‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 15 sur 39 · CASTELLAMARE · texte numérisé non relu

CASTELLAMARE

ceaux de sculpture, en un grand nombre de papyrus, et en quelques squelettes, d'imprudens sans doute, car les habitans de Stabia durent avoir le temps de s'enfuir et de se dérober aux cendres qui ensevelirent leur ville.

Vainement cbercherait-on dans Thistoire une ville plus constamment mal-

Pendant que je considérais ce littoral et ses anfractuosités, la barque avançait si près du rivage, qu'un moment j'eus la crainte de la voir se briser contre les récifs qui les bordent ; ma première idée fut que le pilote dormait; me tournant brusquement pour le réveiller, je l'aperçois ouvrant de

beureuse. Fondée par les Étrusques et grands yeux qui semblent me dire :

les Yolsques, tombée au pouvoir des Pélasges, des Samnites et des Romains, aux trois quarts détruite par Sylla, enfin engloutie tout entière sous les torrens de cendres qui couvrirent Pompeï, le gouvernement ne Ta un moment rendue au monde que pour la replonger aussitôt dans le néant.

C'est dans la villa de Pomponianus à Stabia que Pline l'ancien trouva la mort.

Je vis à Gastellamare le piédestal d'une croix , qui était un ancien autel de Diane, et tout ce qui restait du temple auquel il avait appartenu.

Nous devions nous rendre à Sorrento, afin d'explorer dans ce voyage tout ce qui se rapportait à cette côte; nous voilà de nouveau dans une barque ; on nous montra d'abord Vico^ qui s'aper-

ce N'ayez pas peur, je connais mon » métier. » Je regarde la figure de William , sur laquelle je ne lis pas la moindre frayeur : reprenant alors mon rôle d'observateur , je remarquai des cavernes aifrcuses, véritables repaires de pirates. Labarques'y dirigeait. Nous arrivâmes sous un énorme rocher, dont la tête élevée nous cachait les rayons du soleil. Je ne savais que penser de cette manœuvre : tout à coup nous entrons sous une voûte basse , et aussi silencieuse qu'obscure. Mais bientôt la voûte s'clevant nous laissa découvrir la teinte bleuâtre des ondes ; au delà était encore le jour et la mer. Nous sortîmes enfin de ces lieux efTrayans , et je compris que l'intention des mariniers avait été de nous montrer cet accident de la nature. William m'a-

çoit de loin; Yico Equense, ancienne- voua que la première fois qu'il avait

ment Vicus jEquanus ^ petite ville, insignifiante alors comme aujourd'hui^ bâtie sur un rocber élevé, formé de masses énormes plus pittoresques et plus imposantes les unes que les autres. Tantôt leurs sommets avancés en voûte menacent d'anéantir la faible barque qui se hasarde à naviguer sous leur ombre, tantôt leurs flancs entr'ouverts laissent apercevoir des grottes profondes ; quelquefois on entend le bruit retentissant de pierres qui roulent du baut de la montagne dont elles se détachent, et qui, en tombant dans la mer, font écumer les vagues qu'elles refoulent.

fait ce voyage, les marins étant des Calabrais , il avait éprouvé un sentiment de crainte, leur prêtant l'intention de vouloir dévaliser un Anglais, toujours supposé voyager les pocbes pleines d'or. Nous rîmes beaucoup de cette terreur.

Descendant à terre chaque fois que notre curiosilé est excitée, cette fois nous vîmes sur le rivage , à droite de ces cavernes, des ruines indiquant un silicernium , et plus loin , au pied de la montagne , près du couvent des Capucins, celles d'un colomba-»

rium.

Nous ramassâmes sur ce rivage des

pierres de composition nommées pierres de Sorrento , que Ton suppose avoir fait partie des incrustations d'un temple. Leur couleur est bleue ; quelques* unes sont opaques , d'autres transparentes. On 7 trouve également des émeraudes et des cornalines.

Meta, assez grande ville, possède une jolie église, près de laquelle sont de vieux oliviers que la tradition rapporte avoir été consacrés à Minerve ; ce qui, joint à la position de l'édifice, peut bien faire conjecturer qu'il a été bâti sur l'emplacement d'un temple de cette déesse. Dans un ancien cimetière de la ville l'on a trouvé, nous dit-on , des tombeaux phéniciens , des squelettes , des monnaies grecques , carthaginoises et romaines , et diflTérens omemens.

Ce nom de Meta , borne ^ ne lui viendrait-il pas de sa position à l'extrémité d'une pointe de terre, qui la ferait ressembler à la borne posée dans les palestres , ou jeux antiques , à laquelle Horace fait allusion ?

Evitata rôtis.

. Metaque fervidis

HoB. Od. lib, 1 , c. 4.

Sur un essiea brûlant , franchissant la barrière ,

Vole , évite la borne

Xraduct. de Demi.

Avant d'arriver à Sorrento^ nous traversâmes une autre grotte; mais toute crainte avait disparu ; nous voilà à terre et montant à Sorrento, par une ouverture sauvage et sombre , creusée au milieu de rochers élevés , percés de cavernes profondes, qu'il nous fallut gravir par un sentier raide et étroit ; quelques hommes déterminés retranchés dans ce chemin pourraient s'opposer au débarquement de toute une armée (PI. 38 j.

Sorrento est situé au-dessus de ces

rochers qui, vus de la mer, semblent un mur immense construit le lon«: de la côte; les montagnes en cet endroit entourent et abritent un terrain fertile, couvert des plus riches récoltes et des plus beaux orangers; ces arbres y forment des forêts par la quantité de jardins qui en sont remplis , et qui ne sont séparés entre eux que par une simple haie; leurs fruits, très-abondans, s'exportent à Naples ; mais il s'en faut qu'ils y soient aussi estimés quç ceux de Sicile; dans la saison de la récolte, en février et en mars, on y donne jusqu'à douze oranges de Sorrento pour un grano, moins d'un sou.

Sorrento, anciennement Surrentum , nom qui dérive de la beauté de son site, fut, suivant la tradition, fondée par Ulysse; quelques-uns la font bâtir par une bande d'aventuriers phéniciens.

Colonisée par Auguste , elle dut être bien avant une ville considérable , puisqu'elle avait donné son nom au promontoire qui ferme la baie de Naples au sud-est , à cinq ou six lieues de cette capitale.

Surrentum , aux temps d'Auguste et de son successeur, p<iraît avoir été plus considérable que Naples. Mais , en 79 , les eaux de la mer , en abandonnant les murs de Pompeï , empiétèrent sur son territoire, et détruisirent un quai magnifique qui s'étendait de la ville à une montagne escarpée, couronnée par un temple de Gérés , n'épargnant aucun des édifices environnans.

On nous montra plusieurs temples creusés dans la montagne , appelés les cavernes d'Ulysse, et supposés avoir été consacrés aux Syrènes. Leur forme est encore la même , quoique dépouillés de leurs omemens. L'entrée du côté de la mer ressemble à la description que nous donne Homère de l'antre de

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