‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 225 sur 227 · Scène iv · texte numérisé non relu

Scène iv

EMILIE

L'Arctin raille bien.

LA DUCHESSE

Défendez-vous, Joconde.

JOCONDE

Il donne assez beau jeu pour faire qu'on le fronde.

l'arétin.

Moy! sur quoy me fronder? je n'appréhende rien.

JOCONDE

Avec les vers pieux, il fait Thomme de bien, Les leçons d'esprit fort qu'il fait à la jeunesse Gastcnt bien vostrc cour, ma divine princesse, L'erreur est un penchant où l'on tombe aisément.

l'arÉTIN.

Elle fait ce discours pour rire seulement; Je suis amoureux d'elle, et c'est là ma folie.

Ils passent Taprès-dînée « aux petits jeux d'esprit ». On s'exerce d'abord à chercher la définition du parfait courtisan. L'Arétin donnç la sienne, dans la scène u du deuxième acte.

Il a l'esprit subtil, et sait fort bien parler, Il le faut écouter, madame la duchesse *.

LA DUCIIESSB.

Sur un si beau sujet faites voir votre adresse.

l'arÉTIN.

Les jeunes courtisans sont tous assez bien faits, Et brillent à la cour comme des feux folets.

Leur bel extérieur éblouit le vulgaire.

Et sans doute ils plairoient s'ils s'efforçoient de plaire. Mais ils ont peu de soin de se rendre parfaits, Pour engager un cœur ils sont trop peu discrets. Ils déchirent toujours celle qu'ils galantisent, Sans sçavoirce qu'ils font, ny souvent ce qu'ils disent. Mais un vieux courtisan est bien plus avisé, Il a beaucoup d'esprit, est habile et rusé, Le teint pasle et défait de soucis et de veiller. Il a les yeux perçants, et de fines oreilles. Il voit tout, entend tout, et ne dit jamais rien. Il cabale sans cesse, et dissimule bien; A ses plus chers amis il cache sa pensée.

Il a l'air obligeant, et l'âme intéressée ;

1. Dit un personnage qui est le prince ou Fr^gose, et non point, comme on rimprima par erreur, l'Arétin.

El pour le peindre enfin tel que je Tay trouvé, Un courtisan parfait est un fourbe achevé.

On cherche un divertissement pour Taprès-dînée (môme scène).

Mais il faudrait avoir un sujet ravissant.

JOCONDE

Le fameux Arétin en a fait plus de cent

Dont la seule lecture a sceu toucher nostre âme.

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