‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 14 sur 39 · NOCERA · texte numérisé non relu

NOCERA

cée, au moment où lé oui solennel allait sortir de sa bouche , un coup de mousquet rétendit "raide morte au milieu du sanctuaire. «Dieu le voulait, dit l'assassin, .et moi je ne le voulais pas. » Ces mots prononcés, il s'enfuit dans les montagnes sans trouver le moindre obstacle à sa fuite, tant cette action atroce avait consterné les assistans. Le roaheureux Tommaso , en proie au désespoir le plus violent , chercha vainement à tirer une ven- {^eance éclatante, il poursuivit l'assassin, le guéta fort long- temps sans quitter son fusil .'Enfin Dieu réprima ce mouvement de colère et l'appela à lui. Il vint alors dans ce couvent chercher des consolations au pied des autels. Ne pouvant bannir intérieurement de son âme le souvenir de ses malheurs^ il écrivit sur la porte de sa cellule :

Qui me conduxit amor.

« Ici me conduisit Tamour. >

laissant à ceux qui liraient cette pathétique inscription le soin d'interpréter à leur gré si cet amour était pour la créature ou le créateur.

Il n'est pas rare d'entendre de pareilles histoires en Italie , où l'amour joue un si grand rôle.

De La Gava à Nocera dei Pagani , la route n'est qu'une suite de jardins délicieux. Nos yeux ne se rassasiaient pas : quelle nature! quel luxe! quelle profusion ! A peine avions-nous admiré un point de vue , qu'un plus beau se présentait ; nos exclamations se succédaient, c'était à n'en plus finir. Le calessaro était ravi. Che bel passe, signori^ mirate^ « quel beau pays, seicnieurs , admirez » ; et il avait raison : il est difficile d'en trouver un semblable.

Nous entrâmes à Nocera; il faisait encore assez jour pour ce que nous avions h voir, car, à l'exception de l'église de Sainte-Marie-Majeure, la ville n'offre rien de remarquable ; cette église est même hors des murs. Laissant, avant que d'y arriver, la grande route à gauche , on s'y rend en franchissant une faible distance , nous nous y trouvâmes à l'heure de l'angélus; elle était remplie de monde. Sa forme est orbiculaire ; elle parait avoir été bâtie avec d'anciens matériaux, du temps de Constantin. Sa voûte est supportée par une double rangée de trente colonnes corinthiennes disposées en cercle et d'un marbre superbe; mais leurs fûts de différentes hauteurs indiquent qu'elles nont pas toutes appartenu au même édifice. Dans le centre de l'église est une ancienne fontaine pour le baptême par immersion des adultes , ressemblant assez au baptistère de Pise , et entourée d'une balustrade couronnée par des colonnes très -inférieures en beauté à celles qui supportent la voûte. Aux deux côtés de la tribune sont deux colonnes en marbre de Paros , surmontées de leur corniche. La partie inférieure en est lisse, et le haut cannelé. La forme de l'édifice indique aux antiquaires qu'il a été construit sur les fondations d'un temple consa* cré à toutes les divinités. Ils tirent cette induction d'une ^ petite colonne de marbre blanc qui l'explique par une inscription moitié grecque, moitié latine.

Quant à la ville de Nocera , anciennement Nuceria jilfatema^ elle est assez insignifiante et assez laide. On la suppose fondée par les Pélasges Sarrastes , qui , dans les temps reculés , vivaient sur les bords du Samo; saccaji^ée et incendiée par Annibal , après son échec devant Nola, nous lisons

dans Tacite qu elle fut rebâtie et colonisée par Néron. Antonio le Pieux en fait mention dans son itinéraire, et la désigne comme une station sur la voie Appienne. Quant à son nom actuel dei Paganiy des Païens, il lui vient de la transplantation des Sarrasins , qui , chassés de la Sicile vers le treizième

siècle , eurent la permission d'y former leur établissement.

Notre pacte avec le calessaro était fini , nous avions été si contens de lui, que nous lui demandâmes s'il voulait continuer. « £ccellenza,si. » Alors nous nous dirigeâmes vers Gastellamare.

OASTXIiLAMAaX^ BTABXAi BOaaXNTO.

De Nocera à Castellamare la route est jolie, au pied d'une chaîne de montagnes d'environ huit milles (PI. Sj).

Cette dernière ville, voisine de l'antique Stabia, s'étend dans une plaine fertile; elle a un très -beau quai construit sous Murât. Charles P^ d'Anjou la fit entourer de murailles, et la fortifia de deux châteaux ; elle doit son port et son môle à Charles III de Bourbon, et possède un chantier où l'on construit les vaisseaux de la marine royale.

Hors de la ville sont trois sources d'eaux minérales acidulées, dont l'efficacité est généralement reconnue , et qui font de Castellamare le rendezvous , pendant l'été, de toute la bonne société de Naples, qui y vient jouir d'un air plus frais ; les hautes montagnes dont elle est environnée la rendent un séjour de délices. Ces montagnes sont couvertes d'une forêt de châtaigniers et d'autres arbres, et ornées de maisons de campagne et de jardins. Le roi aussi y possède un casin appelé Qui si Sana^ « ici l'on guérit » , ainsi nommé par la reine Marie-Caroline, femme de Ferdinand I'^ Atteinte d'une maladie que les médecins jugè-

rent incurable , elle désira quitter Naples, et aller dans ce site, qui lui plaisait, passer le peu de jours qui lui restaient encore à vivre ; l'air de cette montagne lui rendit la santé ; elle voulut que le château qu'elle avait habité, s'appelât Qui si Sana, nom qui lui est resté depuis.

Tout près de là est le village de GragnanOj que les buveurs d'eaux minérales prennent souvent pour but de charmantes promenades que l'on fait à ânes, et qui sont ordinairement fort gaies.

Le vin de Gragnano jouit d'une grande réputation. Les pâturages de ces montagnes furent si renommés, qu'ils leur valurent le nom de Lactarii « abondons en laitage. » Derrière , et plus élevé qu'eux , est le monte Sant' Angelo avec sa couronne de neige et élevé de 800 toises au-dessus du niveau de la mer.

On retrouve au bas de la montagne les traces de Stabia, dont les excavations ont été malheureusement interrompues ; Stabia et ses Villas occupant un espace fort étendu, l'on y aurait sans doute trouvé beaucoup de choses. Les objets que l'on a retirés des fouilles ont été transportés au muséede Naples.

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