‹ L'Italie est-elle la terre des morts? (volume 2)Chapitre 24 sur 64 · SB · texte numérisé non relu

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tendu de si prédenx services aux sciences historiques, est aujourd'hui soutenue par une subTention du gouTemement^ et comme toutes les institutions officielles, VArchMo sem* ble se résigner à cette existence tranquille, mais effacée, à laquelle le condamne de plus en plus une administration dépourvue d'initiative et de stimulants. C'est que la prospérité d'un recueil périodique dépend presque uniquement de la capacité de Thomme qui le dirige^ et si la Eefms des DeuX'Mondes a dâ sa splendide carrière au génie de II. Bch loz, la Nucva AnMogia florentine qui semblait être née sous une si heureuse étoile n'a trouvé en la personne de M. Protonotari qu'un administrateur insufiisant. Ce médio» cre professeur d'économie politique est l'un des dix capitalistes qui, moyennant le versement d'une somme de 100,000 francs^ essayèrent en 1866 de faire revivre la célèbre Antologia de Vieusseux^ de Montani et de Tommaseo. M. Protonotari emporta d'assaut la direction de l'œuvre commune, et en répandant largement les fonds de l'association, en accordant aux auteurs les plus en vue et qui tous ne répondirent pas à son appela une rémunération relativement élevée, mais à peine égale d'ailleurs à celle qu'obtiennent, à Paris, nos écrivains du second ordre^ il osa compter sur un succès comparable à celui du premier recueil de Vieusseux. Ce rêve ambitieux ne fut réalisé qu'en partie. Grâce à l'habile concours du libraire Lemonnier qui suppléa plus d'une fois au manque de tact de M. Protonotari, on réussit en effet à grouper un assez bon nom* bre d'estimables écrivains; les chroniques politiques de M. Bonghi et les articles financiers de M. Ferrara furent extrêmement goûtés; la revue artistique de M. Boito, la revue scientifique de M. Mantegazza, les articles de critique de MM. De Sanctis, Guerzoni, etc., furent appréciés à leur juste valeur; mais le public payant fût toujours peu nom» breux vu le prix excessif de l'abonnement, et pour joindre les deux bouts l'administration a dû recourir à un double expédient^ en acceptant une subvention du pouvoir et en tâchant de se procurer des collaborateurs désintéressés* Reposant sur une base aussi fragile, l'existence de la Nuova AtUoiogia dépend en réalité d'un caprice ministé* Tiel; mais comme en tout pays les abus se déracinent fort

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difficilement, le recueil de M. Protonotari pourrait trèsbien survivre à son fondateur.

Si enclin toutefois que puisse être un ministre constitutionnel à gaspiller les fonds secrets^ il ne saurait évidemment stipendier tout le monde et tout le monde n'est pas d'ailleurs disposé à se laisser stipendier ; aussi en Italie comme en France avons-nous de temps en temps le conso» lant spectacle de succès chèrement et noblement conquis au prix d'intelligents et incessants efforts. C'est ainsi qu'à vingt-neuf ans et armé de sa seule industrie, l'illustre orientaliste De Gubematis a réussi à fonder en 1870 un recueil des plus justement populaires et qui a recruté déjà en Allemagne, en Angleterre et même en France un assez grand nombre d'abonnés. En dehors de son directeur qui vaut à lui seul une légion, la Bivisia europea ne compte pourtant parmi ses rédacteurs habituels que fort peu d'hommes d'un mérite exceptionnel et elle n'insère qu'à de rares intervalles des écrits de iMM. Prati, Donati, Bosio, etc.; mais cette publication a été conçue sur un plan excellent, et pas plus en Italie qu'à l'étranger on ne trouverait dans aucun autre recueil un tableau plus complet du mouvement littéraire et scientifique de TEurope. A cette admirable source d'informations on peut puiser de copieux renseignements non pas seulement sur la France, l'Allemagne, l'Angleterre, mais sur le monde slave tout entier et la littérature orientale qui y sont l'objet d'études approfondies, et j'aurai tout dit sur la Rivista europea si j'ajoute que pour le prix extrêmement mpdique de vingt francs elle livre annuellement à ses abonnés deux mille cinq cents pages environ, dont un tiers en petit texte.

Le bon marché est un appât auquel le public ne résiste guère, et de tous les recueils italiens celui qui au point de vue matériel se présente dans les conditions les plus tentantes, c'est sans contredit la Revue des jésuites, la fameuse Ckiltà cattoliea qui trouve le moyen de paraître deux fois par mois au prix de i 7 Arancs par an. Fondée à Naples en i 849, et bientôt suspecte au roi Ferdinand qui» s'il détestait les libé-* raux ordinaires, n'était pas sympathique non plus à ce que M. YeuiUot « appellerait la liberté du bien, » la CMltà émigrait à Rome au bout de quelques mois, et prit bientôt

une importaace telle, qu'on s'habitua à la considérer comme le principal organe du Vatican, c C'est le Saint* Père qui corrige nos épreuves, • disaient ces bons religieux, et ils auraient volontiers revendiqué leur part d'infaillibilité pontificale. Mais, en passant sous silence ce qu'il peut y avoir de ridicule dans cette attitude de matamores en soutanes, on ne peut nier que le recueil de la compagnie de Jésus ne soit extrêmement remarquable en son genre. Dirigé d'abord par un homme de mérite, le père Tapparelli, frère de Hassimo d'Azeglio, comptant parmi ses rédacteurs assidus le grand coloriste Bresciani, les pères Ballerini, Liberatore, etc., il était destiné à tenir lieu à la fois de livres et de journaux à toute la portion «c bien pensante y> de la jeunesse italienne et à fausser dans un certain sens l'esprit des nouvelles générations. A partir des événements de i860, sa polémique redoubla de violence, et le gouvernement italien qualifié d'intrus, condamné chaque jour à mort... par contumace, le gouvernement sut à force de longanimité s'élever à la hauteur des circonstances. Parmi les dix-huit mille abonnés de la CivUtà^ les neuf dixièmes au moins habitaient le territoire régi par Victor Emmanuel, et la poste royale transmettait ponc« tuellement à leur adresse les pages incendiaires où l'on appelait les citoyens à la révolte. Installée aujourd'hui à Florence, cette ville oùsous le régime absolu il était interdit aux jésuites de mettre le pied, la Civiltà poursuit en toute sécurité son inutile croisade contre les idées modernes ; mais en dépit de tous ses torts elle est restée la plus littéraire et la plus intéressante des revues ultramontaines.

A Florence comme à Paris, le catholicisme a aussi des organes animés d'un esprit plus libéral, et la Rivista universale^ qui est l'équivalent parfait de notre Corrcspondafitg lutte à la fois contre les jésuites et les rationalistes, professe un culte égal pour Pie IX et Victor Emmanuel, et espère réconcilier le trône et l'autel, de même que chez nous les journaux de M. de Broglie ont cherché à fondre en un seul groupe les partisans de la légitimité et du drapeau tricolore. Fondée tout récemment et fort bien rédigée, la Rivista cristiana affiche en revanche des tendances au vieux catholicisme et a recruté un plus grand nombre

d'adhérents qu'il n'était permis de le supposer dans une yiUe renommée pour son indilTérence en matière de religion.

Dans l'ordre scientiûque, enfin, nous citerons deux publications périodiques des plus importantes: VArckivio trimesircUê di etnologia ed antropologia que dirige l'illustre professeur Mantegazza, et V Annuaire de la Société orientale italienne présidée, comme on sait, par le vénérable M. Âmari, et qui a poiir secrétaire général un homme dont nous n'avons plus à faire l'éloge, M. Angelo de Gubematis.

En quittant Florence pour Rome, nous signalerons un progrès dans la quantité plus que dans la qualité des fruits de la pensée humaine. Nous pourrions citer en effet dix-sept grands journaux quotidiens, ce qui est beaucoup; mais il s'en faut bien qu'ils jouissent tous d'une influence réelle. Parmi les feuilles ministérielles ou qui soutiennent d'ordinaire le pouvoir, il en est quatre tout au plus qui méritent d'être nommées: VOpinione, la Libéria^ Il Fanfulla et Vltalie. Fondée à Turin en 1847 par le fameux publiciste Bianchi-Gioviniet sous les auspices du général Giacomo Durando, YOpinione est aujourd'hui dirigée par un député Israélite, M. Dina, homme d'affaires consommé. Successir vement transporté à Florence en 1865 et à Rome en 1S70, cet oracle ambulant a partout joui d'une grande autorité due à la sûreté presque infaillible de ses jugements et de ses informations toujours puisées à bonne source ; organe habituel de M. Sella depuis quelques années, il aspire maintenant à la reconstitution de Tancienne majorité au moyen d'une alliance entre cet homme d'Ëtatet M. Minghetti. Fort appréciée d'ailleurs à l'étranger et pourvue d'un bon feuilleton littéraire, l'Opinûme, en dépit de son petit format et de sa mauvaise exécution typographique, continue d'être le plus recherché de tous les journaux italiens.

Attachée comme VOpinwie aux idées conservatrices, la Liberté soutient de préférence la politique du ministère de M. Minghetti, et dirigée également par un intelligent fman* cier, elle possède, bien qu'à un degré inférieur, la plupart des qualités de la feuille rivale.

Nous en pouvons dire autant de l'Italie et du Fanfulla^ lequel a emprunté son nom à l'un des plus sympathiques personnages d'un roman de Massimo d'Azcglio. Apparte-

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nant au même propriétaire, ces deux journaux détendent avec des nuances légèrement différentes des principes ideur tiques: Yltalie hantant de préférence les antichambres du palais des affaires étrangères, tandis que le FanfuUa a des accointances avec le Qnirinal.

Si nous passons maintenant à la presse d'opposition, BOUS aurons d'abord à parler du DiriUe fondé à Turin en 1855, et qui a eu un rédacteur en chef éminent dans la personne du regrettable Givinini. Cette feuiUe qui, par une vieille habitude, continue de s'intituler Journal de la Démocratie^ professe en réalité des opinions de plus en plus déteintes, et on l'a justement compai^ée au Siëcfo du temps de M. Havin. On peut adresser le même reproche ou la même louange au Journal de RomCj rédigé en flrançais et qui avait fini par se rallier aux idées dt M. Rattazzi, et la Riforma, feuille rédigée par des rhéteurs sortis de laCalabre, est le seul organe fortement accentué des opinions de gauche; encore se maintient-il en des régions moyennes à mi-chemin de la république et de la monarchie constitutionnelle. Quant à la Cap&ale, loumal plein de verve fort apprécié des Romains, il a en politique des allures si désordonnées, que j'hésite à le prendre au sérieux et je le placerais volontiers sur la même ligne que le Don FirloneinOf qui a aussi sa. valeur comme feuille humoristique.

Rome, on le voit, n'est guère mieux pourvue que Milaa ou même que Florence en fait de journaux laïques. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que, sans compter la CMUA eaitolica, les deux plus imposantes feuilles religieuses, VArmonia et VVnione eattolica, s'impriment en dehors de la Ville éternelle, qni ne saurait revendiquer à son avoir que YOsservatore romanOy la Voce deUa Verità et la Frusta^ tous les trois d'ailleurs rédigés par les jésuites. Sorte de Moniteur officiel du Vatican, VOsservatore conserve dans ses polémiques une modération et une dignité relatives, lesquelles ne se trouvent qu'à un degré infiniment trop faible dans la Voce délia Verità, digne héritière de la feuille qui paraissait jadis sous les yeux et grâce au compromettant appui du duc de Modène. C'est pourtant dans les colonnes de ce journal qu'on lisait a^ec stupeur, il y a quelquessemaines, des paroles conciliantes à l'adresse du Quirinal»,

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«et bien aTeugle serait celai qui compterait pour rien ces signes avant-eoureurs d'un accord entre le temporel et le spirituel. L'esprit de modération, qui va en décroissant de ro<« servatore à la Voce, cède entièrement la place dans Is^Frusta à répigramme furibonde, et ce dernier journal destiné à la plèbe des intelligences serait dédaigné même de la foule «ans la considération involontaire qui s'attache à quelquesuns de ses rédacteurs, lesquels valent mieui que leurs doctrines.

Si ia presse politique à Rome a pris quelque importance grâce à rachèvement de l'unité italienne, il n'en est pas ^e même de la presse scientifique et littéraire, qui est restée à peu de chose près ce qu'elle était avant le âO novem« bre i870; et avant de partir pour Naples nous nous con* tenterons d'indiquer ici leBuonarroti, petite revue dirigée avec talent par M. Enrico Narducci, mais qui vit beaucoup 4ans le passé; le BtUlettino délia comtnissione archeologica nmnicip€Ue; le BtUlettino deWistiiuto di eorrispondenza oreheoîogiea, bon recueil archéologique, et enfin le Bullettùio di biografia e di êtoria deùe sdenxe tnatematiche, spleadide publication mensuelle dirigée par le savant prince Boncompagni.

Pour avoir terminé cette course rapide au travers de la presse périodique italienne, il ne nous reste plus qu'à donner le bilan des provinces méridionales, ce que nous allons faire en deux mots. A Naples, les grands journaux politiques abondent et presque toutes les feuilles romaines f retrouveraient leur équivalent de qualité généralement inférieure. C'est ainsi que la Biforma, U Diritto, la Libertà^ tOpinkme, le Journal de Rome, revivent dans l'JEco di Boma^ le Fungolo, le Ficeolo, VUniià nazûmale et YEra nweUa du dac de San Donato, ami intime de M. Rattazzi et son alter ego dans les provinces napolitaines. Mais, sauf VUnUà iMsionaJe et VEra novella, feuilles très-recherdiées au -dehors, ces journaux sont sans influence sur l'opinion, et cette remarque s'applique particulièrement aux organes 4u parti radical, lesquels sont fort nombreux à Naples bien qu'ils comptent fort peu d'abonnés. Quant aux recueils scientifiques ou littéraires, il n'en est que deux qui jouissent ^u dehors de quelque notoriété : le Giomale degli scavi di

Pwnpei dirigé par M. Giulio de Petra, avec la collaboratioa de l'illustre Fiorelli, et la Rivista napoletana di fihsofia e letiere rédigée à un point de vue fort exclusif par le mordant critique Imbriani, assisté des deux célèbres professeurs hégéliens, MH. Fiorentino et Spaventa.

Si, à Naples, la littérature est moins en honneur que la politique, il n'en est pas de même en Sicile où l'on compte en tout cinq honnêtes feuilles quotidiennes qui ne font point parler d'elles. Les intelligents compatriotes d'Archimède et de Théocrite fournissent en revanche un contingent relativement énorme à la rédaction de divers recueils imprimés en dehors de leur pays, tels que la Nuova Antologia, le Propugnaiùre, la Gioventù ; et parmi ceux qui se publient dans l'île mème^ il en est trois fort dignes d'attention, le Nuove effemeridi siciUane^ revue mensuelle scientifique et littéraire rédigée par l'illustre et infatigable docteur Pitre; la Rivista sicula qui, grâce au concours des principaux écrivains indigènes, rappelle sans trop de désavantage les grandes Revues florentines, et enfin un nouvel Archivio storico qui n'est pas sans présenter d'heureuses analogies avec celui de M. Vieusseux^ et qui compte parmi ses collaborateurs le baron Raphaël Starrabba, l'abbé Isidore Garini ainsi que les archivistes de Palerme et les professeurs de l'école de paléographie. En outre de ces publications diverses qui tiendraient honorablement leur rang dans n'importe quelle métropole européenne, il faut citer encore les Aiti ou Mémoires, imprimés chaque année, des Académies si justement renommées de Palerme et de Messine, et Ton obtiendra ainsi un résultat des plus satisfaisants pour l'amour -propre des Siciliens.

Arrivé. an terme de cet Appendice qui ne renferme qu'un aperçu bion^fisuflisant du mouvement de la presse périodique en Italie, nous sommes heureux de pouvoir communiquer à nos lecteurs l'important document ci-joint que, sauf de courtes indications en langue française, nous livrons dans aen texte original, tel qu'il nous a été transmis de Rome par le ministère de Tinstruction publique.

CATALOGUE OFFICIEL

DBS

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