PLAISANCE, PARME
La route de Pavie h Plaisance est tellement facile et attrayante qu’elle pourrait être longue impunément.
Partout la campagne est riante , agréable, semée d habitations et de villages : partout les vignes , suspendues aux arbres , présentent de riches et gracieuses guirlandes. Les villageoises ont un costume pittoresque, un air vif, et sont généralement jolies :
l'air de contentement qui règne sur chaque visage, annonce lheureux état du pays.
Avant d’arriver à Plaisance, détournons-nous un peu de notre route , pour aller visiter un de ces lieux que les aigles françaises ont immortalisés en Italie Je veux parler de Lodi ville assez importante, bâtie par l’empereur Barberousse, et qui ne contient pas moins de 12,000 habitants. Cette cité , malgré son commerce de fromages, dits parmesans, malgré sespaiais et ses fabriques de faïence, mériterait à peine de trouver place dans cette histoire, si l’on n’y voyait un pont bâti sur l’Adda , que les Français emportèrent en 1797 sur les Autrichiens, malgré leur supériorilénumérique et les trente pièces de canon dontils foudroyaient nos cohortes. Depuis cette bataille mémorable, Lodi est devenu un beau nom à citer dans nos fastes militaires. On pardonnera sans doute à notre patriotisme de mentionner à côté de ce souvenir un simple village du Véronais, Arcole , devenu célèbre par la bataille livrée en 1796 , et dans les environs duquel les Français remportèrent une victoire complète sur les Impériaux.
Reprenons maintenant notre route :
après quelque trajet on passe le Pô sur un pont volant. Au-delà se trouve une plaine aride et inculte , au milieu de laquelle s’élève la ville de Plaisance , avec ses bâtimens d’un rouge-foncé. Sa couleur obscure rappelle l’aspect des cités élevées dans les déserts égyptiens , où le ciel , la terre et les habitations des hommes offrent les mêmes teintes bronzées ; ce qui contribue à donner à la ville une apparence assez triste, c’est la disposition des maisons , dont les fenêtres les plus basses n’ont pointde vitres, etsont armées de grilles de fer qui les font ressembler à des prisons; les volets des fenêtres des seconds étages sont ordinairement fermés, et le troisième est trop élevé pour attirer l’attention.
Ces désavantages sont compensés par la situation de Plaisance. Cette ville est entourée comme d’une ceinture par deux fleuves importans, le Pô et la Trebia; aussi les Romains considéraient-ils Plaisance comme une de leurs principales colonies dans la Gaule cisalpine. C’est là qu’ils vinrent cacher la honte de leurs défaites successives au Tésin et à la Trebia; et les murs de Plaisance, opposant une barrière infranchissable aux efforts d’Annibal , furent la cause de la retraite de ses armées. Plus tard , Plaisance tomba au pouvoir des Gaulois ; mais l’an de Rome 557 le consul Yalerius la reconquit sur les Barbares , et elle appartint long-temps à l’empire. Passons rapidement à l’époque où cette ville fut érigée, ainsi que Parme, en duché par le pape Paul III. C’est ici qu’il faut pla-
cer l’époque de la puissance des Farnèse. Mais les vices et les crimes de cette famille n’ayant laissé aucun souvenir qui puisse exciter l’intérét , nous nous bornerons à indiquer , qu’après avoir pris plus ou moins de part aux grandes questions politiques qui se discutaient en Italie , la ville de Plaisance tomba, ainsi que presque tous les autres petits royaumes de l’antique Ausonie, sous le joug de l’Autriche.
Parmi les monumens de Plaisance , sur lesquels nous appellerons l’attention du lecteur, aucun n’en est plus digne que Yhôtel-de-ville situé sur la piazza ou place publique. Ce monument est d’une haute antiquité. Quoique bâti en briques , ainsi que tous les autres édifices de Plaisance , son dessin gothique et les détails de ses ornemens d’arohitecture sont d’une beauté remarquable. Au centre de ce monument on voit une petite cour carrée , entourée d’un des plus beaux portiques quepossède lTtalie. Peut-être devrionsnous ne pas ajouter, de peur de nuire à l’intérêt architectural de l’hôtel-deville, que cet édifice contient les cachots de la police.
Le palais du gouverneur date du même temps que l’hô tel-de-v ilîe en face duquel il est érigé. Une inscription taillée dans la pierre , sur la façade, annonce qu’il a été restauré par l’empereur Napoléon. « Cette inscription , s’écrie-t-on avec lady Morgan , doit quelquefois rappeler à Marie- Louise celui qui, après l’avoir élevée au faîte des grandeurs, avait ajouté à toute la splendeur de la puissance et de la gloire ce qu’une femme apprécie beaucoup plus que Fune ou l’autre, l’estime et l’amour. »
Il est impossible de quitter Plaisance sans avoir été faire une visite à la cathédrale de la ville. Sa vieille hor-
loge mérite d’être observée ; elle marque les limites où s’arrêtent les degrés de civilisation et de perfectionnement moderne , qui n’ont pas encore pénétré dans le midi de l’Italie. Sur cet antique cadran , les heures sont marquées depuis une jusqu’à vingt-quatre, et l’on sait que cette manière de compter se retrouve invariablement jusqu’à Naples.
Le chemin' de Plaisance à Parme est indiqué, dans tous les itinéraires des voyageurs classiques, comme l’ancienne voie flaminienne. Une belle route s’étend jusqu’à la ville vers laquelle nous nous dirigeons. A gauche, une abondante rivière arrose de riches plaines ; à droite l’horizon est borné par la chaîne des Apennins , dont la base est peuplée d’un nombre infini de fermes et de villages. Je ferai grâce au lecteur des noms de ces derniers pour le conduire directement à Parme.
Une route spacieuse et plantée de beaux arbres se prolonge en ligne droite jusqu’à cette ville, dont on découvre de loin les hauts clochers. L’entrée de Parme est grandiose, et inspire le désir de s’y arrêter. Quel séjour en effet pour un ami des arts ! En pénétrant dans cette ville , il songe au plus gracieux des peintres, au Corrège, dont il pourra bientôt admirer les chefs-d’œuvre.
Parme elle-même réveille de grands souvenirs par son antiquité. Pendant long-temps l’histoire de cette cité a été liée à celle de Plaisance. Tour à tour occupée par lesRomains, lesLombards, les ducs de Milan, les rois d'Espagne, et par les Français, ces deux petits états formèrent un duché qui, daprès les dernières décisions du congrès de Vienne , est l’apanage de Marie- Louise d’Autriche.
En parcourant la ville de Parme , il