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NAPLES
Tusage de ces souterrains; celle qui tend à faire croire qu'ils auraient été creusés parles premiers chrétiens pour échapper à leurs bourreaux, est la moins vraisemblable; comment penser que ^ peu nombreux dans leur origine , et tous pauvres pour la plupart , ils eussent pu entreprendre des travaux aussi considérables, et les continuer secrètement sans que Tautorité les eût contrariés? Un écrivain distingué, Alexis Pellicia , leur assigne un but de communication secrète d'une ville à l'autre. Quelle que soit la version adoptée , il est probable que dans les temps de persécutions les chrétiens s'y retirèrent et même y enterrèrent leurs morts , car les cavités horizontales dont j'ai parlé ont évidemment été destinées à cet usage, tant les mesures en sont variées. On en aperçoit pour tous les différens âges. Il est donc naturel de penser que , bien avant l'établissement de la religion chrétienne, le besoin de matériaux nécessaires à la construction des villes a été l'origine de ces immenses excavations, semblables à celles qui , pratiquées successivement autour et au-dessous de Paris , se trouvent aujourd'hui soutenir sur leurs voûtes surchargées une portion des édifices innombrables qui en sont sortis.
Une odeur cadavéreuse infecte l'air.
Ces exhalaisons méphytiques, et la fumée des flambeaux résineux dont on est armé , rendent la respiration diflicile ; on se sent pressé de revoir le soleil et de se retrouver avec les hommes , car ceux qui vous accompagnent, vus à la rougeàtre clarté des torches , ressemblent plutôt à des ombres errantes.
. Naples possédait autrefois cent huit couvens d'hommes , trente -neuf de femmes, et cent soixante-sept églises, N.
sans compter une infinité de'chapelles.
La révolution^ en supprimant les couvens à l'exception des ordres méndians , a nécessairement restreint ce nombre; qu'on se figure cependant la fouie d'ecclésiastiques nécessaires pour desservir tant d'églises.
Quoiqu'en général fort belles annledans, aucune n'ofire un beau portail.
Le plus riche et le plus régulier de tous est celui de S. Filippo Neri.
Fondée en 1 586 sur les dessins de Denis Barthélemi, cette église a un portail en marbre blanc, avec des ornemens saillans de madbre de couleur* Elle est divisée en trois nefs (PI. 94 )• Celle du milieu est soutenue par douze colonnes de granit d'un seul morceau, avec leurs chapiteaux de marbre de Carrare. Ce temple est orné de beaucoup de dorures, et renferme sept chapelles en marbre , dont l'une a dix colonnes et dix grandes statues, delle de saint Philippe, qui ressemble à une petite église, est également ornée de dix colonnes en marbre jaune ^ et de tableaux. Les voûtes de l'église sont revêtues de stuc, avec des frescpies; un très-grand tableau, peint par Luca Giordano, représente Jésus chassant les vendeurs du temple : c'est le chefd'œuvre de ce peintre napolitain.
liVStE DE VÀPLBS.
( Artide commiini^é par M. D.-D. Faijasse. }
Les découvertes de Pompeî, d'Herculanum et de Stabia influèrent certainement plus sur les progrès de l'archéologie que les .immenses travaux des Montfaucon , des Caylus , et tous les mémoires de l'académie des. inscriptions et belles-lettres. Tant il est vrai qu'une observation matérielle est
L^TALIE.
plus puissante pour nous éclairer que toutes les théories du plus laborieux spéculateur : un seul fait peut prouver mon assertion.
Presque au centre du Forum Romanum, en face la basilique d'^milia, à Rome, s'élève une colonne isolée.
De savans antiquaires virent dans ce
peut en effet la glose d^an scoUftste pour rendre compte d'un usage perdu depuis des milliers d'années ? Eh bien, souvent il sitffira de retrouver une inscription, une peinture du temps, ou même le plus simple ustensile pour faire évanouir la difficuké. Qail me soit permis de supposer pour eiemple,
monostyle les restes d'un temple de qu'aujourd'hui ou demain lea feux è'm
Jupiter Custos^ d'autres les vestiges du pont de Caligula. Une vive polémique s'engage, les citations je>a> et contra se groupent; puis les systèmes de s'élever avec autant de solidité les uns que les autres. Vient un maçon, quelques coups de sa pioche découvrent le piédestal et renversent toutes ces belles théories, construites à grands frais dé doctrine et d'imagination.
Gednnt oaltmi manrv.
Le temple, le pont, ne sont plus qu'une unique colonne élevée au sep-
volcan caché dans les entrailles de Montmartre s'entr'ouvrent un passage:
la lave s'échappe en torrens ^ifiam* mes, les cendres s'amoncellent, Paris n'existe plus que dans le souvenir des hommes. Deux mille ans s'écoulent, de nouveaux peuples, de noureaui usages, des langues, des crojanees nouvelles se succèdent, et la malheureuse cité^ dont la place même était inconnue, re parait à la lumière. <^nelques livres échappés à la destraction deviennent l'objet des études des sooliastes. Dites -moi, dans ces circon-
tième siècle à l'empereur Phocas^ par stances, qui pourrait mieux expliquer un exarque d'Italie.
Qu'on juge d'après cela de l'impor^ tance des fouilles faites au pied du
ce vers d'ub de nos poëtes
Sor les oQQMina {«mdveax d'im ehar niméroté?
Vésuve, où trois villes furent exhumées et nous apparurent « comme au jour de leur mort, pompeusement parées. »
La, et là seulement, nous pûmes observer le Romain dans toutes les occupations de sa vie publique ou privée , même les plus secrètes , le suivre au théâtre, au stade, au bain et au prétoire, dans les boutiques, les batelleries, à sa maison des champs, s'asseoir au triclinium^ parcourir le gynécée et les réduits les plus cachés du lupanar. Jusqu'à la découverte de
Serait-ce la glose ou le tableau de Decamp que le temps aurait épargné, représentant un fiacre guidé par son Automédon ?0r, voilà un des moindres avantages que les lettres ont retirés de la découverte des villes au pied du Vésuve* Quant au bénéfice que les fouilles ont produit pour les arts du dessin, il suflSt, pour le comprendre, de jeter un coup d'œil autour de soi. Ces vases, ces flambeaux, ces peintures, ces lampes qui décorent à la fois le café, le salon du riche, la boutique du marchand , le boudoir des belles et
Pompeï , une foule de passages des le palais du prince, sont autant de
auteurs de l'antiquité n'avaient pu être répétitions plus ou moins heureuses
expliqués d'une manière satisfaisante, des meubles et des décors élégans des
Après les révolutions des empires et villes de la G&mpanie. Mais ces objets
la disparition totale des peuples , que précieux, enfouis dans la terre comme
NAPLES. 147
à l'escalier et sépare l'édifice en dent' parties ép:a1es. Quatre statues colossales le décorent : ce sont celles de l'Hercule Famèse,de la Flore grecque, du Géoie de Rome , et d'Alexandre Sévère. A gauche, en entrant, sont de belles salles de dessin; à droite, la galerie des peintures antiques. Le musée égyptien et la collection des bronzes ont aussi leur entrée sous le yestibule, principalement éclairé par de grandes cours placées sur les côtés. On a rangé avec beaucoup de goût, dans ces vastes emplacemens découverts, un nombre infini de statues, de colonnes, de sar* cophages et de fragmens d'architecture trouvés dans les environs de Naples.
Des portiques fermés régnent tout au«tour; ils sont destinés en grande partie au musée des marbres antiques et modernes. L'escalier, placé en face de la porte d'entrée, est orné d'une statue colossale du roi Ferdinand !•'., vêtu en Minerve. Cet ouvrage, où Canova a vaincu de bien grandes difficultés ,
les plus rares métaux, et conservés comme eux pour la jouissance et l'utilité des générations qui devaient arriver, h peine découverts , formèrent des collections immenses. Le palais de Portici, ceux de Naples , de Caserte et de Capodimonte en furent bientôt remplis , encombrés sans ordre ni discernement. L'artiste et lé savant n'en retiraient qu'à grand'peîne de faibles avantages , lorsque Ferdinand !•'. pensa à réunir ces richesses éparses et forma le musée dé Naples, qui devint en peu d'années plus riche lui seul, dans ce genre, que toutes les collections du monde réunies.
En 1 587 , le duc d'Ossune , vice-roi
deNapIes, aval t fait jeter les fondemens
d'une vaste école de cavalerie ; Don
Auis de Castro, comte de Lemos, qui
lui succéda , fit terminer cet édifice sur
les dessins du chevalier César Fon-
tana, et le destina à l'université^ qui
j fut instalée en 1616, sous DonPédro,
son fils et son successeur. Elle y resta
jusqu'en 1 790 : alors le Palazzo de régi est un de ses plus beaux titres de gloire.
StuJiij c'est le nom qu'on donnait à ce monument, reçut les antiquités disséminées dans les résidences royales , et en outre la bibliothèque et les tableaux des écoles modernes qui composent le Museo J?arAo/ifco; L'université, trans-
Deux autres statues, pareillement en marbre de Luni, et un lion, achèvent de décorer l'escalier.
Dans l'impossibilité où nous sommes de donner dans un ouvrage de ce genre le détail de toutes les richesses du mu-
portée au collège de santo Salvadore , sée Bourbon , dont le simple catalogue
fut remplacée par lacadémie des scien- que l'on attend encore exigerait des
ces et des béaux-arts, fondée en 1780. volumes et plusieurs années de travail,
Ce monument, dont l'architecture nous nous contenterons d'indiquer suc-
sérère et assez pure répond à sa desti- cinctement les objets les plus rares et
nation actuelle, forme un carré long les plus remarquables, en commençant
élevé sur un parallélogramme de 56o palnies sur 280. Un soubassement bien entendu corrige l'inégalité du terrain.
Trois portes et quatorze fenêtres s'ouvrent sur la façade principale, dont Ife centre est occupé par un pavillon composé de deux ordres et d'un fronton. Un vestibule mal éclairé conduit
par les peintures antiques. Plus de dix-sept cents morceaux composent cette collection unique au monde. On sait que ces dépouilles , enlevées aux murailles des maisons de Pompeî, d'Herculanum et de Stabia, ne sont, pour la plupart , que l'œuvre de décorateurs et d'omcmentîstes , et, par
conséquent , de mérite aussi difiereut que la variété des sujets représentés.
Les plus pT^euses de ces peintures étaient transportables', non pas comme nos tableaux que Ton suspend au premier endroit venu, suivantlecaprice du propriétaire , mais je veux dire exécutées à part , ou peut-être sur d'autres murailles, d'où on les avait enlevées par des moyens analogues à ceux employés aujourd'hui par les Napolitains , pour détacher les fresques antiques. On les' encastrait ; dans la crépissure du mur qu'ils devaient orner, et souvent ils y restaient jusqu'à la destruction de l'édifice; d'autres étaient tout-à-fait inhérensàla muraille. Les procédés usités par les artistes étaient à peu près les mêmes pour l'un et l'autre genre. Les peintures étaient exécutées à fresque , ou du moins sur un enduit de chaux , et non à l'encaustique , comme on l'a faussement prétendu. C'est ce dernier moyen qu'emploient à Naples les faussaires d'antiquités pompeïannes pour composer leurs pastiches qu'ils vendent au poids de l'or. La truelle du stucateur servait seule à unir les surfaces et à les préparer à recevoir le travail du peintre, qui, pour fixer ses couleurs, n'employait ni résine, ni colle, ni détrempe , comme le prouve l'analyse chimique à laquelle on a soumis diflfé- ' rens fragmens. L'artiste évitait avec un soin scrupuleux l'usage des substances colorantes que l'humidité ou le soleil aurait décomposées. J'ai vu plusieurs ouvrages que M. Franck atné, élève distingué de David, et directeur de l'académie de peinture de Naples , avait peints à l'huile avec des couleurs trouvées . à Pompeï , l'œil le plus exercé n'aurait pu apercevoir la moindre différence avec les ndtres. Les Anciens en avaient d'ailleurs plusieurs dont nous chargeons notre palette ; par
exemple, l'ocre^ le noir animal, loutre-mer et le vermillon. Du reste, l'édat tant vanté de ces couleurs résulte plutôt de leur heureuse disposition et du sentiment d'harmonie dont les artistes étaient animés , que de la matière en soi-même. Je n'ai remarqué , dans aucune -peinture antique, l'emploi des glacis et des vernis dont nos peintres modernes. font un si grand abus. Les moyens des Anciens sont de la plus grande simplicité , et comme à l'époque de la naissance d'un art : bien que , suivant Winkelmann et d'autres iconologues distingués , la peinture fut à son déclin lors de la destruction des villes au pied du Vésuve. Les objets sont représentés par une teinte empAtée avec une légère demi-teinte ; quelques traits obscurs et qudqves touches lumineuses achèvent de les éclairer et de leur donner le relief nécessaire. Ainsi le clair obscur n'est pas rendu comme chez nous par des teintes fondues , mais par des hachures à la manière des dessins de Michel- Ange, ou des tailles de la gravure au burin. Les principaux mérites de ces ouvrages consistent dans la naïveté sans apprêts des compositions , et dans une expression d'une vérité et d'une verve comparables seulement aux œuvres de nos grands maîtres , et qui donne à tout ce qu'elles représentent un sentiment de vie , de grÂce , de terreur ou de gaieté. Ce qui frappe surtout, c'est l'étonnante rapidité d'exécution ; en observant la vivacité des traits et le sentiment empreint dansces compositions, il semble voir autant d'inspirations rendues sans efforts et sans étude, tant la main obéit avec facilité à la pensée de l'artiste, et cela même dans les copies; car plusieurs morceaux sont certainement des répétitions d'ouvrages plus précieux qui ne nous sont pas parvenus.
KAPLES.
On conçoit que cette promptitude d'exécution n'est guères compatible avec ce qu'on nomme le fini ; aussi est-ce le plus grand reproche adressé à ces peintures par certains connaisseurs.
Quant à nous , qui n'ambitionnons même pas ce titre, et ne jugeons que par sentiment, obéissant à nos impres^ sions, nous avouerons avoir été plus puissamment ému à la vue de ces pré^ cieux restes de l'art antique, qu'en voyant ces tableaux si étudiés , si propres et si polis de Carlo Dolce ou de Gérard Dow t de même que nous som»
mes plus frappé des premiers élans d'une éloquence naturelle, fût -elle grossière, que des périodes bien cadensées et bien arrondies d'un rbéteur d'académie. , -
Plusieurs de ces peintures ont inspiré nos artistes modernes. Je citerai l'Éducation d'Achille , le sujet connu dans les arts sous le nom de la Charité romaine, la Marchande d'Amours, charmante composition remplie de grâce , et Vénus, Mars et l'Amour, On remarque aussi les célèbres danseuses de Pompeï, Persée et Andromède, Ariane abandonnée ; des caricatures représentant des empereurs romains avec des tètes d'animaux qui font allusion au ▼ice qui les dominait , rappellent les charges si plaisantes de notre Granville. Enfin un nombre infini de scènes du théâtre ancien, morceaux d'un grand prix , en ce qu'ils ont fixé les opinions des sa vans sur plusieurs points indécis, des scènes de la vie privée , qui nous expliquent mieux que tous les commentaires, les usages des Romains à 1 époque de l'âge d'or et de la monarchie. Des faunes acrobates, des enfans jouant aux osselets > un perroquet * traînant un char guidé par une cigale, dont nous avons vu pendant long-temps ime copie sur la toile du Vaudeville.
( On croit que cette jolie composition est une caricature de,Néron et de Senèque); des marchands d'étoiles, de viandes cuites , de pain , de poissons et de coquillages , tout-à-fait semblables à ceux que l'on voit tous les jours à Sainte-Lucie de Naples ; une école publique , des vignerons travaillant au pressoir, un combat naval qui ne laisse plus de doute sur la construction des galères antiques ; une ferme et tous ses accessoires (on y remarque une matrone qui vient visiter ses enfans en nourrice ) ; des voitures , plusieurs in* strumens à écrire, tels que plumes, encriers , tablettes , papyrus , etc. On distingue surtout une peinture grecque signée du nom d'Alexandre d'Athènes , représentant cinq femmes , dont les noms sont écrits au bas de chaque figure.
Le musée d'antiquités égyptiennes , étrusques et osques , ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'ordre. On y remarque deux riches inscriptions hiéroglyphiques offertes au roi de Naples par le baron Carie de Rothschild, un monument sépulcral en granit bleuâtre, orné de vingt -deux figures et d'hiéroglyphes, une colonne de marbre d'Egypte surmontée d'un ibis, plusieurs figures d'Harpocrate et de Sérapis , un grand nombre d'oiseaux sacrés, d'inscriptions, de vases balsamiques, d'amulettes, un précieux fragment de papyrus égyptien, des instrumens de musique , des ibis embaumés ou sculptés, des momies, une belle réunion de statues , de vases , d'armes et d'inscriptions étrusques et osques , auxquelles il faut ajouter un nombre presque égal de bas-reliefs et de fragmens.
La collection des marbres compte plus de cinq cents statues , gaines et bustes, dont plusieurs ont enrichi le
musée de Paris jusijuen i8i5. On distingue THercule Farnèse, la Vénus Callipige, mieux conservée, mais peuU être moins belle que celle de Syracuse, que je croirais plutôt être la statue dont parle Athénée. L'Aristide , chefd'œuvre de la sculpture romaine , le célèbre groupe du taureau Famèse, taillé dans un bloc de seize pieds sur quatorze. La famille Balbus , une sta* tue d'Agrippine, assise au moment où cette impératrice vient d'apprendre que son fils tramait contreses jours. L'ex* pression déchirante empreinte sur ses traits, la pose pleine de noblesse, et l'ajustement de la draperie, placent ce morceau au premier rang. Vénus Vietrice et l'Amour, l'AntinOus grec, un grand nombre de statues d'empereurs romains, entre autres celle de Caligula , trouvée dans une auberge , près du Garigliano (la corde du bac qui servait à passer ce fleuve était fixée au col de la statue , comme si les générations nouvelles eussent été chargées de yenger les crimes de ce monstre sur son effigie ) ,1a Psyché , sculpture grecque du premier ordre, un buste de Socrate, dont la partie supérieure est d'une belle conservation , et enfin ime précieuse suite d'animaux.
La galerie des sculptures en bronze renferme de cent à cent vingt pièces.
Le prix que les barbares attachaient aux métaux a rendu fort rares les objets fusibles. Les principaux de cette collection sont le faune ivre , chefd'œuvre de l'art grec , deux daims , et un cheval de grandeur naturelle, un Mercure en repos, jolie statua, dont la pose est d'une vérité frappante, et l'exécution si parfaite, qu'on la rapporte avec raison à la plus belle époque de la sculpture grecque. C'est sans contredit le bronze le plus parfait de l'antiquité. Deux discoboles de sculp-
ture romaine, plusieurs statues d'actrices et de danseurs trouvées au théâtre d'Herculanum , une prétendue Sapho et une tête de cheval, admirable fragment ( le restant du corps fut fondu par ordre d'un évéque de la famille Caracciolo qui en fit faire des cloches ). On pe voit pas sans étonnement l'énorme clef d'une conduite d'eau , qui contient encore le -Hquide renfermé depuis près de deux mille ans. Le gardien de cette salle ne manqua pas d'agiter ce robinet colossal pour faire entendre aux curieux le bruit de l'eau en mouvement.
La collection épi graphique contient près de deux mille inscriptions divisées en huit classes, savoir: i"*. les sacrées, 7^\ les honoraires, 3*. cdles des ouvrages publics, 4^. les sépulcrales, 5». les arabes, &>. les grecques, 70. les chrétiennes , 8°. celles sur diSérens sujets qui ne se rapportent pas aux autres catégories.
Bien que nombre de salles des palais royaux et du musée Bourbon aient été ornées de mosaïques trouvées aux environs de Naples , cependant la collection de ces précieux produits de l'art antique , conservée au musée que nous décrivons^ est encore la plus riche qu'on copnaisse. On doit placer au premier rang le pugilateur , Thésée terrassant le minotaure, un triton, une bacchante, des scènes et des masques comiques, le génie de Bacchus sur une panthère, d'un dessin et d'un coloris dignes des plus grands éloges ( ce morceau peut avoir on mètre carré ) et un chat qui dévore une caille. Une cinquantaine d'inscriptions peintes sur les murs de Pompeî ont été enlevées avec grand soin et transportées dans ce cabinet.
La galerie des monumens du moyenâge renferme douze cents objets et plus.
NAPLES
savoir : 85o & 89o en marbre , 60 venant de VInde , en bronze et autres matières, 100' morceaux de peinture indienne^ et un nombre presque égal d'objets ea^ crés, tels que crucifix, enceasoirs, patènes , vases de toutes sortes de formes et de matières, bas-reliefs , instru* mens de tdrture - «nployés contre l|s premiers chrétiens , etc. , etc.
Presque cinq mille objets composent la collection des terres cuites , sans y comprendre les' vases grecs peints dont le nombre considérable est inconnu.
Deux mille quatre cents et plus forment c^edes verres antiques* Le musée obscène,' ou des monumens phalliques, compte cent soixante morceaux environ en bronze, en marbre, peinturés, mosaïques , etc. , représentant des Phallus; des Ktéïs , jdes Spintriœ^ et des scènes dont le souvenir salit presque autant l'imagination que la vue des* objets mêmes. - '"
Ces quatre dernières collections oc-
noirs, de 2 à 4 pouces de long sur 24 à3o ligfaes de diamètre, sont rangés avec soin sur les rayons des vastes armoires qui garnissent les murs de ce cabinet.
On dirait autant de morceaux de charbon de bois qu'un marchand aurait exposés pour échantillons : ce sont les papyrus. Cette malheureuse resseniblance avec le combustible est cause de la perte :d< une grande partie de ces' précieux dépositaires des. produits de l'esprit humain^ qixi semblaient destinés à nous conserver tant de richesses dés temps anciens. On les prit d'abord pour du charbon décomposé qui ne pouvait pas même produire la chaleur nécessaire pour l'usage habituel \ un grand nombre fut jeté*à la mer. Plus tard* en 17 53,' on découvrit au-dessous du jardin du coûvcut dé Saint- Augustin; à Pbrtici^ une si grande quantité de 'rouleaux* carbonises rangés avec tant de symétrie dans une pièce d'une maison 'd'Herculanum , qu'enfin oh les cupent une portion du'premier étage^ * observa et l'on\)arvint à y lire des caainsi que Id bibliothèque, riche de cent 'ractères latins 'et grecs. Trois bustes cinquante mille volumes et de trois en' bronze*, dont un représentant Épimille manuscrits, parmi* lesquels on ' cure, se^t' encriers et des stylets à compte ceux de saint Thomas-d'-Âquin j écrire/trouvés*dansleméme endroit, ne de FÂmintas du Tasse et celui des permettaient pas cette fois de prendre Actes des Apôtres, qui date du dixième une bibliothèque pour .la boutique d'un siècle. D'autres pièces contiguôs ren- charÉohnier. Près *de mille huit cent ferment le cabinet des -pierres pré- papyrus furent transportés par ordre de cieuses et des joyaux antiques et da . Charles III, alors roi de Naples, au anoyen*àge , celui des bronzés servant musée royal de Portici,"et'plus tard
aux usages domestiques des peuples anciens, celui des armures, dont l'antiquité remonte quelquefois à trente siècles , la collection des fragmens d'^ tofies^ d'alimens, d'objets servant à la toilette, trouvés dans les fouilles de Pompeï et des autres villes antiques de la grande Grèce, le cabinet des médailles et la bibliothèque si intéressante des papyrus.
Près de trois mille petits rouleaux
de là au musée Bôuirbbn."^Lefeu,'bien loin dé lés détruire, les a réellement conservés :'car tous ceux qui n'ont pas été consumés sont tombés en poussière et ont tout-à-fait disparu. Ceux qui nous restent sont tellement torréfiés et rendus si friables, que l'on ne peut y toucher qu'avec une précaution extrême. La diflSculté de les lire, qui d'abord parut insurmontable, a cependant été vaincue par la persévérance
du père dom Antonio Piaggio , qu'un ▼if amour des lettres poutait seul soutenir dans une telle entreprise. Il trouva le moyen de dérouler, et de fixer sur une membrane transparente, ces cylindres, qui ne présentaient guères plus de consistance que des morceaux d'amadou brûlée. On lui doit la machine aussi ingénieuse que simple, dont on se "sert encore aujourd'hui pour cette délicate opération. Ce travail a produit jusqu'à présent quatre cent dix manuscrits, dont dix-huit seulement sont bien lisibles , les autres - n'étant que des fragmens difficiles à déchiffrer. £n 1 798, on publia à M aples un premier volume de ees papyrus, contenant un ouvrage de Philodemiis^ sur la musique. Ua autre parut en 1809 : il renferifte un fragment d*un poëme latin que l'on croit être de Rahinius, et le second et le onzième livre du Traité d'Epicure sur la nature. Le troisième volume, qui est sous presse, contiendra, autre plusieurs autres morceaux , le dixième livre de.
Philodemus, sur l'Economie, d'après lequel il paraîtrait que l'ouvrage sur le même sujet , attribué à Aristote , serait de Théophraste, et le onxième sur l'Orgueil. On conjecture que tous les autres papyrus sont des ouvrages d'auteurs grecs, à l'exception de vingts quatre qui seraient écrits en latin* Voici à peu près comme on les divise : 60 à 70 sont presque entiers, on en possédait les deux tiers de 160, la moitié de 320, le tiers de 200, le quart de igS s ijo à 480 étaient coupés transversalement, par suite de l'inexpérience des premiers ouvriers. Le nombre des colonnes et des fragmens déroulés s'élève à si,366.
La précieuse galerie de tableaux, depuis les Grecs du Bas-Empire jusqu'aux temps les plus modernes, est
classée dans les autres salles au premier étage, et complète le musée Bourbon. Les plus beaux tableaux du salon des chefs-d'œuvre soilt les suivans : un portrait de Philippe II, par Titien; une Charité, deSchidone; une sainte Famille, de Jules Romain ; deux autres, de Rapha^; deux portraits, par André del Sarte ; un de Léon X , par Raphaël; un du cardinal Passerini, du même; une transfiguration ^ par Giovan Bellini; un portrait^ par Yélasquez ; un paysage, de Claude le Lorrain; Paul II, par Titien; le Mariage de sainte Catherine, du Corrège; l'Ange Gardien'^ duDominiquin>laDanaé du Titien ; deux portraits, par Wan Dyck; deux autres attribués à Rembrandt; deux autres, par Rubens; le Christ expliquant les Saintes Écritures aux docteurs, par SalvatorRosa et un Silène ivre et des Satyres y par l'Espa* gàolet.
Ces deux noms nous rappellent les ' peintres napolitains. Si , comme Je le pense , on doit entendire par école dans les arts une suite d'artistes travaillant d'après les principes puisés dans l'atelier d'un mat tre, tels, par exemple, que les nombreux élèves de Michel-Ange, qui forment l'école florentine, pour la spulpture , ceux de Raphaël ou l'école romaine, et cedx des Carraches, qui composent récolelombarde,jene pense pas qu'il existe véritablement une école napolitaine; car on ne peut donner ce nom aux trois ou quatre peintres médioeres sortis de l'atelier de Solimène , et moins encore au petit nombre d'artistes formés sous SalvatorRosa. filais, si l'on veut comprendre, dans les significations du mot école, une réunion d'artistes nés dans une même contrée, alors on pourrait trouver à Naples des peintres assez distingués pour occuper une place honorable à côté des autres
NiUPLES.
écoln d'Italie. Ceci s'applique particulièrement à la peinture ; car pour la sculpture et l'architecture, Bernini, qu% nous nommons le cheTalier Ber-^ niûf peut certahiemenl être considéré oonuDo chef d*écoIe , si l'on a égard à l'immense influcnee'qu'il exerça sur le goût de son siicle dans l'un et l'autre de .ces arts.
La peintura commença à fleurir à Naples sous le règne de Philippe II , Ters le milieu du i6*. siècle, et con« serva son édat jusqu'à Charles tll, pendant enTÎrcm «ent cinquante ans.
Béllsaire Gorrenaio, dit le Grec, doit être regatdé comme le premier qui ait donn< quelque relief à cet art. Larallée, dans le texte du musée Napoléon , ne lui accdrde que peu de talent ; mais c'est à tort , ainsi que le prouve Lanzi^ •t plus encore les nombreux ouvrages de cet artiste^ que l'on voit à Naples et notamment dans les églises du Giesu^ Nnovo et de la Madena di Piè di Gratta^
Joseph d'Arpino , surnommé Giu« seppino , lui succéda. Il naquit au chAteau d'Ârpino, dans lé royaume de Naples ,«n 1 56o. De bonne heure il se rendit à Bome où il gagna d'abord sa vie à broyer des couleurs dans les ateliers des peÎBtres. On prétend que la rue des chafs^d'cBuyre du Vatican développa en lui le goût de la peinture.
Grégoire XIII s'intéressa au jeune ar« liste 9 et lui fournit les moyens de se perfectionner. Josépin est le plus faible coloriste des peintres napolitains, mais ses figures sont dessinées arec plus de correction que l'on n'en trouve géné^ ralement dans les ouvrages de ses com* patriotes. Son style se rapproche assez de celui de rAlbane,et souvent il est aussi maniéré que lui. Henri IV l'appela à la cour de France en 1600 et le décora de l'ordre de Saint-Michel. Le N.
chevalier d'Arpino mourut à Rome à l'âge de quatre-vingts ans.
Giuseppe Kibeira , plus connu sous le faom de l'Espagnolet, étudia sous Bal< dassar Correnzio avant d'entrer dans l'école de Michel-Ange de Garravage.
Palmérino le fait naître àXathra dalis le royaume de Valence ; mais c'est à tort; il naquit à Gallipoli, dans la province de Lecce, en 1593, d'Antonio Aibeira, gentilhomme espagnol. L'Espagnolet réunit toutes les qualités qui distinguent les peintres napolitains , une verve brûlante , un coloris vrai et brillant, une énergie remarquable. Ses principaux ouvrages sont la Nativité^ que nous possédons au musée royal, le Martyre de saint Barthélémy , que l'on voit à Bologne, le Silène dont nous avons déjà parlé, et les Prophètes qu'il ^peignit dans les pendentifs de l'église Saint«Martin à Naples.
Giovanni Laurenzo Bemini , arehi* tecte , peintre et sculpteur , naquit à Naples en 1 698 . Peu d'artistes ont joui de leur vivant d'une aussi grande réputation. Comme tous ceux qui sortent delà route tracée, le Bemin fut l'objet d'éloges aussi exagérés que les reproches de ses détracteurs sont excessifs.
On doit cependant avouer que, dans les arts , il faut toujours un certain génie pour ouvrir une nouvelle carrière, et que les critiques faites à l'école du Bernin s'adresseraient avec beaucoup plus de justice à ses maladroits imitateurs qu'au créateur du genre. Le nombre des travaux du Bemin est fort considérable : la colonnade de Saint-Pierre doit être considérée comme ce qu'il a fait de mieux. Il mourut à Rome , âgé de quatre-vingt-deux ans, laissant une fortune de plus de 2,000,000 de francs. Il conserva au milieu des honneurs et de l'opulence cette affabilité et cette modestie qu'on a judicieusement nom-
empêcher de prendre pour une œuvre de Paul Yéronèse. L'immense fresque des vendeurs chassés du temple, peinte dans l'église de Saint -Philippe- de* Néri à Naples, est son ouvrage le plus considérable , et où il a déployé un plus grand talent' de composition. On reproche avec raison à cette grande macliine la monotonie qui résidte des tons rougeAtres dont l'artiste a abusé.
Il est élève de TEspagnolet , mais lui ressemble peu qtfeind il ne cherche pas à l'imiter. La galerie du palais Riccajnii à Florence est ce qu'il a fait de mieux. Appelé en Espagne par Charles II , il travailla à l'embellissement de l'Escurial qu'il acheva en dix ans. Il re»
tourna à Naples comblé de richesses et d'honneurs, et y mourut en 1 70} à l'Age de yi ans.
Matia Preti , dit le Calabrais, émule de Miohel- Ange de Carravage , nacpnt à Tavema en Calabre , en 1643 , etmourut à Mal t£. Agé de cinquante- six ans; les églises de Naples renferment un grand nombre de t2d>leaux de ce maître. Les deux plafonds de Saint*Pierre in macello , sont certainement ses chefsd'œuvre, et le placent à côté des premiers peintres italiens. On le confond souvent avec le Carravage.
Francesco Solimènenaquit,en 1657, à Nocera de'Pagani, près de Salemey d'un père , peintre sans talent , <pii le destinait au barreau. Le go&t du jeune Solimène pour la peinture le fit entrer de bonne heure dans la carrière si mal parcourue par son père. H ne s'attacha à aucun maître en particulier, puisant à toutes les écoles les principes de l'art ; aussi est-il remarquable par on
mée le vernis du talent. On se rappelle avec plaisir ces vers de Voltaire ;
A la 7oi« de Colbeit , Bernini yiiit de Rome ; De Pemnlt dans le Louvre il admira la main. Ah ! dit'ily si Paris renferme dans son sein Des travanz si parfaits , «n si rare s^nie , Fallait^ m'appelt r da fimd ds llulie r
Salvator Rosa , qui sans contredit eût fail école, si sa vie aventureuse ne s'y fût opposée , ne laissa que deux élèves à peine connus hors de leur pays , Micco ou Domenico-Spadaro et Aniello Falcone. Salvator Ro^ naquit en 161 5, dans le village de l'Arenella, près de Naples. Il n'eut de mattre que la nature. Son goût pour les sites sauvages se démontre dans presque toutes ses compositions. Il affectionne les représentations des ravages causés par les tempêtes. Des arbres brisés, des mers en fureur , des brigands , des ba-" tailles, étaient les ob^ts qu'il choisisstiit de préférence , et qu'il rendait avec plus de succès. Ses tableaux d'histoire ne valent pas ses marines et ses paysages ; cependant la Pythonisse d'Ëndor, du musée duLouvxe, est digne d'éloges; aussi est-ce ce qu'il a laissé de mieux dans ce genre. Sa vie, écrite par lady Morgan, a beaucoup contribué à 1 augmentation du prix des ouvrages de Salvator Rosa , qui gravait aussi à l'éau-forte avec facilité. 11 mourut sans fortune à Rome, en 1673.
Luca Giordano, Luc Jordans, surnommé Luca fa presto , est remarquable par l'étonnante facilité de son peinceau.Coloristepresqueégalau Tintoret dont il rappelle le faire avec un rare bonheur, il naquit à Naples d'un peintre médiocre en i63si. Il possédait une
facilité étonnante pour imiter la pein- style qui lui est propre. ï)oué d'un géture des autres maîtres ses prédéces- nie peu commun pour l'airangement seurs ou ses rivaux. Le musée de Na- des grandeç compositions , il est faiples possède un petit tableau de lui, ble sous le rapport du dessin et du qu'une extrême attention peut seule coloris ; son goût , que Ton peut
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cuser d'être maniéré, ;e ressent toutà-fa^ de la décadence ; néanmoins ses figures , quoique toarmentées , ne manquent pas 4e vie et de mouvement. Les nombreux ouvrages de Solimène lui attirèrent les biexifaits de presque tous les souveraioft àe l'Europe. L'empereur Cbarles YI le nomma chevalier.
Il finit ses jours en 17479 ^^^ une délicieuse maison de campagne qu'il possédait sur les flancs du Vésuve, dépensant avec libéralité la fortune que ses talens lui avaient acquise. La musique était son délassement favori. Son principal ouvrage, digne des plus grands maîtres , est une fresque représentant Héliodore chassé du temple , que Ton voit dans l'église du Giesu-Nuoi^o^kNar pleS) vaste composition qui remplit une surface de six à sept cents pieds carrés. Ses tableaux de chevalet ont bien perdu du prix qu'ils avaient du temps de Tauteùr. Il semble que Jouvenet se soit inspiré de Solimène pour l'arrangement des' draperies. Gorrado , Seb'astiano Gonca, Franceschello délie mura, et le comte Ferdinando San-Felice, ses élèves, ont les défauts de leur mattre , sans posséder ses talens. Ges derniers noms ferment notre liste abrégée des peintres napolitains. L'art, depuis le dix-huitième siècle , a presque disparu de Naples. MM. Gamerano, Marsigliode Falco et Smargiassi, sont à peu près les seuls artistes qui de nos jours semblent • vouloir soutenir la vieille gloire de leur patrie.
Vmiicie fuivant est de M. P/**
Destinée à signaler tout ce qu'elle «ut d'édatant dans ses annales si vastes et si fécondes en grands et dramatiques événemens, notre Italie ne pouvait, dans l'article que nous avons consacré à Naples, omettre d'y comprendre celui si justement célèbre de Masaniello ,
qui tint dans sa main le sort de tout un peuple. Nous acquittons celte dette envers nos lecteurs, et. espérons que, jointe à la notice de Gennaro Annese et du duc de Guise , l'aulo-biographie du pécheur napolitain leur sera d'autant plus agréable^ que nous avons pris le soin de leur en donner en quelque sorte le portrait moral et physique. Ges récits sont extraits des Mémoires d'Orloff*.
Dans Naples vivait un jeune homme du nom de Thomas Aniello (par contraction, Mas'Aniello), que la nature semblait avoir formé pour les grandes entreprises. G'était un simple valet de pécheur, sans éducation , sans culture, mais vif, audacieux, et doué de cette éloquence brute qui émeut les sens, parce qu'elle ne s'exprime que par images. Il avait aussi à se plaindre d'une ofiènse : sa femme, ayant voulu un joQr entrer dans la ville avec un peu de farine cachée dans un bas , avait été punie de plusieurs jours de prison pour avoir fraudé les droits. Depuis ce temps, il conçut pour le gouvernement une haine implacable : il cherchait et trouva l'occasion d'assouvir sa vengeance.
. Il es t peu de vill es d'Italie qui n'aient conservé, sous d'autres noms, quelques-unes des fêtes de l'antiquité, que l'on célèbre encore annuellement par des jeux populaires, vestiges d'anciens jeux sans doute plus solennels et plus pompeux. Dans une fête de cette espèce, le peuple était rassemblé (le 7 juillet 1647) dans la place du grand marché y à Naples .
Le marché était presque entièrement dépourvu de fruits ; les paysans devant payer l'impôt ne s'empressaient plus d'en apporter à Naples. Ge spectacle de la disette , le jour d'une fête publique, attristait la multitude, et Masaniello sut habilement profiter de ' cette disposition des esprits : il se mêla
dans les groupes du peuple, s exhala en reproches et en plaintes contre le gouvernement, n'eut pas de peine à enflanuner des tètes que déjà l'ardeur du jour portait k l'exaltation. Le magistrat chargé de pourvoir à l'appro* TÎsionnement du marché étant sur venu^ Masaniello ne balança pas à lui reprocher et la rigueur de l'impôt et sa propre insouciance : ses reproches furent si vifs ou si justes , que le peuple, qui lorsqu'il souffre ne respecte plus rien, osa frapper ce magistrat, qui eut peine h échapper aux mains des furieux. Ce fut le signal de l'insurrection : une foule immense se porta avec fureur dans les divers bureaux de la perception des droits et les mit en cendres.
Dans cette première expédition , Ma* saniéllo marcha toujours à la tète des mécontens. Déjà son zèle s'était fait remarquer ; il leur inspirait la confiance et le respect. Les ayant rassemblés autour de lui , il leur parla avec cette véhémence, cette énergie qui caractérisait à Rome les discours des tribuns : il J peignait la misère du peuple , l'insolence des grands, et vomissait des imprécationscontrelegouvemementduvice-roi.
A peine Masaniello eut- il achevé, qu'il fut reconnu chef suprême du peuple. On lui éleva surlaplacedeNaples une espèce de trône où il siégeait en sarrau blanc de marinier, tenant à la main une épée nue pour sceptre. Dès lors ses volontés devinrent des lois , ses ordres des décrets, qui étaient exécutés aussitôt que rendus. Gomme il ne savait pas écrire, il signait avec une empreinte de métal qu'il portait attachée à son cou. Ce n'était pas seulement la populace qui lui obéissait, mais des hommes qui lui étaient bien supérieurs par l'éducation et les lumières. En quelques jours, plus de trois cent mille hommes furent armés, enrégimentés.
Les soldats espagnols disparur^t à l'aspect de ce torrent de forces populaires ; et le vice-roi lui«méme , attaqué et poursuivi par les insurgés, se retrancha dans un château, etensuitasecacha dans un couvent, d'où il ne tarda pas à rendre tous les privilèges que Charles- Quint avait autrefois accordés k la ville et au royaume. C'est ainsi qu'un simple pécheur, presque adolescent, traitait d'égal à égal avec le représentant d'un grand monarque^ Cette espèce de capitulation du vice«roi se fit par l'entremise d'un cardinal^ archevêque de Naples , Filomarino^ qui , dès lecominencement des troubles ^ avait jugé delà situation désespérée où se trouvait le gouverneur espdgAol, et sentit que, dans de certaines occasions , il faut céder à la tempête plutôt que de la braver. Les dignités dont il jouissait imposaient le respect au peuple soidevé, en même temps que son caractère personnel inspirait la confiance.
Mais il n était pas dans les destinées de Naples de jouir même des faveurs qu'elle avait conquises, fille ne tarda pas à les payer du sang de ses citoyens. En effet , Masaniello, soit que la cruauté lui fût naturelle, soit qu'il voulùtfaire passer dans l'ime de ses adversaires la terreur que lui i- même éprouvait, se livra à des actes d'une barbarie féroce. Non content d'avoir fait brûler les meubles, les maisons même des fermiers de l'impôt, qui, selon lui, s'étaient engraissés de la substance , des larmes du peuples («et aucune main n'osa s'approprier le moindre débris de tant de richesses détruites), il voulait que leur sang coulât sous ses yeux . Nouveau Marius , du haut de la fenêtre de sa maison, il n'avait qu'à faire un signe, et l'on voyait tomber les têtes d'un nombre effrayant de victimes.
Bientôt l'imagination de Masomello
NAPLES
s'égare, son esprit parait aliéné.|ll courut un bruit absurde : qu'on lui avait fait respirer le parfum de fleurs empoisonnées ; que sa tète en restait affaiblie. Il est bien plus naturel de penser que les fatigues d'esprit auxquelles cet homme n'était accoutumé ni par état ni par goût , jointes à l'excessive chaleur de la saison; que peut-être aussi les terreurs qui suivent toujours les excès du pouvoir, furent les causes de cette démence aussi soudaine que funeste. Après les riches fermiers, il poursuivit les nobles , et même les plébéiens. Sur la plus simple délation, il prononçait une sentence de mort.
Lorsqu'un chef de parti attaque son parti même, il n'est pas loin de sa chute. Les principaux citoyens qui, dans cette révolution , marchaient sous ses bannières et combattaient pour sa querelle , menacés d'être égorgés par le tribun devenu un véritable tyran, sentirent la nécessité d'en délivrer promptement la patrie. Masaniello s'aperçut du déclin de la faveur publique. En vain il voulut ranimer dans les âmes cette exaltation à laquelle il avait du l'autorité dont il jouissait ; ses discours frénétiques parurent ce qu'ils étaient en effet, insensés. Un jour, qu'affligé autant que surpris du peu de succès qu'avait eu une de ses déclamations ordinaires , qu'il avait prononcée dans la chaire même de l'église d*un couvent, il errait dans l'intérieur de ce monastère, livré à la plus sombre mélancolie, il fut appelé par quelques hommes apostés , qui feignirent d'avoir à lui parler des intérêts du peuple ; il s'avança vers eux avec confiance; mais aussitôt ils retendirent à leurs pieds de plusieurs coups de fusil. En expirant , le malheureux n'eut que le temps de proférer ces mots ; « Ah ! les ingrats ! ah ! les traîtres ! »
Ainsi périt un homme qui , malgré sa grossière ignorance, n'eut pas moins de pouvoir dansNaples que Thrasybule n'en eut à Athènes, lorsqu'il en chassa les trente tyrans , et que les Gracques , à Rome , lorsqu'ils demandèrent au sénat l'établissement de la loi agraire.
Grand homme peut-être , si av^c la probité et le désintéressement dont il donna de constantes preuves, il eût montré plus d'humanité et.de justice (i).
On devait croire que l'émeute allait cesser par la mort de Masaniello. Les insurgés, fatigués de la tyrannie du chefqu'ils s'étaient donné, avaient vu, avec une espèce de joie , sa tête clouée à un poteau. Mais le vice-roi et ses partisans, trop fiers d'une victoire qu'ils devaient plutôt à la fortune qu'à leur courage, se comportèrent en vainqueurs insolens. Des nobles ne craignirent point de maltraiter des hommes du peuple; et, de son côté, le gouvernement fît diminuer le poids du pain.
Dès-lors le tumulte recommença, mais avec plus de fureur; le corps de Masaniello fut déterré, et réuni à sa tête, fut exposé à la vénération du peuple : on lui fit des obsèques magnifiques, comme à un général en chef. Bientôt le peuple s'empare de tous les postes qui dominaient le port; le vice- roi, assiégé de nouveau , est obligé pour la seconde fois de se réfugier dans un des châteaux forts (le Château-Neuf), et pour la seconde fois encore , il lui faut négocier, traiter avec le peuple. Mais ce traité fut plus humiliant, plus honteux que le premier, et pour comble de mal- Ci) Le vénérable achevêqae de Tarente ( JKfonseigneur Capecelatro ) possède an manascrit anonyme , qui contient Thistoire de la révolation opérée dans Naples , par Masaniello. Nous avons regretté qae notre plan ne nous permit pas de répéter tons les détails intéressans qui s*y trouvent consignés
heur, toutes les xoncessions qu'il faisait augmentaient, au lieu d'étouffer, le feu de la rébellion. Il fut sommé de livrer les forteresses de Naples au peuple; sur son refus, on se disposa à les attaquer.
Cependant la cour d'Espagne avait été informée de l'insurrection du peuple napolitain; et pour le faire rentrer dans le devoir^ elle s'était hâtée d'en* voyer le jeune D. Juan d'Autriche, âgé de dix-huit ans , à la tête d'une armée navale, et lui avait donné des pouvoirs très-étendus.
Ce prince arriva, le i*'. octobre, dans le golfe de Naples , et déploya , le long de la plage de Sainte-Lucie , aux yeux de toute la ville, sa nombreuse et imposante flotte. On l'avait flatté bien faussement que sa seule présence suffirait pour ramener l'ordre et la soumission.Le peuple ne parut point intimidé.
Le prince fit débarquer ses troupes qui allèrent occuper les postes les plus élevés. De là on fit sur la ville un feu continuel, qui détruisait des maisons , des palais, des églises, mais faisait trèspeu de mal aux insurgés. Les forces espagnoles n'étaient pas assez considérables pour qu'on pût raisonnablement espérer de réduire une ville dont l'immense population était tout armée.
Ce fut sous le canon même des Espa'« gnols, que^ renversant les armes du roi , Naples se proclama république :
elle avait alors pour chef un autre Masaniello, mais bien plus adroit et plus fourbe que son prédécesseur : c'était Gennaro Annese , qui avait été élevé dans la profession des armes (des historiens disent que c'était un simple armurier).
Jusqu'alors les Français n'avaient point figuré dans cette rébellion. Leur rôle va commencer. Tant que Masaniello vécut, le peuple paraissait avoir
une telle horreur des étrangws , que la seule proposition d'appeler les Français à Naples eût été dangereuse: et cependant il était bien prouvé qu'avec leur secours^ il eût été facile de chasser à jamais les Espagnols du royaume. Mais les circonstances avaient changé; on commmiçait à sentir le besoin de terminer cette longue lutte.
D'adroits émissaires répandaient dans le peuple que la France était trèsdisposée à prendre part àTinsarpection;ils parlaient de la bravoure, de rafiabilité à^ Henri de Lorraine^ duo de Guise ^ qui était en ce moment à Rome ; on le représentait oomme trèspropre à diriger et afiemûr la nouvelle république.
Le duc de Guise , instruit de tout ce qui se passait à Naples, y parut bientôt, et fut reçu au milieu des acclamations de tout un peuple^ qui voyait en lui un protecteur de sa liberté naissante, et un rival bien supérieur en réputation et en talens au trop jeune D. Juan d'Autriche. Son premier soin fut de chercher a rétablir l'ordre dans cette populace effrénée à laquelle il devait commander, et qu'il ne considéra point sans quelque terreur.
En se rendant à Naples , le due de Guise avait tout autre projet que d'aïfermir le gouvernement républicain ; ce n'était point pour les intérêts de la France qu'il se proposait de combattre^ bien qu'il eût concerté son entreprise avec les ministres français , et qu'ils lui eussent promis de la seconder.
Mais comme descendant de René d'Anjou par les femmes , il se croyait des droits au trône de Naples, et se pro* mettait bien de les faire valoir dans l'occasion.
Le successeur de Masaniello^ Cîevt-s naro Annese^ soit qu'il reconnût les secrets desseins du duc de Guise, «oit
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qu'il ne irtt pas sans peine rautorité des négociations. Annese, toujours
dont le peuple l'avait revêtu passer en d'autres mains , non-seulement fai** sait échouer les opérations militaires de son rival , mais eherohait à le rendre suspect et odieux aux républicains s il tenta même de le faire assassiner.
L'orgueilleux petit-fils du héros de la ligue en France^ qui ne souffrait pas, avec moins d'impatience et d'indignation, qu'un tribun, un vil plébéien
envieux et perfide, se prêtait plus facilement aux propositions qui lui étaient secrètement feites, et cependant n'osait ou ne voulait pas mettre bas les armes.
La cour d'Espagne parut désapprou* ver que le duc d'Arcos eût quitté son poste sans son autorisation , et remis le pouvoir à un prince à peiiie ado* lescent : elle se hÂta de donner ordre
osàtluidisputerla puissance, cherchait au comte d'Onnaila, qui était alors à s'en débarrasse^, par des moyens ambassadeur à Rome, de passer k
tout aussi condamnables. Les insurgés se divisaient entre ces deux chefs. Un troisième parti se forma parmi eux , et ce fut par les menées du ministre français à Rome. Ce dernier parti n'avait pour but que de chasser les Espagnols, et de donner le trêne à un roi français t c'était le moins eonsidérable i mais il était presque entièrement composé de barons attachés depuis long* temps à la maison de France.
Par l'eQet de ces divisions , les Espagnols, quoique très-faibles, se maintenaient dans la possession des forts et des châteaux. On se livrait, de part et d'autre , de petits combats journaliers, qui n'avaient aucun résultat important.
Les Espagnols jugèrent que le moment était favorable pour tenter des négociations; ils firent proclamer un édit du roi Philippe, qui accordait une entière anmistie à toutes les per« sonnes qui avaient pris part à l'insui^ rection. Mais le nom du duc d'Arcos , qui se lisait sur ces édits et proclamations, empêchait les insurgés d'y 4on« ner aucune confiance. On sentit 1^ nécessité d'éloigner un vice*roi aussi odieux au peuple ; il partit, et Dr Juan
Napies en qualité de vice-roi. C'était à lui qu'il était réservé de terminer la révolution de Napies.
En vain le duc de Guise avait tenté, en divers petits combats, de s emparer des forts et postes occupés par les Espagnols i ses troupes, mal disciplinées, plus habituées à piller qu'à combattre , avaient éprouvé des échecs : il sentit le danger de sa position } et , en effet , elle était d'autant plus fâcheuse , que le eomte d'Onnatte , à peine arrivé , avait distribué de l'argent aux troupes espagnoles, et ranimé leur courage,
Ayant appris que ep vice->roi faisait rétablir les forts du port de Baïa , et de l'Ile de Nisida, dans la crainte qu'une flotte française ne l'approchât des côtes, le duc de Guise sortit d^ Napies avec un détachement de ses troupes pour s'opposer à ces travaui(.
Cette absence lui fut fatale. Le viceroi, D. Juan, et le cardinal Filoma* rino , qui n'avait jamais eessé de pren* dre tous les moyens qu^l jugeait les plus propres à rétablir le oalme, sop»
tirent k nuit des châteaux à la tête des troupes espagnoles s ils avaient des intelligences avec la plupart d#6 la»
d'Autriche resta seul chargé du gou«- surgés , des postes importans leur fu
vemement. Il continua , mais sans rent livrés sans qu'il f&t besoin de
beaucoup de succès , du moins auprès combattre. Bientêt les mots de paix ,
des partisans du duo de Guise, la voie de réconciliation , furent prononcés de
toutes paris. Annese vint apporter les clefs du fort , ou grosse tour des Gar^ mes , qu^il commandait. Et c'est ainsi quen peu d'heures se termina une révolution qui durait depuis neuf mois, et qui avait fait répandre des torrens de sang.
Le duc de Guise^ à cette nouvelle , voyant que pour lui tout était perdu , ne songea plus qu'à sauver sa vie en se jetant dans les Abbruzzes , où il pouvait compter sur un assez grand nombre de partisans. Mais le commandant de Gapoue avait envoyé de la cavalerie à sa poursuite. Il fut joint sur la route, près de Alorrone. Ce fut là que, soutenu par le petit nombre d'hommes qui l'avaient suivi , il se défendit quelque temps avec intrépidité ; mais, son cheval ayant été tué dans la m^lée , il fallut se rendre. Il fut conduit à Napies, et delà transféré en Espagne où il resta cinq années prisonnier.
A l'exemple de la capitale, quelques provinces , qui s'étaient insurgées , rentrèrent dans le devoir. D. Juan , voyant que sa présence n'était plus nécessaire à Naples , passa dans la Sicile : cette ile aussi avait été tout récemment le théâtre de plusieurs tumultes populaires ; elle était à peine pacifiée.
• Le comte d'Onnatte était convaincu que,, tant que les Français seraient maîtres , comme ils l'étaient, de plusieurs ports sur les côtes de la Toscane^ le royaume de Naples devait être sans cesse dans l'inquiétude d'une invasion.
Il résolut donc de faire les plus grands efforts pour, chasser ces voisins trop dangereux. Il eut l'art de stimuler le zèle de la noblesse napolitaine, qui voulut partager les périls de cette expédition. Bientôt il eut rassemblé une flotte assez nombreuse , que vinrent encore grossir les vaisseaux qui
portaient D. Juan à son retour de la Sicile. Les troupes; du vice-roi se présentèrent d'abord devant l'Ile d'Elbe , et peu après forcèrent de capituler les faibles garnisons françaises qui occupaient les places de Porto-Longone et de Piombino dans la Toscane.
Avant d'entreprendre cette expédition, le comte d'Onnatte s'était montré d'une sévérité excessive envers les Napolitains qui avaient figuré dans la dernière rébellion. Ne voulant pas paraître violer ouvertement l'amnistie, si solennellement accordée , il en fai* sait arrêter plusieurs sur de simples dénonciations, souvent sur le bruit d'un chimérique tumulte populaire :
et bientôt les uns périssaient sur Téchafaud ; les autres étaient égorgés secrètement dans les prisons. Nous verrons dans la suite Annese lui-même condamné au dernier supplice ; Annese à qui l'Espagne avait tant d'obligation, puisque, sans lui , elle eût perdu, peut-être pour toujours. Je royaume de Naples.
N'est-ce point faire trop d'honneur au cabinet de Madrid que de supposer, avec quelques historiens, que la cruauté du comte d'Onnatte fut la cause de son rappel? Quoi qu'il en soit, on lui donna un successeur , beaucoup plus tôt qu'il ne s'y attendait ; et il fut si sensible à cette ingratitude de sa cour, qu'il alla ensevelir ses regrets ou ses remords dans un couvent de Ghartreux.
Le comte de CastrMo le remplaça.
G'était un homme d'un caractère indulgent et doux, qui, ayant exercé pendant plusieurs années des magistratures, aimait et voulait pratiquer la justice. Naples se promettait de retrouver sous son gouvernement la paix et sa prospérité perdue. Mais le duc de Guise devait, encore une fois, venir troubler, du moins pour quelques in-
JVAPLES.
aSi
stans , ce pays yéritablement voué au malheur. A peine sorti des fers de l'Espagne, il fatigua tellement le ministère français, qu'il en obtint des troupes et une flotte avec laquelle il se rendit, vers la fin de l'année i653 , dans le golfe de Naples II débarqua sa petite armée à Gastellamare dont il s'empara. Sans doute il s'attendait que ses partisans, le voyant si près, allaient s'insurger et lui livreraient la capitale. Soit qu'il eût été trompé sur les dispositions du peuple, soit que naturellement présomptueux il eût agi avec légèreté, soit enfin que le peuple fût fatigué de dissensions , personne ne se leva en sa faveur. Quelques mécontens seuls , et entre autres deux prêtres et un moine, tâchèrent, par leurs discours, d'exciter de la rumeur ; mais ils furent aussitôt emprisonnés. Annese , sur quelque soupçon d'intelligence avec le duc de Guise , dont pourtant il avait été autrefois rennend , fut aussi arrêté et puni de mort.
La noblesse de Naples, presque tout entière , se présenta pour aller combattre le duc de Guise. Douze mille homnoes de troupes d'élite s'avancèrent vers Gastellamare, et fermèrent tous les chemins qui conduisaient à la capitaie. Le duc de Guise sentit alors l'impossibilité où il se trouvait de repousser, avec le peu de forces dont il pouvait disposer, les Napolitains qui occupaient tous les passages de la montagne de Gastellamare. D'un autre côté , il ne pouvait rester dans celte ville où déjà les vivres manquaient.
D'après l'avis de son conseil, il rembarqua sa troupe sur les vaisseaux qui Tavaient transportée , et reprit la route de Toulon. Vaine expédition qui n'eut aucun résultat!
Au fléau des révolutions et des guerres devait succéder un fléau plus terri- N.
ble , la peste. TAle fut apportée à Naples par quelques troupes qui revenaient^ de Sardaigne. La contagion se répandit dans les quartiers bas de la ville : on avait d'abord pensé que ce n'était qu'une fièvre maligne, et l'on ne prit aucune précaution. Bientôt le nombre des personnes qui mouraient chaque jour devint effrayant : on crut pouvoir apaiser la colère du ciel par des prières: on fit des processions , on courut en foule dans les églises. Dès ce moment, la contagion, qui ne ravageait que certains quartiers , se répandit dans tous : les prêtres persuadèrent au peuple de bâtir une église, de faire des dons volontaires pourles frais de construction, et même dy travailler. On vit alors des hommes et des femmes de toutes les classes de la société , livrer tout ce qu'ils possédaient d'or , d argent , de bijoux de toute espèce , et. venir tra^ vailler ensuite, avec une ardeur incroyable, aux murs de Téglise et du couvent projetés. La maladie , dans cet immense rassemblement d'hommes, se propagea avec bien plus de facilité et d'énergie. 11 mourait jusqu'à quinze mille personnes par jour. Les cimetières ne suffisaient plus pour les inhumations; on entassa les corps dans les catacombes , on les brùla,'on les jeta à la mer. A la fin , on ne trouva plus personne pour enlever les cadavres des maisons et des rues : l'air était infecté des miasmes qui s'exhalaient de tant de corps en putréfaction.
Gette horrible calamité dura plusieurs mois) mais une pluie abondante survint, au commencement de l'automne, et sembla purger l'atmosphère.
Les malades qui étaient attaqués se rétablirent, et bientôt après l'épidémie cessa entièrement. Mais la ville était presque déserte; et, pour comble de malheurs , il fallut établir des gardes
aux portes pour qu'aucun étranger n'y pénétrât : la peste s'étant répandue dans les campagnes et 'les villes voisines , on avait à craindre que les habi* tans de ces pays ne rapportas3ent de nouveau la maladie dont à peine la oa«pitale se trouvait délivrée.
Hien de plus sage que les mesures employées par le vice~roi pour rétablir Tordre dans Naples , après oes temps d'infortunes , pour l'approvisionner de grains, et lui rendre sa population. Il allait jouir de son ouvrage , lorsqu'il apprit que le comte de Pennaranda avait été choisi pour le remplacer.
La paix de l'Espagne avec la France venait d'être conclue, dans cette tle des Faisans , devenue si fameuse par le traité qu'y signèrent , au nom de leurs maîtres, le cardinal Maiarin et Don Louis de Haro. C'était une circonstance heureuse pour le nouveau vice-roi ; il devait penser qu'il n'aurait plus à s'occuper que des moyens de rendre aux peuples qu'il était chargé de gouverner, une prospérité qu'ils n'avaient connue que dans de courts intervalles. Mais l'Es pagne n'avait point fait la paix avec le Portugal ; et, malgré la dépopulation du royaume de Naples , il fallut encore y lever des hommes pouraug*mepter les troupes espagnoles.
D'un autre cAté, les briga^ds contit nuaieot de désoler tout le pays i les communications entre les villes étaient interrompues! ils se montraient jus* ques aux portes de Naples. En vain l'on voulait sévir ; ils étaient protégea par des barons , et trouvaient un asyle sur leurs terres. Dans l'intérieur des villes régnait la plus affreuse déprava* tion. On y commettait avec impunité des vols, des assassinats; les églises étaient toujours pour les coupables des refuges assurés i les réclamations du gouvernement contre cet abus étaient vainement portées au pontife de Rome, Dans les rues on ne pouvait marcher qu'avec des armes. La société semblait avoir atteint le dernier degré de sa dissolution.
Pennaranda fit beaucoup de règlemens de police ; mais indulgent et doux, il ne savait pas les faire exécuter. Le cardinal Pascal d-jirragon , qui le remplaça, déploya , au contraire, une excessive sévérité. Il eommmiça pav chasser de Naples tous les vagabonds et gens sans aveu i il livra ensuite au bourreau un grand nombre de coupa* bles. Sous son administra tion, le glaive de la justice ne se reposa point i mais cette administration ne dura que dix* neuf mois.
ArrÎTé à Naples par un de ces bat^OTp dopt la science et le génie ont fait les ag^ns le» plus actifs de la civilisation de l'univers, un jeune homme, né dans le nord Apre et gUcé, s'y eoiivrait de l'atmosphère embauniée des contrées méridionales, et doué qu'il était d'un cœur d'artiste et d'une Ame de poëte, il n« cessfiit d'interroger les
beautés des arts et de la natur«. Logés sous le mépic toit, mangeant k Ui niéme table, partageant les mêmes goûts, les mêmes désir» ^ noqs tarda* mes peu à nous lier toualefd^Wi eatraînés que nous étions par un# mutuelle et douce sympathie. Hermami (c'est le nom de mon jeune ami) avait une sœur qui , tandis qu'il maniait le
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ciseau et promettait de devenir un digne élève de Thorwalsden, h Tatelier duquel il était desiiné, eiicellait sur la harpe, élève qu elle était d'un célè* bre professeur de Rome , auprès du* quel elle devait auspi aller»
Ayant facilement vu combiep Tlta* lie m'était familière, puisque j'y comptait plusieurs aunéfis de séjour, iU aç plaisaient à m'en entendre signaler lep beautés, et leur eu révéler 1 arcbéolo* gie et l'histoire \ de sorte quç j'étais devenu leur Oçerone officieux ^ en les conduiifint à ce titre, tantôt dans Baïa , dont nous explorâmes ensemble toutes les antiquités ^ et tantôt à Herculanum etPompéï, dont nous inter-- Fogeàmes plusieurs foi^ ensemble les ruines, palpitantes de cet intérêt puisw sant qui s'attache à ce qu'il y a de plus touchant et de plus dramatique,
Quoiqu'ils furent destinés, comme nous venons de le%'oir, pour Rome, mes deux élèves en archéologie ne la connaissaient point encore, et désiraient vivement de s'y rendre avec
avant que Rome s'en emparât, régnaient de Tune a l'autre mer de l'Italie.
Nous interrogeâmes les ruines de Nola} mais là, comme daps une foule d'autres lieux d'Italie , nous eûmes occasion de reconnaître que la ville mo^ derne devait à l'ancienne presque toute son enceinte et ses principaux bâtiment, construits qu'ils sont des décon^bres des deux amphithéâtres, Il Palazzp aie palais», demeure des comtes féodaux et barbares qui succédèrent à la puissance romaine dans le moyen âge , est en entier bâti de leurs marbres et de leurs débris; et cet abus a été poussé si loin, que Ton a transporté jusqu'à Naples, des matériaux qui y ont servi à construire des palais ; ainsi, les demeures fastueuses que l'histoire locale assigne ici à Fabius M aximus , Marins , le grand Pompée , et Auguste lui-même, sont devenues celles des seigneurs napolitains. La cathédrale n'est pas exempte de ces spoliations faites par le nouveau à l'ancien âge , et quoi«-
moi. Ils me proposèrent d'en faire le qu'elle soit d'une architecture gothivoyage ensemble, et de visiter en y que des plus reculées, elle doit les
allant celles des cités de la Campaqie qui avaient le plus de célébrité ; j'y consentis, et tout en louant une cales* se pour Rome, nous stipulâme3 s^vec le vetturino que nous irions d'abord visiter Nola.
Cette ville, où mourut AugMste, et que le plus illustre des Marcellus défendit et arranha dea maips d'Annie bal, était di(pe que nous fussions la voir , placée qu elle est dan3 un des sites les plus rians de la Campanie,
Rivale de Capoue, aux jours de 9a splendeur, Nola l'emporta piéme sur sa voisine en opulence monumentale.
Elle comptait deux amphithéâtres, tandis que Capoue n en avait qu'un ,
dentelures de ses ogives à plus d'un marbre antique ; mais ce qu'elle a de plus digne d'être remarqué , c'est que ses cloches rappellent aaipt Félix , évêque de Nola qui, le premier, introduisit l'usQge de cçt instrument de percussion d^ps les églises , circonstance que le nom latin de campqna sert à accréditer.
La joli^ cité à'jiçerra s'élève près de Npla. Silius Italiens lui reproche un air méphylique, mais épuré actuellement par des usines que la civilisation introduit jusqu'au fond de l'Italie. Nous ne craignîmes pas de braver cette atmosphère, mes compagnons et moi, bien que dans leur nombre il y eût une
et les Étrusques qui la possédaient, femme. Élise (c'est le nom de la sœur
d'Hermann ) n'est pas moins coura- comme si elle, eût été engloutie par le geuse que lui , et rien n'égale lamour Vésuve. Le nom d'heureuse a été donquelle a pour les arls et Tinstruction , né a la Campanie; elle dut l'abjurer à
si ce n'est celui qu'à son exemple son frère leur porte. Au resté, qu'on ne croie pas que le seul désir d'interroger des ruines nous guide, mes amis et .moi : non; admirer une nature toujours lucide et grandiose est le sentiment qui s'y associe, et il tempère par sa douce présence tout ce que l'autre a de grave et de solennel. Ici, des deux côtés de notre route, une végétation luxuriante et balsamique ne charme pas moins les yeux que l'odorat, et plonge le voyageur dans une sorte d'ivresse.
Nous ne pûmes passer à Capoue la modeme sans gémir de l'extrême mal propreté de ses maisons, de ses rues et ses places publiques ; car il n'est aucune cité en Italie qui soit moins qu elle habitable sous ce rapport. Que dire, en effet, d'une ville où vous ne pouvez entrer dans une auberge sans être invinciblement détourné du besoin de manger ou de celui de dormir par l'excessive incurie apportée dans les mets, et l'absence de toute propreté dans le linge des lits , et tel est pourtant l'accueil qui vous y attend. Capoue antique fut plus sage sans doute ; car, s'il en eût été ainsi de ses maisons, au lieu de l'appeler du nom d'eQémi* née, elle eût mérité celui de Capoue la malpropre.
Teano , autrefois Teanum , que vantent Strabon et Vitruve, nous apparaît après la malheureuse Suessola , mais c'est moins pour nous consoler que pour nous affliger encore. L'une périt au huitième, et Tautre au neuvième siècle: la première par le feu, et l'autre des mains de Capo di ferro fc Têle de fer», barbare qui la maltraita tellement, que sa population disparut
l'une des époques les plus violentes du moyen âge.
Sinuessa^ que fondèrent des. peuples venus du Pont -Euxin, brillait peu éloignée de Telese, dont le nom est consacré dans ces contrées. Â ce nom, Hermann et sa sœur devinrent encore plus attentifs qu'ils ne l'avaient encore été; car, remplis qu'ils étaient de l'histoire du peuple-roi , Telese leur rappelait un héros qui osa quarante ans résister à sa puissance.
Télésinus , qui portait le nom de sa patrie , est ce héros. Chef de la confédération des Samnites, quand la guerre sociale éclata , il se grandit de toute la hauteur du talent, du courage et du génie, et vint opposer à Rome , près de ses murs même , un homme que furent jaloux d'imiter plus tard Arminius, Civilis, Viriate, Vercingétorix , et tous ceux qui protestèrent contre la tyrannie. A la voix de leur chef, les Samnites se levèrent comme un seul homme ^ et se liguant d'un côté avec les Lucaniens et les Brutiens , de l'autre, avec ce qui restait des Etrusques que Rome venait d'anéantir, la guerre sociale fut résolue, siij^ée, et les plus terribles hostiii tés commencèren t. Ame de ce grand mouvement, Télésinus était partout, et se multipliant pour ainsi dire en plusieurs hommes , plusieurs héros, on le voyait tantôt aux portes de Rome, qu'il menaçait d'un siège qui eût précédé celui d'Annibal , et tantôt au fond de l'Ombrie. Ce fut ainsi qu'il attira les Romains dans la vallée de Caudium. Ce grand homme fil durer près d'un demi-siècle la lutte la plus opiniâtre et la plus sanguinaire, et quoiqu'elle se terminât par «a captivité et sa mort , il brava Tune et l'autre
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avec rinlrépidité d'un héros et d'un «âge ; et quand Rome Teut réservé à TignoWe supplice auquel elle condamnait les yictimes de son insatiable et cruelle ambition , il le subit plein du douloureux regret de n'avoir pu délivrer sa patrie. Il fut traîné au Capitole les pieds et les mains liés, td qu'un criminel , lui dont l'Ame fui aussi grande qu'elle était ferme et pure. En achevant ces mois, je vis Hermann et sa sœur gémir eomme moi du sort de Télésinus , et c'était là sans doute Une occasion de leur dire combien Rome , qu'on admire même alors qu'elle n'existe plus, acquitta par des crimes aussi Inultipliés qu'ils furent atroces , sa superbe grandeur ; mais craignant de me jeter dans de vaines déclamations , je me contentai de vouer dans mon ccfeur à la mémoire du grand et malheureux Télésinus les hommages dus aux hommes devenus infortunés à force de vertus.
Mais nous allons franchir le Voltume , dis-je à mes compagnons , qui m'avaient attentivement écouté pendant notre excursion parmi les ruines des plus belles cités de la^Gampanie, et nous allons au delà de ce fleuve en voir qui ne sont pas moins célèbres.
Nous entrâmes peu de temps après dans Mola di Gaëta , pouf déjeûner; et là , j'eus facilement sujet de réaliser tout te que je venais de leur promettre.
Botirg itniùense, Mola^ comme vous le voye«, mes chers auditeurs, n'a qu'une seule rue , die fut jadis la belle Formiœ ; et comme telle , rappelle à la fois et la villa qu'y possédait Gicéron, et sa mort aussi tragique que criminelle.
Mais pour vous peindre plus digneinent ce drame horrible , nous aurons recours à M. de Chateaubriand, dans
son Voyage en Italie, trop court, sans doute , pour les beautés que renferme la plus belle des péninsules.
c En sortant de Fondi j'ai salué le premier verger d'orangers ; ces beaux arbres étaient aussi chargés de fruits mûrs que pourraient l'être les pommiers les plus féconds de la Normandie. Je trace ce peu de mots à Gaëte, sur un balcon , à quatre heures du soir, par un soleil superbe , ayant en vue la pleine mer. Ici mourut Gicéron dans cette patrie, comme il le dit lui-même, qu'il avait sauvée : Moriar in patrid sœpè sersfotd. Gicéron fut tué par un homme qu'il avait jadis défendu ; ingratitude dont l'histoire fourmille. Antoine reçut au Forum la tête et les mains de Gicéron ; il donna une couronne d'or et une somme de deux cent mille livres à l'assassin*, ce n'était pas le prix de la chose : la tète fut clouée à la tribune publique entre les deux mains de l'orateur. Sous Néron on louait beaucoup Gicéron, on n'en parla pas sous Auguste. Du temps de Néron le crime s'était perfectionné ; les vieux assassinats du divin Auguste étaient des vétilles, des essais, presque de l'innocence au milieu des forfaits nouveaux. D'ailleurs on était déjà loin de la liberté; on ne savait plus ce que c'était : les esclaves qui assistaient aux eux du cirque, allaient -ils prendre eu pour les rêveries des Gâtons et des Brutus? Les rhéteurs pouvaient donc, en toute sûreté de servitude, louer le paysan d'Arpinum. Néron lui-même aurait été homme à débiter des harangues sur l'excellence de la liberté : et si le peuple romain se fût endormi pendant ces harangues, comme il est à croire, son maître, selon sa coutume, l'eût fait réveiller à coups de bâton pour le forcer d'applaudir. »
Nous allons passer, dis-je à mes
compagnons de voyage, devant le tombeau qu'élevèrent au Déraosthènes des fiouiaiiis ses aflrancliis , de leurs mains reconnaissantes et pieuses : nous nous levâmes à ces mots , et comme les chevaux avaient été remis à notre voiture, nous partîmes et saluâmes ce monument de douleur et de déchirante amertume. Hermann frémit en le contemplant, et quant à sa sœur son doux rei^ard se teignit de la pâle langueur de la mélancolie (i).
JNous avions vu Casilium avant que d'arriver à Mola. Elle osa ^résister à Annibal , tout vainqueur qu'il était , à son retour de Cannes, prit parti pour César, et fut fortifiée par Antoine; plus loin nous vîmes Sinuessa fondée sur les ruines de Sinope, cité grecque dont parle Strabon ; Mola nous rappela Samos, et tandis que Gaëta, fière du nom de la nourrice d'Enée , nous montrait son port creusé par le sage Antonin , la tombe de Munatius Plancus et la prétendue tour de Roland, qui domine celle du connétable de Bourbon , nous poursuivîmes notre chemin, et arrivâmes dans Suessa, antique cité desArrunces, peuple étrusque, mêlé jadis , en ces lieux , aux Samnites et aux Latins.
Au-delà de Suessa, nouvelle émotion , nouvelle surprise ! nous vîmes le GarigUano , autrefois le Liris ; et faisant trêve à l'antiquité pour l'actualité, qui, si elle est moins inspiratrice, est toujours éminemment utile, nous passons ce fleuve sur un pont de fer^ le premier dont la nouvelle civilisation
amis , dis-je à mes deux compagnons , contemplez cet horizon, il est rempli des ruines solennelles de Mintumes , cité tellement vieille que l'on en ignore encore l'origine. Et cependant d'innombrables aqueducs sont encore debout sur son territoire ; un théâtre , un amphithéâtre se mêlent à ses ruinés , et l'un des plus grands souvenirs de Rome plane, tel qu'un gigantesque fantôme, sur ses murailles. C'est là que Marins, au retour des ruines de Carthage, repoussa le fer du Ciinbre envoyé pour le frapper, et fut ensuite mourir des mains d'Opimius. Ce fut dans ces sentimens et avec ces impressions que nous arrivâmes à Itii et bientôt à Fondi.
S'il est un spectacle fait pour affliger le voyageur, c'est celui que loi offre incessamment le paupérisme italien précisément aux lieux où la nature , par une étemelle fécondité, ne cesse de le condamner ; et pourtant , à Fondi, comme à Itri , ces repoussans tableaux sont incessamment sous les yeux. Un essaim de mendians se ruent sur nous et nous importunent de leurs plaintes souvent hypocrites. Ici c'est une mère qui , couverte de haillons arrangés de manière à exciter vivement notre compassion, tient appendus à ses mammelles deux enfans qui, s'ils n'y eussent pas trouvé du lait , n'auraient pa^ l'embonpoint qui est empreint sur leurs figures. Là , un père, bien moins indigent qu'il n'est paresseux, suit cette femme en boitant, et tient deux autres enfans par les mains ^ qui sont loin aus-
ait doté le théâtre de ce que l'antique si d'être aussi misérables qu'il afiecte
avait de plus éclatant. Regardez , mes
(i) D après de récentes conjectures , dit M. Valéry, le tombeau de Cicéron ne serait pas le tnonament en ruine appelé Torrc di Cieerone, ce serait le vaste mausolée dont les débris se trouvent au pied du mont Acerbara , vis-à-vis la tour, à droite de la voie Appienne.
de le dire. Enfin, une foule d'autres faux malheureux, s'appuyant également sur des béquilles , se pressent et nous entourent jusqu'à ce que nous les laissions derrière nous, au sein des campagnes riantes qu'ils habitent , et
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faisant des vœux pour qu'une bonne législation , une sage police anéantissent un jour la plus choquante et la plus étrange anomalie.
Assise aux pieds des monts Cécubes, dont le vin n'était pas moins célèbre aux yeux d'Horace que le Massique et le Faleme , et frontière du royaume deNaples, l'antique JFWzâfa est citée par tout ce que l'antiquité compte de plus illustre parmi ses géographes et ses historiens. République des Ausonés, peuple aborigène qui donna son nom à la plus belle contrée dé la péninsule italique, elle brilla loog-temps indépendante et fut tellement considérée par les Romains que, malgré la rébellion de Priverne, sa voisine, à laquelle elle participa, ses citoyens obtinrent le droit de suffrage dans Rome même : faveur qu'elle dut à l'éloquence de Caïus Valerius Flaccus, qui les fit comprendre dans la tribu émilienne; mais déchue de sa gloire sous Auguste, son territoire devint , après les guerres civiles , le partage , comme tant d'autres, des vétérans. La voie Appienne la traverse tout entière , et c'est dans ses murs qu'Horace , passant pour se rendre à Brindes, vit le vaniteux préteur Aufidius Luscus , venir au - devant de lui et de Mécène, revêtu de la prétexte et précédé de valets portant des encensoirs. Les ruines d'un temple
à Mercure, et d'un autre érigé aux Muses , sont les restes de la grandeur de Fondi , joints aux hautes tours de son château, qui sont de la plus noble construction gothique. Un lac , aux eaux noires comme celles du Gocyte , achève ce tableau, dans lequel contrastent des champs couverts d'oliviers, d'orangers et de tous les genres de cactus. Qui croirait , dis-je à mes amis , que les souvenirs les plus barbares du moyen âge se groupent ici à ceux des Ausones et des Arunces dont nous foulons les héroïques cendres ? Hariadan, surnommé Barberousse , féroce bassah du Grand-Turc, assiégea Fondi, pour s'emparer de Julie de Gonzague, jeune comtesse dont le nom révèle la noblesse, fameuse au i4^. siècle. Ce barbare voulait en faire présent à Sa Hautesse. Julie était belle et sensible, et le ciel ne permit pas ce rapt infâme. Quoique surprise dans la nuit et lorsqu'elle confiait au dieu discret des songes les rêves de sa jeune et belle vie, elle s'éveilla au bruit de la rumeur publique, sauta à bas de son lit, et par une fenêtre elle parvint à échapper aux farouches ravisseurs qui voulaient en faire une odalisque. Le ciel protège la beauté, dis-je en m'adressant à Elise qui m'écoutait avec efiroi, surtout quand aux grâces elle^ joint l'innocence !