‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 116 sur 227 · VENISE ET L'ARÉTIN · texte numérisé non relu

VENISE ET L'ARÉTIN

lointains rougissaient d'une ardeur de minium , un peu moins incandescente seulement. de quels beaux traits les pinceaux de la nature peignaient Tair, làhaut, Técartant des palais ainsi que le Vecellio fait des pays qu'il figure! De certains côtés apparaissait un vert-azur, et, d'aucuns autres, un azur-vert, réellement composé par la nature, maîtresse des maîtres. L'atmosphère se fondait avec les clairs et les obscurs, et mettait si bien en relief ce qu'elle y voulait mettre, ou savait si bien à son gré fondre ce qu'il lui plaisait de fondre, que moi, qui sais comment votre pinceau est le génie des génies, par trois et quatre fois je m'exclamai : « O Titien, oii donc es-tu? » Par ma foi, si vous aviez peint ce que je vous narre, vous induiriez les hommes dans la mOme stupeur où je fus, voyant une telle peinture, et que semblable merveille ne durerait point * ! »

Après une pareille lettre, l'Are tin sans forfanterie se pouvait dire « l'autre lui-même » de Titien. Ces artistes, d'un temps où la perfection môme du métier alanguissait les œuvres, et ces citoyens, d'une ville que tout prédestinait pour être la capitale de la décadence, ces hommes, possédés par les beautés de la matière et par les magies de Venise, ont aimé d'un amour ardent ce ciel, cet air, cette lumière de la cité miraculeuse : fertile en mirages, en prestiges où les sens étaient charmés, et que la subtile Florence, nourrice de l'idée et de l'action,

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