‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 43 sur 227 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

UÂrétin et les princes.

Ce n'est pas un modèle de sobriété ni de clarté que le « style de TArétin ». Le comte Algarotti, qui n'avait peut-être pas tous les droits au purisme, Ta déclaré fort essoufflant, « nemico del pulmone ». Il est certain que ni Temphase n'en est absente ni la redondance; à côté de trouvailles heureuses, la plume débridée a laissé couler un torrent de phrases banales ou enchevêtrées. C'était la manière à la mode; TArétin a surenchéri sur les défauts communs à tous, en y mêlant plusieurs mérites qui sont à lui : l'éclat, la force, la richesse du mouvement, l'intelligence des Beaux-Arts. Un peu partout, il a plaqué sur ses pages sans fin les ornements parasites, les concetti dont l'Italie allait répandre dans l'Europe la contagion. C'est par saccades que sa langue se dépouille ou se resserre ; et quelquefois, elle s'abaisse alors au-dessous du naturel, elle se traîne.

Mais il faut dire que si TArétin concevait de ses

œuvres une opinion démesurée, il avait des complices qui pouvaient lui faire illusion.

« Écoutez, disait Francesco Sansovino, le seigneur Pierre Arélin? — chanter dans son style gaillard et souverain — qui lui a valu le surnom de divin *. » Et cet autre contemporain continuait : « Si vous lisez par aventure les écrits du divin Pierre Arétin, il vous conduira sur les sommets de Téloquence toscane, et par des voies inusitées, neuves, que nul n'a foulées; vous y découvrirez certaines lumières merveilleuses, qui vous feront comprendre combien peut la nature sans laide do Tart •. »

La plupart de ses vices littéraires, ceux du cinquecentisme, ne lui sont point particuliers. Les contemporains ne songeaient pas à les lui reprocher : ils ne leur apparaissaient guère. Ce qu'il avait de personnel, au contraire, sa manière de faire siens el d'accommoder à sa main tous les genres qu'il essayait, son pouvoir propre et original leur plaisait et s'exagérait à leurs yeux du reflet que lui donnaient ses relations et sa puissance.

A Venise, des patriciens comme Daniel Barbaro» capables d'écrire un dialogue ou de rimer un sonnet entre deux ambassades, des magistrats nobles qui se plaisaient à sculpter ou à peindre aux côtés d'un Alessandro Vittoria ou d'un Véronèse, des gentils-

Page 1