satisfaction qui soit digne d'eux.

« Cette satisfaction , ce ne sont pas nos paroles qui peuvent la leur donner, elle ne serait d'ailleurs pas acceptée : cette satisfaction , ils

tesse de tact à laquelle on ne nous avait pas accoutumés. Tenerezze à vous et aux vôtres.

GXXXIX

AU MÊME

Turin, 26 novembre 1864.

Mon cher ami, mardi je dirai quelques mots au Sénat et je vous avais écrit il y a quelques jours à ce sujet; ma lettre se sera égarée. J'ai Tintention de mettre sur le tapis notre idée de la souveraineté nominale ou suzeraineté du pape. Ici les esprits s'accoutument depuis quelque temps à entendre discuter l'éventualité de Rome non capitale. Je ne saurais d'ici juger si, chez vous, le moment serait opportun pour appuyer cette idée dans la presse; à vous d'en décider, et, dans le cas alfirmatif, de faire des démarches en ce sens, comme vous l'entendrez; si vous croyez que ce n'est pas le moment, n'y pensons plus. Je vous enverrai, poste courante, mon speech^ vous verrez s'il peut être utilisé. Comme vous voyez, je compte tou-

peuvent la trouver seulement dans l'avenir, qui leur prouvera que ce sacrifice a été fait pour le bien de l'Italie, et que la patrie en a recueilli de grands avantages.

« Cette démonstration, et celle-là seule, voilà ce qu'attend la conscience douloureusement troublée de ce pays; et nous aussi, qui avons assumé une si grave responsabilité, nous l'attendons avec une anxiété que rien ne peut surpasser. Mais si elle doit Hve telle que me le dit ma conviction profonde , alors nos cœurs se comprendront sans le secours de vaines paroles ; nous nous retrouverons d'accord et prêts. à avancer vers Taccomplissement de cette grande entreprise, à laquelle nous appartenons tous, nous, hommes de la présente génération de l'Italie, à laquelle appartiennent notre vie, nos joies et nos douleurs ; de cette entreprise dont le premier honneur, la première gloire sera pour ceux qui l'auront payée des plus grands sacrifices. » (Discours du 8 novembre.)

jours sur votre amitié pour moi et sur l'intérêt affectueux que vous n'avez cessé de porter à notre pays.

Le mois de novembre m'a pris à la gorge comme toujours, ce qui fait que je me vois obligé d'écrire et de faire débiter mon discours par un collègue à larges poumons, qui prendra ma place.

L'Italie en ce moment traverse un terrible défilé; nous aurions besoin que de tous côtés on fît pleuvoir sur nous de bons conseils : d'ajourner les questions d'unification, pour ne songer qu'à nous organiser. Et pour cela il faudrait un gouvernement qui eût, à lui, un programme raisonnable, au lieu d'emprunter toujours celui de la révolution; un gouvernement qui essayât d'une grande nouveauté — celle de dire la vérité.

Si en France on nous sermonnait en ce sens, on nous rendrait un grand service. Qui sait? \e déficit fait l'effet de l'eau glacée; parfois elle ramène le bon sens.

Mille amitiés à votre chère famille.

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