L'Italie des italiens
La solitude sied aux ruines et aux paysages; la foule amoindrit l'imposante majesté des vestiges mélancoliquesdu passé et lesgrands aspects de la nature. I>es souvenirs des civilisations disparues revivent et se dressent à travers les arcs rompus des aqueducs, les pans de murs énormes des thermes, les galeries disjointes des cinpies, les colonnes renversées des temples détruits ; la pensée du pcëte ou du rêveur les remplit des fantômes de l'histoire et n'a que faire pour les peupler de la génération contemporaine. La campagne inspire . une sensation analogue; l'immensité des horizons, l'éclat et les elTets changeants de la lumière des jours et des nuits, les bruits de la mer et des fleuves, les rumeurs des arbres et des blés, les ondulations des montagnes et des plaines, les détails de la végétation, les nuances infinies des tableaux variés de la terre cultivée ou sauvage, le ciel incommensurable servant de dôme aux étendues que l’œil embrasse et dérobant au delà de ses voiles les mystères de l'inconnu, suflisent aux émotions de l'Ame; la présence des hommes en altérerait l’harmonie et la grandeur. Mais une ville n’est vraiment belle que lorsque les multitudes la remplissent, y débordent, et y fout retentir leurs voix, leur mouvement et leurs passions. Toute cité dépeuplée a des allures de cachot et de cimetière; on sent les misères et les larmes derrière les fenêtres et les