GÉNÉRAL
Le lendemain de la journée d'Aspromonte (page héroïque de voire histoire), je résolus de vous dédier ce livre inspiré par vous. J'ai tenté d’y refléter votre grandeur, vos mâles vertus et votre mansuétude.
A l'heure où vous tombâtes sanglant, martyr d'un principe qui survit, s’affermit et dont le triomphe est certain, vos ennemis rêvèrent l’éclipse de votre gloire. Les plus ténébreux, ceux que la lumière morale épouvante, allèrent jusqu’à espérer votre mort, qui, pensaient-ils, sauvegarderait leur fortune. Ils proclamèrent bruyamment votre défaite: mais le vaincu, ce ne fut pas vous. Gomme me l’écrivait un de vos frères d'Italie* : « L’important, c’est «le ne pas se manquer à soi-même » c'est que l’âme reste debout ! la vôtre n’a pas lléchi, général, elle est entière et toujours la même; la patrie y palpite: la justice l'enflamme; le corps qu'elle
1 Le marquis Gino Ca|iponi, vnyea page !.'■? tlu lome II de l'Ilalie des Italie**
soutient a repris sa vigueur : l'inquiétude et l'attendrissement universels se sont apaisés.
On chercherait en vain dans les annales du monde un héros qui ait ému comme vous les entrailles de tous les peuples. Dans a: Paris généreux (cœur, cei veau et liras de la France), le jour où circulèrent ces mots : blesse, blessé à mort peut-être? la foule eut un douloureux tressaillement; la bourse haussa, oui, les traitants se réjouirent: mais les ouvriers, les écrivains, les jioétes, les orateurs libres furent en deuil. L’Angleterre sentit une commotion immense; l'Amérique pleura sur le défenseur qu’elle attendait; la rêveuse et philosophique Allemagne se troubla de voir une identité du Bien menacée ; la Grèce eut comme un soubresaut antique et voulut renaître pour honorer votre exemple. Cette sympathie électrique gagna de nation en nation ; les peuplades obscures implorèrent leurs dieux pour vous.
Ce n’est pas à l’homme, mais à la doctrine qu il défend que ce culte inouï fut accordé. Les âmes ne se courbent plus que devant ceux qui les relèvent, les éclairent et les guident ici-bas. Ils sont rares ces Purs et ces Inflexibles qu’aucune tentation n’égare, qu'aucun souille corrupteur n’abat. L'est pourquoi l'humanité les vénère comme des divinités visibles.
Mais l'alarme est dissipée, général, vous êtes sauvé! vous pourrez ressaisir le glaive, le glaive dont parle l’Évangile, le glaive redouté des pharisiens. Vous vivez, et bientôt vous le prouverez au monde.
Je m’incline devant vous, général, comme devant la plus éclatante personniticalion de l'honnêteté et du courage.
Paris, juillet 1R63.