‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 4 sur 39 · DE LIVOURNE A NAPLES · texte numérisé non relu

DE LIVOURNE A NAPLES

plusieurs que les papes ont fait refaire.

Le navire fuit; nous sommes , par le travers de Rome, à Fiiimicino, jolie petite ville moderne, qui a un quai et un môle, surmonté d'une tour et d'un fanal. Un remous bien prononcé dans les eaux se fait remarquer. Il est occasioné par lembouchure du Tibre , ce fia\fus Tiberinus de Virgile dont les flots refoulent les vagues et les jaunissent.

Le voilà ce Tibre, autrefois couvert de vaisseaux, bordé de palais! fleuve propbëte par lequel les Romains jugeaient et le bien et le mal , en cherchant des présages, même dans ses inondations! qui peut-être sous ses flots livides cache les plus beaux monumens des arts ! Tant de gloire a sans doute fatigué le temps. Autrefois cette embouchure était à Ostie; la mer bat ^ lait ces murs et ceux de Porto, et formait entre ces deux villes une espèce de golfe en demi -cercle; elle s'en est retirée peu à peu jusqu'à Fiumicino, ne laissant dans cet espace qu'un terrain aride et inculte.

Il ne reste de ces deux villes que des débris de théâtre, d'amphithéâtre et de portiques, servant à attester encore leur ancienne grandeur et leur magnificence.

A Ostie les Romains creusèrent leur premier port, et d'Ostie sortit cette flotte sous les ordres de Duilius , qui apprit à Rome qu'on pouvait aussi vaincre les Carthaginois sur la mer.

Là débarquèrent Régulus à son retour d'Afrique , et Caligula lorsqu'il vint prendre possession de l'empire.

Quelles pages occupe toute cette rive dans l'histoire ! Gomme dans toute 11talie le souvenir de ce peuple géant règne seul à travers les siècles, et survit encore aux peuples qui l'ont vaincu! Nous venons de dépasser

Porto d'Anzio , qui a remplacé Antium, capitale des Volsques, au commencement de ces marais Pontins pestilentiels qui tirent leur nom de Pometia , cité antérieure à Rome, et qui n'existe plus.

Sur cette grève où s'élève aujourd'hui la tour d'Astura, était autrefois un petit port où Gicéron s'embarqua pour se rendre à sa villa de Formianum^ près de laquelle il fut assassiné. Dans ce même lieu , Conradin fut surpris et arrêté victime de la trahison de Fran* gipani , seigneur d'Astura , chez qui il était venu chercher un asile.

Enfin voici Terracina , dernière ville sur la plaide et lisière maritime des états pontificaux. C'est ici que commence vraiment le Midi.

Fondée par les Volsques, sous le nom à'Anxur^ et plus tard, recevant des Grecs celui de Trachina^ elle enclavait dans son contour une portion de la colline qui la borde au sud, et qui maintenant est couverte d'orangers, de citronniers et dç cactus. Les Romains en avaient fait un lieu de délices.

' Horace , dans son voyage de Brindisi, n'a garde d'oublier Anxur.

ImposUum UUe taxis eandenlibus Anxur.

Hoa.,ia<. y, »». 36.

Et nous ytmes d* Anxur 8*éleyer le rocher. Trad. de JOaru.

Qu'est devenue tant de splendeur?

Terracine est aujourd'hui un relai de poste.

Ne vous livrez pas , me dit Edouard, à d'inutiles regrets sur les révolutions que le temps peut amener. Vous n'en êtes qu'à la première page de votre voyage , et d'autres émotions vous attendent. Vous parcourrez des plages désertes où furent autrefois des peuples vaillans ! Des villes entières ont

disparu cle la surface de la terre , et c'est la pioche h la main qu'on parvient à en retrouver les vestiges. D'autres , dont il ne reste , et de leur puissance et de leur fortune, que quelques pans de murailles recouverts de lierre et de plantes parasites , Cumes , Herculanum, Pompeï , sont là pour émouvoir votre âme , et donner carrière à votre imagination. Hélas ! un sort pareil est réservé peut-être aux nations qui foulent aujourd'hui le sol de l'Europe!

Nous touchons à Monte- Circello, promontoire élevé, à l'extrémité des marais Pontins. Les lagunes dont il est environné peuvent aisément le faire prendre pour une île : c'est ce qui aura donné lieu à la fiction de Virgile; et, d'après lui , à Terreur d'autres auteurs qui ont voulu y reconnaître la fameuse île de Circé.

Ici finissent les plages romaines , bas -fonds redoutés des navigateurs, et où la lame trop courte dans les gros temps donne aux navires des ressacs qui les fatiguent. Cette raison est une de celles qui ont fait abandonner tout ce littoral. Les bateaux plats des Anciens y manœuvraient à l'aise; mais nos bâtimens modernes , avec leurs quilles tranchantes, y seraient exposés ' à de trop grands dangers.

Ces observations terminèrent uneconversation assez longue entre Edouard et moi , dans laquelle nous avions , après bien des points débattus, cherché à examiner si , à l'aide de bonnes lois , et profitant de la position de Cività-Vecchia, on ne pourrait pas y faire prospérer le commerce, en faisant de cette ville im entrepôt général ; mais ce plan ofirirait des difficultés insurmontables. Cività-Yecchia, Porto Ërcole et autres ne peuvent être que des ports de sauvetage, un refuge

contre la tempête pour les bâtimens marchands.

Nous parlions encore quand un incident raniena^ mon attention sur le navire.

L'on avait amené le pavillon en signe de salut. Capitaine et matelots, tous s'agenouillaient sur le pont , en se signant, le regard fixé sur le sommet d'une colline qui se dessine en festons. Le moment était peu favorable aux questions; comme étranger, Edouard ne pouvait m'étre d'aucun secours ; ma curiosité était trop excitée pour m'arréter à de vaines considérations , et je pris le parti de m'adresser à un gros moine, véritable type du couvent, qui s'était déjà montré obligeant et joyeux compagnon. De la meilleure grâce du monde il voulut bien me donner les détails que je désirais.

— « C'est l'église de la Trinité que l'équipage vient de saluer avec tant de vénération, vous l'apercevez sur ce rocher. Elle est hors de la ville de Gaëte, bâtie à l'est , sur le versant de cette montagne. Le jour de la mort de N. S., ce rocher se fendit en trois parties , en l'honneur de la Sainte - Trinité ; un gros bloc, tombé dans sa principale fente, s'y arrêta et servit de base à une chapelle du Crucifix , fort petite à la vérité, mais fort élevée, sous laquelle vient se briser la mer. Cette chapelle, des plus anciennes , fut rebâtie en 1 5 1 4, par Pietro Lusiano de Gaëte. Elle est le seul exemple, même dans ce pays de merveilles, d'une construction aussi hardie, et dans une situation aussi étonnante. Pour la préserver d'être engloutie dans l'abime sur lequel elle es^t suspendue, on l'a assujettie par de fortes chaînes en fer qui la retiennent, mais ne l'empêchent pas d'être balancée par la vague.

» Elle est en grande vénération dans

DE LIYOURNE A NAPLES.

le royaume, et les fidèles y accourent de toutes parts , chargés de riches offrandes.

» L'on TOUS montre sur une des parois de la grotte l'empreinte d'une main ; celle d'un Turc qui avait blas* phémé en la frappant. Sa main y resta attachée , jusqu'à ce qu'il eût abjuré ; converti à la foi chrétienne , elle lui fut rendue, mais l'empreinte en est restée pour éteraiser le miracle.

» On y lit un distique latin qui le rappelle et l'explique : »

Improba mau ¥emm renuit quodfama fatetur Cndere^ ai hoc , tUgitis^ taxa liquata probattî.

Cette Ame impie nie la vérité d'an fait qae la renommée confesse , mais le rocher ramolli Fartteste par une empreinte miracalense.

Nous commencions à distinguer Gaëte. Le spectacle majestueux du golfe fournit au moine matière à déployer son érudition.

— «Voyez à cAlé de pauvres maisons blanches, ces ruines imposantes de constructions romaines. Là est cette formianum , lieu de retraite de Cicéron, où venaient se délasser quelquefois Scipion et Lélius : à un mille et demi dans les terres, l'on vous montrera un tombeau, qui marquerait la place où fut assassiné Gicéron , lorsqu'il fuyait les fureurs d'Antoine. Ces temps virent aussi leurs jours de proscri ption !

» Le fort de Gaëte, dont les fondations furent jetées par Antonin le Pieux, est un demi -cercle, ouvert seulement du cAté de l'est , et revêtu de beaux quais garnis d'artillerie, avec quelques ouvrages avancés dans la mer. Ce fort, au-dessus de la ville, fut construit sous Frédéric II et Alphonse d'Arragon, et augmenté par Ferdinand et Charles -Quint, leurs successeurs. Ce dernier, en entourant

Gaëte de fortes murailles, la rendit une des clefs du royaume. Il la fortifia tellement, que jusqu'en 1807 elle fut regardée comme inexpugnable du côté de la terre. A cette époque elle fut prise par les Français , commandés par Masséna. Un autre siège, soutenu en 181 5 contre les Anglais et les Autrichiens réunis , en a fait un monceau de ruines.

a L'on a conservé dans une des chambres du château les restes du connétable de Bourbon , tué au siège de Rome en 1 528; jusqu'à ce que, en 1767, Fer-' dinandP'. les ait fait ensevelir avec toute la pompe due à un prince de sa maison.

• Le clocher de la cathédrale, dédiée à saint Érasme , est remarquable par sa hauteur et par son élégante construction. La ville le doit à Frédéric Barberousse. On conserve dans cette église l'étendard donné par le pape Pie Y, à D. Juan d^Autriche , et un superbe tableau de Paul Yéronèse ; elle renferme en outre une des colonnes du temple de Salomon, et autrefois on y voyait un baptistère en marbre de Paros, sur lequel est sculpté Bacchus que Mercure remet , au moment de sa naissance , entre les bras dlno. Ce bas-relief de Salpion l'Athénien a été depuis peu transporté dans le musée de Naples, où il est connu sous le nom de Tazza di Gaeta,

a A côté d'une des petites portes est un groupe antique fort bien composé.

La figure principale est un vieillard qui pose le pied sur un chien couché en partie sur une tète de mort. Un serpent se tortille autour de la jambe et du corps du vieillard, et a la tète posée sur la sienne, qui est surmontée d'un aigle. Ce groupe emblématique représente la vieillesse, qui, malgré la vigilance et la science des méde-

cins , De peut recaler le terme de la mort.

» Gaëte était autrefois indépendaDte S0U8 la domination de ses ducs , famille ancienne et puissante , qui a fourni à l'église le fameux cardinal Gajétan, Boniface VlII. Elle fut réunie au royaume de Naples , et ses princes reçurent en échange des terres dans l'intérieur.

» Remarquez qu'elle est encore plus ancienne que Rome, puisqu'Énée en fait le tombeau de sa nourrice , et lui donne un nom qui l'a illustrée à jamais.

Tu quoque Uttoribus luutris , £neia nutrix , JSUemam moriens/amam t Caj'eta , dedUti i £$nunc tenmt honot tedém tuut , attaque nomen JUespen'd m magnd , ti quà ett ea gloria , signât» (iEneid. ,/i^. VII,(^. x.)

Et toi , de mon héros noarrice bien aimée , De nos bords , en mourant , ta fis la renommée, P Caiéte ! et ton nom protège ton cercueil , <)ae Tantiqae Hespérie honore avec orgueil. ( Trad, de DeliUe.)

» Sur le sommet de la colline est le mausolée de Lucius Munatius Plancus, fondateur de Lyon. Il date de seize ans avant l'ère chrétienne. Une fausse interprétation de l'inscription avait fait croire que c'était un temple à Saturne ; mais sa forme ^ semblable au monument de la famille Metella à Rome , a prouvé que ce n'était qu'un tombeau.

Le vulgaire, l'appelle la tour de Roland. »

Je remerciai le moine de sa complaisance. Commandi il suo senn), « Ordonnez à votre serviteur » , me répondit-il. Cette formule est très-usitée à Naples , m'a-t-on dit.

J'avais écouté avec la plus vive attention ce récit, qui m'avait fort intéressé. Les Italiens aiment à parler de leur pays , dont l'ancienne gloire semble rejaillir sur eux, et dont il n'est pas un

coin de terre qui n'ait inspiré des chants aux poëtes. Les vers latins qu'il m'avait récités avec sa prononciation italienne, produisirent sur moi un efiet singulier. Cette prosodie n&turelle et fortement accentuée , cette vibration de syllabes pleines et sonores, ces u changés en ou^ tout leur donnait une harmonie qui m'était inconnue; je crus entendre du latin pour la première fois , prononcé par Virgile lui-même.

La place se déroule en demi -cercle et nous permet de distinguer Mola dl Gaëte, gros bourg bâti sur les ruines de l'antique Formie, ville des Lestrigons dont parle Ovide, et qui possédait un port dont les ruines subsistent. Elle fut détruite en 856 , par les Sarrasins, et ce sont maintenant des pécheurs qui habitent Mola.

Horace estimait les vins de Formie à l'égal de ceux de Faleme.

Au delà , à environ trois milles dans les terres , sont les marais de Mtntumes. L'imagination s'élançant dans les siècles reculés, évoque Marius.

Elle voit cet homme audacieux , obscur plébéien , devenir l'arbitre des destinées de cette ville qui dicta ses lois aux nations. Elle le voit fuyant à son tour les proscriptions de Sylla, et à Mintumes terrifiant de son regard et de sa parole le Cimbre envoyé pour l'égorger; elle le suit encore aux ruines de Carthage, et prononce ce vers :

Et ces denz grands débris se consolent entre eux !

La manœuvre du bâtiment nous porte au large, et nous fait rabattre sur un archipel dont les îles , de formes variées, découpent admirablement Thorizon , Ponza , Palmarola , Zannone , Ventotena et S^. Stefano. Pline nomme ces îles Œnotrides. Elles ont été successivement habitées par les Tyrrhéniens et les Grecs.

DE LiyOURNE A NAPLES. 7

Ponza, la plus considérable, a quatre trémité du port, est atteDante à !a milles de longueur ; sa partie la plus forteresse où sont renfermés les forlarge n'a qu'un mille, dans quelques çats ; on y va par une promenade puendroits même , une centaine de pas. blique qui sert de toiture à une ligne Son nom latin , Pumex, « pierre- de maisons creusées dans la terre. La ponce » , indique une origine Tolca- ville peut contenir environ trois cents nique, prouvée à chaque pas par des habitans, presque tous pécheurs. Le amas de tuf, ainsi que par des bandes reste des insulaires, cultivateurs, véde scories et de lave. Une vieille tradi- ri tables troglodytes, habite le creux tion l'a aussi désignée comme l'île de des rochers , dans des grottes fort Circé. propres et blanchies au dedans. Ces

C'était au temps des Romains , ainsi grottes n'ont pas la moindre bumidi*

qu'aujourd'hui , un des lieux d'exil de té ; avec des pâturages , ils n'élèvent

ceux qui encouraient la disgrâce des point de bestiaux, se contentant du

chefs du gouvernement. Tibère y exila produit de leur pèche qu'ils exportent

sa mère et sa sœur Julie, ainsi qu'un àNaples.

fils de Germanicus qu'il y condamlaa à Palmarola et Zannone , toutes deux

mourir de faim. Caligula y relégua sa inhabitées, sont des dépendances de

sœur Livie; et Domitilla, parente de Ponza.

Domitien , y fut martyrisée pour avoir Ventotena , l'ancienne Pandataria^

embrassé la religion chrétienne. Au- où Tibère exila Agrippine, est à vingt

jourd'hui l'on y déporte les criminels milles à Test ; elle n'a qu'une lieue et

d'état, qui y sont soumis à la surveil- demie de circuit. Long-temps restée

lance sévère du commandant de la gar- inculte par la crainte qu'inspiraient

nison. les pirates africains, elle n'est peu-

Leportestgrandetprofond,etpeut plée que depuis un demi-siècle, par contenir plusieurs vaisseaux de guerre, une colonie que Ferdinand !•'. y ins- Lesbâtimens marchands y trouveraient tala, et qu'il fit venir de la Torre un abri commode; mais, à cause de delGreco, petit pays ^u pied du Vêla quarantaine, ils préfèrent, en cas de suve. Sa population s'élève aujourgros temps, se réfugier à Gaëte, où d'hui à cinq cents âmes, l'eau y est est organisé un bureau de santé. - saumàtre et mauvaise et le vin mé-

L'ile,peuboisée, est assez bien cul- diocre; en revanche, on y peut faire

tivée sur les points qui en sont sucep- bonne chère. Dans la saison de la chas-

tibles , sa partie escarpée est plantée se , qui se renouvelle deux fois par

de vignes. Les oliviers^y sont en petit an , en mars et en septembre , les

nombre ; on y trouve aussi des cactus , cailles y sont très - abondantes ; à ces

cette végétation de l'Afrique, si com- époques , Ventotena et les îles en-

mune en Italie. vironnantes sont couvertes de filets

L'antiquaire s'arrête avec intérêt de- avec lesquels on les prend par milliers

vant un aqueduc en fer à cheval d'en- pour les porter sur les marchés de

viron trois mille pieds de contour, Naples.

quelques pans de mur, et des bains C'était encore mon moine qui me

ayant des marches qui avancent dans donnait tous ces détails; il était en

leau . verve , e t , avec son urbanité ordinai re ,

• La maison du gouverneur, à Tex- me faisait les honneurs de son pays.

Cicérone babile, il dirigeait mes observations. C'est ainsi qu'il me donna, sur un petit rocher qui eut pu passer inaperçu, quelques notions intéressantes. Ce rocher est Santo Stefano, le Botany-Bay du royaume, que son isolement complet au milieu de la mer, ses roches vives et à pic , et surtout son sommet plat, sur lequel on a construit des bastions, ont fait choisir comme lieu d'exportation pour les prisonniers d'état^ condamnés à une prison perpéluelle.

Jschia nous apparaît au lar^^e, comme un massif blanc, et de toute part inaccessible. L'oeil s'arrête d'abord sur l'Ëpomée , ancien volcan , et le point le plus culminant de cette terre de merveilles. Les yoilà réalisés ces contes fabuleux de la lutte des géans contre les dieux ! cette allégorie , cette allusion aux phénomènes volcaniques I Ischia doit sa formation à cette force gigantesque qui entasse monlagne sur montagne. L'imagination la plus vive succombe à l'idée que des masses aussi énormes aient pu, par la seule action du feu, se soulever et s'amonceler au point de former une lie aussi considérable.

De toutes les éruptions qui ont concouru à la formation de l'Ile , car tous les historiens anciens et modernes s'accordent sur ce point, celles qui ont éclaté du côté du midi , et en partie vers l'est, doivent avoir été les plus fortes et les plus terribles ; aussi la masse principale et la plus grande partie du terrain se trouve- 1 -elle de ce côté.

On a souvent agi té la question de savoir si Procida, séparée d'Ischia par un canal qui donne libre passage aux petits bâtimens, s'est jamais trouvée en contact immédiat avec cette tle et le continent. Des naturalistes et des

historiens , parmi lesquels se trouvent Pline et Slrabon , partagent cette opinion; ils veulent qu'elle en ait été séparée par l'action du feu et celle de l'eau.

D'autres , au nombre desquels , à la vérité, on ne compte pas des noms aussi illustres, invoquent en faveur de l'opinion contraire un examen attentif et exact des lieux. Us comparent les couches du sol , les anfractuosités de la côte, et les trouvent si différentes, qu'ils concluent à l'impossibilité. Eln eOet , l'empreinte d'un déchirement aussi violent , résultat d'une convulsion volcanique , quoique dénaturée par le temps et par les vagues, n'aurait pu l'être au point qu'il devint impossible d'en reconnaître les traces : ces traces se retrouvent en examinant Guevara, îlot attenant à Procida, où l'on est forcé de reconnaître une agglomération antérieure.

A mesure que nous avançons , TÉpomée semble s'afiaisser; l'île grandit, elle viejit à nous ; ses sinuosités se dessinent , chaque minute fournit sa perspective; quel aspect saisissant et pittoresque! quelle nature neuve! quels riches contrastes! A côté d'un sillon de lave , des massifs d'arbres robustes et verts; puis, quand on détaille les merveilles de cet amphithéâtre, des maisons blanches , des églises , des chapelles élagées sur la montagne, et adossées à un mur de lave noire ; partout , sur ce sol de volcan , des jardins , des bosquets et de vertes avenues; et , pour encadrer ce tableau , une mer calme qui en baigne le contour.

Au sortir du goulet, nous rangeons de très -peu le cap Misène* Ce nom lui fut donné par Enée , qui y déposa les restes de son compagnon.

En suivant les sinuosités de cette baie , nous voyons Baïa , ses temples ,

Page 1