‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 5 sur 39 · DE LIVOURNE A NAPLES · texte numérisé non relu

DE LIVOURNE A NAPLES

le tombeau d'Agri ppine. Tout dans ces lieux , jusqu'à la pierre apportée par la mer sur le rivage , est un appel au souvenir. Mais que pourrais-je dire de ces lieux que la plume élégante de M. de Lamartine a décrits dans ses vers avec tant de bonheur !

O de la liberté, vieille et sainte patrie ! Terre autrefois féconde en sublimes yertos ,

Ton empire est tombé 1 tes héros ne sont plus I

Mais dans ton seiu l'àme agrandie Croit sur leurs raonumens respirer leur {^énie. Comme on respire encor dans un temple aboli La majesté du dieu dont il était rempli. Mais n'interrogeons pas yos ombres généreuses, VieuzRomains.'fiersCatonslmànesdesdeuxBrutus! Allons redemander à ces murs abattus Dessonyenirsplusdoux,desombresplusheareu8es.

Horace , dans ce frais séjour .

Dans une retraite embellie

Par les plaisirs et le génie.

Fuyait les pompes de la cour ;

Properce y visitait Cynthie ,

Et sous les regards de Délie Tibulle y modulait les soupirs de l'amour.

Colline de Baïa ! poétique séjour,

Voluptueux vallon qu'habita tour à tour Tout ce qui fut grand dans le monde ,

To ne retentis plus de gloire ni d*amour i Pas une voix qui me réponde , Que le bruit plantif de cette onde

Ou Técho réveillé des débris d'alentour 1

Je ne dis point adieu à cette côte ; nous venons , Edouard et moi , d'organiser des plans de promenades cbarmantes. Il est convenu qu'aussitôt arrivés à Naples nous visiterons pas à pas cette rive si belle , ces Cbamps- Éljsées de Virgile ; Pouzzole , « l'ancienne Dicearchia , » la Solfatara , r Avenie , Cumes. Mais voici Nisida, au fond de cette anse , son nom grec 8Î^i6e petite lie. Elle n'a guères plus d'tm mille et demi de circuit. II est présumable, qu'autrefois unie au continent, elle en fut détachée par un N.

tremblement de terre. Elle faisait partie d'une des grandes villas de Lucullus. Gicéron nous l'apprend, en nous parlant de son entrevue avec Brutus.

Porcie , femme de ce dernier, s'y donna la mort.

Sa forme est celle d'un cane tronqué; couverte de petits arbustes trèsverts , son aspect est des plus gracieux , on dirait une toufiede gazon. La végétation y est admirable, chose d'autant plus extraordinaire, que, battue par les flots, elle reçoit les jours d'orage des vagues qui s'élèvent fort haut. Sa belle, 'son étemelle verdure n'en est point altérée. Un vieux château-fort en couronne la pointe nord. Sa position élégante et romantique fixe l'attention des peintres , et leur fournit un des plus jolis dessins qu'ils rapportent d'Italie.

Nisida est le lieu où les bâtimens de commerce viennent purger leur quarantaine; les passagers sont transportés dans un lazaret bâti sur la crête d'un rocher élevé , creusé en arche , et sous lequel passent les barques. Nous cinglons avec rapidité, déjà nous sommes dans le golfe, nous laissons à notre droite Capri , et sa grotte d'azur, et ses douze palais construits pour Tibère, ses orgies et tous ces grands et tristes souvenirs , nous apercevons Naples !

Salut, ancienne Parthénope, si digne d'inspirer des chants aux poëtes.

Enfant chéri d'une nature prodigue, à toi seule elle a donné cette vapeur légère, transparente, cette teinte pourprée qui colore ton atmosphère , ce prisme qui se place entre l'œil et les objets qu'il aperçoit, et leur prête un charme magique.

Sous le ciel le plus pur, enrichie par la mer qui lui apporte de toutes parts le luxe et l'abondance, Naples offre les points de vue les plus ravis-

sans. Constaniinople seule peut lui être comparée. Les objets lointains s y distinguent avec une netteté ex* traordinaire , surtout le soir, quand le soleil , caché derrière les hauteurs , les éclaire encore d'une douce lumière.

Quel ravissant spectacle que ce Vésuve , phare gigantesque , posé par la nature, pour diriger le nautonier et lui dire que Naples est là. Quelles sont solennelles les pensées qu'il inspire ! A ses pieds , trois villages bâtis sur des ruines imposantes : la Torre, fiesina et le séjour royal de Portici ; Portici , aâ'sis sur Herculanum, et dont chaque maison a pour base les toits d'une cité romaine.

De l'autre côté le mont Pausilippe , si beau , et dont le nom grec signifie « repos de la tristesse » . Doucement incliné vers Naples , il est semé de délicieuses villas , de jardins élégans et de riches vignobles. Pas un pouce de terrain qui ne soit recouvert de la plus fraîche verdure ; plusieurs ruines sont sur le rivage, et semblent encore disputer, à la vague qui vient les ébranler, quelques années d'existence. Pour bien jouir du coup d'œil délicieux de Pausilippe, il faut le voir de la mer, h. une heure favorable aux efiets pittoresques , à celle où le soleil s'abaisse sur le tombeau de Virgile, et l'entoure d'une auréole resplendissante. On dirait que le plaisir et la piété ont depuis plusieurs siècles choisi ce lieu pour leur asile. Autrefois LucuUus et Tibère y célébraient leurs bruyantes fêtes, maintenant le noir dominicain y fait entendre sa prière , et son couvent s'élève au milieu de ce paradis qui s'étend h trois milles le long de la côte méridionale. De toutes parts se mêlent d'élégans belvédères aux villas ; et ce paysage gracieux rappelle et justifierait à lui seul l'enthou-

siasme des poëtes qui ont chanté rita-»

lie (PI. 27).

Là vous voyez encore le palais de Jeanne. Puis vous saluez la grotte de Pausilippe, et l'œil cherche encore une fois la place où Virgile dort sous son bosquet.

Na pies , bâtie en amphithéâtre, se déploie tout autour de son golfe (PI. 28). L'élégante architecture de ses palais , avec leurs terrasses orientales , la verdure de ses jardins plantés d'orangers, font disparaître ce qu'aurait de monotone cette perspective. Ses coupoles, ses dômes dorés et le fort Saint-Elme qui la domine, complètent l'ensemble de ce panorama unique. Tout , jusques au sable qui reçoit la dernière convulsion de la vague mourante, est un sujet de vif intérêt. Sur les bords de cet immense golfe sont semées à profusion de petites pierres ferrugineuses qui brillent de toute part^ et annoncent cette patrie du feu. L'air que vous respirez vous fait éprouver le bien-être, rien ne peut altérer les sensations agréables qu'il vous cause; il semble que l'âme soit plus en rapport avec les objets extérieurs^ et en harmonie avec eux. Sans doute les heureux babitans de cette terre ont aussi leurs momens de mélancolie, en quel lieu la destinée de l'homme ne produit-elle pas cette impression! mais au moins elle doit être exempte d'anxiétés et de regrets.

Telle qu'elle est, «leur existence doit suffire à leurs facultés.

En entrant dans le port, une multitude de barques nous entourent , les unes bariolées aux couleurs vives, cou* vertes de petites banderoUes que le vent agite avec une capricieuse mobilité, d'autres aux insignes de la Madone et des Saints; elles contioinent des musiciens qui improvisent de»

chants ; des religieuses qui font la que-

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DE LIVOURNE A NAPLËS.

le; des capucins qui bénissent notre arrivée, ou bien des hommes qui , pour quelques pièces de monnaie, nous offrent les fruits qui naissent dans les quatre parties du monde. Toutes se heurtent, se croisent et ne s'éloignent que lorsqu'elles sont repoussées par celle qui vient nous chercher.

Cette barque nous porte à terre , et nous dépose en face du bureau de la santé. Un flot de peuple nous entoure; on nous examine de la tête aux pieds , comme des objets de curiosité. « La ▼ue des étrangers, me dit Edouard, amuse ce peuple , qui n'a d'autre idée du bonheur que le plaisir. Voyez cet homme nous regarder^ adressez -lui une question, avant d'y répondre il vous tendra la main , vous allez en conclure qu'il aime l'argent, et vous serez dans l'erreur, chez lui ce goût n'est ni méthodique ni réfléchi ; c'est pour le dépenser aussi vite qu'il le reçoit, avec même une sorte de générosité. »

Nous nous hâtons de nous soustraire à cette multitude bruyante , et nous cherchons à nous préparer, par quelques heures de repos , aux jouissances du lendemain. Après avoir terminé les formalités qu'exigent la police et

les magistrats du bureau de santé, qu'on appelle i caualieri j et, chargé notre bagage sur le dos d'un facchino y nous nous rendons à la douane où nous devons les faire examiner.

Cette opération ne nous retient que peu de temps, et toujours escortés par la foule, nous arrivons à notre hâtel, où un bon souper, et surtout une bonne nuit, vont nous remettre des fatigues de la mer.

J'ai oublié de mentionner un fait qui caractérise les mœurs du pays : au signal du débarquement , je cherchais mon moine dans la foule des passagers qui encombraient le pont, je voulais lui faire mes adieux; il était aux prises avec le cuisinier du navire, à qui il avait promis la buona mono d'usage.

Celui-ci, sur la foi des traités, avait eu mille attentions pour lui. « Je t'ai promis quelque chose, lui répondait le moine ; eh bien , je dirai deux messes à ton intention. » Chaque fois que l'autre insistait pour avoir de l'argent, le moine lui répétait « due messe, due messe. » Pendant ce temps , les barques étaient arrivées, et le cuisinier n'obtint que cette promesse , et une bénédiction que le moine lui donna de loin.

MAVLXg XT 1X1 XVTXAOVl.

Je me réveille, dsokt une chambre haute, aérée f où je respire à l'aise. Le Boleil y donne dès son lever. En face de mes fenêtres , sur le largo del Cas- 'tello^ s'élèvent majestueusement les tours du Château -Neuf. On les doit à Alphonse P'., qui les fit ajouter au château construit par Charles d'Anjou, en ia83. Les fossés sont masqués par une rangée de maisons basses qui bordent la place ; un corps-de-garde les termine, et rabat sur la strada Molo.

On nomme ce poste la grand' garde ; cent soldats d'infanterie, quatre officiers, et trente hommes de cavalerie y stationnent tous les jours , avec deux pièces de canon.

Le fort du G bâteau^Neuf mérite un examen particulier ; je me contente aujourd'hui d'en admirer la vue, plus tard il aura ma visite. Avant d'aller m'enfermer dans ses murs, je veux voir Naples dans son ensemble, étudier ce dialecte si expressif, dont chaque mot peint une action ; pour cela il faut que je parcoure ces rues , que je me mêle un peu à ce peuple , et surtout que je tâche de saisir son langage et ses gestes, car je m'aperçois qu'ils jont pour lui une seconde langue.

Un froncement de sourcils , une façon d'alonger le menton , de contracter les narines, composent une conversation animée. Ce sont des demandes ou des réponses claires et positives. Quand la parole vient s'y mêler, la pantomime est si pressée, les doigts deviennent des auxiliaires si rapides, que le regard peut à peine les suivre. Je remarque

un geste particulier qui veut dire non. n est assez gracieux, et se fait en passant plusieurs fois la main très-vite sous le menton ; c'est en prenant ainsi la nature sur le fait que j'arrive au Môle.

« Signor, una barca, una barca », me crie-t-on de toutes parts ; l'idée n'est pas mauvaise; hier j'ai admiré Naples au soleil couchant, je veux aller contempler une seconde fois ce spectacle au soleil levant. Je ne saurais trop multiplier mes jouissances ; d'ailleurs, hier, j étais si distrait^ tant d'objets attiraient mes regards! Aujourd'hui plus calme , je recevrai mes impressions sans tumulte, je pourrai mieux les savourer. Je saute dans l'esquif qu'on me propose, et je fais pousser au large.

A demi couché dans ma barque , je suis à la dérive le caprice des flots , tantôt mes regads se fixent sur Naples, dont lebruitsourd vient mourir à mon oreille, tantôt ils se portent sur les îles dont la rade est semée. Les rochers sombres de Capri se prononcent fièrement sur l'azur du ciel : leur configuration bizarre a quelque chose de farouche et de heurté qui m'étonne.

« C'est surtout de la mer , dit M. Lemonnier dans ses Soui^enirs d'Italie , qu'il faut voir Naples , car l'aspect extérieur de cette ville est encore plus singulier que l'intérieur même: c'est vers' le milieu du golfe que l'œil embrasse un ensemble d'objets dont on ne peut, du rivage, se figurer qu'imparfaitement l'efiet général. Quelle nature à la fois riante et pompeuse! que de contrastes frap-

NAPLES

paus, et en même temps qued'harmo* nie dans ce tableau! Qui peut avoir ▼u , senti cela , et dire qu'il n'a pas .goûté un instant de bonheur? Ab !

c'est plus que du plaisir que Ton éprouve à naviguer le matin sur cette mer paisible qui étincelle des feux du soleil , à savourer la fratcbeur balsamique de l'air, à contempler ce ciel où flottent de légers nuages pourprés sur un fond d'un si bel azur , à s'emparer à la fois de tous les charmes d'une nature privi* légiée. Oui , c'est bien à tort que llta* lien exagérateur a dit : Veder Na^ poli epoi morire « voir Naples et puis mourir» ; disons, disons plutôt : Veder NapoUepoi vii^ere; «voir Naples et puis vivre. • ANaples, en eflet^l'homme ingrat que fatiguait son existence, s'y rattache, et y découvre des attraits jusqu'alors méconnus; il semble qu'il reprenne des sentimens plus calmes avec l'air suave qu'il respire ; malgré des espérances trop souvent déçues , presqu'en dépit de lui-même, il ressaisit encore d'anciennes illusions qu'il croyait échappées pour toujours. Telle est la salutaire influence du climat napolitain; elle agit d'une manière indicible sur nos sens , imprime une diversion favorable au cours de nos idées, nous modifie à notre insu , et ce n'est pas un médiocre bienfait de cette admirable nature de nous réconcilier avec notre propre cœur.

» Je suis au milieu du golfe. Bateliers, détendez cette voile latine; ne vous courbez plus sur vos rames ; laissez la barque voguer à l'aventure, donnez au repos que vous aimez, les instans que je vais consacrer à la contemplation de lliorizon qui m'entoure.

» Tembrasse alternativement et le

promontoire de Minerve et le mont

Pausilippe ; d'une part le tombeau de

Virgile ! de l'autre le berceau du Tasse !

Leur gloire est partout; mais ici on croit voir leur gàiie éteint se rallumer et rayonner d'un plus vif éclat. »

Toutes ces sensations si bien dé^ crites, je les avais éprouvées. J'étais seul sur une terre étrangère, et cependant mon âme n'éprouvait pas cet abattement que devrait faire naître une situation semblable. Oh! je n'eusse pas été si calme dans les froides régions du Nord, sous un ciel brumeux et environné d'une nature silencieuse !

Mais la journée s'écoule , j'oublie quér j'ai donné rendez-vous à Edouard et qu'il doit m'attendre. A terre , dis-je à mes bateliers ; et ils me ramènent au rivage.

La musique est surtout le triomphe des Napolitains. Il semble que, dans ce pays^ les cordes du tympan soient plus tendues , plus harmoniques , plus sonores; la nation est toute chantante; le geste, l'inflexion de la voix, la prosodie des syllabes, la conversation, tout y marque et respire l'harmonie ; aussi Naples est-elle la source princi-<pale de la musique, la patrie des grands compositeurs et de nos meilleurs opéras. L'on peut juger de ce goût national en voyant le soir affluer la foule sur la place du palais. Une heure après le coucher du soleil , l'horloge du château donne le signal , l'élite des musiciens de la garde se réunit sur la place , la parcourt deux fois depuis la rue de Toledo jusqu'à la rue du Gigante , puis , se fixant au centre, exécute des morceaux d'opéras nouveaux en face du balcon où souvent le roi vient avec sa famille entendre cette délicieuse harmonie.

Le roulement des tambours, qui par intervalle y mêle un son guerrier, corrige ce que pourrait avoir de trop efféminé ce rappel du soldat à la ca« serne. Une multitude innombrable es-

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corte les musiciens et suit leurs éyolu** tions.

Nous étions allés l'entendre avec Edouard, à cette heure où la brise arait rafraîchi l'atmosphère ; nous éprouvions Tun et l'autre un surcroit de vie , un besoin de communiquer nos pensées qui se succédaient avec une netteté difficile à concevoir, pour qui n a pas respiré l'air de Naples.

Au bout d'une demi-heure nous quittons la place, et nous suivons la foule en nous dirigeant vers Sainte- Lucie, qui s'étend à l'ouest au bout de la strada Gigante , grande et belle rue que Murât fit élargir aux dépens des casehies qui sont au-dessous. Je fus ébloui par la quantité de lumières et surpris du concours prodigieux de promeneurs que j'apercevais d'autant mieux,, que j'y arrivais par le haut du quai ; mon œil planait sur toute la longueur de Sainte - Lucie ; je crus à une fête , à une illumination.

Edouard me dit que tous les soirs c'était même affluence et même luxe de lumières. Dans une étendue de trois cents pas environ, sont étalés sur de petites tables en bois toute sorte de coquillages appelés /hifti^i mare «fruits de mer » , en grande abondance sur cette plage.

L'étalage du vendeur àesfrutti di mare (PI. 29), est un grand coffre de bois carré , s'ouvrant par derrière , dont le dessus est en plan incliné, de façon à pouvoir étager tous ces jolis coquillages groupés avec art sur de petites corbeilles plates garnies de mousse.

Les huîtres du Fusaro dans des seaux pleins d'eau de mer sont sur le premier plan : vient ensuite le cano^ Uchio , coquillage le plus estimé et aussi le plus cher. Une enveloppe mince , mais dure , le recouvre des

deux cAtés, la chair est au milieu; par sa forme longue et effilée il figure parfaitement le manche d'un couteau ; après lui la truffe dans sa coquille blanche et cannelée en travers; le vongolo dans ses deux valves rosées et ovales ; la patella reala à l'écaillé nacrée; Téponge marine, l'huttre rouge, et tant d'autre» dont l'énumération deviendrait trop longue.

Cet étalage est abrité du cAté de la mer par une toile où sont inscrits le nom et le numéro du propriétaire, et à laquelle sont suspendues des lanternes qui , parleur multiplicité, donnent au quai un aspect d'illumination permanente.

Dans le vide que laissent entre elles ces baraques , sont de petites tables sur lesquelles une femme place un fourneau de terre , et fait cuire des polypes. Ce molusque , dont la chair est coriace , est un régal pour le peuple napolitain. Ces marchands bordent la mer ; en face, et du c6té des maisons, est assis sur trois rangées de chaises tout ce que Naples compte de fashionable dans la bourgeoisie, car l'élégante marquise vient aussi à Sainte-Lucie, mais elle reste dans sa voiture.

Edouard avait donné rendez -vous à une famille qui l'avait invité à souper à Sainte -Lucie. « C'est une récréation dont vous me saurez gré » me dit- il, car vous êtes d^ la partie ; j'ai dit que je passais la soirée avec un ami; amenez- le, m'a -t -on répondu, et c'est convenu. Ne vous en étonnez pas, c'est l'usage.»

Notre amphytrion ne se fît pas attendre. Il se nomme don Paolo Falanca; l'usage étant de s'appeler par le nom de baptême précédé du Don espagnol , je m'y conformerai , et je dirai Don Paolo. Don Paolo est un gros homme à figure réjouie qui m'a-

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NAPLES

lorde en me serrant les mains , comme si nous nous connaissions depuis long^ temps ; il est avec sa femme et ses deux filles , à qui Ton se dispensa de me présenter.

Prenant de suite un air familier : — « Laissons ces dames ordonner le souper, nous dit*il, et allons nous baigner. » Ce que nous acceptâmes avec plaisir.

]Vou8 eûmes peine à trouver un cabinet , à cette heure où les baigneurs affluent dans cette partie de la ville. Quoiqu'il y ait des bains construits dans Teau tout le long des quais , ceux-ci sont préférés comme plus au centre. On y est parfaitement libre, un mur élevé vous dérobant aux regards des promeneurs.

Au sortir de la mer nous nous acheminions vers le souper, Texercice avait disposé nos estomacs. — k Faites comme moi,» me dit Don Paolo; en même temps je le vois prendre des mains d'une jeune fille un grand verre rempli d'une eau limpide qu'il avale d'un seul trait.

L'odeur, et surtout le goût de cette eau , m'empêchèrent d'en faire autant. Ge« pendant, autour de moi , je voyais des hommes et des femmes en boii j plusieurs verres. J'en surpris même quelques-uns la savourant au point d'y tremper de petits biscuits.

Don Paolo m'expliqua que deux sources d'eaux minérales contribuent à appeler et à entretenir la foule dans ce quartier* L'une , d'eau ferrugineuse , acqua f errata , vis-à-vis le Château-de-l'Œuf ; l'autre d'eau sulfureuse, acqua zolfe* gna , celle-ci au bas de l'église de Santa Maria délia Catena. Cette dernière est la boisson favorite des Napolitains. Son efficacité est tellement constatée , qu'elle fait surmonter la répugnance que l'on éprouve en la goûtant pour la première fois. Desmarchands ambulans parcourent la ville, et la vendent dans de petites cruches de terre.

Il est étonnant que le gouvernement n'ait pas songé à embellir d'une construction élégante cette fontaine, qui est dans un trou infect. Si au lieu de ce cloaque où des hommes à demi nus sont obligés de se plonger, des robinets bien propres la faisaient couler dans les verres des buveurs; si des tuyaux de plomb , recevant celle qui tombe , et la portant à la mer, l'empêchaient de former une mare sous les pieds des promeneurs, avouons que ce serait mieux.

Tout le quai de Sainte-Lucie est en général trop bas. L'on dit que Ferdinand P'. avait eu l'intention de l'exhausser, mais qu'il rencontra la plus vive opposition de la part des Chiaic" 51, qui craignirent de voir détruire cette promenade. On y trouve plusieurs morceaux d'architecture qui appellent l'attention. D'abord, à l'extrémité de la rue du Gigante et proche du palais, une fontaine, œuvre de Cosimo; du côté opposé, et adossée aux murs de la caserne , une autre fontaine représentant le Sebeto, par Charles Fansaga , en i S90 ; puis , au-dessous de la source d'eau sulfureuse, une troisième fontaine dont les deux bas-reliefs représentent, l'un Neptune et Amphitrite et des Tritons , l'autre une dispute de dieux marins au sujet de l'enlèvement d'une nymphe. Ce mor^ ceau remarquable est de Dominique Auria, Don Paolo m'engage à venir le»

examiner avec plus d'attention; cette fontaine est au nombre des quatre qui fournissent la meilleure eaiTde la.ville.

A Sainte - Lucie , conime à. chaque, coin de rue à Naples , est un restaurateur en plein vent , qui réalise la chanson du pays de Cocagne de Béranger.

Sur des fourneaux portatifs sont des chaudières énormes où l'on fait cuire le macaroni dans toute sa Ion-

gueur. Cette pâle est la nourriture du Lazarone; dès qu'il a gagné quelque argent, il le dépense là, et ne songe à travailler de nouveau que lorsqu'il est pressé par la faim ; aucune idée de prévoyance ne vient ni l'animer ni l'inquiéter. Si une heureuse aubaine ou la Providence lui fait gagner une somme plus forte, il la mangera en un jour ; je dis manger, car le Lazarone ne comprend pas d autres besoins.

Écoutez sa conversation, vous n'y entendrez que les mots : mangiare^ buscare eidenari^ « manger, gagner et argent » • Souvent de riches Anglais se dirigent vers cette partie de la ville , font arrêter leurs voitures en face d'un vendeur de macaroni , payent le contenu d'une ou deux chaudières , et les font distribuer au peuple qui les mange avec les doigts, dont ils se servent avec une adreése particulière. Ces Anglais rient beaucoup de la complaisance^ des estomacs napolitains , qui ne refusent jamais rien. J'ai vu un Lazarone faire le pari déboire, sans perdre la raison, vingt bouteilles de vin dans une heure ; au bout de huit minutes il en avait bu quatorze.

A côté de ces restaurateurs sont de9 chaudières , des viandes rôties , des fritures de poissons , et dîfTérens autres mets. A voir sans cesse et en si grande abondance tout ce qui peut satisfaire les besoins matériels, on serait tenté de croire que la vie de ce peuple se passe tout entière en festins.

INous nous rapprochâmes enfin des dames qui nous attendaient. Des coquillages , des poissons et des crevettes firent les frais du souper : auprès de nous , à d'autres tables , étaient des hommes et des femmes s'abandonnant à une grosse gaieté qu'animait le vin capiteux qu'ils buvaient à rasades.

J'avais sous les yeux le repas du Lazarone, et je partageais le souper de luxe du bourgeois.

Ce qui me parut curieux , ce fut de ne voir que deux ou trois verres sur une table de six couverts ; et ce qui me parut plus extraordinaire encore , c'est que la plus jolie des filles de Don Paolo voulut bien me permettre de boîre dans le sien : elle m'ofint sans embarras et sans hésiter la moitié de la boisson qu'elle y avait laissée. C'est un usage que le temps a consacré chez les per* sonnes de cette classe , qui n'y trouvent rien que de très-naturel. Pour moi , le souvenir de celte intimité avec une jeune et jolie fille me priva de sommeil le reste de la nuit.

Je ne pus m'empécher d'en parler à Edouard, qui me dit que cet usage commençait un peu à se perdre à Napies , que déjà môme il n'existe plus chez la noblesse; mais qu'autrefois il n'était pas rare que le même verre servit à toute une famille ; que , bien mieux, on ne mettait jamais d'eau sur la table, se contentant de faire circuler un grand verre omnibus , plein d'eau glacée, où buvait qui voulait, usage existant encore dans les provinces.

Notre souper s'était prolongé fort avant dans la nuit. Nous nous acheminions vers nos demeures ; surpris de voir toujours même clarté, même illumination , j'en fis la remarque ; Don Paolo m'apprit que c'était à la dévotion des Napolitains qu'on la devait.

« Le culte de la Vierge est particulièrement cher aux Italiens , me dit-il ; il semble s'allier en quelque manière à ce qu'il y a de plus pur, de plus sensible dans l'afiection pour les femmes.

Rien de plus touchant que la foi /qu'elle inspire. J'ai vu une malheureuse mère de famille , dénuée de toute protection auprès des grands qu'elle devait imr-

NAPLES

plorer 'pour obtenir une pension , déposer un placet sur les genoux de la Madone, et attendre, avec cettefoi exemple! de doute, une réponse fayorable.

Les prêtres entretiennent cette croyance ; ils ont sur le peuple un ascendant qui triomphe de tout. C'est à cette influence, mise habilement en jeu, que nous devons la sûreté des rués pendant la nuit. Elles étaient autrefois de véritables coupe-gorge.

Les murs , sont tapissés de peintures grossières, représentant des images de Madones et de saints ; la politique imagina d'en tirer parti. Un des ministres de Ferdinand I*'., le chevalier Âcton, homme habile, fit comprcpadre son idée au père Rocco , moine, qui, déjà de son vivant, avait une réputation de sainteté ^ celui-ci persuada le peuple que le meilleur moyen d'honorer la Madona et les saints était de placer devant chaque image une lampe brûlant jour etnuit« Ce que n'aurait pu obtenir le gouvernement le plus despote, sans faire naitre une émeute, la simple parole de persuasion dun moine l'obtint, et Naples fut éclairée de cette seule manière jusqu'à l'arrivée des Français. A cette époque, le gouvernement nouveau donna des réverbères à la ville; mais nos images n'en ont pas moins conservé leurs lampions. »

J'ai su depuis que, dans l'intérieur de sa chambre à coucher, le Napolitain a toujours un tableau de la Vierge ; étemel objet de son culte , une lampe brûle devant, et malheur à la femme qui , négligeant le soin de l'entretenir, la laisserait s'éteindre ! Dans certaines classes le mari se porterait aux dernières extrémités, persuadé que cette négligence entraînerait les plus grands malheurs. Qui ne reconnaît là le culte d^Vesta, et son feu sacré? Souvent ce N.

tableau est entouré de rideaux, que l'on ne manque pas de fermer soigneusement pour dérober à la Madona quelques actions dont le scandale l'ofienserait.

Ces images , léguées de génération en génération, sont gardées avec le plus grand soin ; les propriétaires ont pour elles un attachement semblable à celui qu'avaient les anciens pour leurs pénates, ils les considèrent com^ me des divinités dont la famille se promet la protection. Si une série d'événemensmalheureuxarrive,ils en accusent leur impiété, mais jamais le saint à la protection duquel ils sont voués.

A quelques coins de rue , il est des Madones dont le luminaire est aux frais des plus riches propriétaires du quartier. Celles-là sont entourées de s'rilles de fer , auxquelles sont appendus des ex uoto et des ofirandes de toute espèce. Les plus édifiantes sont celles faites par déjeunes femmes nouvelle-, ment mariées , à qui il est arrivé des malheurs. Elles viennent alors déposer leurs joyaux de noces , leurs boucles d'oreilles, leurs colliers ; et c'est le plus grand sacrifice qu'une Napolitaine puisse faire , et la plus grande preuve de foi qu'elle puisse donner , car l'orgueil est pour ce peuple un second pé-* ché originel.

Les jours de fête ils se ruinent pour acheter des feuilles d'or ; ils revêtent la Madona de papier doré; l'Enfant Jésus qu'elle tient dans ses bras doit être également brillant ; tout enfin , excepté la perruque dont ils coiffent la Vierge, doit être couvert de ce riche métal. Il faut à ce peuple des spectacles de dévotion pour l'intéresser à la religion.

Aussi les ornemens des églises , les reposoirs, les autels que l'on construit dans la rue, la crèche que l'on fait à Noël , sont d'une richesse, d'une somptuosité , que l'on ne voit point ailleurs.

i9 L'ITAtie.

Les pfépwntîfs i!ûB» £ite4e wot dat isenlre ikius Tordre , f»wc fmfe fimm reot quelquefois plusieurs mois , et aux orgies de la natale , iet les zanh' coûtent autant que celles qui seraient pognari, tous pâtres ou c^liijf^,eux§ ^

données par de grandes villes dans des occasions solenndles. Les illuminations, les feux d^irtiiîce, Les processions, augmentent ces sortes de dépenses qui reviennent chaque année.

ITon content de s'agenouiller devani

retournent dans Ifiors laoùUes ^ vivri^ k reste de Tannée avec les épargnes de leur pieux p^rioage.

Ainsi que les anciens &oaiiaiaa avaient des amuleUes , Le NapoUt^Ui a toujours sur lui des scapulaires, aux.-

ces Madones, j ai vu des .gens se pros- quels il attache des espérances de sa*

terner lu face en terre , et , balayant la poussière avec leur langue , prier avee une ferveur qui les absorbe eniièreonent, et ne leur permet pas de voir ce qui se passe autour d'eux ^PJ. 3o).

Un mois avant Noël , les Calabrais et Iëb Abruzzais désertent en masse leurs montagnes , et viennent , avec leurs cornemuses, fêter les Madones de Naples. Leur costume est à la fois original et pittoresque. Une peau de mouton, à laquelle sont pratiquéÉs]deux ouvertures pour les bras , les enveloppe en guisie de cafetan ; un feutre pointu^ Bioir ou gris , orné jde rubans , couvre leur tête ; des rubans parent aussi leur cornemuse .ou zampogna. C'est avec cet instrument , dont le son monotone est relevé par une clarinette au diapason criard , que , s'arrétant devant cha^ que image de la Vierge, ils jouent le même air depuis des siècles. Moyennant un/e modique rétribution , les marchands s'aboqnent avec eux, et font fêter l'image dont ils ont décoré le fond de leur boutique. Le nombre des lampes est doublé, on Le§ approprie, et une

lut. Le brigand même ne s'en sépara jamais , c'est le rosaire à Ja main qu'il assassine.

Mais pour jouir d'un coup d'œil vnûvient imposant, il faut voir porter le viatique , et pour cda ae trouver dans un endroit spacieux , ou une place; car, dans une rue étroite , il ne fait pas autant d'efiet.Une bannière que l'on porte enavant le fai t reconnaître à Toeil , tandie queleson aigu d'une clochette l'annonee à l'oreille. Il est entouré de prétrea en costujne , et souvent d'une garde d'honneur. L'encens fume devant le eortége, etles fidèles, quele hasard coaduit sur ce chemin , croient qu'il est du devoir d'un chrétien de le suivre ; la ùm\e se grossit ; au bruit de la rue succède tout d'un couple plus grand si» lence.Les marchands deviennent mueiay des milliers de spectateurs se jettent àgenoux , se frappent la poitrine et £oat le signe de la croix ; la garde prend les armes et bat aux dbamps tant que le oortége est en vue. Si c'est le soir, une vingtaine d'hommes portent de chaque côté des fagots entlammés, auxqufels ae

fois par jour a lieu la sérénade. Quelr joignent des lumières que l'on place quefois les musiciens montent dans sur chaque balcon; à l'instant même ^

les appartemens pour fêter la Madona du riche ; alors c'est un véritable concert; cinq ou six instrumens, des harpes , des violons , se joignent à une ipiprovisation que la galanterie du chanteur fiait à la maîtresse du logis. Le jour de Noël, à minuit, tout

et comme par enchantement, la nuit le plus obscure se change en un beau jour; tous les étages sont éclairés , on tire dans la rue une quantité de fusées et de serpenteaux qui pétillent et édatent près du cortège ; la lumi.ère s'étend toujours, on dirait ^qu'dle passe de-

»APt|!S.

. , âe baleea ém bA" con , jusqu'à ce qu enfiii elle se dissipe dans le même ordre, et .que tout reatre dass l'obscurité comme auparavant.

Le désir de voir les prédicateurs de carrefour, dont j'avais epateadu parler, et de m'assurer par moi-même si ce que Ton m'avait dit étaiA conforme à la vérité , me fit chercher roccanon d'as* aister à un de leurs sermons. Dans un ciidroit frès-passa^er, j'aperçus, fin* U>uré d'une foule nombreuse, un prêtre resp^ectaUe débout sur nne plandie cotttenue par deux tonneaux (PI. 3o).

A ses cAtés un fidèle tenait en main une énonne croix qu'il donnait et reprenait alternativement ; tout le mond^ avait chapeau bas.

Le prédicateur parcourant son tré* teau avec autant d'agitation que de r^ularité , ne manquait jamais de partir au commencement dune phrase, et de revenir k la fin, comme le balancier d'une pendule; il faisait tant de gestes, il avait l'air si passionné , qu'on l'aurait cru capable de tout oublier; sa fureur était systématique. Danscepays, j'ai eulieu d'observerque la vivacité des mouvemens n'indique souvent qu'une émotion superficidle. Il avait aussi trouvé une manière de faire de l'eiTet , en ôtant son bonnet carré , et le remettant avec une grande vivacité; son sermon roulait sur le jugement dernier. Improvisant un dialogue entre Dieu ]e père et Jésus-Christ , tour à tour il faisait les deux interlocuteurs. Dieu en courroux , et d'une voix tonnante , accusait

s'énoncer trè&Humvei^ablemêist. 0 prê<> chait sur la pénitence , et avertissait ea mteie temps de la force des mauvais exemples. «Vous autres, gens légers, disait-il , vous pensez en vous-mêmes :

Mon voisin fait ceci ou cela, pourquoi n'enferais-je pas autant? Celui-là reste impuni, pourquoi serais-je plus malheureux quelui 7 Mais avez-vous senti seê remords qui sont plus cuisans que les.

peines corporelles ? Si un insensé se préd pi tait dans les flammes, voudriez-vous vous y jeter après lui?» Tout son ser^ mon était rempli d argumens de cette force, qu'il mettait toujours à portée de sea auditeurs , sans se permettre la moindre phrase qui eût pu n'être pas interprétée au profit de la rdigion.

Le gouvernement a quelquefois eu la plus grande confiance dans le talent persuasif de qudques-uns de ces prêtres; un de ceux qui ont joui de la plus grande considération était le père Rocco dont j'ai déjà parlé, à qui la cour fournissait un équipage afin qu'il put se transporter d'un bout de la ville à l'autre, quand les circonstances l'exigeaient ; car il se faisait non-seulement aimer mais craindre. Il avait acquis sur la multitude un tdi ascendant, que lorsqu'il rencontrait des malheureux jouant les jours de fête, il les frappait violemment avec son crucifix.

L'Italien est plus superstitieux que dévot , quoiqu'il sache que la doctrine primitive de la religion n'admet Cjçrtainement aucune de ces pratiques superstitieuses^ qui semblent être de-

les hommes, que Jésus-Christ défen- puis des siècles la marque distinctive

daitd'mae voix douce et dans le fausset La manoeuvre du bonnet allait son train. Lorsque Dieu parlait , le bonnet était sur sa iéte ; lorsque c'était Jésus-Christ^ il était dans sa main. Enfin , le Christ obtenait notre pardcm.

de ce peuple; Suétone nous apprend que la flotte d'Auguste ayant été dis-r persée par une tempête, et ayant peiv du plusieurs de ses vaisseaux. Tempe?

reur défendit que la statue de Neptune fût portée en procession avec cdlesdes

J'ai entendu un autre prédicateur autres dieux; il pensa que le dieu de lu

mer lui éUnt contraire ou n'ayant pas le pouvoir de le protéger, il était inutile de lui témoigner le moindre respect.

Le Napolitain croit aussi aux rêves , aux pressentimens , enfin à une se-s* conde vue, faculté des imaginations vives, qui trouble souvent les cœurs les plus forts. J'ai vu des hommes jouissant de la réputation d'hommes d'esprit, pleurer, même après leur réveil, l'ami dont ils avaient rêvé la mort.

Loin de chercher à calmer chez eux cette exaltation, ils sont au contraire avides de tout ce qui peut l'augmenter.

Je voudrais que l'impie au cœur froid , à Tàme insensible , pût assister ici à la bénédiction du Saint-Sacrement un jour de fête ; une musique délicieuse se fait entendre derrière l'autel , l'orgue y ajoute ses sons mélodieux, la foule se prosterne au pied du Saint- Sacrement , qui , entouré d'un foyer de lumières , tandis que le reste de l'église est plongé dans l'obscurité, offre un spectacle aussi merveilleux qu'imposant. On sent son Ame s'élancer dans les régions éthérées;une voix ferme, persuasive , nous crie de ne plus douter pour ne pas mentir à nous-mêmes ; et pendant qu'on se livre à cette extase intuitive, la foule qui remplissait ce vaste temple s'écoule peu à peu, sans bruit, sans désordre, et bientôt l'é* glise et ses vastes galeries rentreront dans le silence !

La première fois que j'assistai à cette cérémonie, je restai encore longtemps dans l'église, quand tout fut fini ; je voulais voir en détail ce qu'elle renfermait, je lus une inscription placée sur un monument élevé à saint Janvier, Divo Januario. Je cherchai à m'expliquer comment je trouvais là, dans une église chrétienne, une inscription au divin Janus; je n'étais pas le premier sans doute qu'elle avait frappé

d'étonnement, la réflexion me démontra ensuite qu'elle s'appliquait aussi à saint Janvier ; mais il est évident que le marbre sur lequel elle est gravée a appartenu à un temple profane, elle aura été placée ici à cause de la similitude du nom.

Je visitai ensuite les diverses chapelles de l'église, toutes enrichies de tableaux, peints par les premiers maîtres. Arrivé à celle de la Vierge , j'y vis une jeune fille prier avec une ferveur qui l'empêchait de m'apercevoir, quoique je fusse depuis long-temps auprès d'elleàl'examinerattentivementsjepris le parti de lui parler : Pourquoi, lui disje, ce culte aux images, lorsqu'il serait beaucoup plus simple , et surtout plus conforme à notre religion, de vous adresser directement à Dieu, le créateur de l'univers, le dispensateur de tout bien? — « Mon culte, me répondit-elle, ne » s'adresse point aux images ; j adore

• Dieu, et je m'en acquitte du mieux

• qu'il m'est possible ; mais je ne puis » parvenir à vaincre une certaine timi- » dite en m'adressant à lui ; tandis que » la bienheureuse Marie , étant femme » comme moi, et connaissant mes fai-

. » blesses et mes imperfections, j'é- » prouve beaucoup moins de peine à » lui ouvrir mon cœur. » Puis me conduisant vers un tableau du Gorrège représentant la Madona : « Voyez com- » bien cette figure est douce, combien » elle est gracieuse ! »

C'est ordinairement avec Don Paolo et sa famille que je fais mes courses et mes observations. J'étudie les mœurs du pays ; rien de plus simple que cette manière de vivre ; c'est toujours la na-? ture prise sur le fait. Don Paolo n'a pu renoncer à ses habitudes napolitaines, pas même par son frottement avec les étrangers qu'il aime, et que sa position de chef d'une administration

^"it'iJttit/o/û

NAPLES

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SOUS Murât l'a mis à portée de Toir beaucoup. H se platt, dans toutes les occasions^ de parler ayec enthousiasme et regret de cette époque où il était quasi Français. — «Les Français, me dit -il, ont laissé ici des souvenirs qui t'efiàceront avec peine. Leur caractère

s'occupe des gros détails de la vie ; des hommesbien vêtus, élégansméme, achè* tent et emportent dans des cornets de papier ces alici qu'on crie de toute part. Don Paolo n'a perdu aucune de ces idées qui naissent avec le Napolitain bourgeois; souvent il achète son

^î et insouciant a infiniment plus d'à- poisson lui-même, et se donne la peine nalogie avec le nôtre que celui flegma- de le porter à sa servante; s'il a soif,

tique des Anglais et des Allemands; aussi la fusion s'est- elle opérée sans efibrt. Gomme administrateurs, ils ont régénéré le pays qui s'était engagé dans une fausse voie, ils ont créé des institutions que notre grand Médici s'est bien donné de garde de renverser; comme individus, on leur rend la justice de dire que fort peu se sont enrichis. La plupart occupaient des em-

il s'arrête devant un marchand d'eau, n est vrai que tout le monde en fait autant, et que rien n'est si commode; hommes , femmes) , peuple ou gens bien mis, tous boivent à l'acquajolo.

Pour moi, fidèle à mes habitudes parisiennes > je proposais d'entrer dans un café prendre quelque rafraîchissement , car je n'aurais jamais eu l'idée d'étancher ma soif à si bon marché ,

plois très «lucratifs, et gagnaient avec lorsque j'en fus détourné par la fille facilité un argent qu'ils dépensaient de Don Paolo , à qui je donnais le bras.

de même. Rien de plus brillant que la cour, où Murât avait introduit un luxe oriental. Le numéraire restait dans le royaume, on vivait dans l'abondance; tout a fini, et cet heureux temps se

— «Pourquoi, me dit-elle, nous priver de l'air si nécessaire dans ce pays , et nous renfermer dans un salon pour boire une limonade que vous payerez fort cher, tandis que la même, à peu

nomme aujourd'hui l'occupation mi- de chose près, vous est ofierte pour

litaire. » moins d'un souPVenez, je veux triom-

Un soir nous faisions une prome- pfaer de vos préjugés.» Je me laissai en-

nade dans la rue Toledo, toujours traîner, et pendantqu'ellefaisaitprépa*

pleine , toujours encombrée de prome- rernotrelimonadej'examinaislasingu-

neurs , surtout le vendredi , jour où les lière machine que j'avais sous les yeux,

pécheurs de tous les points du rivage Rico de plus brillantquel'étalaged'un

se réunissent pour vendre des alici ^ acquajolo ou marchand d'eau (P1.3i).

ou petites sardines fort délicates et Sa table a l'air d'un autel , et presque

sans écailles, qu'ils annoncent au aussi parée. Les couleurs en sont vives,

public par des cris à tue -tête. A cette heure la rue Toledo n'a rien qui parle à l'imagination ; c'est en vain "que Ton voudrait se monter la tête et prendre chaque glapissement des crieurs de toute espèce pour les chants hannonieux du Tasse , malgré soi Ton est forcé de voir dans le positif du présent se perdre toutes les illusions poétiques* Ici tout le monde

le devant et les côtés sont ornés de sujets tirés de l'Écriture sainte. Il en est qui représentent Moïse dans le désert, faisant jaillir l'eau du rocher, avec cette légende : Bibat populus , que le peuple boive. Quatre colonnes dorées soutiennent une espèce de dais orné de branches de feuillages et de banderoUes de toutes couleurs ; dans le haut est un ornement singulier et ri«

^ riTALIE.

dicule , icpii consisU en deux ^aios , un acquajolo qui a donné à sa fiile udb

dont l'iuie met le pouce entre les deux premiers doigts de l'autre. Les mains et le dessus du baldaquin sont peints et ornés d'images de saints avec la Madona ed il bambino , et à leurs pieds le peuple en adoration. Sur ce haut et massif édifice sont groupés des tas énormes de citrons et d'oranges , des ustensiles en cuivre resplendissant de propreté, des Terres de toute dimension , des bocaux de cristal, contenant de petits poissons rouges, des aiguières pour Calqua di sam~ bucco au goût d*anis , le tout éclairé par une vingtaine de lanternes , aussi artistement arrangées que le reste de l'étalage.

L'eau est contenue dans une bouteille de métal au long col , et surtout à la large base , placée dans un baril dont l'intérieur est garni de liège et de goudron ; la neige s'introduit dans la partie inférieure du baril , qui est soutenu par les deux colonnes latérales , et auquel on imprime un mouvement rapide et continuel qui communique à l'eau cette fratcheur de glace.

11 faut voir avec quelle dextérité le marchand fait tous les mouvemens.

En un clin d'œil il coupe son citron, en exprime le suc avec une tenaille en cuivre, remplit son verre, présente à boire , reçoit l'argent , rend la monnaie , tout cela en moins de temps que jjs n'en mets à le dire.

1 a Avouez , me dit Antonia , qu'ici , où l'air volcanisé dessèche nos poumons , nous sommes trop heureux de trouver à chaque pas un rafraîchissement simple , mais nécessaire ; aussi personne ne le dédaigne ; nos belles dames même font arrêter leur voiture et boivent la modeste limonade du Tendeur d'eau. Pour donner une idée

dot de 13,000 ducats (5o,ooo francs).

Outre ces boutiques, il y a encore des marchands d'eau qui courent la ville , en criant toute la journée , acqtial Os ont également trois ou quatre verres très - propres attachés à leur petit tonneau. »

Je la remerciai de m'avoir fait surmonter une fausse honte , et de m'avoir initié aux jouissances de l'eau glacée.

Elle m'apprit encore que la neige était à Naples une denrée de première nécessité. — « Le peuple se passerait plutôt de pain ; aussi le gouvernement en a fait l'objet d'un monopole dont il retire 5o,ooo ducats par an. Tous les trois ans il passe i^n bail avec un entrepreneur. Celui-ci est tenu d'avoir des approvisionnemens , de deux ans sur les montagnes et de deux jours dans la ville. L'infraction à ces clauses entraînerait une amende pécuniaire pour la première fois , la seconde fois la prison , . et pour la troisième ces deux punitions , et de plus la résiliation du bail. »

« Il est rare de voir tomber la neige à Naples , continua-t-elle \ mais sur les montagnes environnantes, à Castellamare et à Saleme, elle tombe en abondance chaque année. L'on a creusé sur ces montagnes des fosses dans lesquelles on la conserve, en la recouvrant de feuilles de châtaigniers , puis d'une forte couche de terre. Dans cet état elle acquiert une dureté tdle, qu'il faut une pioche pour la rompre.

On la sépare en gros blocs qu'on enveloppe d'une natte grossière., et des barques nous la transportent la nuit.

Le fermier la fait ensuite distribuer aux divers entrepôts de la ville , 'qui doivent avoir sur leurs boutiques un

de ce 4{u'il peut vendre , je vous citerai écusson royal pour constater leur droit

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