‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 117 sur 227 · Lett., IIÏ · texte numérisé non relu

Lett., IIÏ

n'eût point créés. N'est-il pas singulier que le plus fervent précurseur du seicenlisme, à Venise, soit un Arétin? et que, de l'antique Arezzo, des rues en gradin de Pérouse, des vieilles montagnes sacrées de la Toscane et de TOmbrie, l'homme soit descendu qui, dans l'Italie dégradée, étalait la plus triomphale apothéose de la matière, la volupté la plus païenne?

Les écrivains le courtisaient autant que les peintres. Lodovico Dolce, sous ses yeux, préparait son Achilléide ou sa traduction de la dialectique d'Aristote, et résumait la philosophie du Stagyrite. Francesco Sansovino, qui haïssait l'Arétin, n'avait eu garde de continuer une campagne ouverte contre lui. Il lui dédiait môme ses Livres de la Bhé torique, il lui offrit sa version des Fpitres cicéroniennes ; TArétin ne marchandait pas la récompense à l'écrivain rallié : il l'égalait, tout uniment, à son père le sculpteur : « Jacopo et Francesco, l'un dans l'exercice du ciseau, l'autre dans l'art de la plume, épuisent la louange. Vive donc un père tant illustre, un fils de si belle race, nés, l'un et l'autre, pour orner et pour enchanter, par les ouvrages de leurs esprits, l'univers entier! * »

11 tenait bureau pour les plaintes des sculpteurs

mal payés ou mécontents de leur salaire, comme

Danesc, qui n'a pas trop bien décoré ce que lui

confia la Seigneurie. « Les princes, disait l'Arétin,

•ne sont pas courtois. C'est leur dernier souci »1 »

Page 1