Forum Romain et Colisée
La dépression de terrain située au S.-E. du Gapitole, entre le Palatin et l'Esquilin, et occupée par le Forum, fut de bonne heure desséchée (Cloaca Maxinia, p. 295) et rendue propre à la culture par les habitants. C'est de ce côté qu'eut lieu, selon la tradition, après l'enlèvement des Sabines, le combat entre les guerriers de Romulus et ceux de Titus Tatius. Les adversaires se réconcilièrent, et choisirent l'endroit comme centre de la nouvelle, communauté. Ce fut d'abord un marché , avec des boutiques sur les côtés, tandis que les assemblées du peuple et les audiences judiciaires avaient lieu sur le Coniitium (p. 283), place plus petite contiguë au N.-E. L'accroissement de la puissance de Rome amena, au me s. av. J.-C, un développement des manifestations de la vie publique ; les assemblées du iJeuplo furent alors transférées au Forum , qui cessa d'être un marché. On chercha ensuite à décharger la circulation en créant, à partir du commencement du ii» s., sur les côtés du Forum, des «basiliques» ou cours carrées entourées de portiques, qui servirent aux audiences judiciaires, au commerce et de siège à divers fonctionnaires. C'est ainsi que le Forum porte lui aussi des traces visibles du développement qui éleva Kome au rang de capitale du monde. César en commença l'agrandissement sur une vaste échelle (p. 290), mais ses plans ne furent entièrement réalisés que plus tard par son neveu Auguste. Toutes les constructions de la République furent réédifiées par lui ou par ses successeurs. En outre, le Forum fut magnifiquement orné de bronzes dorés et de marbres précieux, de colonnes, d'arcs de triomphe, de statues et d'autres œuvres d'art. Divers travaux de restauration furent encore exécutés au commencement du vi« s. apr. J.-C. Puis commença l'époque de la ruine: pendant un millier d'années, les édifices antiques ont servi de carrières; on en a tiré, pour les églises, les palais, etc., des colonnes, des pierres de taille et, qui pis est, une quantité énonne de marbre fut transformée en chaux. Les décombres s'amoncelèrent, à certains endroits, jusqu'.à 13 m. au-dessus du pavé antique. On vit ensuite les attelages de buffles des paysans couchés sur cette place déserte, dont le nom même fut oublié , de sorte que le Forum finit par s'appeler Campo vaccino ou Champ aux bestiaux, du moins jusqu'au xix» s., ou l'on commença méthodiquement les travaux de déblayement.
Visite, v. p. 232. La partie du Forum située au pied du Capitole se voit le mieux d'en haut. L'entrée de la partie principale est dans la via délie Grazie (p. 281).
On fera bien de commencer la visite par la via del Campidoglio (p. 279), où l'on a, au delà de l'entrée du ïabulariuni, une belle *vue DU Forum. Au premier plan, dans le bas à g., le temple de Saturne, auquel appartiennent les huit colonnes non cannelées ; puis, les trois colonnes du temple de Vespasien et l'arc de Septime-Sévère. Derrière, en partie cachée par les colonnes du temple de Saturne, la colonne de Phocas; plus loin, le temple de Faustine avec son portique à huit colonnes et en face, les trois colonnes du temple de Castor. Sur la voie Sacrée (sacra via) qui monte à partir du temple de Faustine, on trouve à g. le temple rond de Romulus, avec l'église St-Côme-et-St-l)amien; plus loin, les imposantes arcades de la basilique de Constantin; à dr., de nombreux pans de murs en briques, restes de maisons particulières; à l'arrière-plan, l'église Ste-Fran-
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P\}riim Romain. ROME. '^^- fi- ''T- 2Hl
çoise-Roniaine, élevée sur les mines du temple de Vénus et Kome, le Colisée, l'arc de Titus; à dr., les ruines du Palatin.
La première construction au-dessous du Tabularium (p. 279), à l'E. de la partie antérieure qui est entourée d'une grille, ost le portique des Douze-Dieuxf Z)eor«») Conftenttiim), ainsi nommé parce que leurs iiiuii^es y furent placées l'an 367 de notre ère, par le préfet de la ville, un des principaux défenseurs du paganisme expirant.
A druitu <lti [lortique des Douze-Dieux s'élèvent les ruines du temple de Vespasien, construit par Domitien et restauré sous Septime-Sévère. Son portiijne était sup[X)rté par huit colonues, six en façade et une de chaque côté; mais il n'y eu a que trois qui se soient conservées, à l'angle X.-E. De l'inscripJtion dédicatoire il ne reste qu'une partie du dernier mot.
Plus loin à dr., se trouve, égalemeut adossé au Tabularium, le temple de la Concorde, fondé en 3()6 av. J.-C, i)ar Camille, en mémoire de la lin des longues luttes entre les patriciens et les plébéiens. Il fut maguiiiqnement reconstruit l'an 7 av. J.-C.
Pour voir le reste du Forum, on ira ensuite dans la via délie Grazie (p. 280); de l'entrée («Ingresso», v. le plan ci-cojitre), on arrive d'abord à la basilique Julia.
La basilique Julia fut consacrée par César, après la bataille de Thapsus, l'an 4tj av. J.-C. Elle fut agrandie par Auguste et, après avoir été incendiée à diverses reprises, subit plusieurs restaurations, en dernier lieu l'an 416 de notre ère.
Elle mesure 101 m. de long et 49 m. de large. Elle se composait d'une nef centrale, où siégeait le tribunal des Centumvirs, et de collatéraux doubles qui régnaient tout autour. Les piliers sur lesquels reposait la toiture avaient été détruits jusqu'à leur fondement; ils ont été reconstniits en brique d'après des traces visibles et en utilisant d'anciens matériaux. Les seuls restes un peu importants se trouvent à l'O., on une église s'était installée an moyen âge; on y voit encore les restes de piliers en marbre précédés de demi-colonnes doriques. La plus grande partie du pavé de la nef centrale a été restaurée de nos jours. Dans le pavé des autres nefs, on remarque des cercles tracés par des Romains désœuvrés, qui venaient ici passer leur temps à jouer une sorte de jeu de dames.
La façade principale de la basilique était tournée du côté du Forum (p. 282), dont elle était .séparée par la voie Sacrée ; cette dernière montait en serpentant au Capitole (Clivua C'apitolinus), passant d'abord à l'arc de triomphe de Tibère {Arcus Tiberii, élevé l'an 16 apr. J.-C. en commémoration des victoires remportées par Dmsus en Germanie), dont les fondements seuls sont conservés, puis an temple de Saturne.
Le temple de Saturne, dont il reste encore huit colonnes du portique sur un souba.ssement élevé, renfermait le trésor public
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(aerarium publicum). Il a été consacré en 497, et rebâti en 44 av. J.-C. L'insciùption : «Senatus populnsque Romanus incendie consumptum restituit» rappelle une restauration postérieure qui se fit sans goût. Du haut perron qui conduisait au portique, il n'est resté que des vestiges. On voit devant le temple de Saturne les restes du milliaire cVor ou indicateur général des routes partant de Rome, érigé par Auguste l'an 28 av. J.-C. — On remarque, près de l'arc de Septime-Sévère (p. 283), un noyau en brique de forme conique; c'était r Umhilicus Urbis Romse, centre imaginaire de la ville.
A dr. de l'arc de triomphe de Tibère, au milieu du côté 0. du Forum, on aperçoit les restes considérables des Rostres ou tribune aux harangues, datant de l'époque d'Auguste et qui a été mal restaurée dans ces derniers temps. C'était une longue plate-fonne sur laquelle l'orateur pouvait aller et venir, semblable sous ce rapport aux chaires de certaines églises actuelles de Rome et de Naples. Elle dut son nom aux éperons des navires d'Antium dont elle fut décorée après la prise de cette ville en 338 av. J.-C.
En face des Rostres, sur la place du Forum proprement dit, qui est pavée de dalles de pierres calcaires, s'élève le dernier en date de tous les monuments de l'antiquité parvenus jusqu'à nous, la colonne de Phocas, érigée, d'après l'inscription, à l'époque de l'exarchat (p. 122), en 608. Parmi les fragments architectoniques exposés maintenant autour de la colonne, les plus remarquables sont les Anaglypha Trajani, deux clôtures en marbre, ornées de bas-reliefs et provenant probablement de la tribune aux harangues. Les excellents bas-reliefs représentent: du côté du C'apitole, la fondation de Trajan en faveur des enfants pauvres (alimenta), et du côté du Forum, l'empereur faisant grâce au peuple des impôts arriérés, en brûlant les registres qui les concernaient; les édifices représentés au fond des bas-reliefs donnent une idée de cette place dans l'antiquité. Sur les revers : un sanglier, un bélier et un taureau, animaxix qu'on immolait dans le sacrifice public appelé «suovetaurilia ».
Ou a encore déblayé sur la place du Forum : les restes du bord du lacus Curtius, emplacement où était un abîme profond, dans lequel, d'après la tradition, se précipita le jeune patricien M. Curtius après s'être revêtu de son grand costume de guerre, afin d'apaiser la colère des dieux (v. le bas-relief mentionné p. 276); en outre, deux piédestaux sur lesquels se dressaient sans doute les statues équestres de Donatien (Equus Domitiani , 92 apr. J.-C.) et de Constantin (Equus Constantini). Les piédestaiLX en briques, qui se trouvent sur la voie Sacrée (p. 281), étaient couverts de marbre et portaient des colonnes (deux ont été dressées à nouveau); ils datent de l'époque de Dioclétien.
Près des Anaglypha est un escalier de bois qu'on descend pour parvenir à un groupe de monuments de la plus haute antiquité, qui disparui-ent sous les décombres, quand on procéda à la régularisation du Forum,
Forttm Romain. ROME. ^I^- H- 27. 283
sous les rognes do Cosar et d'Angusto; ils sont on partie dotruits. t)ii y remarquo surtout une stôlo carrée rouverte d'in8ori|)tions en langue latine dos iigos les plus reculés, puisque, du temps de Cieéron , elles étaient déjà incoinpréhensililes ;'t la plupart des Romains et que coux-ei prenaient eu monument pour le tombeau de Hoiuidus. Le pavé do marbre noir (lapis itiger) soniblo avoir été, sons les empereurs postérieurs, placé là pour en rappeler le souvenir.
A côté des Rostres, s'plève r*are de triomphe de Septime- Sévère. Cet arc en marbre, de 23 m. de haut et 25 ni. de large, pereé de trois passages, fut érigé l'an 203 apr. J.-C à cet empereur et à ses iils Caracalla et Géta, en mémoire de leurs victoires sur les Parthes, les Arabes et les Adiabènes. Il est orné de Victoires et, sur les faces latérales, de scènes do guerre avec un grand nombre de figures; le tout fait preuve de la décadence de l'art. Il était surmonté de la statne de l'empereur, couronnée par la Victoire, sur un char à sk chevaux. Les lettres de l'inscription turent dans le principe recouvertes de métal. Caracalla fit enlever plus tard la partie relative à son frère qu'il avait assassiné et la remplaça par les mots « au père de la Patrie , aux meilleurs et aux plus brave.s des princes», désignant par là lui-même et sou père. — Devant le passage de dr. on a dernièrement replace sur son socle de briques le piédestal en marbre (trouvé eu 1547) d'une statue équestre de l'empereur Con.stance (353 apr. J.-C). Ce socle nous fait voir à quelle profondeur se trouvait alors le niveau du Forum; le pa,ssage du milieu n'était accessible, dès l'origine, comme c'est aussi le cas pour d'autres arcs de triomphe, que par un remblai ou un plancher, qu'on établissait à l'occasion d'un grand cortège.
La place triangulaire devant la façade de l'église St- Adrien (v. ci -dessous) est le dernier lambeau du Comitium (p. 280); on y voit entre autres une vasque plate et un piédestal de marbre érigé par l'empereur Maxence vers l'an 308 apr. J.-C. On a mis au jour des restes d'anciennes constructions en blocs de tuf trouvés sous le pavé de l'époque impériale.
Le grand bâtiment en brique qui se voit à l'extrémité de la zone des fouilles, était la Curie ou palais du sénat élevé par César (Curia Julia). La façade en brique, où ont été encastrés des tombeaux à l'époque du moyen âge, date d'une restauration opérée sous Dioclétien vers l'an 305 de notre ère. En 625, le pape Honorius I"^"^ transforma l'édifice en une église St-Adrien, consacrée au martyr de ce nom. L'église Ste-Mariiytf-et-St-Luc a été édifiée dans le Secrrfariuiu Seiiatus on salle des séances secrètes du sénat.
A la Curie attenaient les deux premières des grandes constructions exécutées pour agrandir le Forum (p. 280): la basilique Porcia (p. 235), dont on n'a pas retrouvé de traces certaines, et la basilique Smilienne. Celle-ci, érigée par les censeurs M. .Emilius Lepidus et M. Fulvius N^bilior en 179 av. J.-C, a été souvent restaurée par les membres de la famille Emilie, en dernier lien sous
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Auguste et Tibèi'e. Elle était précédée d'uu portique ;ï deux étages avec entablement dorique; le tronçon d'un des piliers existe encore à l'angle S.-E. Derrière le portique, il y avait douze espaces carrés an milieu desquels un passage conduit à la salle principale (maintenant au moyen d'un pont jeté sur un profond fossé). Cette salle, mesurant 79 m. de long et 20 m. de large, et qui n'a pas encore été complètement mise au jour, était entourée de colonnades et couverte d'un plafond en bois. L'entrée principale se trouvait sans doute au N. -0., en face de la Curie. Quantité de fragments du marbre de couleur des colonnes et du marbre blanc du joli entablement sont parvenus jusqu'à nous. Les nombreux petits morceaux de métal fondu qu'on voit encore sur le pavement en marbre de couleur, fournissent la preuve que cet édifice a été détruit par un incendie, peutêtre en 410 apr. J.-C, lors de la prise de Rome par Alaric. Trois colonnes de granit rouge, remises en place sur de lourdes bases cubiques, semblent provenir d'une restauration postérieure de mauvais goût. Enfin, au cours des vii'^ et vin^ s., on coustruisit dans l'intérieur de la basilique une maison en forme de forteresse, en blocs de tuf, avec pavement en mosaïque.
A l'E. du Forum, la face tournée vers le Capitule, s'élevait le temple de César dont il ne reste plus que le blocage du soubassement. Il avait été construit par Auguste à l'endroit où, le 19 ou le 20 mars de l'an 44, aux funérailles du dictateur assassiné, Marc- Antoine tint le fameux discours qui enflamma les passions du peuple ; nn bûcber fut improvisé, et l'on fit au défunt l'honneur inouï de briller ses restes devant les premiers sanctuaires de la ville. Le temple fut consacré en 29 av. J.-C, deux ans après la bataille d'Actium qui décida de la suprématie d'Auguste (p. xxvii).
L'a?'c de triomphe d^ Auguste à trois arcades, jeté en travers de la voie Sacrée, se dressait entre le temple de César et celui de Castor.
Le *teniple de Castor et Pollux (femplum Castorum) était un des temples les plus célèbres de la République. Il en reste le soubassement surmonté de trois magnifiques colonnes corinthiennes en marbre de Paros, plus une partie de l'entablement d'un excellent travail. Erigé de 496 à 484 av. J. - C, en mémoire du secours donné aux Romains par les Dioscures dans la bataille décisive du lac Régille contre les Latins, il servit souvent aux séances du sénat. Les trois colonnes encore debout datent peut-être d'une reconstruction par Trajan ou Adrien.
Eu face du temple de Castor, au S.-E., se trouve le district sacré de .Tuturne, nymphe protectrice des sources qui jaillissaient au pied du Palatin. Il y a un bassin rectangulaire appelé lams Juturnœ et des chambres qui servaient au culte et où l'on a réuni les restes de sculptures appartenant à ce sanctuaire. — En continuant tout droit, on passe d'abord à un édicule transformé eu chapelle à l'époque
Fontm Romain. ROME. III- «• 27. 285
chrétienne, et parvient à ilr. aux fondements ila temple d'Auguste, à g. à
Ste-Marie- l'Antique (S. Maria Antiqua), Imsilique (irigée au M" s. dans un éiiilirt: antique ijui était probablement la bibliothèque attenante au temple d'Auguste. Le grand espace découvert fut transformé en vestibule de l'église; la salle principale, avec ses rangées de piliers et de colonnes, devint une nef centrale et deux latérales.
L'intérieur est richement décoré iln *freaques byzantines des vn« et VHP 8. .Sur la paroi longitudinale du bas côté de g.: le Christ trônant, ayant à sa dr. onze saints de l'église latine et à sa g. neuf saints de l'église grecque. Les peintures les mieux conservées se trouvent dans la chapelle an bout du bas côté de g.: le Christ en croix; au-dessous, la Vierge trônant avec St Pierre et St Paul, St Cyr et sa rnère .Julitte; à g., le pape Zacharie (741-7.Ô2); à dr., un fonctionnaire avec le modèle de l'église; sur les parois latérales. Martyre de St Cyr et de Ste Julitte. — Les fresques du chœur, datant de l'époque des papes Martin !«■ (649-054; et Jean Vil (705-707) sont très endommagées.
Au S.-E. du temple de César, près de la voie Sacrée, se trouvent des restes de parois de marbre de la Heyia qui, d'après la légende, aurait été la résidente du roi Numa Fompilius, fondateur des cultes de l'Etat. Elle fut plus tard le local où siégeait le grand pontife. Cet édifice, qui renfermait les lieux sacrés de Mars, les lances sacrées de ce dieu, les instruments dont les prêtres se servaient pour les sacrifices publics, et les archives, fut magnifiquement reconstruit en marbre, après l'incendie de l'an .36 av. J.-C.: c'est de cette époque que datent les fastes consulaires mentionnés p. 278.
De l'autre côté de la voie Sacrée , un fondement de maçonnerie circulaire désigne l'emplacement du célèbre temple de Vesta où les vestales gardaient le feu sacré. Tout autour gisent des fragments de l'ancien édifice.
Derrière le temple de Vesta, un petit édicule destiné à la statue d'une divinité.
On monte quelques degrés à côté de l'é/licule pour arriver dans r*Atriuiii de Vesta ou palais des Vestales. Les ruines présentent une excellente maçonnerie en briques, qui avait, à l'origine, un revêtement en marbre. La construction date du i*^^'" et du lU s. de notre ère. Elle se divise en trois parties. On entre d'abord dans une cour rectangulaire de 68 m. de long et 23 ni. de large, qui était entonrée d'une colonnade à deux étages (les colonnes du bas sont en marbre cipolin veiné de vert, celles du haut en brèche coralline). Cette cour était ornée des statues des grandes vestales («Virgines Vestales Maximœs), dont il en existe encore onze, entières on en fragments, des ni« et iv s. apr. J.-C. (les meilleures sont au musée des Thermes, p. 249). Au milieu de la cour sont trois citernes, maintenant rétablies dans leur ancien état, destinées à recueillir les eaux de pluie, une vieille prescription interdisant aux prêtresses de se servir des eanx de rivière et d'aqueduc. Pins loin on accède, par
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quelques degrés, à une salle carrée, sur laquelle s'ouvrent, à dr. et à g., trois cellules qui sont peut-être celles qu'auraient occupées les six prêtresses. Deux des chambres de l'aile du S., au-dessous de la Nova Via et du Palatin , ont conservé leur beau pavement de mosaïque en marbre. Les fonimuns se trouvaient dans l'aile occidentale; on y voit encore la cuisine avec son foyer, une dépense avec un réservoir de plomb, etc. — Un escalier conduit de l'une des pièces du S. à l'étage supérieur, dont le gardien du Forum a la clef. C'est là qu'étaient les pièces d'habitation des vestales; il n'en reste qu'une partie, entre autres plusieurs salles de bain.
Plus loin à l'E., au bord de la voie Sacrée, à 5 m. an-de.ssus du pavé, se dresse le *teniple de Paustine, où l'on arrivait dans l'antiquité par un large escalier. Consacré par Antonin le Pieux, en 141 apr. J.-C. , à sa femme Faustine l'Aînée , il fut également dédié à l'empereur après sa mort, ainsi que le dit la première ligne (ajoutée plus tard) de l'inscription. Le portique de l'ancien temple, à dix colonnes en marbre d'Eubée, subsiste toujours, de même qu'une partie de la cella. L'église S. Lorenzoin Miranda qu'on a installée à l'intérieur, n'est mentionnée pour la première fois qu'au xn« s.
Du côté E. du temple, on a mis au jour en 1902 une nécropole (sepulcretum) qui remonte bien au delà du vi^ s. av. J.-C, les ensevelissements ayant dû naturellement prendre fin après la transformation du Forum en place de marché et ayant alors eu lieu plus haut sur l'Esquilin.
Le Palatin et l'Esqxiilin sont réunis par une croupe peu élevée, désignée dans l'antiquité sous le nom de Velia; la voie Sacrée monte lentement sur cette croupe.
L'église St-Côme-et-St-Damien {SS. Cosma e Damiano; pi. E5), qu'on y voit à g. et dont l'entrée est via in Miranda, a été construite par Félix IV (526-530) , en utilisant un anc. temple érigé par Maxence à son fils Romulus mort en 309. Le pape Urbain VUI exhaussa le sol en 1633, à cause de l'humidité, de telle sorte qu'il y eut deux églises superposées dont celle d'en bas servit de crypte à la nouvelle.
L'ÉGLISE BASSE a ciicore ses vieilles portes de bronze à fermeture antique. — L'église haute a, sur l'arcade du chœur et dans l'abside, des *mosaïques du vi" s., peut-être les plus belles de Rome, mais qui furent fortement restaurées vers 1660. Le meilleur moment pour les voir est l'après-midi. Sur l'arcade, qui a été diminuée lors d'une restauration, l'Agneau avec le livre cacheté de sept sceaux (Apoc, v); à côté, sept chandeliers et quatre anges; il ne reste que deux symboles des évangélistes, l'ange et l'aigle. Les bras avec des couronnes qui se trouvent au-dessous sont ceux de deux prophètes. Dans l'abside : le Christ avec St Côme et St Damien, qui lui sont présentés par St Pierre et St Paul; des deux côtés, St Félix avec son église (à g.; tout moderne), et St Théodore (à dr.). Au-dessous, le Christ sous la forme do l'agneau, avec douze agneaux qui le suivent, figurant les apôtres.
Le mur du fond de l'église est contigu à une construction secondaire du forum de la Paix, où l'on trouva le plan antique de la ville mentionné p. 277.
Fonim Rotnahi. ROME. J^^^- R- S7. 287
Pliis loin, se trouvent à dr. les soubassements de maisons particulières, à g. les trois arcades colossales de la *ba8ilique de Constantin (pi. K F f)); construite par Ma.Keuce, elle l'ut remaniée par son vainqueur Constantin dont elle porte le nom. Elle formait un rectangle de près de 100 m. de long et 7G m. de large et avait trois nefs, dont les énormes voûtes en berceau ont servi de modèles à quantité d'architectes modernes, par exemple pour la construction de St-Pierre ; celle de la nef de droite existe encore et mesure 20 m. fiO de largeur sur 17 m. 50 de profondeur et 24 m. 50 de hauteur.
A côté de la basilique est Ste- Françoise- Romaine (pi. F 5), église dont la façade a été construite en 1615. Dans le couvent contigu, qui a un cloître de la lin du xv^ s., on est en train d'installer un miiHée des antiquités trouvées sur le Forum.
Sur la croupe de la Velia, à dr., s'élève r*arc de triomphe de Titus, construit en mémoire de la défaite des Juifs par Titus (70 apr. .T.-C.) et inauguré après la mort de cet empereur, ainsi que l'indique le mot «divo» dans l'inscription dédicatoire qui se trouve du côté du Colisée. En 1822, lors de la démolition des murs qu'on y avait adossés au inoyen âge, cet arc dut être refait en partie. Il a une seule arcade et il est décoré de beaiL\ bas-reliefs: à l'extérieur, sous l'inscription, une frise représentant le cortège d'un sacrifice; à l'intérieur, Titus sur un quadrige que conduit Rome et couronné par la Victoire; vis-à-vis, le Cortège triomphal, avec des Juifs prisonniers, la table des pains de proposition et le chandelier à sept branches. Au milieu de la voûte, l'Apothéose de l'empereur qui est porté an ciel par un aigle.
De l'arc, la voie Sacrée descend vers le Colisée, en passant près d'un grand fondement déblayé en 1908 et qu'on suppose appartenir au temple de Jupiter Stator. Puis, à g., la double abside du temple devenus et Rome (pi. F 5), construit pur Adrien en 135 apr. J.-C. Il y avait à proprement parler deux temples réunis sous un même toit et dont les absides étaient adossées l'une à l'autre. Le temple de l'O. est obstrué par le couvent de Ste-Françoise (v. ci-dessus). L'abside qui donne sur le Colisée est ouverte. Les fûts de granit gisant sur le sol proviennent des portiques qui entouraient le tout.
Sur la place devant le Colisée, se voit une construction dite la Meta sudans. C'est un noyau en briques , en partie restauré , qui formait le centre d'une magnifique fontaine établie par Domitien. A dr., on aperçoit l'arc de triomphe de Constantin (p. 289); à g., les restes d'une grande base carrée en maçonnerie , qui supportait la statue colossale de Néron, en dieu du soleil. Cette statue fut érigée à l'origine sur la Velia, dans le vestibule de la «Maison Dorée» de Néron, ainsi qu'on nommait le palais extrêmement luxueux que l'empereur s'était construit après l'incendie de l'an 64 (p. 235). Ce palais fut bientôt démoli en grande partie.
Baedeker. Italie. S* édit. 19
288 III- ^- 27. R03fIE. III- Quartiers du sud:
Le **Colisée (pi. F5-6), fondé par Vespasien dans ses jardin.s, à la place d'un anc. lac artificiel, et achevé par Titus, l'an 80 de notre ère, est le plus grand théâtre et un des édifices les plus remarquables du monde entier. Nommé d'abord amphithéâtre Flavien, il reçut, vers le viii« s., le nom de Colosseum ou Cotisée, peut-être à cause de la statue colossale de Néron. Le Colisée est construit à l'extérieur en blocs de travertin, originairement reliés par des crampons de fer, mais il y a aussi du tuf et des briques à l'intérieur. D'après les données les plus digues de foi, la circonférence elliptique de l'édifice mesure 524 m., son grand axe 188 m., le petit 156 m., et sa hauteur est de 48 m. 50. En dehors, la partie qui subsiste au N.-E., du côté de l'Esquilin, a quatre étages. Les trois premiers sont formés par des arcades, dont les piliers sont ornés de demi - colonnes des ordres dorique, ionique et corinthien superposés. Le dernier étage a des fenêtres séparées par des pilastres du style corinthieu. Des statues étaient placées dans les arcades du 2^ et du 3« étage. Des quatre entrées principales, à trois baies, celles de l'axe le plus court étaient réservées à l'empereur, les deux antres, aux cortèges solennels qui précédaient les jeux, comme aussi au transport des bêtes et des machines. Les spectateurs entraient par les arcades du rez-de-chaussée, désignées par les chiffres i à lxxvi, pour indiquer les diflFérents escaliers; les numéros xxiii à nv existent encore.
L'intérieur offrait de 40000 à 50000 places. A l'extérieur, les gradins sont soutenus par deux rangées d'arcades; à l'intérieur, an contraire, ils reposent sur un soubassement en partie massif. De quatre en quatre arcades, un escalier conduit aux rangées supérieures. Il y avait eu outre des galeries entre les séries de gradins. Le premier rang, le podium, était réservé à l'empereur, aux sénateurs et aux vestales; l'empereur avait une place exhaussée (pulvinar), les autres, des sièges d'honneur. Au-dessus du podium existaient deux autres séries de sièges en marbre, jusqu'au mur d'enceinte, qui était percé de portes et de fenêtres. Ce mur supportait de son côté une colonnade, sous laquelle étaient des gradins en bois, et il y avait encore sur le toit place pour la basse classe. Tout en haut du mur intérieur, on voit des consoles qui supportaient une petite terrasse, où se tenaient des matelots chargés de déployer des voiles (velcirium) au-dessus des spectateurs, pour les mettre à l'abri du soleil; les cordages nécessaires à cette opération étaient fixés à des mâts assujettis dans les trous qu'on voit dans la corniche extérieure et aux pierres en saillie au-dessous.
L'arène mesure 86 m. sur 54 m. Elle avait, ainsi que le montrent les parties mises à découvert, de vastes soubassements, au bord desquels se trouvaient les cages des bêtes féroces; plus vers le ceutre, quantité de murs, de piliers et de cintres, qui servaient à hisser les différentes machines nécessaires aux représentations.
Oolisée. ROME. m «• 27- 2S9
Le Colisée fut inauguré par dus jeux qui durèrent cent jours et coûtèrent la vio à 5000 bêtes fùroct^s, ce qui nous donne une idée des forniidubles représentations de cette époque.
C'est dès le moyen âge que le monument fut réduit à peu près aus dimensions actuelles, sans doute par des tremblements de terre. Le quart N.-O., qui servit de forteresse aux barons romains, est le mieux conservé, rius tard, on prit dans les ruines des matériaux de construction jusqu'à ce que Benoit XIV (1740-1758) mît l'édifice sons sa protection, en le consacrant à la Passion de J.-C. , à cause du sang des martyrs qui y avait coulé. Ou obvia à récrouleraeut en y élevant des arcs -boutants. Les deux tiers de cette construction gigantesque sont disparus, mais ce qui en reste forme eucor^.' une masse énorme. «Tant que le Colisée existe», disait -on dès le viii» s., «Rome existe; si le Colisée périt, Rome périt, et avec elle le monde entier.»
Pour s'orienter, on fera bien de monter aux étages sui'érieuks (visite comme au Forum, v. p. 232), par l'escalier de la 2» arcade à g. de l'entrée, en face du temple de Vénus et Rome: ôO c, gratuit, le dim. Arrivé au 1" éUige, où il y a trois couloirs voûtés, on passera dans celui de l'intérieur pour jouir de la vue d'ensemble do l'édifice. Trois arcades, à l'extrémité N. du petit axe, servent maintenant de magasin ])our les inscriptions du bord du podium. Au-dessus de l'entrée, du côté du Palatin, un escalier modeiiie de 48 marches monte au 2«, puis, à g., au S' étage, à une espèce de saillie. 55 marches conduisent au 4» étage à une galerie établie en 1852 sur des traces antiques, et dont la plate-forme offre le meilleur coup d'œil d'ensemble sur l'éditice et une belle vue sur les quartiers S. de la ville. Le regard embrasse le Célius avec St-Etiennele-Rond et St-Je.in-ct-St-Paul ; plus loin, l'Aventiu avec Ste-Balbine; dans le lointain, St-Paul-hors-les-Murs; plus près à dr., la pyramide de Cestius; à dr. , le Palatin et les arcades de l'Aqua Claudia.
Le Colisée produit une impression indescriptible par un beau clair de lune, ou à la lueur d'un feu de Bengale; on peut alors juger de l'ensemble sanj s'apercevoir des détails qui manquent. On peut entrer toute la nuit dans l'arène, mais on ne peut monter sur les gradins. — C'est du côté S. -E., de l'endroit où le pavé antique de travertin a été mis à découvert, qu'on a la meilleure vue de l'extérieur de l'édifice.
Au S.-O. du Colisée, entre le Célius et le Palatin, on remarque sur la voie Triomphale, qui y déboucbait dans la voie Sacrée,
r*arc de triomphe de Constantin (pi. F 6), le mieux conservé des arcs de Rome, érigé, d'après la longue inscription qui s'y lit, par le sénat et le peuple pour célébrer la victoire remportée sur le tyran, c.-à-d, Masence, et ses partisans (v. p. 341). Cel arc e.st à trois baies. La plus grande partie de l'architecture et des l'xcellentes sculptures, enlevées à des constructions plus anciennes, remontent au temps de Trajan et de Marc-Aurèle: dans le haut, statues de prisonniers daces; dans le passage principal et dans le haut des petits côtés, grands bas-reliefs représentant des scènes des guerres de Trajan contre les Daces et de son cortège triomphal ; médaillons figurant des scènes de chasse et de sacrifices. Les basreliefs et statues du temps de Constantin sont d'une exécutiou bien inférieure. — Pour la via di S. Gregorio, qui monte au S., v. p. 298.
Du côté N. du Colisée, passe le tramway n» 16. A g. au commencement de la via Labicana (n" 198), un petit escalier conduit à l'entrée des thermes de Trajan (pi. G 5), visibles t 1. jours de 9 h. (7 h. en été) jusqu'au coucher du soleil, moyennant un pourboire. Ils n'ont rien d'intéressant pour le touriste pressé.
•290 m- ^- ^7. ROME. III- Quartiers du sud: