‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 191 sur 227 · En français : Demi- Prêtre, le Défroqué et Bigot · texte numérisé non relu

En français : Demi- Prêtre, le Défroqué et Bigot

le fini, l'infini, le rationnel, Tirralionncl et autres objets de grand poids. Cependant, ses livres ont été gAtés, sa femme et sa servante ont déguerpi de la maison, en laissant la porte toute grande ouverte, r/est que ( réponse mécontente Ta bien "feu clamer) M tout moulin veut de Teau », et le philosophe est un meunier déplorable.

Il va contempler le désastre, puis il revient en scène, et sans voir ni sa femme ni sa belle-mère cachées tout auprès, il reconnaît ses erreurs dans un monologue si touchant que sa femme est tout attendrie à Touïr; pour la belle-mère, elle soupçonne qu'il doit être « près de mourir », pour se montrer édifiant à ce point. Tessa revient à son mari, qui renonce, pour l'amour d'elle, à la philosophie et l'appelle « mon Symposion platonique, ma Politique d'Aristote! » II reste douteux s'il fut mis par elle dans certaine confrérie : « Si j'ai fait le péché, dit-elle, pardonnez-moi; si je ne l'ai point fait, pardonnezmoi encore, pour l'ennui que vous a causé le soupçon ». La scène est bien écrite, la mieux écrite de cette pièce qui n'est pas la meilleure de l'écrivain ; et c'est peut-être une des plus remarquables scènes entre celles même de ses œuvres qui par l'ensemble valaient davantage. On y voit comment l'Arétin, s'il eût réfléchi, pris haleine, écrit, en un mot, au lieu de bâcler, aurait pu donner dans cette époque primitive un théâtre original et vigoureux. N'est-il pas notable de voir dans ce Philosophe le type, si gonflé depuis par la bouffissure moderne, du mari qui « se

sent devenir Dieu à cause du pardon qu'il accorde »? Plalaristolile est Tancôtre de ce personnage à la sentimentalité benoîte, si souvent repris dans le roman ou le théâtre, toujours avec un ridicule égal à ses prétentions. Le Philosophe de TArétin se montre si parfait et si magnanime qu'il en arrive à faire pleurer sa belle-mère. Cette pièce de fantoches finit en drame bourgeois.

Ainsi, le Philosophe môle deux intrigues : la première, il est à peine besoin de le marquer, est prise dans Boccace : c'est l'aventure d'Andreuccio de Pérouse *. L'Arétin a changé le nom d'Andreuccio en Boccacio de Pérouse : manière parlante d'avouer son emprunt. Quant à l'histoire du Dandin, du philosophe en mal de mariage, elle semble bien être de lui tout entière. Le personnage n'est pas dénué de comique; il aura, dans le théâtre de Molière, une illustre descendance.

Tel est — analysé sommairement, et peut-être encofe avec trop de détails — ce théâtre de l'Arétin. Il est à peu près inconnu, et curieux, pourtant, et riche de traits, d'esquisses, de saillies.

Théâtre fait à la diable, sans scrupule, sans arl, dans le va-et-vient d'une existence et d'une imagination dévoyées. Théâtre de bohème, et, si l'on y tient, de charlatan ; mais si plein de dons naturels, si fertile

1. Décam., Giornala II, v. L'histoire de la sœur, les larrons, le tombeau, presque tout enfin, s*y retrouve, hormis le sale détail de la chute dans les « privez », que rArétin eut le bon goût de laisser dans Boccace.

en trouvailles, qu'il fait penser, dans mainte scène, aux ouvrages du génie môme; du génie, qui a pris son bien dans ces imbroglios fantasques '.

1. On peul cunsiiller encore sur le thêàlre de rÂrêlin : Du lluuro, AnalectabihlioUy 1, 3%. — Ametican Quarlerly Revieu\ juin 1830, p. 325 et suiv. — Nuova Antologia <le Rome, !•' avril 1882, t. LXll clella raccolta générale, l. XXXIl délia série nuova, et Studij aulla com, it, del sec. XVI, par Â. Agresti, Napoli, 181!.

« Le cardinal Bibiena, Piccolomini et TArétin, tous les plus exce liens de leur siècle, n'ont jamais en leurs œuvres comiques voulu employer la rithme -, dit Pierre de Larivey, dans TEpistre à Monsieur d'Amboise, en tête des Comédies facecieuses, Lyon, 1597.

Je dois à M. Georges Monval, archiviste de la Comédie- Frnn<;aise, la communication d'épreuves prolmblement uniques, imprimées en 1813-181 i à Milan pour une édition des comédies de l'Arélin. C.ette édition, que supprimèrent les événements politiques, était imprimée par Silvestri pour la librairie Dumolard. La préface était sur le marbre, quand la chute de Napoléon et la réaction qui suivit étouffèrent la Biblioteca scella-, les 9 volumes de Itendello avaient |)aru en 1813 : ils restèrent les seuls de cette bibliothèque. Le fils de l'imprimeur, M. L. S. Silvestri, céda les feuilles au collectionneur français M. G. de Filippi, en avril 1883. L'archiviste et le moliériste éminent qu'est M. Georges Monval les acquit lors de la vente Filippi. Elles portent au bas, i)lusieurs fois répété, le nom de Dandolo — sans doute ce Vincenzo Dandolo que l'Empereur avait fait comte et gouverneur de la Dalmatie.

La préface est une analyse des comédies, bourrée de longues citations. Elle montre l'esprit du temps où elle fut écrite. En voici quelques passages : « L'Arétin, au courant des vices de son siècle, les met à nu et s'en fait un jeu, uniquement pour exciter le rire des spectateurs.... On y reconnaît cependant une matière curieuse pour Fétude des mœurs, une admirable vis comica. »

Il s'y rencontre des phrases dans ce goût (sur la Corligiana) : • ... Je défie le lecteur le plus intrépide de ne \yolni sentir tourner son sang à cette lecture. Et cette sensation ne devait point cesser, pour ceux qui, par l'illusion du dialogue, de la scène, étaient entraînés à participer réellement à la

révélation de ces em poison nemens, de ces avortenions, de ces sacrilèpes, de ces orj^ics, horreurs et méfaits, auprès desquels i>àlissent ceux qu'a si amoureusement édifiés la fantaisie effrénée de Gœlhe dans son monstrueux Faust. »

Mais le critique de 1813, s'il a des préjugés, connaît ses classiques. 11 trouve que VHypocnle a • pour protagoniste une manière de Figaro mystique, un Machiavel de carrefour ». 11 apprécie le brillant, la verve du prologue, il ne manque pas de faire avec le Tartuffe de Molière tous les ra[>prochemenls possibles, et cite des tirades prises au maître français et choisies ingénieusement. Il a marqué la ressemblance entre le Philosophe et Dandin.

Faut-il mentionner, enfin, une édition d'œuvres choisies de P. Arétin, contenant la traduction (?) du Philosophe^ de la Courtisane, et de la Talanta, donnée en 18i5 par le bibliophile Jacob (Paris, Gosselin, in-12)?La Vie de C Arétin, j^^lt Oujardin, passablement erronée, s'y trouve reproduite. Un simple fait donnera l'idée de la valeur que ce Choix peut avoir. Il y est redit, après Dujardin, après Allacci^que VHoratia existe seulement en manuscrit (p. lxviu). Or, l'exemplaire imprimé de VHoratia était auprès du bibliophile, à la Bibliothèque de l'Arsenal (Arsenal, B. L. 5 892.)

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