‹ L'Italie des italiens (volume 2)Chapitre 19 sur 22 · XX XV · texte numérisé non relu

XX XV

Il élail plus de. huit heures quand nous descendîmes à terre ; je fis if abord déposer au consulat de France une de rues caisses renfermant mes cahiers de notes, mes livres , mes albums , tous mes souvenirs de l'Italie libre auxquels M. Breuil voulut bien donner asile jusqu'à mon retour de Home ; rassurée sur celle partie

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de mon bagage» je livrai le reste à l'inspection des douanes. Je reçus de notre consul et de son aimable femme l'accueil le plus cordial ; je me reposai chez eux en attendant l'heure du convoi.

« Où logerez-vous à Rome? me demanda M. Breuil.

— A l’iiôlel d’Angleterre, lui dis-je.

— C'est là où je descends, reprit-il ; je vais vous recommander au maître de l'hôte), M. Gendre, un Français intelligent qui mérite de faire fortune, tant il exerce son métier en conscience.»

Tandis que le consul de France écrit quelques lignes à cet excellent homme, le facrhino que j'ai chargé de mes malles accourt m'avertir que je suis en retard; je remercie M. et madame Breuil en leur disant : au revoir, et je me rends à l'embarcadère ; j'arrive une minute trop tard ; j'obtiens à grand’peine qu’on me laisse partir; quant à mon bagage, je l'abandonne à l'administration espagnole qui me promet de me l'expédier le soir même.

Je trouve, dans le wagon où je m'assieds, un chanoine et son secrétaire ; deux Français : l'un oflicier d'étal-major, l'autre payeur de l'armée ; un Russe, un Anglais et un vieux soldai espagnol au service du Tape. Je cause avec les deux Français; je leur raconte la joie de Naples à la prise de (ïaéte; le Russe et l’Anglais se mêlent à la conversation; le prêtre et l'Espagnol rue considèrent avec étonnement.

Je regarde les plaines désertes, aux belles et grandes lignes lumineuses, que nous traversons ; l’étendue se remplit pour moi d'une vision auguste : c’est à Rome que la vapeur m'entraîne! Je crois voir apparaître les grandes ruines antiques; mais aucune ne se dessine à l'horizon; les terres se déroulent planes devant nous. Où se cache donc cette campagne de Rome, si merveilleuse et si enivrante, que les artistes et les poêles qui Tout une fois contemplée sentent loin d'elle comme une nostalgie de l’idéal entrevu, saisi, perdu et regretté? En approchant. Saint l’aul. ressemblant à une immense usine, élève à droite ses murs blancs sur le sol marécageux qui borde le Tibre dont le cours nous est dérobé. Nous arrivons au débarcadère. Je regarde avidement autour de moi et ne découvre rien encore de la grandeur de Rome.

Ccst donc là ce fantôme allier,

Qui jadis eut le monde enlier Sous son empire.

César dans sa pourpre est tombé ;

U» n* un petit manteau d'abbé Sa veuve expire.

m’engage à me coucher. J’ai un tel effroi du mouvement, que je suis tentée de passer la nuit sur le pont.

« Laissez-vous faire, me dit-elle, dans trois minutes vous serez tranquille. * Elle me conduit dans une cabine, me déshabille et m'étend sous les couvertures ainsi qu’on fait d'un enfant docile, ou plutôt d'uu mort qu'on met en suaire. C’est cette dernière idée que rappellent les couchettes superposées des navires comme sont les tombes dans le CampoSanto de Gènes.

Le roulis de la mer finit par m’endormir. Lorsque je m'éveille, le lendemain matin, à six heures, nous sommes en vue de Civita- Vecchia; à sept heures je monte sur le pont. La douane est fermée ; l'officier de service dort encore. Civita-Vecchia me parait une ville sans caractère, bâtie sur une lande déserte; quelques vaisseaux et quelques grandes barques stationnent autour de nous. Les remparts et la forteresse sont en partie ruinés; des gendarmes pontificaux et un plus grand nombre de soldats français se groupent sur les dalles disjointes du port. Durant la longue attente que nous impose la paresse de la douane, je cause avec le général KleemJ « Je suis plus libéral que vous, intf dit-il en riant; il me répugnerait d’aller à Rome en ce moment. J'ai pu m'intéresser au roi de Naples tant qu'il a défendu son trône les armes à la main; mais du moment que la voix du peuple et la victoire des Italiens ont prononcé contre lui, il n'eût jamais dû s’allier avec les ennemis de l'Italie. Comme protestant, l'esprit de la cour de Rome m’a toujours révolté. Mêler Dieu aux intrigues, aux querelles, et aux intérêts humains me semble impie. Vous autres, catholiques et Français, vous l'entendez autrement.

— Beaucoup de Français l'entendent comme vous, général, et si un jour vous lisez le récit de mou voyage (où vous figurerez, je vous en avertis), vous verrez bien que je ne suis pas papiste. »

11 me lendit sa main loyale.

« Au revoir, j'espère a Paris, général.

— Paris est l'âme du monde, me dit-il, le centre d’attraction de tous les esprits, et certainement nous nous y rencontrerons, si je ne meurs pas au service de mon bien-aimé roi dans quelque juste guerre. »

Plusieurs officiers garibaldiens, partis avec nous de Naples pour se rendre à Gènes, nous écoutent causer. L un d eux qui m a vue à Caserte, me dit qu'il va rejoindre Uaribaldi; jo le charge de por.

ter mon hommage au héros. • E voi signora doi'è audaU ? me demande-t-il.

— A lioma, repartis-je.

— C'è riadremo anchà noi! s’écrie-t-il.

— Oui, lui dis-je, vous y viendrez. Garibaldi, retiré à Caprera, projette sur ritalie entière cette ombre formidable que l'Etna reflète sur toute la Sicile; le titan semble endormi, mais il se réveillera et Rome sera libre!

ns dc voue truisu.ni

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TAULE DES MATIERES

Mol de Ricasoli. — Conséquences logiques du principe révolutionnaire. — Billel du général délia llocca. -L'amiral Sera. — Le capitaine Alexandre Wright.

— Le comte Giustiniani. — Départ de Gènes pour Naples, le 7 septembre IsfiO.

— Relâche i l'Ile d'Elbe. — Le général Danesy. — Le fort Falcone. — Le parillon Stella. — L'habilation de Napoléon. — Le capitaine Émile Savio.

— L'aumônier gourmet. — Longue attente au port d'Ilercule. — Messe sur mer. — Arrivée à Naples. — Ravissement de l'aspect du golfe. — Le drapeau italien flotte sur tous les forts. — Nous jetons l’ancre. — Rencontre de Cari baldi, qui va visiter la corvette amirale. —‘Je presse la main du libérateur.

— Salves d'artillerie. — Aspect de la rue de Tolède et de Chiaja. — Les garibaldiens. — L'Italie entière représentée par les volontaires. — Le peuple de Naples. — Prédication du P. C.avaui. en chemise rouge. — l e palais des

ésuites transformé en hôpital militaire 1

Lettre de recommandation de M. de Cavour, au marquis de Villamarina. — Mon entrevue avec le marquis ; ce qu’il me dit de François II. — Il me donne un mot d'introduction auprès de Garibaldi. — Le palais d'Angri. — Mon entrevue avec le libérateur. — Son portrait. — Son espérance de délivrer Rome et Venise. — Miracle de saint Janvier. — Combats sous les murs de Capoue. — Cajauo enlevé â la baïonnette. — Je vais à Casertc. — Blessé

tn.

TAULE DES MATIERES

ilt' la veille. — Il y nmc de Garibaldi. — Héroïsme «J’un bataillon d'ado lescents. — Francesco Tcdaldi. — Hospitalité de M. Rossi, «rchitecte de l’F.tal. — Le capitaine Litta. — Conjurai ion des royaux. — Hôpital et ChA leau de Cascrie. — Promenade dans 1rs jardins. — Rencontre de Garibaldi. — M. Auguste Accchy. — Famille du Libérateur. — Ce que le porte doit i Garibaldi t

Le capitaine Émile Savio désirant la bataille comme une léle. — Le petit ser cent. — Palais de Capodimonlt. — Deux portraits de Caroline de Naples — Le» jeunes recrues. — Entrevue avec M. Berlani. — Audace de M. de Ca vnur. — Entrée de l'année italienne dans les Marches. — Prise d'Ancône. — Halaille meurtrière du Voltume le ^'octobre. — Deux mille prisonniers. royaux conduits au cliâteau Saint-Elme, . "io

Seconde excursion à Caserte. — Maria, ma suivante improvisée. — Aspect du château un lendemain de bataille. — Je couche au château. — Suit d'alarme. - Visites de l'hôpital de Caserte et de l'hôpital de Sainte-Marie. — Les blessés. — Tromperie de François II. — Disparition de Maria. — Retour à Naples. — Un gros chanoine et un chapelain garibaldien. — l.es dames de Villamarina. — Une députation napolitaine va féliciter Victor-Emmanuel. — Visite du palais royal : cabinet de Ferdinand II; appartements de la reine méreT — TtîTTquës et fétiches. — Cabinet de François U. — Les bonbons. — Comment les races Unissent. — Ce palais attend un hôte plus glorieux. — L'année italienne approche de Naples. — Arrivée de l'amiral Persane vainqueur d'Ancône. — Délai! sur Lamoriciére prisonnier. — Entrevue •te l'amiral et de Garibaldi A Caserte. — Légion anglaise. — Alfred Edolinau de Monteiro. — M. de Villamarina va A la rencontre de Victor-Emmanuel. — Mot du roi sur la journée du 1" octobre. — Toutes les grandes âmes de l'Italie concourant i sa renaissance 50

Troisième excursion à Caserte. — Un colonel polonais. — Lady Dorothée Campbell. — Tranquillité de Caserte. — Le colonel Spangaro. — Caserte et Sainte-Marie volant le plébiscite. — Sanl)jAagelo. — Aspect de la route. — Soldats au bivouac. — Dépêche télégraphique annonçant une victoire de Cialdini. — Rencontre du capitaine Savio. — Il m'apprend la mort de sou frère. — Hauteur et village de Sanl’ Angelo. — Le capitaine Savio nous rejoint. — Eon cheval se cabre. — Dédain de la mort. — Canons sur le sommet de la montagne. — Ils tirent prés de moi. — Décharge du côté des royaux. — Panorama de Çapoue et de la plaine jju Volturne. — beauté du jour. — Sérénité de la mort en pleine lumière. — Soldai» anglais blessés

table des matières. ses

— Mon pressentiment en quittant le capitaine Savio. — Dtner du colonel Spangaro. — Retour i Naples par la roule royale. — Fête du plébiscite. — Naples illuminée 44

Ascension du Vésuve. — Fantasmagorie. — Ville incendiée. — Escalade des assiégeants. — Campo Santo des héros lit

Entrevue de Victor-Emmanuel et de Caribaldi prés du village de Saul' Agaln.

— Bénédiction des drapeaux du régiment hongrois. — La marquise Pallavicini. ■ — Dîner offert par le général Türr à Caribaldi. — Une mendiante embrassant le Libérateur. — Scène évangélique. — Puérile passion des Hongrois pour la danse.. . . ti|

l.a nature en deuil semble pleurer sur les morts de Capone. — Lettre du général delta Rocca sur la capitulation de Papoue. — Intrépidité imprudente du roi. — Détails sur la reddition de Capoue. — Excursion dan* cette ville,

— Sainte-Marie, la Caiioue d’Annibal. — Trains de plaisir sur la route. -

— Aspect de la Capoue moderne. — Dégâts des obus. — Dîner en plein air. -

Cirque antique, — Débris île statue. — J'emiiorte une cuisse de déesse. — Vestiges de la voie Appia. — Distribution de médailles d'honnenr au batail lon des Uillf. — Madame Crispi décorée par Caribaldi .'üî

Entrée de Vietor-Fmmanuel et de Caribaldi à Naples. — Mon adieu au Littérateur. — Le roi au théâtre San Carlo. — Tous les yeux y cherchent Caribaldi. — Son départ de Naples. — Rêve d’un monument en son honneur. . . Ri

Tristesse et torpeur de Naples. — Caribaldi vrai roi populaire, — Première conspiration dans les couvents. — Souvenir de mon père. — Sa jeunesse A Napieg

TABLE DES MATIÈRES

Mi

Récit rétrospectif. — I .'hôtel île Centre. — Promenade A travers Naples. — Je porte des glaces im officiers du navire la Conxtilulmn. — Le baron Aimé d'Aquin. — Alexandre Dumas A Naples. — I-e quai <k Chiaja. — Bains. — Superstition, turpiliule et saleté df» enfants napolitains. — Les cochers dfe Naples. — Lhôleldf Home. — Ma terrasse. — l.e golfe et le Vésuve. — Fleure de lumière, — Enivrement des soirées. — Unjo d,i Mercalo. — Salle du Théâtre San Cirlo, pleine des garibaldien». — Table ifliéte de l'h<Mel~dë Rome. — !*> générai Lungo. — l.e duc de Noja 71

Promenade de U Villa il cale. — Crotte de Pausilippe, — Vallée de» Bagnoh. — Nisiiia. — Rivage de l'ourioles et de Haia. — Coucher du soleil. — Souvenir d'Agrippine, de la reine Jeanne, de Brutus, de Cicéron, de Ferdinand II et de Poe~rio. — Les rois catholiques ont continué le» monstruosités des Césars païens, — Vers A Poerio. — Crotte de Seiana. — Chant de madame Frasine - — Villa d'un cardinal napolitain au milieu des ruines antiques.. ■ ■ 79

Mil

lfn<ro Burboniro. — Fresques antiques. - l'ne muse. — Rencontre de M. Cail lard, grand in ii de Rome, — Salle des marines. — tialerie des bromes. — Cheval du temple de Neptune, détruit par un archevêque de Naples. — Objets trouvés à l’ompéi. — Sal lo de vases ilalo-prec*. — Cabinet des gemmes. — Musée secret. — - Villa du duc d'Aquila. — Galerie de tableaux. — Cabinet numismatique. — Bibliothèque bourbonienne 85

Mœurs napolitaines. — Saleté du peuple et des moines. — Les marchands de frtlli di mare, joueurs enragés. — Loquacité des Napolitains. — Les ptiarmaciens. — Grand effet d'un petit nez sur un apothicaire. — Haute société

de Naples. — Salon de la marquise de Villamarina. — Campa Sauta,

— Scène

dramatique avec un cocher. — l'n autre cocher me proi>o*c de- me conduire

gratis si je lui apprends le français

Portici. — llercidamnn..— Déjeuner pendant l'orage. — Ppmpéi. — Retour. — Rencontre d'un mort A Torre il fl Crée a KM

TAB|,E DES MATIÈRES

Nouvel aspect de la table d’hôte. — M.et Mademoiselle Mauro. — M. et madame Joseph Romano. — MM. George Lévy, Bendix et Estéve. — Une aventn riére. — Le mari i breloque» et sa femme. — Superbe d'infamie. ... Itï

Seconde excursion A Pompéi. — Rapt d’un petit pot, — L'Adonis mourant. — T.’amphittiéâffe-dfBnmpé' 1S7

Ascension du Vésuve. — Mer aux vagues durcies. — Le guide Cennaro. — Aspect du golfe dèHapterVu de la montagne, au soleil couchant — Crevasses enflammées. — Observatoire météorologique. — Désert de la Somma. — Rapacité des guides. — Énergie de M. Estéve. — Défaillance de M. Bendix. — Le cratère fumant et tonnant. — f luide du volcan embrasant les êtres. — La cuisine du diable. — Dégringolade à travers la région des scories. — Coulées délavé enflammée. — Souper détestable â l’auberge de VErmitage. — Souper fantastique. — Retour. — Aspect sublime. — Guides et chevaux, accident. — Rencontre de garibaldiens montant au cratère. — L'aube blanchit. — lever du soleil. — Arrivée à Naples lôî

Réjouissances en l'honneur dur roi. — Illuminations. — Transparents,— Étrange décoration de la rue de Tolède. — Rnstc colossal de Napoléon lll. — Églises de Sonia Ckiara, de San Cennaro et drl Geai,— Les miracles d'un père jésuite. — Arrivée de mes amis italiens 9^ NapTêST— Les aides de camp du général délia Rocca. — Le marquis Fomari. — M. Armand Ituii. — Visite du château Saint-Elme. — irrluiaSau Marlieo- — Les catacombes et le sang.de San (ir»naro^— La reine de Naples A Gaélc. — l'n nouveau Barnave amoureux de la reine. — Tempêtes sur mer. — Visite de Liborio Romano. — Son por trait. — Doctrinaire italien. — Peau parleur. — Esprit classique. — Vieux galanlin. — Vieux Zéphyre. .... ! 146

M. Patemoîter. — Incursion à Eonixoles. — Temple de Sérapis. — Amphithéâtre. — Solfatare ' l5G

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