PLAISANCE, PARME
est aisé de s'apercevoir quelle est grande , bâtie dans une plaine agréable, qu elle est traversée par une rivière qui porte le même nom que la ville , et défendue par une citadelle construite d'après le plan de celle d’Anvers.
xAprès ce premier jugement , on en porte un second sur le triste aspect que présente l’ensemble de cette petite capitale. Mais si de l’ensemble on passe aux détails alors on a bientôt oublié cette première impression, tant l’esprit trouve ensuite de matériaux propres à occuper son activité. D’abord, que le lecteur nous suive, s’il le juge à propos , au palais ducal. C’est un assemblage de plusieurs bàtimens sans symétrie , dont quelques-uns sont destinés aux lettres et aux arts. L’intérieur du palais proprement dit a été restauré suivant le goût moderne. Les curieux peuvent y voir la toilette et le berceau offerts par la ville de Paris à sa majesté Marie-Louise. Mais cette ruine frivole d’un empire qui a laissé tant de glorieux et d’impérissables souvenirs, n’excite ni intérêt ni pitié, quand on voit les aigles à deux têtes qui dominent cette relique.
La bibliothèque qui fait également partie du palais ducal offre un volume curieux, un coran , dont le P. Pacciaudi raconte ainsi l’histoire : Après la levée du siège de Vienne , l’empereur Léopold étant entré dans la tente du visir Kara-Mustapba , ce coran lui fut offert; il le fit remettre en présent, ainsi que d’autres objets trouvés dans le camp , à sa femme Eléonore.
L’impératrice le donna depuis à son confesseur , le jésuite Charles Costade Plaisance , qui l’envoya comme un monument de famille à son frère et à ses neveux, habi tans de cette ville. Ce ne fut qu en 1767, lors de la formation delà bibliothèque ducale, que le comte
Jacques Costa, arrière-neveu de Charles, en fit hommage au duc Ferdinand, pour être destiné à la nouvelle bibliothèque.
La nouvel le galerie ducale , sanscompter beaucoup de tableaux, est bien choisie et arrangée avec goût. On y admire le S. Jérôme du Corrège , dont l’histoire montre quelle était en i524 l’existence misérable des artistes : Briséis Cossa, veuve d’un gentilhomme parmesan qui l’avait commandé, n’alloua au Corrège que 47 sequins (environ 552 fr. ) , et la nourriture pendant les six mois qu’il avait travaillé ; elle eut toutefois la magnificence d’ajouter à ces honoraires deux voitures de bois , quelques mesures de froment, et un porc gras. Il fut offert depuis, par le roi de Portugal , 4o,ooo sequins ( plus de 400500 0 fr. ), de ce même chefd’œuvre , à l’abbé du couvent de Saint- Antoine de Parme, qui allait le céder, si l’infant don Philippe, sur les instances de la ville, ne l’eût fait enlever et mettre à la cathédrale,
C’était assurément une bonne, quoique tardive justice, rendue à l’un des plus grands peintres de l’Italie.
Le Corrège , plus connu sous le nom de sa patrie que sous le sien , qui était Antoine Allégri, naquit à Correggio, près de Modène , en 1 494- Sans avoir été inspiré par les chefs-d’œuvre de Piome et de Florence , il dut à son talent naturel l’avantage d’être regardé comme le peintre des grâces , le prince des coloristes , et le créateur de sa manière. On n’avait point avant lui excellé dans la peinture des plafonds et des coupoles , des raccourcis et des figures en l’air : il iournit le modèle d’un genre que son génie lui avait fait imaginer, et dans lequel on ne l’a jamais égalé.
Près del’éAise de Saint-Louis est la
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célèbrechambrede cet artiste, àl’ancien couvent de Saint-Paul. Les peintures de cette chambre avaient été commandées au Corrègepar l’abbesse Jeanne, fille de Marco di Piacenza, noble parmesan, lorsque le monastère n’était point encore soumis à la clôture. Sur la cheminée, une fresque représente Diane dans les nuages sur un char d’or, tiré par deux biches blanches. Longtemps ces peintures profanes ont été couvertes et oubliées.
Le peintre qui a le plus honoré l’école après le Corrège, est son contemporain Francesco Mazzuola , plus connu sous le nom du Parmigiano.
La grâce fait aussi le charme de ses tableaux : mais il doit plus à l’étude de Raphaël qu’à l’imitation duGorrège.
On montre dans la belle église de la Sleccata le célèbre Moïse brisant les tables de la loi , peint en clair-obscur, et Y Adam et Eve du Parmesan. Ge grand et bizarre artiste n’avait point achevé Y Adam, qui toutefois lui avait été payé, que , possédé de la passion de l’alchimie, il abandonna les travaux de cette voûte pour se livrer à ses vaines recherches : mis en prison, d’après les rudes manières alors en usage envers les artistes, il parvint à s’évader, et mourut peu de temps après, errant, caché, solitaire, .à 3y ans, comme Raphaël, dont il avait fidèlement suivi les traces.
Sur la petite place latérale à la Stec cata sont] deux colonnes milliaires qui , malgré leurs inscriptions, furent élevées, dit-on, par les Parmesans à Constantin et à Julien. Ces deux grossières colonnes de marbre blanc et rouge , le sarcophage, elle demi-cippe placés sur les marches du dôme, son t les seuls débris des temples, des palais, des forums, des basiliques qui durent couvrir cette terre et décorer cette
brillante colonie romaine. On voit , par l’exemple de Parme et par bien dautres exemples, combien plus la ville moderne devenait considérable , plus la cité antique était détruite et disparaissait. Rome même n’a dû le salut de son immortel Forum qu’à l’extension de la Rome nouvelle dans le vaste espace du champ de mars (Valéry). Une grande rue partage la ville en deux parties, et traverse la Piazza Maggiore ( PL 2 4 8 ).
La cathédrale et le baptistaire de Parme sont au premier rang des monumens gothiques de l'Italie; mais, avec le marbre qui les décore, on y voit aussi l’empreinte du goût italien : préoccupé par la vue des débris de l’antiquité, il n’a point cette ignorance hardie, source des beautés singulières et du grandiose bizarre des édifices gothiques du nord.
Un riche cénotaphe est élevé à Pétrarque dans la chapelle de Sainte- Agathe; il était archidiacre et chanoine de la cathédrale de Parme, comme il était chanoine de Lombez et de Padoue. Ges dignités ecclésiastiques contrastent singulièrement avec la réputation poétique de l’amant delà belle Laura. A côté du monument qui lui est consacré , une simple pierre indique la place où est enterré Augustin Carrache, mort souffrant, malheureux, à lâge de 43 ans, et retiré au couvent des Capucins.
Florence s’enorgueillit avec raison d’avoir donné le jour à Pétrarque ; Vaucluse d’avoir entendu les vers qu’il offrait à sabien-aimée , le Capitole d’avoir vu poser sur la tête du poëte un immortel laurier ; Arqua d’avoir contribué à la paix qui fit le charme de ses dernières années. Parme à son tour se glorifie de l’avoir long-temps possédé dans ses murs. Les maisons