‹ L'Italie des romantiquesChapitre 1 sur 13 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Les très nombreuses citations qui sont dans ce livre sont tirées le plus souvent de lettres et de mémoires. Je n'ai guère fait que grouper, pour chacun des poètes dont il est ici question, les passages de ses œuvres et de sa correspondance qui se rapportent à l'Italie. En dehors de ces citations, c'est encore en suivant les textes que j'ai résumé les aventures de voyage et les fantaisies poétiques.

Les sept écrivains (1) auxquels j'ai consacré les études qui suivent ne sont pas les seuls qui à l'époque du romantisme ont aimé et célébré l'Italie, mais ils m'ont paru les plus importants, et en outre ils forment un groupe naturel. Chateaubriand et lord Byron étaient amis de Mme de Staël; lord Byron était l'ami de Shelley, qui était celui de Keats ; enfin Alfred de Musset correspondait en

(1) Il n'est ici question que des poètes. Je crois pouvoir donner ce nom à Chateaubriand et même à Mme de Staël. A la même époque, Daru, Fauriel, Sismondi, d'autres encore, faisaient d'importants travaux sur l'histoire politique ou littéraire de l'Italie.

il L'ITALIE DES ROMANTIQUES

vers avec Lamartine et lui parlait de lord Byron. Il y a même entre ces écrivains une sorte de parenté intellectuelle. Chateaubriand a exercé une grande influence sur Lamartine, qui lisait aussi avec passion les poèmes de lord Byron; celui-ci doit beaucoup à Mme de Staël, pour laquelle Shelley avait également une grande admiration. Keats est un peu indépendant, mais, par la manière dont il s'inspire de Dante et de Milton, il est voisin à la fois de Chateaubriand et de Shelley ; d'autre part il sait goûter Boccace comme le fera Alfred de Musset. Enfin ce dernier, qui vient plus tard que les autres, a recueilli tout leur héritage. Le long chapitre qui lui est consacré forme la conclusion de ce travail. Chateaubriand est allé en Italie en 1803, Alfred de Musset en 1833. N'est-ce pas dans l'espace de ces trente années qu'a régné surtout l'enthousiasme poétique auquel on a donné le nom de romantisme? Goethe, d'une part, et Browning, de l'autre, m'ont paru en dehors du vrai romantisme. Goethe a fait son voyage d'Italie (1) avant la Révolution française. Ce qu'il allait chercher au delà des Alpes, c'était la terre classique, l'Italie romaine et

(1) En 1786 et 1787.

PREFACE m

païenne. A Assise il ne voulut rien voir que la petite façade à colonnes corinthiennes d'un temple païen. Racontant comment il est monté à pied à la ville : « Je laissai à ma gauche a\>ec dégoût, dit-il, les substructions énormes et l'architecture babylonienne des églises entassées l'une sur l'autre sous lesquelles saint François repose... » Le président de Brosses venant de Spolète avait dit : « Près de là est la ville d'Assise, où je me gardai bien d'aller, craignant les stigmates comme tous les diables (1). » C'était la même pensée, mais Gœthe avait encore plus de parti pris que le malin président. Dans l'art de la Renaissance il ne recherchait que l'imitation de l'antiquité. A Venise même, la ville la plus romantique qui soit au monde, il ne s'intéresse qu'à Palladio.

Si Gœthe n'est pas encore un vrai romantique, Browning et les préraphaélites anglais sont déjà autre chose. Ils se sont épris de l'art italien de la fin du moyen âge, art que les romantiques avaient ignoré. Les préraphaélites ne le comprennent d'ailleurs qu'à demi, car, tandis que tout est clarté chez Giotto et Fra Angelico, les poètes anglais qui

(1) Lettre datée de Modène du mercredi des cendres 1740.

iv L'ITALIE DES ROMANTIQUES

s'inspirent de la Vita miova semblent s'efforcer d'être plus difficiles à comprendre que le Dante des premiers poèmes. De leur vivant même ils ont eu besoin de commentateurs. Ils n'en forment pas moins une école nouvelle dont les grands efforts ont produit de belles œuvres d'art et de poésie. Je me suis contenté d'indiquer dans le chapitre sur John Keats comment ce délicat poète avait devancé Rossetti et Burne Jones dans ses visions poétiques d'une Italie d'avant Raphaël.

Stendhal est le contemporain des écrivains que j'étudie, mais j'ai pensé qu'il serait mal à l'aise auprès d'eux. Personne sans doute n'a mieux connu la société italienne de son temps ; ses études sur la peinture sont importantes; s'il a, lui aussi, ignoré les grands Florentins, il a du moins révélé Luini et l'école milanaise ; mais, même en parlant

* des caressantes peintures, son style demeure si froid et si revêche qu'il nous gêne au lieu de nous venir en aide quand nous voulons évoquer la poésie de l'Italie. Malgré la gracieuse Clélia Conti

• de la Chartreuse de Panne, Stendhal ne peut guère être qualifié de romantique.

Il est souvent question de l'Italie dans les livres « de George Sand. Je n'ai parlé d'elle qu'au sujet

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