‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 37 sur 39 · CALABRES · texte numérisé non relu

CALABRES

avait aupi*ès d'elle un enfant de trois ans ; l'antra allaitait alors le sien.

» Long-temps après , c'est*à-dire quand la oonsteraatîon et la ruine générale permirent de fouiller parmi les décombres , les cadavres de ces deux femmes furent trouvés dans une seule et même attitude > la seule que l'amour maternel eût pu les porter à dioisir : toutes deux étaient à genoux» courbées sur leurs enfàns, tendrement serrés dans leurs bras ; et le sein qui les protégeait les écrasa tous deux , sans les séparer de lui.

» Ces quatre cadavres ne furent déterrés que le 1 1 mars suivant , trente-quatre jours après l'événement funeste ; ceux des deux mères étaient couverts de taches livides; ceux des deux enfiins étaient de véritables squelettes.

» Le n3m de ces deux femmes eût mérité de sortir de dessous les ruines de Polis* tène ; l'ouvrage d'où je tire cette anecdote n'en fait aucune espèce de mention; et, quelques soins que j'aie pris moi-même , je n'ai pu parvenir à réparer cette omission inexcusable, d'un fait non-seulement honorable au pays, mais à l'humanité même. » Plus heureuse que ces deux mères , une vieille femme fut retirée , au bout de sept jours , de dessous les ruines de sa maison. On la trouva évanouie et presque mourante. L'éclat du jour la frappa péniblement ; elle refiisa d'abord toute espèce de nourriture, et ne soupirait qu'après l'eau. Literrogée sur ce qu'elle avait éprouvé , elle dit que pendant plusieurs jours la soif avait été son tourment le plus cruel; ensuite elle était tombée dans un état de stupeur et d'insensibilité totale ; état qui ne. lui permit pas de se rappeler ce qu'elle avait éprouvé, pensé ou senti.

» Une délivrance plus extraordinaire encore est celle d'un chat retrouvé , après quarante jours » sous les ruines de la maison de Don Michelange Pillogallo. Le pauvre animal se trouva étendu sur le sol , dans, un état d'abattement et de calme ; ainsi que ks cochons , dont j'ai parlé plus haut , il était (f une maigreur extrême , vacillant sur ses pâtes, timide, craintif, et entièrement

privé de sa vivacité habituelle. On remarqua en lui le même dégoût d'aliment , et la même propension yen toute espèce de bi^uvage. 11 reprit peu à peu ses foix^s; et, dès qu'il eut pu reconnaître la voix de son maître , il miaula faiblement à ses pieds , comme pour exprimer le plaisir qu'il avait de le revoir. Cet animal lui devint cher ; ses caresses et son attachement lui: firent oublier un moment la perte de sa fortune. Quant à la ville de Polistène , elle est reconstruite en pallie.

» La petite ville de Cinq-Fronts ( Cinque- Fronti) , ainsi nommée des cinq tours qui s'élevaient en dehors de ses murs , fut. paiement détruite en entier : églises , maisons, places, rues , hommes , animaux , tout périt, toutdisparut , tout fut subitement plongé à plusieurs pieds sous terre.

» Le même sort frappa le village voisin de Griffoni , et une multitude d'autres. Cependant cet hon*ibIe tableau n'est, que le précurseur de tableaux plus affreux encore. » L'ancienne Tauranium , aujourd'hui Terra-Nova , réunit sur elle seule tous les désastres communs.

9 Le 5 février, à midi , le ciel se couvrit tout à coup de nuages épais et obscurs , qui planaient lentement sur la ville , et qu'un ibit vent de nord-ouest eut bientôt dissipés ; les oiseaux parurent voler çà et là , comme égarés dans leur route ; les animaux domestiques furent saisis d'une agitation remarquable; les uns prenaient laiuite, les auti'es demeui*aient immobiles à leur place , et comme frappés d'une secrète terreur ; le cheval hennissait , et , tremblant sur ses jambes , les écartait l'une de l'autre, pour s'empêcher de tomber ; le chien et le chat , recourbés sur eux-mêmes, se blottissaient aux pieds de leur maître. Tant de . tristes présages, tant de signes exti*aordinaires auraient dû éveiller le soupçon et la ci*ainte dans l'âme des malheureux habitans , et les porter à prendre la fuite ! une destinée fa* taie en ordonna autrement : chacun resta chez soi , sans éviter ni prévoir le danger. En un clin d'œil , la terre , encore tranquille, vacilla fortement sur ses bases; un sourd et long murmure parut sortir de ses

«ntraiUei ; triste et court prëcunear de b mine et de k ttort , œ momiure devient bientAt un bruit borrible. Trois fois la ville Ait soulevée fort ao-deseus du niveau tiatiuieii trois fois elle est portée à plusieui^ pieds au-dessous ) et Tauranium n'est plus.

• Quelques-uns des quartiers de la ville furent subitement arrachés à leur situation naturelle : soulevés avec le sol qui leur sei«vaît de base, les uns furent lancés jusque sur les bords du Soli et du Marro , qui baignaient les murs de la ville ; ceux-là à trois cents pas , ceux-ci à six cents de distance ) d'autres furent jetés (à et là , sur la pente de la montagne qui dominait la ville, et sur laquelle celle-ci était construite. Uti bruit plus fort que celui du tonnerre , et qui , à de courts intervalles , laisse à peine entendre des gémissemens sourds et confbs; desnuagiBs épais et noirâtres s'élevant du milieu des ruines ; tel est Teffet général de ce vaste chaos , où la terre et la pierre , Teau et le feu , rhomme et la brute , sont jetés péle-méle ensemble.

» Un petit nombre de victimes échappèrent cependant à la mort ; et ce qu'il y a de plus étrange , c'est que cette même nature , qui semblait si avide du sang de tous , sauva ceux-ci de sa propre rage , par des moyens si inoUis et si forts , qu'on eût dit qu'elle prétendait prouver le peu de cas qu'elle fah de la vie et de la mort de l'homme 1 ' » Cependant une nuit affreuse succède à un jour d'horreur. La gréie , les vents et la foudre semblaient vouloir extei*miner le peu que la terre avait rejeté de son sein. Cette terre n'était pas même tranquille : en moins d'une heure de temps , trois violentes secousses la soulevèrent encore ; et ces oscillations continuelles rouvrirent aux regards des victimes la tombe où elles devaient rentrer.

» La ville de Terra-Nova fut détruite par ce quadiniple genre de tremblement de terre, connu sous les différente dénominations de secousses Postulation, d'éléi^ation, de dépression et de bondissement. Ce dernier genre, le plus horrible (x)mme le plus inoui de tous, consiste, non -seulement dans le changement de situation des parties consti-

tuantes d'un corps , mais ansii dam cette espèce de mouvement de projection, ({ni élance une de ces mêmes parties vm m lieu différent de celui qu'elle occape. Lk ruines de cette malheureuse ville ollreit encore tant d'exemples de ce genre, q»

l'esprit le plus incrédule serait forcé d'en reconnaître l'existence. Ten rapportera id quelques-uns.

* La totalité des maisousstttiecsiQ bord

de ht phte^forme de 1a motitagne, tontes

celles qttt ibnnaieut les mes aboutaole

aux portes dites du Yent et de Saint'Sâa-

tien ) tous ces édifices, dis^je, les uns à demi

détruits , les autres sans auaus èma^

remarquables , furent arrachés à leur site

naturel , et jetés , soit sur le penchint de k

montagne , soit au bord du Soli et da Mtf-

ro, soit enfin au delà de cette premieft

rivière. Cet événement inoui àôOA Ben

à la cause la plus étrange sur laqitelle les

tribunaux aient jamais eti à proftoocer.

» Après cette étrange motstion de liôî,

le propriétaire d'un enclos plftfttécfôllrie»,

naguères^situé au bord de laplate-foroeen

questbn , reconnut que son eacloê et «es

arbres avaient été transportés kniA^

Soli , sur un terrain jadis planté de muriersi

terrain alors dbpartt , et qui àppartesât

avant k un autre habiUnt deTerrâ-Kora

Sur la réclamation qu'il fcit de tt pfopri^»

cehii^ appuie le i^us de la rendre sur ee

que l'enclos en question avait prisUp'*^

de son propre terrain , et Feu arait consé-

quemment privé. Cette question , an» non-

velle que difficile à résoudre, en ce tpe"»

ne pouvait prouver en efBrt que h disprf-

tlon d'un des sols n'eût pas été TeBct i»-

médiat de la chute et de là prise de ponô-

sion de fautre; cette question , dis^J*

pouvait éti-e décidée que par sca)tt*w»-

ment mutuel. Des arbitres forent «««»'

et le propriétaire du terrain nsurpâteof »J

teuu à partager ses olives avec le m*» *

terrain usurpé.

« Dans la rue dont il aétéparléptoMUt était une auberge, située à environ W»* cents pas de la rivière Soli « un mO»»* avant la secousse formidable, IWt«»"^' taé Jean Aquilino , sa femme , une de lean

GALABRES.

niècedi et qutttM voyageurs^ se trouvaient réattis dam une salle par bas de l'auberge. Au fbud de cette salle était un lit ; an pied du lit , un brasier, espèce de grand vase , qui contient de la braise enflammée, seule et unique cbeminée de toute TltaliiTmëri^ dionale; enfin, autour de la salle 1 quel*qiiea ehaîses t une table , et différens autres meubles à l'usage de œtts famille. L'h6te était couché sur le lit» et profondément en^ dortni ; sa fimune , assise devant h'àraiiert et les pteds appuyés sur sa base , soutenait dans ses bras sa jeune nièce qui jouait avec ellef quant auit voyageurs, placés autour d'une table , à la gauche de la porte d'entrée » ils faisaient une partie de cartes.

» Telles étaient les diverses attitudes des peréonuages, et la disposition même de la scène , lorsque , en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire> le théâtre et lés acteurs eurent changé de place. tJne secousse vio^ lente arrache la maison du sol qui lui sert de base ; et la maison , l'hôte , l'hdtesse , la nièce et les voyageurs sont jetés tout à coup au delà de la rivière t un ahtme parait 4 leur place.

» A peine cet énorme amas de terres» de pierres, de matériaux et d'hommes tomber t-îl de rentre côté de la rivière , qu'il creuse de nouveaux fbndemens , et le bâtiment même n'est plus qu\in mélange confus de ruines. La destruction de la salle principale offrit des particulantés remarquables. Le mur contre lequel le lit était placé s'écroula vers la partie extérieure; celui qui touchait à la porte , placée en face de ce même lit ; ce mur, db-je , plia d'abord sur lui-même , dans llnlérieur de la salle , puis tomba en dehors. Le même efiet fut produit par les murailles , à l'angle desquelles étaient placée nos quatre joueurs , qui déjà ne jouaient plus, he toit 6it enlevé, comme par en-» chântement , et jeté à une plus grande dis« tance que la maison même.

9 Une jbis établie sur son nouveau site, et entièrement dégagée de tous les décombres qui en cachaient reffet , la machine ambulante présenta à la fois une ftcène euriense et horrible. Le lit éuit à la xnéme phtce $ il ^Tétait seulement efeiidr<

sur lui-même. L'hôtes'étâit réveillaet croyait dormir encore. Sa femme» pendant cet étrange voyage qu'elle ne soupçonnait pur elle-même) sa femme 1 dis-je, imaginant que le brasier glissait seulmnent sous ses pieds , s'était baissée pour le retenir $ et cette action avait été sans doute la seule et unique eause de sa chute sur le plancher. Afaia dis qu'elle se fut relevée, des qu'elle aperçut , par l'ouverture de La porte , des objets et des sites nouveaux » elle crut rêver ell«imteie , et faillit de devenir folie.

» Ici , malheureusement » finit la partie plaisante de la scène.

» Bientôt , abandonnée par sa tante, au moment même où celles;! se baisse pour re^ tenir le brasier, la jeune fille oourt , épou<> vantée, vers la porte, qui tombe-et l'écrase sous sa chute. Un sort sembkble atteint les quatre malheureux voyageurs > qui, sans avoir le temps de fuir ni de prévoir le dan** ger , passent du jeu dans la tombe.

» Cent témoins oculaires de cette eatas«> trophe inouie existent au moment où j'écrisi le procès^verbal d'où est tiré œrédt, fut dressé quelques mois après sur les lieux | et appuyé des déclarations de l'hôte et de sa ftmme , qui vivent sans doute enooru.

9 Les effists inouis du tremblement et terre par bondissement ne se font pas sentir aux seuls édifices ,* les phénomènes qu'ils produisent ài'égard des hommes mêmes m sont ni moins forts ni moins étonnant $ et œ qu'il y a de plus étrange , c'est que cette particularité , qui , dans toute autre ciroon«' stance , est la cause immédiate de la perte des habitations et des hommes , devient parfois aussi la source du salut des unes et des autres.

a Unmédeoiadecettemême vilh^M. l'ab^ bé Tarvéma, habitait une maison à deux étages , située dans la rue principale , près h «Duvent de Sainte-Catherine. Cette maison commença par trembler j «Ile vaelUacnsnitei puis les mura, les totts et ks plandiers s'c» levèrent , s'abaissèrent , et enfin fursut jetii hors de leur place naturelle. Le médedn » ne pouvant plus se tenir debout , veut fuir» et tombe comme évanoui sur le pianchcrb Au milieu du faouleversemenl général » il

cherche en vain h foi*ce nécessaire pour observer ce qui se passe autour de lui. Toat ce dont il se rappela ensuite , c'est qu'il tomba la tête la première dans l'abîme qui s'ouvrit sous lui , et y resta suspendu » la cuisse prise entre deux poutres. Tout à coup , et au moment même où , couvert des décombres de sa maison en ruine , il est près d'être étou£Fé pai* la poussière qui tombe de toute part sur lui, une oscillation contraire it celle, dont il est la victime écarte les deux poutres qui l'arrête , les élève à une grande hauteur , et les jette avec lui dans une large crevasse , formée par les décombres entassés devant la maison. L'infortuné médecin en fut quitte , toutefois , pour quelques violentes contusions et une terreur facile à concevoir.

, » Une autre maison de cette même ville fut le théâtre d'une sôène plus touchante , plus tragique encore , et qui , gi*âce . à la même circonstance > n'eut pas une fin plus fîinesto.

' » Don François Zâppia et toute sa famille furentcomme emprisonnés dans l'angled'une des pièces de cette, maison , par suite de la chute soudaine des plafonds et des poutres. L'étroite enceinte qui protégeait encore leurs jours était entourée de manière qu'il devenait aussi impossible d'y respirer Pair nécessaire à la vie que d'en forcer les murs artificiels. La mort , et une mort aussi lente qu'affreuse , fut donc pendant long-temps l'unique espoir de cette famille infortunée ; déjà même chacun d'eux l'attendait avec impatience» comme le seul remède à ses maux. L'événeinent le plus heureux, comme le plus inespéré , met fin à cette situation affreuse : une violente isecousse rompt les murs de leur prison , et , les soulevant avec elle, les lance à la fois en dehors. Aucun d'eux ne perdit la vie.

. » Les arbres les plus forts ne furent point exempts de cette migration éti*ange ; l'exemplesuivanten fait foi. Un habitant du bourg de Molochiêllo , aux environs de cette même yiile> Antoine Avftti , se réfugie sur un char taignier d'une hauteur et d'une, grosseur remarquables. A peine s'y est-ilétabli que .rarbre est violemment agité ; tout à coup ,

arraché du sol qui couvre ses énormes racines , Tarbre est jeté à deux ou trois cents pas de distance , où il se creuse un nouveau lit ; tandis qu'attaché fortement à ses branches , le pauvre paysan voyage avec lui dans les airs ; et avec lui voit enfin le terme do voyage !

. » Un fait à peu près semblable , et qui , bien que se rattachant à une autre époque, mérite cependant d'être ajouté aux exemples pi*écédemmeat cités des tremblemens de terre par bondissement ; ce fait , dîs-je , se trouve rapporté dans une vieille relation du tremblement de terre de i65g. Le P. Thomas de Rossâno , de l'ordre des DominicaÎDs, dormait tranquillement dans l'intérieur du couyent, à Soriàno. Tout à couple litetle moine sont lancés , par la fenêti^ , an miliea de la rivière Yêsco ; le plancher suit fort heureusement le même chemin que le lit et le dormeur, et devient le radeau qui les sauve. L'historien ne dit pas si le moine se réveilla en route.

» Il est faux que les manuscrits découverts parmi les ruines , soit de la ville de Terra- Nova , soit d'aucune des villes détraites par ce même tremblement de terre , portent aucune marque de maculations ni de trous, comme quelques - uns l'ont effectivement soutenu. Les seuls signes particuliers qu'on y remarque sont l'effet naturel du froissement de ces manuscrits , et de leur chute parmi les décombres.

» La ville de Gasalnâvo ne fut pas plus épargnée que celle de Terra-Nova : ^lises , monumens publics , maisons particulières , tout fut également détruit. Parmi la foule des victimes , on peut citer la princesse de Garâce , dont le cadavre seul fut retiré du milieu des rumes , offrant encore la trace de deux larges blessures ; particularité qui , heureusement , paraîtrait démentir le bruit qui courut alors , quant au long intervalle qui se serait écoulé entre l'époque de sa disparition et celle de sa mort Cette malheureuse fanme emporta avec elle les regrets, de tout le pays.

T» La ville d'Oppido, qui, s'il faut en croire le géographe Cluverîus, serait TaDcienne Mamertum ; cette ville , dis-je , eut le sort

ÇALABRES.

de toutes les jolies femmes : objet d'envie dans leur jeunesse , de dégoût dans leur décrépitude , et d'horreur après leur mort.

» Je n'entreprendrai point de peindre ici les ruines et les pertes de tout genre dont ce tnste lieu fut la scène; je me borne à i*emarquer que tel fut l'état de confusion où le terrible fléau jeta ici les monumens et rbomme, que le spectacle seul de tant de ruines et dé maux serait lui-même un mal terrible; et qu'enfin, tel fut bientôt l'état de cette malheureuse ville , que , parmi le très-petit nombre de victimes échappées à la mort commune y il ne s'en trouva pas une qui pût parvenir par la suite à reconnaître les ruines de sa propre maison dans les ruines de la maison d'un autre ! j'en prends au hasard un exemple.

» Deux frères , Bon Marcel et Don Dominique Grlllo , riches habitans de cette ville , «raient une fort belle propriété , située à Tun des bouts de la rue Gannamftria , c'està-dire hors de la ville. Cette propriété comprenait plu»eurs bàtimens ; tels , entre autres, qu'une maison composée de sept pièces , d'une chapelle et d'une cuisine ; le tout, au premier étage; le rez-de-chaussée formait trois vastes caves ; au-dessous , un ^vaste magasin contenait alors quatre-vingts tonnes d'huile. Attenantes à cette même maison , étaient quatre autres petites maisons de campagne , appartenant à d'autres Iiabifans ; un peu plus loin , une espèce de pavillon , destiné à servir de refuge aux maîtres et aux domestiques pendant les tremblemens de terre. Ce pavillon contenait six pièces élégamment meublées ; plus loin enfin se trouvait une autre maisonnette, avec une seule chambre à coucher, et un salon d'une longueur immense , sur une largeur proportionnée.

» Telle était encore , avant l'époque du 5 février , telle était , dis-je , la situation des lieux en question. Au moment même de la secousse , toute espèce de vestiges de tant de différentes maisons , de tant de matériaux , de meubles d'utihté , de luxe et d'élégance , toutavait disparu ; tout > jusqu'au sol même, avait tellement changé et d'aspect et de place, tout s'était effacé tellement , et du site et de

la mémoire des hommes , qu'aucun de ces propriétaii*es ne put reconnaître ensuite, ni les ruines de sa maison , ni le lieu où elle avait existé !

» L'histoire des désastres de Sitizzâno et Gusolêto m'offre les deux faits suivans :

» Un malheureux voyageur fîit surpris par le tremblement de terre , qui , en changeant la situation des rochers , des montagnes , des valions et des plaines , avait nécesjsairement effieicé toute trace de chemin. On sut que , dans la matinée du 5 , il était parti à cheval pour se rendre de Gusolêto à Sitizzâno ; ce fut tout ce qu'on en put savon* : l'homme ni le cheval ne reparurent plus.

» Une jeune paysanne, nommée Catherine Polistène, soitait de cette première ville , pour rejoindre son père qui travaillait dans les champs ; également surprise par ce grand bouleversement de la nature , la jeune fille épouvantée chei^che un refuge sur la pente d'une colline nouvellement sortie du sein de la terre convulsive ,' et qui , de tous les objets qui l'entourent, est le seul qui ne diange ni ne bondit à ses yeux. Tout à coup , au milieu du morne silence qui succède par intervalle au bruissement sourd des élémens confondus , la voix d'un être encore vivant s'élève , et passe jusqu'à elle ; cette voix est celle d'une chèvre ; et cependant cette voix ranime son courage abattu. Le timide animal fuyait lui-même devant la mort , parmi les terres , les rochers et les arbres, soulevés, fendus ou fracassés. A peine la chèvre aperçoit - elle Catherine, qu'elle accourt vers elle en bêlant. Le malheur réunit les êtres ; il efface jusqu'aux signes apparens des espèces ; et , rapprochant l'homme de la brute , il les arme contre luimême du secours plus puissant de la raison et de l'instinct. La chèvre, déjà moins craintive , s'approche de la jeune villageoise , qui lui doit elle-même un peu plus de courage. L'animal reçoit avec joie ses caresses ; puis il flaire , en bêlant , la gourde que la jeune fille tient à la main ; ce langage est expressif, et la villageoise le comprend. Mais comment satisfaire au désir de la chèvre? celle-là n'avait point de verre , celle-ci ne pouvait boire à même la gourde. L'industrie est fille

aSe

de kaéoettit^ } etbiantAt, pkçftnt la gourde êùvA êùn bras , Catherine, de aes mains virginales f forme lUie espace de vase , où. b chèvre attentive s'empresse d'ëtancher sa soif. Un morceau de pain bis , partage entre elle et la Ghèvi*e , est le second tribu que Calherine paye à la pitié t tous deui auront leur récompense. Une fois le repas fini , la ohèvi« se remet en route , et sa jeuue amie suit ses pas ^ comme ceux d'un guide pro*teeteur. Toutes deux, parmi les i*uines de la nature , errent long-temps / sans but dë^ terminé. Gravissant ïtê rocs les plus escai^ pës , se frayant un passage dans les voiealeè plus difficiles , la chèvre reconnaissante ra-lentit sa marche et s'arrête comme pour attendre sa compagne ; et quand oelle-d s'attarde, l'animal , par des bélemens prolon^gés, semble vouloir lui dire, et lui dit en eflbt, le point vers lequel elle doit tendre, et le chemin qu'il lui faut suivre. Enfin,, toutes deux se trouvent au milieu des r^U nés, ou plutôt^ sur le sol bouleversé et nu de la ville qui a cessé d'être.

» La petite ville de Sddo fiit également détruite, et devint aussi le théAtre des phls affi^ttx évëneitoeiis.

9 Menacés de la chute de leur tnaison vacillante , Don Antoine Rûffo et sa femme s'oublient eux-tnémes pour ne songer qu'à leur enfant , jeune fille en bas âge ; ils se précipitent vers son berceau, la pressent contre leur sein et s'apprêtent à fuir avee elle, la maison près d'écrouler sur eux. Au travers d'une foule de décombres , ils ga-« gneot le seuil de la porte ; et , au moment même où ils passent , la porte tombe et les écrase. Bans toute autre circonstance sans doute le sort de ces deux victimes de l'a^ mour paternel , comme celui de leur enfant, eàt excité long-temps l'intérêt général ; mais des maux sans mesure sont bien souvent sans pleurs; et, trop longuement excitée, la pitié devient insensible. Ce ne fut donc que quelques jours après , qu'en fouillant parmi ces décombres, pour inhumer les trois cadavres, on reconnut que l'enfant seul n'était pas mort. Ce ne fut qu'avec peine qu'on f arracha d'entre les bras ded auteurs de ses jours , qui , tout morts qu'ils

étaient eux-mêmes , sémblâieDt vottloir k retenir encore. Cette jeune flUo derint épouse et mère | elle vit sans douta sa do» mentoùj'écris«

' » Au centre d'un petit oanton noauné 11 Gonturèlla , non loin du village Saint-Pro^ oope, s'élevait une vieille toar finroiéed'im grillage en bois^ Toute la partie lupérieiit de la tour tomba d'aplomb sur letaniDi mais quant aux fondemensi d'abord nx^ Vés , puis enfin renversés sur eaxinâmtt.iii furent jetés à cinquante pîcds au deliu la porte fut tomber à une grande dirtiaoe ; et, w qu'il y a de phu remarquable, ^«stf« les gonds sur lesquels elle toumnt, lêi dois qui réunissaient les poutres et lespluolMi» furent parsemés çà et là sur le 1eniio> comme s'ils eussent été arraehà ivio ^ Ibrtes tenailles. Je laisse aux phywitns à expliquer œ phénomène*

» Une autre viHe, Seminânh famaeMD»

pie bien frappant de Finéufisanos detoatd les précautions de l'homme coatic lafiom des élémeUs f qu'il oroit dompter et qvi k domptent. Toutea les maisons de oitts villei l'une des plus beltes et des plus opuisnta des deux Calabrei , toutes oss maiioiii , din je , étaient construttes en bois ) las nuiniliet intérieures étaient des joues fortement tk^ nis, et recouverts d'une eouehe de maitie ou de plktre. Sans rien dter & ïâépvttt cette espèce de construction n'avait qu'snc solidité suffisante à la sdreté des babîtaoi} il semblait devoir être le moyen le plotp^ pre à les garantir des périls du treoibleiDent de terre , parce qu'il n'oppostit âai oscilla'* tions du sol que la force strictement néco* saire pour résister en cédant. buitilscalcBl de l'homme contre un pouvoirinGalGokble} La terre s'agiu > et Semmàra ne fat J^^ On eût dit même que la nature le plo^ ^ varier ici ses horribles jeux s la partie montueuse devint une vallée profonde | et k quartier le plus bu forma une baote mon* tagne au milieu des murs de la ville 1

» A la porte d'une dee maisom de cette ville était placée une meule de raouKo , a^^ centre de cette meule le hasard anitW crottfe un énoime oranger. Les msltrei di la maison avaient coutume de venir i^asieoff

GALABRES.

en été dans oe lieu ; et la meule en question , soutenue par un fort pilier de pierre , était entourée d'un banc semblable. Au moment de la secousse du 5 février, les branches de l'oranger deviennent le refuge d'un homme, qui, fuyant épouvanté, s'y blottit ; et, par l'effet de cette même secousse, le pilier, la meule, le banc , Parbre et l'homme sont soulevés et portés à un tiers de lieue au delà.

9 Quant à 06 dernier fait Je n'en réponds point comme de tous les autres» il n'est fondé que sur de simples bruits publics $ mais , faux ou vrais , il n'est ni plus inoui^ ni moins croyable que ceux-ci. La destruction de Bagnâra présente au philosophe et au naturaliste des faits moins merveilleux peut-éti*e, mais non moins intéressans. Pendant le cours des commotions de la terre , toutes les sources et fontaines de cette ville ftmmt subitement desséchées. Les animant le» plus sauvages furent frappés .^'une si grande tameur , qu'un sanglier, échappé de la forêt qui dominait la ville, se précipita volontairem^t du haut d'un roc escarpé , au milieu de la voie publique. Enfin on remarqua que , par un choix sans doute inex-

en augmenter Tcffet que Taffaiblir. Et nous allons terminer notre excursion des provinces , par un coup d'œil rapide sur leur industrie agricole , ma« nufacturière, et sur leurs mœurs.

La nature, dans ce royaume, a été tellement prodigue de ses dons, qu'il n'y a point encore eu d'exemple de la perte totale dune récolte. En i8i6, lorsque l'Europe subit une disette aussi imprévue queflrayante, il se suffit à lui-même par la seule addition d'un secours qu'il obtint en blés d'Odessa, auxquels il n'eût point eu recours sans les exportations considérables de ces céréales , que leur abondance lui avait permis de faire. Ces exportations épuisèrent la Fouille au moment où, trompé par de brillantes apparences, on s'attendait aux plus opulentes moissons.

D'après les progrès que l'industrie a faits, non*seulement dans Naples, mais dans tout le royaume, la filature des soies s'est tellement perfectionnée,

plicable .la nature se plut à frapper le sexe ,^^, ^^^^j^^ ^^ ^^^ ^^^ ^ Lyon , le plus cher elle plus délicat; et que par ^ ^ . J '

plus suite d'une prédilection plus bizarre encore, elle s'en prit à la portion de ce sexe la plus belle et k plus précieuse : toutes les jeunes femmes périrent : les vieiUes furent seules^

sauvées.

- ;pTe]sfurBntlestraitsprincipauxdufléau; telle fut h situation des victimes ; telle est la destruction fatale où celui-là laissa aprea lui les Calabres ; tel est enfin , au bout de trente-cinq années de calme , l'état où ce pays est encore (i). »

Ajouter des réflexions aux terribles récits qu^on vient de lire , serait moins

(I) Hoiu iaisiMons ToccAftionde la citation qtté nous faisons du voyage de M. de Gonrbillon en Sicile , pont rendre hommage à cet auteur aussi équitable qull est judicieux dans sa critique. Noos atons préféré sa narration si riche de faiU intéressans à celles que nous offraient et le rapport même dont il est tiré et les récits de Polomiea et d'Hamilton.

{Note de l'Éditeur,)

et. même à Londres , à un prix plus élevé que les soies lombardes , qui sont les plus estimées de toute l'Italie , et ce progrès va toujours en augmentant loin de diminuer. Qui le croirait? Reg- ^o et sa province comptent soixante filatures de soies indigènes ! On préfère en Allemagne, et même en Amérique , les soies à coudre de Naples à celles de Lyon et de Paris.

Mêmes progrès , et dès lorâ mêmes avantages , dans les cotons que fournissent plus particulièrement les envi* rons du Vésuve; ils alimentent, autour de la métropole, une foule de fabrique8,dont les filatures ledisputent de perfectionnement et d'activité à Celles des soies, même alors que les cotons de TÉgypte, du Bengale et dé l'Amérique leur opposent leur redou^

table concurrence. Ces fabriques la balancent et ne la redoutent pas : en 1 8 1 2 seulement les cotons ont rendu au royaume de Naples plus de vingt mil* lions de francs.

Dirigé sur la Provence, qui trouve ses avantages à l'exploiter , le chanvre de la terre de Labour, si justement estimé, parce qu'il est à la fois moelleux et d'une coideur dorée, est acheté en grains par l'Angleterre et l'Allemagne, pour en obtenir chez elles les produits aussi précieux qu'ils y sont rares.

Produit spontané du royaume , la garance promet d'autant plus d'ajouter à ses richesses rurales, qu'elle y est d'une qualité supérieure, d'une couleur aussi claire que vivace , et qu elle y donne aux bestiaux un fourrage dont là, plus qu'ailleurs, ils ont souvent besoin.

Des fabriques de draps de moyenne qualité sont nombreuses autour de la capitale ; carie royaumeabonde, comme on sait, en troupeaux nomades. Mieux travaillées , mieux tissues , les laines de ces animaux ne tarderont pas d en donner de supérieures ; et d'ailleurs , des mérinos ayant été introduits par les soins du prince de Butera , en perfectionnent déjà les races, et par suite les toisons.Une compagnie œnologique s'étant formée dans Naples , son but n'est pas moins de perfectionner ses vins que ses eaux-de-vie. Les succès les plus heureux ont été le résultat de ses travaux; et, tandis que l'on publiait que les vins du royaume ne pouvaient supporter la mer , elle est parvenue à en envoyer jusqu'au Brésil , où ils sont aussi désirés que les vins des autres pays, et, grâce à l'alambic à distillation continue , les spiritueux Napolitains rivalisent ceux de la France méridionale.

Grâce aussi aii prince de Butera , la

verrerie compte encore des progrès dans le royaume; elle s'unit à la chapellerie, la ganterie, la tannerie, la papeterie , et même l'imprimerie , pour donner un développement plus large à son commerce et à son industrie. Des machines hydrauliques propres à clarifier , et dès lors à perfectionner ses innombrables produits en huiles , ajoutent à cet état de prospérité; inférieures jusqu'ici aux huiles de Tunis, celles de Bari rivalisent avec elles de bonté, tandis que celles de Sorrento sont toujours sans égales.

Il suit de tout ce que nous venons de dire, que le prix de la main-d'œuvre, dans le royaume, est en raison directe de la valeur des denrées , et que l'ouvrier dans les villes^ le journalier dans les campagnes, jouissent d'un sort aussi doux qu'il est pénible ailleun.

Un franc par jour , dans les temps de la plus grande cherté du pain , lui suffit pour exister avec sa petite famille, et dans les temps d'abondance, qui sont les plus communs , le double loi suffit pour toute une semaine , ce qui s'explique par l'absence du besoin, de vétemens chauds et coûteux, et de chauQàge dans un climat perpétuellement tempéré*

Les mœurs , dans le royaume de Naples , sont douces et polies, non-seulement dans les classes élevées et moyennés, mais dans la classe pauvre. Partout l'étranger , le voyageur , sont accueillis avec le sourire sur les lèvres et la joie empreinte sur la figure ; heureux effets des influences dimatériqûes, plus encore que celles de l'éducation., qui est en général négligée. L'ignorance qui , plus que jamais*, est le fléau des nations , n'est que trop malheureusement le triste lot d'un peuple, d'ailleurs plein de vivacité, d'esprit même, et d'intel' ligence.

GALABAEa.

]Vapl«i ne compte qu'une éoole d'instruction mutuelle qu'il faudrait voir décupler et répandre dana lea autres proyinoes ; mais ce qui produirait un J>ieii infini , serait sans doute une loi pareille à pelle qui prescrit Tinstruetion primaire en France ; par cette loi , écrire et lire , ee double apanage de riiumanité , deviendrait la dot des enfans des faniilles indigentes , et C6t heureux résultat de la sagesse et de Féquité d'un gouvernement paternel, ne tarderait pas à contribuer puissanut ment à leur bonheur.

En quittant définitivement les deux Fouilles et les deux Galabres , il con-* vient de dire à nos lecteurs quels sont les vétemens de leurs habitans, ainsi que nous l'avons fait pour les deux Abruzzes. Nous choisirons quelques exemples, car, de village en village les costumes offrent de la difiîSrence, mais ils ne sont que modifiés, et ceux que nous avcms fait graver sont les types caractéristiques.

La pay.sanne,ou contadine de Lucera, s'habille avec une sorte de somptuosité, J>ion qu'elle ne soit qu'une simple habitante des campagnes ; une robe longue , un ample tablier , empreint , tant par le haut que par le bas , d'une sorte d'hiéroglyphes brodés en laine, composent sa parure qu'achèvent d'orner force joyaux d'une orfévreriecommune.

( p^<yyez la PL 84. ) Il en est tout autrement de la paysanne de Gioifinaxzo , près de Bari. Rien n'est plus siniple que son costume \ un casaquin d'une étoffe légère , d'une forme gracieuse, et une jupe qui ne l'est pas xnoi»s, l'habillept } un mouchoir , dont la couleur vive fait tout lomement, couvre ta tête, et voilà toute «a parure, ( Voy^i PI. 84, T. d'Otrante.)

Même simplicité , même goût , dans la femme de Martémo^ près d'Otrante,

Des rubans gracieusement entrelacés et noués rattachent les larges manches de son corset galonné, dont la couleur contraste avec celle de sa robe, et un long voile qui^ tel qu'un chàle, couvre ses épaules et sa taillé , com« plète son habillement. Quant au contadino de la Fouille, presque marin, puisqu'il habite le littoral de l'Adriatique, son large habit est doublé d'une pluche brune , la culotte et les bas sont de la même couleur , et seulement un gilet, ordinairement d'une étoffe plus fine, varie un costume entièrement rustique. Mais voulezvous voir toute la pompe et l'élégance grecques du temps des Héradides?

Observez l'habillement de la contai dine de Caraffa, dans la Calabre ultérieure ^ c'est une véritable reine de théâtre. Le bonnet phrygien orne sa tête; sa robe, son tablier, sa jupe, sont empreints de broderies dont le dessin est évidemment antique, et tout annonce que son costume est traditionnel. {Voyez PL 85.)

Il en est de même des eontadines de Cassano et de Bisaooia^ dans la province du principato ulteriore, en observent toutefois que, comme elles habitent plus près de Naples, leurs vétemens varient de formes , de couleurs, soumises qu'elles sont à la mode toujours chsmgeante des capitales ; force rubans s'y font remarquer, joints à des omemens les uns simples, les autres recherchés « mais tous annonçant dans les personnes qui les portent (malgré la modération des fortunes rustiques), l'amour de la parure plutôt que celui delà simplicité. {Voyez PL 86.)

Ayant parlé dePestum, qui complète si lûgnement le voyage archéologique des Calabres , ainsi que de Saleme et de la romantique la Caua, il ne nous rçste plus qu'à signaler

la riante ville d'Avellino à nos lecteurs avant que de rentrer dans Naples.

Appelée jadis Auellinum^ à cause du grand nombre d'arbres qui portent des avelines dont son territoire abonde, cette cité, pi ttoresquement assise aux pieds.des Apennins, brille, tout eiiguë qu'elle est, dans l'histoire autant que dans la statistique de lagriculture.

• Métropole de la province du principato iilteriore, Fronton dit qu'elle était une colonie dès les temps où la famille Sempronia existait dans Rome, temps qui dès lors remontent à ceux des Gracques , et c'est sans doute en suite du crédit dont ces tribuns, tous malheureux qu'ils furent, y jouissaient, qu'une statue fut élevée à Xicima, épouse de Gaïus , pour adoucir la perte qu'elle venait d'en faire. Plus tard , la femme deFabius Maximus mourut dans cette ville , où le vainqueur de Persée vint arrosa* ses cendres de ses pleurs , après lui avoir fait dresser un pompeux mausolée qui se groupait à une foule de temples , parmi lesquels on remarquait surtout ceux de Diane, d'Hercule et d'un, Jupiter capitolin , qui porterait à croire qu'Avellinum avait comme Rome ( dont elle n'était cepen-

dant qu'une colonie ) un capiide.

Mais les barbarea du Nord apparaissent tout à coup pour se venger da peuple-roi , et le jeter à son tour dans la tombe ; et le tremblement de terre de 1664, qu'elle ne subit pas moins que les Galabres , quoiqu'elle en soit à quelque distance , ont fait disparaître jusqu'aux dernières traces d'une splendeur architecturale qui datait des Samnites , premiers possesseurs d'cme cité aussi malheureuse qu'elle est agréablement située.

Il ne lui reste que ses richesses agricoles. Ses noisetiers, dont la verdure contraste agréablement avec ses mai* sons, la plupart d'une blancheur éclatante, .semblent autant de colonnes qui l'environnent, qui lui rendent ces monumens en poudre, et dont les ruUics sont gisant çà et là sur son territoire. La PI. 79 montre à quel point cette ville est pittoresque ; mais il faut la voir lorsqu'on vient de Naples pour s'assurer combien, malgré ses désastres, cette cité est jolie et riante ; presque en totalité bien bâtie, possédant un archevêché et une population plus aisée, qu'indigente, le voyageur se félicite de venir la visiter.

Par M. de la Ghayanne.

Au pied du château Sainte Elme, l'une des principales fortifications de Naples , et qui la commande plus qu'il ne la défend , à mi-côte de cette verdoyante colline, qui de toute part s'aperçoit dans .Naples, et qu'on dirait implantée au centre de la ville, est la superbe chartreuse de San- Martinoj dans une des plus belles situations

de l'univers. Elle doit sa fondation à Gharles, duc de Galabre, fils de Robert, et à Jeanne sa fille.

Peu de maisons religieuses renferment autant de richesses. De toutes parts éclate dans l'église le luxe des marbres les plus beaux, des agathes, des jaspes et autres pierres précieuses. Là on peut admirer les meilleurs ou-

NAPLES

vrages de l'Espagnolét , et une superbe AdoratioâdesBergersparleGuide.Le ' doltre (PI. 91) 9 0171e de colonnes doriques , est d'une belle >arcbitecture« Là chartreuse de Saint-Martin rivalise avec cdle si célèbre de Pavie ; mais elle l'emporte indubitablement cotaune chose unique en Italie par sa délicieuse position. Du bdyédère on plane! sur IVaples, que l'on voit très-distinctement, et dont les édifices sont disposés de manière à ne rien faire perdre de leur, aspect. Plus loin on aperçoit d'un .'côté cette riante côte de Pausilippe , la riyière de Ghia|a , puis encore Pizzo Fal* cône , colline sur laquelle les maisons entassées forment un groupe tout*àfait pittoresque , et qui vient se terminer brusquement à la langue de terre du Ghiteau -de - l'QEuf , qui semble en avoir - été détabhé. De l'autre le palais, le. port, l'ancienne ville, au loin Portid, les Torre, le Vésuve, la Campanie et jusques à Gaserte. On entend le bruit des rues, les cris de la populace , le roulement des voitures* :. *

M. Valerj a observé ici une bizarrerie qui provient tout à la fois d'une faute de l'administration et du caractère insouciant des voisins du Vésuve : des invalides, parmi lesquels il 7 a beaucoup d'aveugles , occupent la chartreuse de Saint- Martin, et la poudrière, l'unique du royaume, est placée à la Torre deUa Nunziata , au pied du Vésuve , bourg de huit mille âmes , construit sur la lave; lors d'une des dernières éruptions il fallut se hâter de l'enlever !

Sur la chaîne de collines élevées qui couronnent Naples est situé aussi Capo di Monte ^ résidence royale, palais mal construit dt non terminé , peutêtre parce qu'on s'est aperçu, un peu tard, qu'il n'y avait point d'eau. La cour n'y va guères que pour respirer

l'air le plus pur, pour la chasse et pour jouir d'un magique panorama.

. La situation de la ville en amphithéâtre y et ses édifices élevés, présen-. tent beaucoup de ces points de vue.

Un autre très- intéressant est celui de la Tour des Garmes, Torrione delCar^ mine (PI. 87 ] ; là c'est la ville sous un autre aspect. A droite est le mâle et sa lanterne , au*-dessns le palais du roi , le Ghâteau-de-l'QEuf ; à gauche la Madeleine : cette distance de l'une à l'autre de ces deux quasi-extrémités de la ville est de plus d'une lieue.

Au pied de la tour est le Largo del Mercato , place du Marché, la plus an?

cienne et la plus animée de Ifaples, et décorée dans son centre d'une fanr taine , œuvre du cavalière Cosmo. G'est là que le lundi et le mercredi affluent toutes les richesses de cette terre pro-mise , et qu'arrive tout l'approvisionnement de la ville. Là se font aussi les exécutions. Autrefois la potence y était en permanence ; maintenant qu'on lui a substitué le genre de supplice adopté en France, l'instrument n'est plus drea» se que le jour où il est nécessaire , en face d'une petite rue appelée Kicodel Sospiro^ parce que c'est de là que le patient l'aperçoit.

Gette place vit le supplice.de l'infortuné Gonradin et de son cousin Frédéric d'Autriche, et sur le lieu même de l'exécution fut bâtie une petite chapelle où leurs corps restèrent déposés , jusqu'à ce qu'ils fuss^t transportés dans la petite église des Garmes, par les soins d'Elisabeth d'Autriche, mère de Gonradin. Gette malheureuse princesse s'était mise en route pour payer la rançon de son fils , et le retirer des mains de Gharles ; mais, hélas ! arrivée trop tard , elle n'eut que la consolation d'embrasser ses restes. EUle employa à l'agrandissement de l'église

et à la sépulture de son fils les tré-* sors qui avaient été destinés à le ra-* eheter* Les corps furent ensevelis derrière le maltre-autel, et sur le marbre qui recouvre un des murs latéraux se lit leur épitaphe.

La ohapelle principale est gothique ; autrefois obscure, elle est aujourd'hui trésvédairée, et ornée de marbres. On y Yoit^m portrait de la Vierge sous le nom de Sainte-Marie la Brune, que, de la meilleure^ foi du monde, on vous assure être de saint Luc l'évangéliste.

Dans l'église est le Christ, qui cour* ba la tête pour éviter un boulet lancé pa^ rartillerie d'Alphonse d'Arragon , en 1439. Ce boulet fracassa la coupole, renversa le tabernacle , jeta à terre la couronne d'épines que le Christ avait à la tête , et s'arrêta dans la porte. On a mis un morceau de marbre au trou qu'il fit.

Le Largo del Mercato a été le prinei* pal théâtre de la révolution de Masa^*niello, dont nous allons bientêt parler. C'est sur cette place que l'on peut mieux juger le peuple de Naples, c'est là que J'ai le plus souvent observé le LeizBarone.

Dire à quelqu'un 1 II existe un être gai, insouciant, dépensant la vie sani penser au lendemain; isolé au milieu de la civilisation , fils de la nature , parcourant des rues populeuses , l'été sans bas, sans souliers, avec un simple ca»

leçon de toile, exposé à un soleil ar^ dent qui a rougi sa peau ; l'hiver avec un vêtement de laine qui abrite ses épaules et les préserve du piquant du vent du nord : dont les repas se font dans la rue s dont le lit est la simple pierre, et le firmament étoile le dais sous lequel il repose : qui cependant trouve encore dans son sommeil des rêves de bcmheur; ce serait provoquer un sourire d'incrédulité Cet être

existe pourtant, Naples est sa patrie, c'est le Lazzarone. Cependant il ne mérite plus ce nom , puisqu'il a reaoacé en partie à sa sauvage nuditéi

Une masse de gens oisifs, moi iiif dustrie> qui efiraierait tout gouveros* ment , à Naples n'inspire aueune ta»

reur. On y a vu avec indiifmnefi tmte mille et plus de tnê existences Udcmi à l'aventure, et vivant d'avenir. C'est que le climat supplée à touti II vêtit l'homme, dit Dupaty, et oftte torre prodigue se charge de le nourrir, nm que lui«même y songe; il se réchauffe à son soleil, et sans inquiétude et aaai ambition attend qu'un jour suocède à l'autre.

La journée conunencext'^c ; copune l'oiseau matinal , sans peine abandonnant sa couche , il fait retentir l'air ds ses chants ; prompt à vous fedra aocep* ter ses services, mille fois il a trouva l'art de se rendre nëcessairCé En avai^ vous besoin , il est là ; pouvez^eui voui passer de lui , il est encore là. Son ima* gination vous crée des besoins et son esprit vous persuade ; j'en ai vu iia m choisir un patron , venir chaque matin le saluer, puis à la fin de la ses^aine lui demander le salaire des vaui qu'il avait faits pour lui.

Mais la journée tire à sa fin, Is !>"*« de mer vient régner sur la plag«j 1* terre envoie aux airs embauméi I<^ émanations de mille fleurs, voyei Ifl Laeearone assis sur le rivage, eatendi»

ses chants, ils décèlent une Ame exeinp|* de peines. Ce n'est pas cette joie osant à peine se manifester; ce soot dei éclats bruyana j né dans le fracas il fc^t des cris à son oreille. Ame neuve, •«« jouissances ne sont point émoussée« ï un rien le touche , le divertit, si ce rien parle à son imagination.

Oh I que Rinaldo sur le mAIc, et aon bal improvisé, lui procurent de douces

NAPLES

émotions , et puis avec quel bonheur il ▼a s'étendre sur la pierre, et faire des réyesde fortune, car pour lui un éou Mt une fortune , et pour se le procurer il joue à la loterie I U voit dans oette amorce trompeuse une aubaine dont If cabaret reoueillera le fruit.

La hftêrie, qui par son gain cban»

ceux est si fort en harmonie avee là spontanéité de son earactèrel Tandis qu'en France cm cherche à écarter le peuple de cet antre, et que les législateurs ont décrété sa prochaine sup« pression, à Naples on dirait qu'on cherche il l'y attirer, en l'invitant, par la modicité de l'oSmnde, à sacrifier sur cet autel de la Fortune. Qui croirait qu'on billet s'obtient pour moins de deux sous? C'est le samedi que la déesse rend ses oracles. La veille ses temples sont assiégés; le Lazz^rone y apporte ce qu'il a pu retrancher à sa faim. Le lendemain, l'anxiété est peinte aur les Tjsages, des rassemblemens ont lieu près des paryis où la veille furent chand qui lui fournira ce mets obligé, déposées les offrandes. Une masse de Dans la soirée , des feux d'artifice billets à la main, chacun attend l'heure; sont tirés devant chaque madone ; il ce n'est point une fortune qu'on désire^ n'est pas de rue qui n'en ait trois ou c'est une chance modique proportion^ quatre , 11 n'est pas de madone devant Bée à la mise. L'oracle est rendu, et le laquelle on ne tire deux ou trois cents

est le même dans tous les quartier^, et que les mêmes numéros sont joués» .

Si le hasard justifie ces calculs, yual»* heur au fisc! Aussi, pour atténuer les effets de cette coalition dechanoetf, la gouvernement a^^-t-il la jressource .de fixer la somme qu'on peut mettre suv chaque numéro.

Mais vienne le jour uhique de Nà« pies, Noell ce jour où doit édater toute l'ambition du Napolitain ! Faire un repas , manger le eapitané^ espèce d'anguille , o'est son vœu de toute Tan-* née; vœu à la réalisation duquel son honneur est intéressé. Pauvre ou riche, Lazzarone ou prince, tous doivent fêter la naissance du Sauveur; il faut man* ger, il faut avoir sur sa table un de ces poissons monstrueux. Honte, honte étemelle à celui qui dérogerait à Vu^ sage ; il se croirait frappé de réproba*tion* On le verra vendre ses hardes et jusqu'à ses matelas , pour porter, deux mois d'avance, son offrande au mar^

▼isage mobile du Lazaarone exprime la joie ou le désappointements

Si la chance a été inespérée, une voiture promènelelendemain l'heureux gagnant parla ville; des rubans ornent son chapeau , la tête et le cou des chêvapx, le chapeau du cocher i des fanfares apprennent à tous les quartiers quelle est la somme gagnée , puis les principaux cabarets sont le gouffre où tout s'engloutit jusqu'au dernier sou.

fusées. Qu'on se fasse une idée du va** carme ! Des feux sont allumés dans tous les quartiers, des eris retentissent de toute part ; l'intérieur des maisons y répond. A minuit, tout rentre dans le silence apparent; personne dans les rues , c'est l'heure où l'on mange !

Chaque famille a formé en faveur de la madone un presepio ou crèche , représentant la naissance du Christ.

De la mousse , du carton , des morceaux

n est rare qu'un événement un peu de liège, des branches d'arbres^ sont

saillant ait lieu dans la ville sans qu'il les matériaux que l'on emploie avec un

devienne l'objet d'un calcul général de art vraiment remarquable pour compo-

chances; et telle est à cet égard l'ha- ser des ruines, habitations rustiques,

bitude, que le résultat de ce calcul rivières, ponts, cascades, montagnes; N.

quelques personnes y dépensent des sommes considérables. Il en est un, m'a-t-on dit , qui a coîité trente mille ducats , et où les figures se meuvent à Taide de mécaniques.

Je reviens aux Lazzaroni. Murât décima cette population ; elle lui servit à composer une armée qui, sous les règnes précédens, se recrutait en grande partie dans les bagnes. La police^ la nuit , ramassait tous les hommes qu'elle trouvait couchés dans la rue , ce qui força ceux qui voulurent se soustraire à cette presse j à se pourvoir de logemens, par conséquent à prendre un état dont les gains pussent fournir à cette dépense. C'est ainsi que beaucoup aujourdliui sont ouvriers, et même bons ouvriers, car le Napolitain est susceptible de suivre toutes les impulsions qu'on lui donnera.

Le palais du roi de Naples € palazzo reale » , ou simplement palazzo (PI. 88 ), est un ouvrage important de D. Fontana, dont le plan, modifié à diverses reprises, a été gâté par ses successeurs.

Ses décorations consistent en trois rangs de pilastres d'ordres difierens, placés les uns sur les autres , sur un fond brique rosé, et couronnés d'une corniche garnie alternativement de pyramides et de vases.

La cour, médiocrement grande, est décorée de deux rangs de portiques l'un au-dessus de l'autre, auxquels conduit un escalier magnifique , commode et large, orné au bas des statues colossales de l'Èbre et du Tage.

Dans les appartemeos règne cette magnificence ordinaire à la demeure des rois. Ils sont décorés de tableaux de Haphaël, du Guide, du Schidone, du Titien, de l'Albane, etc. La salle du trône est belle, et la chapelle, peinte par Giacomo del Pô, est d'une grande

magnificence. La partie habitée par les princes et princesses donne sur la mer. De ces appartemens on passe sur une terrasse ornée de bustes et de vases en marbre. On se promène dans ce jardin suspendu sous des berceaux d'orangers et d'arbrisseaux de toute espèce. La nature a obéi sans résis* tance aux volontés du jardinier, qui a plié ces arbustes de mille manières. Ce petit simulacre de jardin est peigné, arrangé d'une manière ravissante. Sa toilette est aussi recherchée que cdle d'une petite maltresse , on dirait que c'est Flore qui se pare elle4néme. Mais, hélas ! quelle ombre à ce tableau magique ! au lieu du chant gracieux de l'oiseau matinal , un bruit sinistre de lourdes chaînes se fait entendre, l'arsenal , le bagne et les nombreux forçats qui le peuplent sont au-dessous, placés là comme pour ofirir le contraste des deux extrémités de la civilisa tioo.

Sur le Largo di Palazzo « place du palais » , en face du palais du roi , on a construit une église, à peine achevée en ce moment, sous l'invocation de saint François de Poule (PI. 89). Faible imitation du Panthéon de Rome, sa masse paraît d'autant plus écrasée, que des édifices, élevés sur la colline de Pizzo Falcone, la surmontent par derrière à une grande hauteur. Cependant, le portique semi-circulaire, dont l'église forme le centre , est une belle et grande décoration pour la place, pré> sentement la plus belle de Naples par les édifices , quoiqu'elle ne soit pas la plus grande. Cette place est ornée encore de deux statues colossales équestres, en bronze, de Charles III et de Ferdinand I*'.

Le palais est attenant au théltre, dans lequel la cour peut aisément se rendre sans sortir, comme aussi, en cas de nécessité , elle pourrait se réfugier

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Au^nj/t . T^t3<itr{) S Carlo

Navl^d' . r/urâ/r^. Sf C/uir/^^.

NAPLES

au fort da Ghàteau-Neuf , au moyen d'un pont de communication, ou. dans le fort Saint -Elme, point culminant de la Tille 9. en suiyant un escalier pra-. tiqué sous terre.

Les théâtres sont les temples des Italiens , a dit un- écrivain : celui de San Carlo , théâtre royal , est aussi le roi des théâtres pour la grandeur et la magnificence. Cependant, sa situation dans une rue, est mal choisie , sa façade ( PI. 90) , d'une architecture trop sévère ^ et il serait à désirer que Tescalier fût plus analogue à la splendeur de l'édifice ; la salle est un ovale autour du- 'quel régnent sept rangs dé loges décorées de sculptùi:es , et pouvant contenir chacune de dix à douze personnes, dont quatre à Taise sur le devant* U y a trente-deux loges à chaque rang.

Je vis pour la première fois cette magnifique salle un jour de grande fête; je ne puis rendre Tefiet que produisit sur moi cette quantité de lumières, cette architecture, ces loges que faisaient ressortir des milliers de bougies, c'est quelque chose de ravissant, impossible à dépeindre. Il semble que tous les sens ont passé dans celui de la vue : spectacle, décorations, tout est éclipsé. On pourrait comparer San Carlo 9 un jour de grande illumination , au temple du Soleil; je doute que ce dernier puisse être plus resplendissant. Ces jours-là l'affiche du spcQtade porte : // teatro sarà ilhuninato a gior^ no «à jour».

Cette salle, brûlée en 1817 , a été reconstruite en moins d'un an par le directeur Bârbaja, et sur les dessins de rarchitecté cavalière Nicolini. Les omemens sont or et argent , et les draperies des loges bleu de ciel foncé. La loge du roi placée au-dessus de la porte d'entrée , est magnifique ,

et repose sur deux palmiers d'or; la draperie est en feuilles de métal d'un rouge pâle. Qu'on se figure cette immense salle , ces fenmies couvertes de diamans , les gens de la cour et les officiers chamarrés d'or, le roi , les princes en grande représentation, et^l'on aura une faible idée de ce coup d'œil.

« Vous parcourez les corridors, dit M. de S tendhal , les titres les plus pompeux écrits sur les portes des loges vous avertissent , en gros caractères, que vous n'êtes qu'un atome qu'une excellence peut anéantir. Vous entrez avec votre chapeau : un garde vous poursuit pour vous faire apercevoir, dans cette salle immense, que tel prince que vous n'avez pas aperçu assiste à la représentation; la présence du roi fait un sacrilège de vos applaudissemens. Vive Paris pour cela, on y est inconnu, et la cour n'y forme, quand elle est au spectacle, qu'un épisode intéressant. 9

La scène est immense et admirable pour les ballets; un escadron de quarante-huit chevaux y manœuvre avec toute l'aisance possible; je les ai vus charger au grand galop jusque sur la rampe de la salle.

Le numérotage des billets de parterre , selon l'usage suivi aussi en. Allemagne , et que l'^n devrait adopter à Paris, fait qu'on peut huit jours à l'avance retenir son billet, et qu'on n'est pas obligé de faire ^ueue deux ou trois heures.

Désirant que ma visite au tombeau de Virgile eût lieu à une heure où aucun profane ne pourrait distraire la religion de ma pensée, je partis à la fin d'une des plus belles soirées d'automne; la lune s'élevait majestueuse, elle seule devait éclairer ma mystique excursion : belle, resplendissante, elle refoulait les ténèbres et se montrait à

»4o L'ITALIE.

non midi. Bien ne contrastait avec ses rayoDS purs et brillans, hors les feux clu Vésuve. ••, comme elle, splendidc mystère de la création.

Tout, en ce moment, favorisait la plus séduisante illusion; rien ne me rappelait au présent, et je me croyais transporté au siècle où le divin poëta que je venais saluer dans son dernier asile, enfantait les ballantes fictions qui devaient l'immortaliser.

Un sentier couvert de ronces et d'épines est l'avenue de ce trésor, qui s'élève au-dessus de la grotte de Pau* silippe (PI. g2) ; j'écartai les myrthes, les longues guirlandes de lierre et dç clématite , seule parure qui décore la froide pierre (i). Charme de ton grand

Xl) Gomme plasienrs yoyagears qui m^avaient précédé , je clierchai le célèbre laarier, et ne le trouvai pas : la seale plante qui me parut mériter rkonnear d'être cueillie en Thonnear de Yirg^ile, fut une chelidoine, car les guirlande^ dont parle M. de la Ghayanne ne prennent point naissance sur le monament, une foule d'autres plantes croissent sur sa partie supérieure, st le minent insensiblement, sans ^'aucune âme bienveillante cherche à le sauver de sa ruine.

L'espace ne me permet pas de discuter sur la question de savoir si les cendres du grand poëte ont réellement reposé dans ce monument. Je me fais fort de Tantorité de Denon , de S\ivinbnrne et d'autres auteurs pour y croire religieusement, et j'aime à me rappeler que ai on n'a pu donner de preuves irrécusables qu'il ait été le dépôt de pes cendres sacrées , rien aussi ne prouve le contraire. Bans le quatorzième siècle , l'urne qui a àà les contenir a été ravie au respect des générations ; e'était pour la mettre en sûreté , diton , et cependant elle n'a pas été retrouvée, telles recherches que l'on ait faites.

Le savant et véridique Valéry nous rappelle que Pétrarque fut conduit au tombeau de Virgile par le roi Robert , et qu'il y planta le laurier renouvelé , mais infructueusement , de nos jours, par un autre poëte (Gasimir Delay igné): ce fut, dit -il, à l'aspect de ce monument que Boccace sentit se décider en lui la passion des lettres, et qu'il renonça pour toujours à son négoce. « Le tombeau de Virgile , malgré l'incertitude de son origine, paraît toujours vénérable par la multitude des grands hommes qui l'ont

nom, ô Virgile, combien tu embellissais tout ce qui s'offrait à mes yeux!

Je voyais à mes pieds la superbe Parthenope et la mer de Misène , et ce grandiose spectacle me retraçait toute la poésie de tes œnvres... Cette tombe, la douceur de Tatmosphèré, Tâir pur que je respirais, me firent éerier arec le po0te moderne :

Napolil o sede degli Dei! quai terra Più féconda di tel quai cielo più purof Quai più Umpido marf son lunghi t b«Ui I giorni tnoi \ tranquille notti e breri Vaga Inna d'argento a te rischiara , Ghe al canto invita e alla pietà. I tuoi verni Son d'oltramonte april, l'apriltao veto . Altri non ha. • . • # # • . .

( Stefavo t duca di NapoU^ Tragfd. d*l M^rtk. M Csstuiapa^)

If aplesl séjour des dieax,terre heureuse et fécondel Peut-on trouver ailleurs l'éclat de tes beaux jours, La douceur de tes nuits , le calme de ton ondef L*astre mystérieux qui préside aux amours , Sous ton piel brillant d'or, sous sa vague Innu^ , Fait rêver la pensée, invite à la prière» ffes hivers , que jamais n'ont glacés les ftimas.

Égalent le printempi si vanté de la France

Ton printemps 1 ... ah I Ui seul offre la joniesanf i)'un air pur inconnu dans les plus doux climats* Trad, de Cauvais.

. Virgile mourut à Brindisi, dans la terre d'Otrante, âgé de cioquante*deiu( ans, Il était l'ami d'Auguste, qui U pleura, et ordonna que ses oeodres fussent transportées à Kaples , dont il avait affectionné le séjour.

Dans une position ravissante^ sur le Pausilipp^, et près du tombeau de Virgile, reposent aussi les cendres de Sanna^ar, qui a donné à la poésie latine un genre didactique qu'elle ne possédait pas , les mcyurs et les travaux des pécheurs, et à qui la poésie latine doit de grandes beautés élégiaques. Un tombeau splendide, en marbre blanc, lui a été élevé par la recx^nnaissance

visité ; il est comme un témoignage perpétuel offert à la mémoire et au seul nom du poëte > . {Note d$ rÉdiiwr.)

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NAPLES

des moines servîtes, dans l'église de Santa Maria del Parto, construite par Sannazar lui-même, sur l'emplacement de son habitation et de ses jardins.

La proximité de ce monument avec celui de Virgile a inspiré au cardinal Bembo ces vers charmans :

Da sacro cineri flores , hic iUe Maroni Sinceriis miuâ proximus at tnmiilb.

• Passant, jeCez ici des fleurs à pleines mains, L'immortel Sannazar repose en cet asile ; Il est sur le Parnasse , assis près de Virgile, Et leurs deux tombeaux sont voisins.

On ignore pourquoi les ruines d'un temple de la Fortune, situées à l'extré* mité du promontoire de Pausilippe, portent le nom d'Écoles de Virgile, « Scoglii di Virgilio » .

Après avoir descendu la riante colline du Pausilippe, on se trouve sur la plage si attrayante de Mergellina, où s'élève une ruine moderne à laquelle on a donné le nom de Palais de la reine Jeanne (PI. gi ). Ce palais, assez considérable, et qui ne fut jamais achevé, est baigné par la mer; et quoique Ton m'y ait montré la chambre où avaient lieu les orgies, et celle d'où on prétend que l'on précipitait les malheureux qui avaient servi,, comme notre tour de Nesle, aux plaisirs delà nuit, il n'en est pas moins vrai que le genre de son architecture prouve à l'évidence qu'il n'a aucun rapport avec le siècle de l'une ou de l'autre Jeanne deNaples. Sa construction a commencé à la fin du seizième siècle , par ordre de Dogn' Anna, princesse de la maison de Garafia ; terminé, il eût été un des beaux palais de Naples.

« La Filla Reale (i) (PL 91), bor-

(i) Noos empruntons à M. Valéry ce passage , pour avoir occasion de citer un ouvrage remarquable , le plus complet et le pins nouveau que Ton possède sur Fltalie , et qui a laissé bien loin derrière lui Touvrage de DeLalande, excellent aussi pour son temps. Nous nous plaisons ici à

dée par la mer, avec ses vases, ses fontaines , ses allées dacacias , ses bosquets de myrtes et d'orangers, son temple circulaire de marbre blanc , sa vue admirable, est peut-être la plus délicieuse des promenades publiques.

Son premier ornement de l'art était en •1826 le groupe célèbre du Taureau Farnèse, placé au milieu d'un vaste bassin, ainsi que l'avait projeté IVIichel- Ange, chef-d'œuvre antique, alors trop exposé aux injures de l'air, à l'humidité causée par le voisinage des flot% et qui a été fort sagement transporté aux Studj. Ce jardin n'est ouvert au peuple , aux hommes de la campagne et aux gens en livrée, qu'une fois l'an, le 8 septembre, jour de la fête de Sauta Maria, diPiè-di-Grotta. J'y assistai en J826 : le coup d'oeil qu'offrait la villa Reale était ravissant ; les filles des environs, parées de leurs costumes nationaux, les cheveux retenus par des épingles d'argent, enveloppés de voiles élégans qui retombaient sur leurs cas*!quins brochés d'or et de couleur éclatante, s'y étaient rendues en foule :

telle était jadis , pour elles , l'importance de cette fête, qui ne remonte toutefois qu'à la fin du seizième siècle, qu'elles stipulaient en se mariant , comme une des clauses du contrat, que leurs époux devaient les y conduire chaque année. Le bonnet phrygien, les visages basanés des hommes chargés de fruits réunis en guirlandes, ou suspendus à de longs roseaux, étaient aussi fort pittoresques. Le roi

rendre justice à Texactitude de ses renseignemens , que nous avons été à même de vérifier mille fois, et que nous n'avons jamais trouvés en défaut. Le voyage historique et littéraire de M. Valéry a souvent servi aux auteurs de notre Italie , comme il devra servir à tout voyageur, ou à tout lecteur, qui voudra connaître une foule de détails dans lesquels le cadre que nous avons adopté ne nous permet pas d'entrer.

(Note de l'Éditeur.)

se rendit en grand cortège h Tëglise de la Madone : ce cortège ressemblait assez à celui de France; seulement, chaque prince était dans une voiture séparée. Les cochers, ainsi que les valets de pied, étaient découverts et avaient d'énormes perruques poudrées, comme^ celles de présidens à mortier, dont la gravité contrastait d'une manière comique avec les physionomies de ceux qui les portaient. Ces incroyables perruques sont un reste de l'étiquette espagnole. Je ne pouvais m'empécher de penser à la gaieté du peuple de Paris, si jamais il eût aperçu d'aussi étranges figures. »

La fête de Piè-di-Grotta est, comme toutes cdles du pays^ une fête religieuse, et la plus belle procession de Naples en fait le principal ornement.

Chaque pays , chaque province a sa physionomie , son caractère , sa joie.

Ne cherchons pas ici cette danse animée de nos cantons dans les fêtes patronales , tout ce peuple s'agitant à la fois, au son d'un violon que r&cle un ménétrier monté sur un tonneau , ces joies de cabarets , et le soir cette guinguette si palpitante de gaieté. En Italie, des cérémonies religieuses, des processions , remplissent ces journées ; et si , vers le déclin du jour , on pense aies terminer par la danse, le tambour de basque seul donne le signal , et deux danseurs y répondent alternativement.

Ein suivant le quai, on arrive bientôt au fort appelé le Château de tŒufj bâti sur un rocher, au milieu de la mer, et où Ton croit que Lucullus avait une maison de campagne; un pont de deux cent vingt pas de longueur le joint à la Terre Ferme. Son plan est un ovoïde alongé. C'est là que l'empereur Augustule fut relégué par Odoacre. Le Château de l'Œuf commande le golfe de Naples et

le partage en deux parties. On le distingue vers la droite sur la planche 28, et du câté opposé sur la planche 87.

Ces deux gravures représentent les deux parties du golfe et de l'amphithéâtre que forme la ville.

Voici l'hiver et son cortège : le ciel a ouvert tes cataractes ; déjà des avalanches d'eau se précipitent des montagnes, et envahissant les rues inférieures de la ville , les rendent impraticables aux piétons. Mes promenades s'en ressentent, elles ne sont plus que rares et saccadées. Je prends mes notes à la hâte, et c'est dans ma chambre que je les mets en ordre, au bruit du vent impétueux qui gronde, et de la pluie épaisse qui clapote contre mes vitres, barrière trop souvent impuissante contre ses efforts incessans. J'ai hâte de quitter Naples, et je vais visiter les monumens et les lieux qui me restent à décrire.

Sur une petite place est un obélisque où Gosmô Fanga s'est, dit-on, surpassé par la bizarrerie de sa composition.

De Lalande compare avec justesse ce monument, appelé Aguglia di San Gennaro, à un pied d'ancien chandelier d'église, tant les ornemens en sont de mauvais goût. Au sommet est la statue en bronze de saint Janvier,, regardé par les Napolitains comme un dieu tutélaire.

Le 17 septembre, jour de la fête, et les deux jours suivans, cette place, décorée comme un théâtre, est illuminée, ainsi que l'obélisque, et des musiciens y viennent exécuter un concert, qui dure depuis le point du jour jusqu'à minuit.

L'église dédiée à «aûtt Jan\4et est la cathédrale de Naples. Dans les temps primitifs, les chrétiens, triomphant après tant d'année» de perséoution, et secouant le joug, se vengèrent do leurs

NAPLES

tyrans en renversant leurs temples: sur leurs décombres ils construisirent des ' églises, et des colonnes furent groupées péle-méle dans ces premiers monumens élevés par la piété ignorante. On y plaça ce qu'on arrachait au culte des faux dieux, et c'est ainsi que s'explique le mélange bizarre de sacré et de profane que l'on remarque dans beaucoup d'églises en Italie.

J'ai eu , dans ce voyage, occasion d'en signaler de nombreux exemples ; ici s'en présentent de nouveaux : le temple de Mercure est devenu l'église des Apôtres, celui de Castor et Pollux a été consacré à saint Pierre et à saint Paul ; sur le tombeau de Partbenope s'élève l'église de Saint-Jean, et le temple d'ÂpoUon est changé en une cathédrale gothique sous l'invocation de saint Janvier, « san GennaiD » . L'édifice moderne , dû à la maison d'Anjouj, date de laSo, Le Posani en fit les dessins, et la dévotion du peuple suppléa aux frais. Ébranlé par le tremblement de terre de 1 485, Alphonse P'.

le fit restaurer, *ét le cardinal Henri Minutolo, qui fit construire la porte principale, l'orna de deux colonnes de porphyre provenant des temples du Soleil et de Neptune.

L'église renferme cent dix colonnes de granit ou de marbre d'Afrique, et quantité de peintures des premiers maîtres de Naples. Dans la nef est un vase antique de basalte, h pied de porphyre, représentant une bacchanale.

La chapelle souterraine , appelée Soccorpo, dans laquelle on descend par un double escalier, est revêtue en marbre blanc et soutenue par les colonnes ioniques en marbre du temple d'Apollon ; c'est là que sont déposés les restes du saint martyr.

Outre plusieurs tombeaux de princes

et de papes , on voit celui d'André de Hongrie, mari de Jeanne P*.

La partie la plus belle de l'églisç est le trésor , ou chapelle de saint Janvier, élevée par suite du vœu de la ville, après la peste de i5a6. Cett^ chapelle est ronde, et sa voûte est supportée par quarante-deux colonnes de brocatelleou marbre de Sicile ; le pavé est en marbre ; elle est décorée de niches contenant des statues. Sa richesse est prodigieuse , car , ainsi que les Romains apportaient leur luxe dans leurs édifices, les Italiens s'appauvrissent pour leurs églises et leurs saints (i). Au moins celui-ci n'est pas ingrat , et deux fois par an il manifeste sa reconnaissance par la liquéfaction de ion sang.

Sur un des côtés de la chapelle , derrière l'autel , dans une niche fermée par une porte d'argent surchargée de diamans et de pierres précieuses , et garnie d'un quadruple cristal^ est un reliquaire dans lequel sont renfermées deux ampoules ou fioles de verre qui contiennent du sang de saint Janvier en état de congélation. L'arohevéque et les députés de la ville seuls en ont les clefs.

Le jour où le miracle doit avoir lieUf le reliquaire est tiré de la niche et exposé à la vue des fidèles* De l'autre côté est un buste en vermeil de grandeur naturelle , dont la tête renferme celle du saint évêque. Ce buste est paré des omemens les plus riches et de la mitre épiscopale, éclatans de

(i) Omtre le boste de laint Janyier en ar^pent , le trésor renferme trente- six aatree boitet êkl argent, de grandear natarelle. Le tabemadeet une qnantité de yases et de chandeliers sont aussi en argent, et la yaleur de ces objets, qui ont trayeisé totttes les réyolntions , est immense. Cest dans les processions qne l'oa BMt en montre tout ce qû fait partie du trésor.

(iVoCe de rÉtUleur,)

perles et de rubis. La foule encombre le parvis de l'église ; le prêtre prend dans ses mains le reliquaire , lappuie sur sa poitrine eB sécitant des prières (PL gS). Le sang, sans changer de couleur , doit devenir liquide. Si le iniracle s'opère, si le sang enfermé dans les fioles se liquéfie sans trop se faire attendre , les transports de la multitude n'ont plus de frein ; de tous côtés partent les actions de grâces et les bénédictions ; mais que le miracle tarde, Vimpatience commence à se manifester.

Forage gronde , bientôt il éclate. Les femmes commencent^ et, s'adressant au saint à haute voix , elles le pressent, le conjurent ; les unes se jettent à plat ventre , et fendent en larmes , d autres font l'examen de leur conscience , s'accusent à haute voix , et attribuent à leurs péchés l'inefficacité des prières des autres. Vient le moment où l'impatience dégénère en fureur , c'est une yéritable rage : plus de prières , plus de vœux ; perdant à la fois tout, respect , cette foule prodigue les plus grandes injures au saint qu'une heure auparavant elle implorait et aux pieds duquel bientôt on la verra repentante.

Le mot faccia gialluta , visage jaunâtre, injure la plus grande que le Napolitain puisse dire à son ennemi , se fait entendre , et il serait difficile de prévoir où s'arrêtera cette fureur.

Dans ce moment, malheur à celui qui , soupçonné d'hérésie, ou qui, par un maintien peu décent , se ferait remarquer , on lui attribuerait la colère du saint. C'est, au rapport de Saint- Non, ce que craignit un consul anglais. Le miracle se faisant attendre , déjà les yeux de la populace commençaient à se porter sur lui ; sagement il se déroba au danger , et le miracle eut lieu*

L'église de San Gennaro dei Poue^

avons parlé page 87) forme la principale entrée des catacombes ( PI. 91) , espèce de ville à trois étages, creusée souterrainement dans la montagne , et dont les rues et les places sont bordées de tombeaux ; on n'en approche qu'avec une sorte de frayeur , et Ton frissonne en plongeant dans sa profonde obscurité, que l'œil ne percôque faiblement, à l'aide des torches dont on se munit pour la parcourir et ne pas s'égarer.

Le guide a la précaution de vous avertir de ne point laisser éteindre votre flambeau, et cette voix, qui retentit sous ces voûtes lugubres, augmente encore l'effroi dont vous êtes saisi.

Aien ne peut donner une idée de ce lugubre séjour. Sur les côtés de ses rues sont pratiquées une quantité prodigieuse de cavités de diverses grandeurs et percées horizontalement ; quelquefois il y en a cinq ou six les unes audessus des autres, et, souvent, plusieurs sont larges comme des chambres.

On y a vu des inscriptions grecques ou latines , mais tendant chaque jour à s'effacer, soit par lai temps, soit par l'humidité. La plupart de ces cellules étaient fermées par de grosses pierres dont on s'est servi pour paver l'église de San Gennaro dei Poveri.

Ces corridors de dix-huit pieds de haut sont d'une largeur inégale ; on n a pu ni les compter, ni en mesurer la longueur; ils s'étendent , dit-on, jusqu'à Pouzzoles d'une part , et jusqu'au mont Lautrec de l'autre ; mais la difficulté de s'assurer de la véracité de ces assertions est cause qu'il faut s'en tenir aux conjectures , d'autant que l'éboulement des terres permet tout au plus de faire quelques pas dans la galerie inférieure; celles supérieures sont un peu praticables , cepeudant il serait dangereux de s'y aventurer.

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