CHAPITRE XVIII
(Suite du même sujet.) Nîcto : BaceonH ; — Memorit d'un oUuagenario»
— Cletio Àirighi : Gli uUimi eoriandoli ; — la Seajngliatura e il 6 fêbbruio, — Cesare Donatt : Bacconli; — Tra lapine, — Ferdinando Botio : Àmalia, Teela e Camilla; — la Figlia del eàlsolaio. — Torquato Giordana : H primo amante di Berta, — Raeconli de KM. S. Malato-Todaro et Temistoele Gradi.— M. de Àmicia et ses BaxzeUi délia vila mililare, — ÛBuvret dÎTenei de Mlf. Simiani, — Baeearedda, h— Anselmo RiTalla, — LeTantini-Pieroai, — Doni, — Salvatore Farina,
— Bmilio CattelnnOTO, — BoTani et Molraenti. — Madame Teresa de' Goberaatif.
Parmi les romanciers dont il va être question dans ce dernier chapitre' et qui ont débuté vers 1860, aucun peut-être n'a donné de plus brillantes espérances qu'HippolyteNievo, espérances que la mort ne devait pas tarder à dissiper. Après avoir pris une part honorable à Texpédition de Sicile, ce jeune homme, né à Padoue en 4832, mourait dans un naufrage en 4861 en nous laissant quelques nouvelles déjà connues et un roman posthume intitulé : le Me* morte d'un othiagenario. Le volume des Racconti se compose d'un certain nombre de récits inégalement intéressants, et Ton a surtout remarqué tV Conte pecoraio^ Angelo di bontà et le Avventure del barone di IVicastro. Dans la première nouvelle qui rappelle avec plus de pathétique la manière de M. Garcano, il est question d'un patricien déchu, qualifié en conséquence de ff Comte-Berger, » et dont la fille, victime d'un séducteur vulgaire , trouve enfin un port
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dans l'orage après avoir subi les plus cruelles souffrances morales et physiques. On a défini assez exactement cette histoire en disant : « C'est Angiola Maria qui finit bien; d mais il est inutile d'ajouter que Fœuvre du disciple n'est qu'une brillante esquiss^, tandis que celle du maître atteste un talent plus mûr sinon beaucoup plus élevé.
VAngelo di bontà est un petit roman historique où l'auteur ne se montre pas en progrès; ce récit vénitien est assez invraisemblable» et nous ne saurions indiquer qu'un seul caractère passablement tracé, quoique avec une certaine exagération , celui de Tinquisiteur Formiani. Quant aux Avventure del harone di Nicastro, c'est une nouvelle fantastique semée de traits spirituels et où Ton distingue çà et là d'assez piquantes études de mœurs sans que Tensemble offre rien de bien original. Mais lorsqu'il achevait ces humbles « tableaux de genre» » Hippolyte Nievo avait déjà conçu le plan d'une large peinture historique à laquelle il a eu le temps de mettre la dernière main avant de disparaître à vingt-neuf ans au sein d'une tempête.
Le JUemorie (f un ottuagenano embrassent toute l'histoire contemporaine de lltalie depuis l'année 1775, date de la naissance du héros Carlo Altoviti, jusqu'en 1858, et l'auteur a surtout insisté sur trois épisodes mémorables de l'ère nouvelle italienne : la chute de l'oligarchie vénitienne, — le siège de Gènes, — la Révolution napolitaine de 1820, sans oublier de mentionner vers la fin du second volume la défense de Rome par Garibaldi, sous les ordres duquel Nievo avait servi plus tard comme lieutenant-colonel. On pourra discuter, sans doute, sur les inconvénients
d*un tel cadre qui groupe autour <run personnage dépounru de relief toute une immortelle époque ; on pourra trouver à redire à ce don d'ubiquité, grâce auquel Âltoviti se transporte au moment voulu à Gènes ou à Naples, en Grèce et même à Londres ; mais on ne pourra nier non plus que cette conception offre d^autre part de grands avantages ; qu'elle permet au romancier de soutenir Tattention du lecteur durant tout ce vaste récit et que» dans ces Mémoires comme dans ceux de Gil-Blas, on finisse par s'attacher aux acteurs du drame ainsi qu'à de vieilles connaissances. Il y a pourtant, je Tai dit, entre le héros de Lesage et celui de Nievo cette fâcheuse similitude qu'ils ne sont fort intéressants ni Tun ni Fautre. Altoviti, je le veux bien, l'emporte par la moralité sur le valet médiocrement scrupuleux de Tarchevéque de Grenade, mais il n'est lui-même qu'un agent secondaire ; il n'est en quelque sorte que le prétexte d*une action qui se développe autour de loi et à laquelle il ne prend qu'une part infinitésimale. Dans ce récit qui embrasse douze cents pages de petit texte, les personnages qui entrent en scène sont, il faut bien l'avouer, infiniment trop nombreux pour qu'on ait pu communiquer à chacun d'eux une empreinte caractéristique^ et je ne vois ici que le fantasque mais aimable et sympathique Pisana, dont le portrait représente quelque chose de mieux qu'une ^mple esquisse. Ce qu'il faut admirer dans les J/emorie d'un ottuagmaHo^ c'est surtout un immense tableau dans lequel chaque figure, quoique peinte un peu confusément, contribue néanmoins à Tharmonie de l'ensemble. L'auteur a consciencieusement étudié F&poqne qu'il décrit, et dans ses jugements sur les
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hommes et les choses on trouTe, en dehors de quel* ques échappées juvéniles, le coup d*œil de l'artiste et le sang-froid du moraliste sérieux.Àussi ce livre, tout imparfait qu'il est, est-il une œuvre considérable qui semblait autoriser de grandes espérances, et l'Italie, on peut le dire, a perdu dans Hippolyte Nievo un des hommes qui auraient le plus efficacement contribué à rehausser sa renommée littéraire dans la seconde^ moitié du dix-neuvième siècle.
Inférieur à Nievo comme écrivain et comme colo« riste , H. Gletto Arrighi possède, en revanche, un genre de mérite qui n'est pas commun en Italie : il entend à merveille la mise en scène, ainsi que le veut Horace; il sait ponere totum^ c'est-à-dire concevoir un plan d'ensemble et le développer d'une façon dramatique. Peu remarquables au point de vue du style, ses deux ouvrages qui ont l'air de deux frères jameaux -^ j'allais dire de deux frères siamois — ont néanmoins été fort appréciés, et leur succès s'explique d'autant mieux que le récit a quelque chose d'entraînant et qu'on y trouve cette animation et celte verve qui forment parfois l'unique attrait de tant de célèbres romans français du second ordre. Publié vers l'année 4857, le volume intitulé : Gli uhimi coriandoli constitue une œuvre de début des plus estimables et renferme une assez intéressante peinture de la société italienne durant cette époque agitée qui allait se clore par la révolution de 1848. L'auteur, non sans: adresse, mène de front une intrigue politique et une intrigue amoureuse qui se cétoient sans se contrarier et qui même ne sont pas assez étroitement soudées pour que l'unité de la narration n'ait pas quelque peu à en souffrir. Le second roman, la
Scapigliatura e il 6 febiraio^ ressemble aa premier, je l'ai déjà dit; mais ce qn*il est bon d'ajouter, c'est que le dernier vena de ces deax livres est aussi le meilleur. Nous retrouvons ici des conspirateurs parlant beaucoup et buvant davantage, tandis qu'un jeune t patriote i» met la discorde dans un ménage des plus recommandables et devient, sans le savoir, le rival de son père. Mais celte fois les rôles sont renversés : dans les CoriandoU la femme était victime, et dans la Scoptgr/ta^ra elle joue le rélede bourreau, sans pour cela nous apparaître sous un jour odieux. Jetée de bonne heure aux bras d'un homme déjà mûr, N'oémi dal Poggio est excusable jusqu'à un certain point, si elle cherche hors du domicile conjugal un cœur qui batte à Tunisson du sien, et si, en se donnant à Emilie Dignani, elle commet une sorte d'inceste, c'est la faute du mari qui a négligé autrefois de reconnaître un flls naturel, fruit de ses amours de jeunesse. Ce qui est moins admissible, c'est qu'Emilio ne se puisse consoler de son crime involontaire et qu'il aille pour l'expier périr parmi les insurgés lors de la fameuse échauffourée du 6 fé« vrier1853, qui est rappelée dans la seconde moitié du titre du roman *. Ce détail invraisemblable n'est pas le seul qu'on aurait à relever dans cet émouvant récit, qui n'est pas, hélas ! beaucoup mieux écrit que son atné ; mais il est traversé d'un bout à l'autre par nu souffle généreux, et ceux mêmes à qui il ne saurait plaire seront forcés d'avouer que M. Cletto Arrighi est doué d'un talent réel dont il a peut-être moins usé qu'abusé jusqu'à ce jour,
1. Quant à la SeapigUatura, c'est le nom de l'afaociatlon poil* tique à laiiuene Cmilio Unit par a'afBlier.
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' Né en Romagne, mais nataralisé Toscan par un séjour de plus de vingt-cinq années dans la patrie dô Dante, M. Cesare Donati a fait son entrée dans le monde littéraire presque en même temps que M. Cletto Arrighi, et il publiait en 1858, chez Lemonnier, ua recueil de nouvelles qui s'ouvre par un petit chefd'œuvre. Ce récit, plein de simplicité et de charme, est intitulé : Per un gomitolo^ et autour de ce c peloton, 9 qui, échappé des mains d'une gentille ouvrière, va tomber d'un cinquième étage sur la tête d'un aimable passant, autour de ce peloton s'en* roule toute une gracieuse intrigue qui débute par un frais éclat de rire et se termine par un mariage. Cette nouvelle, où sont prodigués Témotion et rAtimour, semble écrite par Sterne en collaboration avec Jules Sandeau^ et les deux principaux caractères sont étudiés avec talent. Isolina est une proche parente de la Geneviève de George Sand, et si le héros est moins sublime que tant d'autres amoureux imaginaires, il a quelque chose de plus naturel et de plus c humain. » Un critique méticuleux pourrait, il est vrai, relever eertaines scènes trop naïves, quelques détails un pen risqués ; mais ces' légers défauts se perdent dans la beauté de l'ensemble, et l'on peut dire que ce premier succès remporté par M. Donati était plus que mérité. C'était là toutefois une de ces bonnes fortunes compromettantes qu'il est difficile de soutenir, et qui ont en outre l'inconvénient de redoubler les exigences du public ; l'auteur n'a point évité complètement ce double écueil , et les deux autres récils Arte e natura et Diritto e roveicia lui ont coûté ploft d-efforls sans qu'il ait obtenu un résultat aussi satisfaisant. On voit qu'il a voulu construire à tout prix
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des machines plus compliqaées> et, sans dédaigner ces petits romans, le lecteur le plus bienveillant doit constater que Tintrigue est un peu confuse, tandis qu'il est choqué plus d'une fois de Finvraisemblance de tant de péripéties accumulées à plaisir. Ces Rac^ amti renferment néanmoins mille détails heureux; rentrée en matière est des plus spirituelles, et si rensemble est défectueux, on s'aperçoit, tout en blà* mant Fauteur, qu'il est de force à se relever et ne tardera pas à réaliser des velléités excusables lorsqu'elles ne sont que prématurées. Cette conjecture des critiques de 1858 est entrée, du reste, à l'heure qu'il est, dans la classe des faits accomplis, et, lais* sant de côté tant de charmantes nouvelles parmi lesquelles je citerai : la Fioraina, — la Tabaçchiera di mio nonno^ — la Gatta di Manno , j'ai hâte d'arriver à Fœuvre capitale de l'écrivain, au roman intitulé : Tra le spine^ qui a paru à Milan en 1869.
En composant cet ingénieux récit, M. Donati semble avoir voulu s'inscrire en faux contre les conclusions de la fable bien connue du « pot de terre et du pot de fer», et, en ménageant à la vertu un triomphe chèrement acheté, il a réussi à conquérir à la fois le suffrage des moralistes sévères et celui de cette immense majorité des lecteurs qui se montre d'autant plus touchée d'un dénoûment favorable qu'on a pu redouter une lugubre catastrophe. Ainsi que l'indique vaguement le titre de l'ouvrage, il s'agit d'une expiation moyennant laquelle l'aimable Lena, séduite à seize ans et abandonnée quelques mois plus tard, se rendra digne d'épouser... en mariage un jeune homme des plus honnêtes et des plus intéressants. Persécutée avec acharnement par un banquier fripon
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père de son infidèle amant et qui voudrait à tout prix voir disparaître avec elle Fobjet d'une passion peutêtre mal éteinte; accusée à son instigation d*un prétendu infanticide, emprisonnée en compagnie de prostituées, elle trouvera un asile chez la sœur de son véritable protecteur, le comte de San PancraziOy et, réhabilitée enfin par son séducteur qui, blessé à mort dans un duel, Tépousera in extremù, elle pourra mettre sa main dans la main loyale du jeune Guglielmo dont le père recouvrera à point nommé un héritage considérable dont il avait été longtemps frustré. Cette histoire fort attachante par elle-même est enrichie d'épisodes spirituels et divertissants qui soulagent Tesprit fatigué par certaines scènes sinistres où M. Donati semble avoir ajouté quelque chose à la vérité vraie. J'aime à croire notamment que la scandaleuse condamnation de Lena n'eût pas été possible même sous l'ancien régime toscan ; il me répugne d'admettre que le système pénitentiaire florentin ait pu, entre 4857 et 4859, être empreint d'une barbarie aussi raffinée, et je suis persuadé en dernier lieu que dans le grand-duché le corps des avocats était trop respectable pour qu'une de ses illustrations se fût prêtée aux indignes manœuvres qu'on nous signale. M. Donati, et je Ten félicite, excelle surtout & peindre les honnêtes gens; ses fripons font le mal aussi gauchement que s'ils étaient habitués à concourir pour le prix de vertu, et ses faux témoins prêtent leur assistance au principal coupable dans des conditions si évidemment périlleuses qu'ils semblent poussés pistr le dévoûment plutêt que par l'amour du gain... Mais ce sont là des imperfections légères, d'excusables invraisemblances
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qu'on pourrait aisément atténuer dans une prochaine édition ; ce qui restera, ce sont toutes ces excellentes études morales, fruit de longues et pénétrantes observations, ces caractères finement ou fortement dessin nés qui peuvent être considérés comme des types» toutes ces suaves descriptions revêtues d'an si beau style et qui classent décidément M. Donati parmi les maîtres. Il est arrivé à Tépoque sereine de la maturité, il est maintenant en pleine possession de son souple et facile talent, et en applaudissant à ce qu'il a déjà fait, nous pouvons attendre avec confiance les productions de plus en plus importantes qu'il ne manquera pas de nous donner durant de longues années encore.
Une des principales causes du succès de M. Donati se trouve dans cette constance qu'il a apportée à la culture d'un seul genre littéraire; car le métier de conteur exige certaines qualités que les hommes les mieux doués ne peuvent acquérir qu'après de longs tâtonnements. Aussi ne saurions-nous être surpris qu'un polygraphe aussi distingué que M. Bosio ait ob-^ tenu des résultats comparativement inférieurs lorsqu'il a voulu s'essayer dans le roman. Son premier récit intitulé Amalia^ Tecla e Camitla a pourtant de l'intérêt et même du charme, bien que l'agencement de l'ouvrage trahisse quelque inexpérience, et que dans la peinture des passions de l'homme et de la femme on ait plus d'une fois à constater l'honnête et légitime embarras d'un jeune professeur contraint d'enseigner ce qu'il ne sait lui-même que fort impar* faitement. Mais un défaut qui me choque particulièrement parce qu'il est sinon très-grave, du moins très-apparent, c'est l'invraisemblance de la mise en
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scène. L'auteur qni pouTait parler en son propre nom a préféré, en effet, s'effacer derrière nn certain lord Henri B..., lequel est censé nous initier à ses souvenirs intimes, et le lecteur s'aperçoit dès le début du vice d'un tel plan. C'était se mettre volontairement à la gène que de recourir à un expédient pareil, car un rédacteur de Mémoires, •— pour peu qu'il soit consciencieux, — ne saurait parler que de ce qu'il a vu, ou, tout au plus, de ce dont il a été informé par de sûrs témoignages ; cette nécessité limite singulièrement l'essor du romancier, et M. Bosio ne s'est tiré d'affaire qu'en brisant à chaque instant son cadre, et en revendiquant sans scrupules le rare privilège concédé à cet être impersonnel qu'-on appelle l'auteur, à ce pénétrant démon qui, au nom de l'art, s'introduit librement dans les cachots et dans les boudoirs pour y sonder à l'aise le cœur des criminels et celui des courtisanes. C'est ainsi que lôrd Henri nous rapporte, sans rien omettre, des conversations tenues à huis clos entre deux fripons, et que, dans l'histoire des amours de Tecla et de Spannadrappi, il nous révèle certains détails intimes à la connaissance desquels il n'a pu évidemment être initié par personne ; mais ces invraisemblances amènent fréquemment des scènes dramatiques et donnent lieu à de bonnes études morales dont l'auteur a malheureusement diminué l'efficacité par les allégations contradictoires qu'il a entassées dans la dernière partie de son roman. Tecla et son mari, tels qu'ils nous sont dépeints dans les premiers chapitres, représentent, en effet, deux types vigoureusement conçus et que l'auteur gâte à plaisir en cherchant à les transformer au dénoûment; Amalia est une ravissante courtisane, mais M. Bosio s'abuse ou nous
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abuse en nous exposant les inadmissibles péripéties d*iuie conTersion subite; quant à Garni Ua^ c'est un caractère très-homogène et constamment sympathique, mais ce n^est qu'une esquisse. Tout cela ne saurait donc constituer un ensemble des plus [satisfaisants, et Tecla fut considérée dès son apparition comme une œuvre des plus discutables; elle faisait néanmoins bien augurer du talent de Tauteur, lequel n'a malheureusement justifié qu'en partie cette légitime attente en publiant quelques années plus tard sa Figlia del Calzolaio^ œuvre singulière où les défauts et les mérites que nous avons signalés plus haut apparaissent aggravés ou agrandis dans une forte proportion .'Le progrès est surtout remarquable dans le style à la fois plus facile et plus correct, tandis que, d'autre part, on pourrait signaler plus de maturité et de profondeur dans la peinture des caractères, au moins dans la première partie du roman, car la seconde moitié de l'ouvrage parait avoir été composée à la hâte, et sans aucun souci de la vraisemblance par un écrivain qui n'eût pris qu'une connaissance très-superficielle des chapitres antérieurs. L'auteur a compris lui-même tout ce qu'il y avait de choquant et d'inacceptable dans la donnée de son livre, mais les heureuses modifications qu'il y a introduites sont insuffisantes encore pour en faire une œuvre logique et bien ordonnée. M. Bosio n'atteindra ce but qu'en procédant à une refonte complète qui n'est nullement au-dessus de ses forces et dont pourraient seules le détourner les fonctions élevées et austères qu'il exerce au ministère de l'instruction publique. Elles ne l'ont pourtant point empêché de mettre au jour dans ces dernières années quelques élégants Baeeanti et il se-
rait vraiment regrettable que cet habile écrivain abandonnât définitivement ponr celle de Thistoire la culture du roman et de la poésie.
A la suite de MM. Donati et Bosio , ces deux romanciers si moraux et qui, tout en peignant la plus indomptable des passions humaines, s'attachent de préférence à Tamour platonique et idéal, il nous reste à citer un novelliere d'un genre tout différent, et qui, par un début qui fil scandale , semblait promettre à ritalie un vigoureux disciple de M. Théophile Gautier ou de M. Flaubert* Dans son premier ouvrage intitulé : fl primo amante dt Berta, M. Torquato Giordana s'est proposé néanmoins un but des plus édifiants; marchant sur les traces de Juvénat, il a voulu, à ce qu'il assure , inspirer Thorreur du vice en le montrant dans sa honteuse nudité; mais à la crudité de certains détails, aux peintures voluptueuses qu'il nous trace de l'objet de la tentation et du péché luimême , et à mille autres indices , on ne tarde pas à s'apercevoir que l'auteur est profondément atteint du mal dont il voudrait nous guérir et l'on songe, en le lisant, bien moins aux Confessions de saint Augustin qu'au Paysan perverti de Rétif de la Bretonne. Dans un de ses chapitres, il reproduit presque textuellement une des scènes les plus risquées de Mademdrselle de Maupin et l'on s'étonne que, tout en copiant aussi servilement M. Gautier, il affecte des prétentions qui eussent fait sourire notre spirituel compatriote* // primo amante di Berta n'est donc pas un livre édifiant ni même un bon livre , quoiqu'on y trouve quelques pages excellentes, car il y a beaucoup plus de « réalisme» que de vérité réelle dans les types qui passent successivement sous nos yeux, et c'est là évidemment
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Touyrage d'nn jeune homme qui a voula tirer parti à tout prix de lectures faites à la hâte et incomplète* ment digérées, mais qui, heureusement doué d'ailleurs, devra réussir lorsque Tftge de la réflexion si* non de la maturité sera venu. M. Giordana sait écrire, il a de Tesprit et de la verre et il ne tient qu'à lui de s'assurer un brillant avenir.
Après les romanciers , nous aurions à nommer un assez grand nombre de conteurs parmi lesquels nous distinguerons deux héritiers de Pietro Thouar, MM. San-Malato-Todaro etTemistocle Gradi. Le premier, Sicilien de naissance, s'est fait connaître par un recueil de nouvelles. La plus importante a pour titre : Flora. Dans ce récit fort dramatique, l'auteur traite un sujet analogue à celui de la Pia de' Tolomei, mais, au dénoûment sinistre de la tragédie de Marenco , il a substitué adroitement une conclusion moins désolante et nous assistons cette fois aux funérailles du persécuteur et non à celles de la victime qui, fraîche et bien portante, épousera en temps et lieu le jeune homme ardent et dévoué auquel elle a dû son salut. L'intrigue de ce petit roman n'est peut-être pas vraisemblable, mais à la simplicité et à la grâce de certaines scènes champêtres on devine que M. Malato est un intelligent admirateur de Longus et de Bernardin de Saint-Pierre.
Ce genre démérite n'est pas vulgaire et nous le retrouverons dans les Bacamti du Toscan Temistocle, Gradi, qui a réussi à imiter avec une rare perfection le langage des montagnards siennois; mais en ce qui touche à la construction de ces petites nouvelles, lesquelles dégénèrent parfois en études linguistiques, il s'est habituellement trop préoccupé de la forme
et pas assez du fond. Il y a pourtant de Tintérét dans son principal récit, mais lorsqu'à la fin de la pre* mière partie on a vu Benedetto marié, le roman est bel et bien achevé ; et la seconde partie, que Tauteur a rattachée malheureusement à celle qui précède, n'est qu'un lugubre appendice, une suite fort invraisemblable et qu'on fera bien d'omettre, à la lecture du moins. C'est surtout, en effet, aux philologues que M. Gradi semble avoir songé en écrivant son livre, et c'est particulièrement à leurs suffrages qu'il aura dû la plus grande part d'ui> très-réel et très-légitime succès.
Plaire à tout le monde , c'est là le but idéal auquel il faut viser, et ce privilège échu déjà, en France, à MM. Jules Verne et Erckmànn Chatrian, a été concédé par la muse à M. Edmondo de Àmicis, brillant officier piémontais qui, dans ses Bozzetti délia vtta militare , a su recommander efficacement à l'estime de l'Europe entière la nombreuse et vaillante armée de l'Italie nouvelle. Parmi ces vingt miniatures littéraires, c'est tout au plus si l'on en pourrait citer deux ou trois qui ne soient pas des chefs-d'œuvre, et elles composent sans contredit, par leur réunion, un des meilleurs livres en prose qui aient paru dans la Péninsule depuis 4859. La Marche d'élé, — Y Hospitalité, — le Camp , — le plus beau jour de la vie sont de charmants tableaux dignes d'un Meissonier littéraire qui n'aurait rien à envier à son confrère le peintre, et dans le milieu du volume figurent deux récits d'un genre différent qui prouvent que l'auteur n'est pas seulement un « spécialiste 3, mais qu'il 7 a en lui l'étoffe d'un romancier et d'un historien émi* nent. Carmela, qui nous rappelle le fameux drame
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de Nina au la folle par aniour^ est une noatelle des plas attachantes où Tintérét est soutenu et grandit de page en page, grâce à une série de péripéties ingénieuses et touchantes ; quant au récit du choléra de 4867, c'e3t un pathétique tableau qui rappelle sans désavantage celui où Boccace nous retrace les horreurs de la peste florentine de i 348. Nous ne discuterons point ici les mérites comparés du vieux nchvelliere de Certaldo et du jeune conteur piémontais, mais si nous ne tenons compte que de l'impression morale nous n'héiterons pas à accorder la palme à ce dermer. L'armée italienne qui , durant TetTroyable épidémie sicilienne de 1867 , fit preuve d'une si héroïque abnégation, d'un si chaleureux dévouement» avait droit à un tel historien, et le livre où sont consignés les exploits de ces nouveaux hospitaliers militaires vivra longuement et sera transmis de génération en génération, comme un legs précieux de l'Italie de nos jours à Tltalie de l'avenir.
Nous sommes heureux de pouvoir clore par le nom de M. de Amicis la liste des romanciers italiens dont la réputation est faite à l'heure qu'il est, mais nous ajouterons quelques lignes encore pour accorder un encouragement sympathique à plusieurs écrivains de talent qui n'ont sans doute qu'un pied dans la gloiref mais qui, peut-être, seront célèbres avant que cette histoire ait pu être réimprimée. Nous ne saurions, en effet, passer sous silence le gracieux talent de IL Simiani de Païenne, auteur du joli récit intitulé : VOrfana ai Val cTEUa^ et nous devons une courte mention à M. Baccaredda qui , dans son Angelica , a dépeint avec assez de vérité les mœurs de la Sardaigne; — à M. Anselmo Rivalta, dont le Tito Vezio con-
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stitae une savante étude sur la société romaine au temps de Lucullus ; — à M. Levantini-Pieroni , auteur des Vittime qoi offriraient plus dMntérét si ou fiiisait abstraction en les lisant d'un certain nombre de parenthèses philosophiques; — à M. Doni/lequel a pourtant moins d'esprit que d'imagination et de finesse; — à H. Salvatore Farina, dont le Rcmanzo d'un vedovo nous fait acheter trop cher des scènes vraiment dramatiques ; — à M. Emilio Castelnuovo, auteur de quelques agréables Bozzetti; — à M. Rovani, dont les Cent' anni ne valent pas, selon nous, les Memorie d'un OUuagenario de Nievo ; — à M. Molmenti, auteur de Tétude intitulée : Dolor/ petit roman intime assez bien écrit ; — et, enfin, à madame Teresa De Gubernatis , jeune femme qui a tout Tesprit de sa famille et qu'ont déjà recommandée à Tattention publique le roman de McoHnella e Rita et un volume de Racconti. Il y a dans ce talent juvénile une excessive exubérance qui disparaîtra avec le temps , et nous retrouverons alors, il faut Tespérer, dans les futurs écrits de cette aimable personne, la verve intarissable qui a fait le charme des premiers.
En dépit de cette longue énumération , on aura sans doute à nous reprocher plus d'un oubli, mais le peu que nous avons dit dans ces deux derniers chapitres de notre histoire suffit à montrer que dans le roman, comme dans la plupart des autres genres; ritalie a su conserver, sinon toujours accroître, son renom littéraire, et lorsque les nuages qui voilent encore son horizon politique seront enfin dissipés, ^peut-être pourra-l-elle s'élever à ces hauteurs morales qu'entrevoyaient jadis Gioberti et Cavour.
LA PRESSE PjSrIODIQUB EN ITALIE SOUS LE rAoNB DE VICTOR EMMANUEL II.
Après avoir étudié dans ses œuvres les plus durables la littérature contemporaine de l'Italie, il nous restait une seconde tâche à remplir, et puisqu'un intelligent éditeur ▼eut bien s'y prêter, nous allons ajouter quelques pages encore à ce volume, et donner à nos lecteurs un court aperçu dn mouvement de la presse périodique dans la Péninsule durant ces quinze dernières années. Dans cette nouvelle carrière ouverte à la pensée italienne nous aurons aussi à signaler un redoublement d'activité, sinon un progrès manifeste, et dès le début de notre excursion nous trouverons l'animation la plus intense dans cette même ville de Turin qui, au dire de beaucoup de gens, avait reçu une irréparable atteinte lors de la convention fameuse du f 5 septembre. Jusqu'alors, en effet, et longtemps avant les annexions, la métropole piémontaise avait joui d'une situation exceptionnellement favorable: rendez- vous de tous les exilés^ refuge de toutes les illustrations libérales, elle avait subi une remarquable transformation à la suite de la sanglante liquidation de 4849 et constituait bientôt un centre politique et intellectuel du premier ordre. En outre d'innombrables journaux, quelques-uns desquels étaient lus de TEurope entière, on y publiait en 1836 deux grandes Revues littéraires fort bien faites, le Cimento et la Rivisia roniemporanea, et divers recueils spéciaux justement esti-
mes. Cet heureux état de choses s'accentua de plus en plus après Magenta et Solferino, et il se soutient encore, à l'heure qu'il est, beaucoup mieux qu*il n'eût été permis de l'espérer. En <866 on vit, il est vrai, émigrer VOpinione et quelques autres feuilles d'inégale importance; mais le vide fut presque aussitôt comblé par la fondation d'un journal qui, sous le titre de Gazzettapiemontesej a conquis un rang des plus honorables dans la presse italienne. Fort modérée dans ses opinions, mais indépendante, la Gazzetta a du en grande partie son succès à M. Bersezio, rédacteur en chef de la section littéraire, et qui y publie en feuilletons la plupart de ses jolis romans et d'excellents articles de critique. A côté de cet important organe politique, nous pouvons citer encore la Gazzetta del popolo^ feuille d'opposition qui a enrichi successivement deux de ses propriétaires; la Gaz^^ zeita di Torino, fondée en i859 par un Milanais de beaucoup d'esprit, M. Piacentini, et qui a défendu jusqu'à ces derniers temps le parti de M. Rattazzi; le Conte di Cavour, qui reçoit l'inspiration du général Venabrea; laProvtncta, jour* nal incolore; VUnUàcattolicà, dirigée, non sans talent, par une sorte de Veuillot italien, et enfin quatre feuilles humo-> ristiques et assez spirituelles : le Fischietto (siffiet), antiministériel; le Pasquino^ plus indulgent pour le pouvoir; le Ficcanaso, trop ami du scandale, et le Gû-Blas di Santil^ lanay le plus inoffensif de tous. Nous ne dirons rien ici des nombreux recueils périodiques de Tordre purement scientifique, et après avoir constaté le décès de la Bwista cofi* temporanea qui, après avoir absorbé le Cimento^ s'est fondue dans la Rùotsta Europea de Florence^ nous nous bornerons à mentionner à l'avoir de la section piémontaise l'important Archivio glottologico de l'illustre professeur Ascoli et la Rivista di FUologia cUusiea, dirigée avec succès par deux professeurs de mérite, MM. Mûller et Pezzi. • A Gênes, qui se plaignait si aigrement jadis, bien qu'à tort, de son asservissement au Piémont, nous n'avons à constater de progrès que dans la richesse publique* laquelle a pris dans ces dernières années un remarquable essor; mais pas plus aujourd'hui qu'au temps de Doria la littéra* ture et la politique elle-même ne tiennent une grande place dans les préoccupations de cette population de commerçants
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habiles et d'intrépides marins. L'idée mazzinienne continue pourtant d'y avoir pour organe^ VUnità itaHana et il JDovere, tous deux atteints d'une incurable maladie de langueur, et le seul journal ligurien qu'on puisse prendre au sérieux, c'est toujours le Corriere mercantile , justement renommé parmi les hommes d'affaires pour la sûreté de ses informations.
Si maintenant nous franchissons de nouveau l'Apennin pour visiter les anciens territoires autrichiens ou dépendants de rAutriche^ nous trouverons dans une foule de cités de second ordre des journaux bien rédigés et bien rensei* gnés, tels que le Panarode Modène, Yltalia centrale où écrit souvent Texcellent critique Livaditi, YArchivio domestico de Trévise,.qui s'enorgueillit de compter au nombre de ses rédacteurs le célèbre Antonio Gaccianiga; mais ce n'est qu'à Milan que nous pourrons signaler l'existence de quelquesunes de ces feuilles au renom européen et dont Rome ellemême possède à peine l'équivalent. Milan est en effet, de toutes les villes italiennes, celle qui rappelle le plus Paris, et la Perseveranza, si habilement dirigée par M. Bonghi^ a plus d'un point de ressemblance avec le Journal des Débats, Sagement et gravement rédigé, pourvu de bonnes correspondances françaises et allemandes, ce journal doit en outre à la collaboration de M. Filippi une grande notoriété dans le monde des lettres et des arts. A côté de cette feuille modérée et restée fidèle à ses sympathies pour les libérateurs de i859, il en est quelques autres qui représentent, quoiqu'avec moins d'autorité, les diverses nuances de l'opinion, depuis la Gazzetta di MilanOy qui est républicaine, jusqu'au Corriere et au Secolo. Milan a d'ailleurs, comme Paris, son Illustration et son Tour du monde ^ ainsi que plusieurs publications religieuses ou pédagogiques; mais ce qui lui manque c'est une grande Revue littéraire qu'elle possédait naguère encore dans le PoHteenicOy dirigé p^r M. Brioschi, et qui comptait parmi ses collaborateurs des écrivains connus, tels que MM. Boito, Bonghi, Stoppani et Mantegazza.
A Venise, l'activité de la presse périodique n'est pas grande et nous nous bornerons à citer, parmi les feuilles les plus en vue, la vénérable Gazzetta di Venezia, fondée au
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dix-huitième siècle par GaspareGozzi^et qui a eu de loin en loin dcfi rédacteurs assez distingués. On y lit encore avec de bonnes correspondances sur l'Orient des articles littéraires estimés. Quant à ses opinions, elles sont conservatrices au point de paraître arriérées. Inférieurs à la Goxzetta, le Tempo, autre journal conservateur, et le Atnosc?mento, organe du centre gauche, comptent aussi un assez grand nombre d'abonnés.
A Trieste qui, bien que politiquement autrichienne, est de plus en plus italienne de cœur, nous signalerons au passage VOsservatore qui est le digne pendant du Corriere mercantile de Gènes, et nous adresserons de bien loin un témoignage de sympathie au docteur Kandier qui hier encçre rédigeait avec talent une excellente Revue intitulée Vhiria.
En reprenant terre sur le continent italien pour nous rapprocher de la Toscane, nous trouverons dans la docte Bologne les signes avant-coureurs d'une véritable renaissance littéraire. Dans cette ville remuante les journaux politiques sont assez nombreux, et j'en citerai quatre qui jouissent d'une certaine notoriété : la VoeedelpofH>lo, feuille radicale assez mal rédigée, mais qui insère de temps à au* tre des articles ou des poésies de M. Garducci; Vlndipendente; le Monitore di Bologna; \JiGazzetta delV Emilia, feuille assez répandue et qui avec les deux précédentes défend les principes de la monarchie constitutionnelle. Bologne possède en outre une douzaine de recueils religieux, médicaux et humoristiques, une fort bonne Revue agricole, une remarquable Revue consacrée aux sciences morales^ l'Archivio giuridico, fondé en 1867 par M. Pietro Ellero et dirigée aujourd'hui par un habile professeur de droit romain, M. Filippo Serafini, et deux Revues littéraires renommées : la Rivista di Bologna^ dans laquelle écrivent MM. Carducci, Fiorentino, Âlbicini, Marescotti, et le Propugiiatare, célèbre recueil philologique fondé par M. Zambrini, et qui, grâce au concours de M. Yincenzo di Giovanni, n'a pas peu contribué dans les derniers temps à l'épuration de la langue nationale.
Nous nous sommes borné jusqu'ici à de courtes indications, car, à de rares exceptions près, les recueils périodiques du nord de l'Italie sont médiocrement appréciés en
dehors da lieu de leur publication; mais il n'en est pas de jnème de ce qui s'imprime à Florence qui est restée le principal foyer intellectuel de la péninsule italienne, et l'on ne sera pas surpris si nous nous y arrêtons plus Iongaement qu'ailleurs. Florence, en effet, n'est point une de ces villes qui doivent à quelque heureux hasard une prospérité artificielle : fière de son passé, confiante dans le génie de ses habitants, elle a perdu sans presque y prendre garde son titre de capitale, sachant bien qu'elle ne courait aucun risque d'être considérée jamais comme une simple bourgade de province. Encore aujourd'hui ses grands journaux politiques ne sont pas moins lus et sont évidemment mieux écrits que ceux de Rome ou de Milan^ et laissant de côté la Gazzetta del popolo et le Ntiovo Fanfulla, j'accorderai une mention particulièrement honorable à la Noiione, qui représente les idées de M. le baron Ricasoli, et à la Gazxettad'Ilalia, qui est l'organe de M, Peruzzi, le Périclës florentin. Ecrite sous l'inspiration du premier baron toscan, de Taustère successeur du comte de Gavour, la JVatione a plus de gravité, et — ce qui n'est pas la même chose — plus d'autorité que la feuille rivale; ses rédacteurs ont plus de talent et de style, sa partie littéraire est particulièrement soignée. La Gazette-Peruzzi, en revanche, ne laisse rien à désirer au point de vue matériel : par la netteté de l'exécution typographique et la quantité des informations, elle rapelle les journaux anglais et constitue le Trai moniteur de l'Athènes italienne. A côté de ces quatre publications laïques il faut citer encore VArmoniay qui fait on peu moins parler d'elle depuis sa translation en Toscane, et le Journal de Florenoe, feuille française quotidienne, dirigée par les jésuites, qui l'ont fondée dans l'intention de catéchiser cette nombreuse colonie cosmopolite qui vient camper tous les hivers dans la cité des fleurs. Mais plus encore que la politique, la littérature règne en souveraine dans le sanctuaire de la civilisation toscane, et nous y trou- Terons réunies les meilleures publications en tous genres. 11 est inutile que nous parlions longuement du vénérable Archwio storicoy si connu de tous les érudits européens et fondé il y a plus de quarante ans par l'illustre genevois Yieusseux. Due à l'initiative privée, cette publication, qui^