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LA FAMILLE DE JULES UI ET L'ARÉTIN

bienveillance, la fameuse question de cardinaliser Messire Pielro. L'Arétin écrivit au pape de ne plus agiter cette histoire du chapeau; « si j y avais tenu, disait-il, Charles-Quint me l'eût fait avoir il y a beau temps. Mais à tous les honneurs cardinalices, ma vieillesse besogneuse préfère quelques maravédis*. » Il faut croire que ses sonnets aux grands d'Espagne ' étaient mal payés, tout « poète impérial >» qu'il était.

Il y avait heureusement encore quelques mécènes en Italie, capables, comme le duc d'Atri, d'envoyer une chaîne d'or et une coupe d'or. Et la duchesse n'était pas moins généreuse : aussi, ces « incomparables refuges des suprêmes intelligences, qui aidaient les bons et les doctes, partageaient leurs biens entre le Nardi, le Brutioli, le Sansovino, l'Hortensio, poètes héroïques, Apollon se donnait à eux », et l'Arétin « les adorait ' ».

Un sculpteur assez médiocre, le Zacchi, Giovanni Zacchio, dont les Sa^i gardent un tombeau sans caractère, lui avait offert une médaille de la signora Hersilia, sœur du cardinal di Monte; une personne qui tenait au pape de si près devait exciter la verve obséquieuse de l'Arétin. Il savait le pouvoir des femmes, et flatta sans trêve. Un mois à peine avait passé depuis sa première lettre à Mme Hersilia, et -déjà il se targuait « du bon office que la gracieuse

1. Lelt., VI, 551. — 2. Letl., VI, 86. — 3. Lett., VI, Ji9, 116.

Hersilia voulait faire pour lui auprès de la sainteté de Jules pontife souverain et de TExcellence de Baldovino, seigneur Éminent, à Rome. L'honorée patronne retirera du reste gloire de moi, en intercédant en ma faveur, à moi qui en elle seule espère et me confie. Je suis de ceux-là qui proclament les mérites d'autrui et les décrivent *. » A peine avaitil vu le portrait de la dame illustre, qu'il admirait « la splendide complexion de sa noble nature sublime ». « J'espère fermement, disait-il, obtenir par l'œuvre de votre piété quelque peu plus de subsides, queje désire, puisque je suis pressé par la mendiante nécessité. A peine une sainte auprès de Jésus en ferait autant! Mais aussi, je suis cet Arétin qui, s'il venait à Rome, ferait accourir les foules pour le voir, comme si paraissait un nouveau jubilé *! » Flatteur du nouveau pape, il ressassait les anciennes rancunes contre les papes disparus. La nièce du pontife régnant le voyait traiter Léon X et Clément VII de « crapules, ribauds ingrats, et abhorrés de ma plume qui canonise mitres, chapeaux et rois, lesquels lui redoivent en échange large aumône * ». C'était bien l'aumône que sa vieillesse allait quêtant, la plume au poing. Il se courbait de plus en plus devant ses protecteurs ; Titien faisait-il le portrait de Lodovico Beccatelli, « A voir, s'écriait l'Arétin, le très admirable portrait de notre Monseigneur, je n'ai pu me tenir de portraire aussi, non la face illustre de sa

i. Lett., VI, 96-101. — 2. Lett., VI, 109-110. — 3. Letl., VI, 118-119.

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DÉCADENCE DU PAMPHLÉTAIRE. i2i

Seigneurie, mais la ressemblance de son âme noble. En foi (le quoi je vous Tenvoie sous forme de sonnet, certain que, de môme qu'il se voit au monde deux Charles-Quint, un de la main de la nature, et Tautre du pinceau de Titien, de même, par Tœuvre

I de celle-là et de celui-ci, deux Beccatelli apparais-

I sent. Ainsi, lisez mes vers, et louez plutôt la dévo-

tion que je porte à un tel homme, que le génie d'où sortent de pareilles rimes *. »

On le traitait avec un sans-gône qu'il supportait mal; le roquet édenté par Tûge grognait encore. La duchesse Vittoria d'Urbin n'avait donné que deux cents écus en retour d'un bas-relief sculpté par Sansovino : « Ce n'est pas payé », disait l'Arétin*. Il fallait insister auprès du duc de Florence pour obtenir la moindre chose, et sur quel ton! « Qui passe les soixante ans doit espérer secours pour sa

' caduque vieillesse en l'autre monde, puisque c'est

folie de le vouloir obtenir en celui-ci. seigneur Jean, ô seigneur Jean, tous ceux qui vous survivent ont été rémunérés par votre illustre fils, et grande-

î ment : et, à moi seul, qui vous étais familier, com-

pagnon et frère, par faute de la maie fortune à peine s'il donne un morceau de pain en aumône! » Pour augmenter l'effet de celte prosopopée adressée à l'ombre de Giovanni délie Bande Nere, l'Arétin montrait à Bernardo Colle, agent du duc Cosme V^ à Venise, combien il conservait encore d'augustes

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