LA GAVA
annoncer une époque intermédiaire entre la naissance et la perfection de l'art. Ce qui lui donne de l'intérêt aux yeux des antiquaires , c'est qu'il était orné sur les quatre côtés de métopes avec des bas- reliefs.
Les sujets de ces métopes , malheureusement très-endommagées , sont le mythe des Argonautes,dont elles représentent les principaux traits. Sur l'une Jason est nu , derrière un large bouclier qui le cache presque entièrement ; il semble prêt à porter un coup mortel au dragon ; sur une autre est Castor ou PoUux, son cheval près de lui; une troisième offre Thétis , protectrice des Argonautes; une autre, Orphée, sa lyre en main, et Cérès ou une prétresse de cette déesse , portant sur sa tête le calathes ou corbeille sacrée ; enfin sur une cinquième, on voit Phryxus et son bélier.
La plupart de ces métopes sont restées en place , leur masse ne permettant pas de les enlever.
Le style de ces sculptures annonce une époque peu postérieure à celui des métopes de Sélinonte, et s'accorde parfaitement avec l'âge présumé de l'architecture de ce temple.
Cette découverte a conduit à celle d'une colonnade et d'une rue conduisant à la porte ouest de la ville , mais on n'a encore pu en reconnaître que la direction.
Quoiqu'il y ait une mauvaise taverne à Pestum , nous dînâmes en voyageurs dans le temple de Cérès ^ avec les provisions dont nous nous étions munis a
grossier, dans le cetitre même de la Salerne; et ce repas terminé, nous son-
ville , entre les temples de Cérès et de Neptune , et qui , pour l'étendue , ne le cède en rien à ce dernier. II a une façade de huit colonnes doriques sur seize latérales, d'un style qui semble
geâmes à nous remettre en route pour nous conformer aux recommandations de nos amis. Il paraît que c est au mauvais air, qui de tout temps a régné dans ces contrées , qu'il faut attribuer
le faible développement de celte ville ; cependant les anciens savaient prendre des précautions pour en atténuer les effets, au moyen de leurs bois sacrés.
Pestum était visitée par quelques ricbes Romains , et Virgile a cbanté ses roses, qui fleurissaient deux fois Tan.
Nous avions six milles à faire pour nous rendre à Eboli, où nous comptions passer la nuit ; et ces six milles il fallait les faire à pied dans un chemin , marécageux aux environs de Pestum y mais qui devient salubre en approchant d'EboIi , grâce aux nouvelles cultures dont ces contrées sont enrichies. Dans le Nord , les lieux marécageux et malsains sont annoncés par leur effrayant aspect ; mais dans les contrées les plus funestes du Midi , la nature conserve une sérénité dont la douceur trompeuse fait illusion aux voyageurs.
Après avoir paisiblement franchi cette portion de La route, nous arrivâmes à Ebdli; enfin nous sommes dans la ville , et en toute hâte nous nous dirigeons vers la Locanda nobile , que Ion nous dit avoir été autrefois un couvent de femmes.
Quiconque n'a pas voyagé dans la Galabre , ne peut se faire une idée des déceptions que Ton éprouve à chaque instant ; qu on n'aille pas se figurer et nos grandes routes et nos auberges françaises , où se trouve à peu près tout ce dont on peut avoir besoin. Ici . une auberge est une maison plus ou moins grande^ plus ou moins bien située, suivant le pays, mais nullement disposée pour recevoir le voyageur. Celle où nous descendîmes était de ce genre : au premier étage , nous trouvâmes une grande salle à cheminée, mais dénuée de chaises que l'on avait remplacées par des bancs , la plupart occupé^ par des paysans au chapeau
pointu, à la veste jetée sur 1 épaule en guise de manteau , et dont la mine rébarbative n'avait rien de rassurant.
A une table au milieu de la salle était assis gravement le gros aubergiste, ayant devant lui le registre où chaque jour il inscrit les voyageurs condamnés à venir loger chez lui , et à manger sa détestable cuisine. Rien de comique comme l'air d'importance qu'il se donnait.
Sa (emme, aussi grosse que lui, guères plus propre, allait et venait pour activer le service , criant plutôt qu'elle ne parlait, selon l'usage du pays; une servante aux jupons sales et gras , aux cheveux mal peignés et en désordre, l'accompagnait et portait les plats.
C'est dans cette salle commune que nous soupâmes ; notre air étranger nous valut une fourchette et un verre , que nous eûmes le soin de nous faire donner en double : l'hôtesse eut l'attention de nous dire qu'elle avait elle-même préparé le repas. Après le souper, nous passâmes dans le grenier où l'on nous avait dressé deux lits , ou , pour mieux dire , deux grabats.
De notre fenêtre notre vue planait sur le paysage; en face nous avions une vigne grimpant sur un magnifique oranger couvert de fruits et de fleurs , qui répandait dans notre réduit une odeur délicieuse.
Eboli ^ l'antique Eburi, est sur un coteau et domine une vaste plaine, entre le Silaro , fameux pour la propriété de ses eaux pétrifiantes, et le Battipaglia, l'ancien Tuscianus. Quoique dans un terrain fertile , Eboli n a jamais pu prospérer , à cause des dissensions qui s'élevèrent entre la commune et ses barons , vers le commencement du XV1\ siècle, et se termi-