CAPRI
travail de llioxnine. La dëeoiiyerte qui levis , et à la beauté du point de yne
y fut faite d'un bas-relief mithriatique, jointe à ce nom même de Matromania , autorise la conjecture qui place en cet endroit un sanctuaire de Mitbra plutôt qu'un temple de Cybèle, quoiqu'on sache qu'à une certaine époque le culte et les mystères de ces deux divinités y l'une et l'autre empruntées de l'Asie , aient été souvent associés ; il parait doncqu'en ce temps, où la petite lie de <]apri était d<evenue le séjour de Tibère, toutes les superstitions de la terre s'y trouvaient entassées avec tous les excès du pouvoir. La nature a repris tous ses droits dans cette grotte, jadis consacrée à un culte profane ; audessus , un ermite a planté encore sa cellule, comme s'il ne pouvait y avoir aucun lieu usurpé par quelques superstitions antiques que le christianisme n ait voulu purifier. »
Nous nous dirigeAmes vers les rochers d'Anna Capri ; de prime-abord , et vu de loin, ce lieu me parut si périlleux que j'hésitai quelques roomens.
Cinq cent trente-cinq marches à monter , et quelles marches ! taillées dans le roc, et au-dessous des précipices affreux ! Quelques jeunes filles , des corbeilles sur la tête, et qui descendaient lestement, me firent rougir de ma crainte ; j'avançai , et , à mon grand
majestueux que je découvre , se joint celle d'une plaine vaste et semée de maisonnettes blanches d'une propreté remarquable , et de champs couverts de verdure , de jardins et de sentiers. Au-dessus de ma tète est encore le mont Solaro , dernier plan ou attique de cet édifice. Sons mes pas résonnait le terrain creusé en dessous par la mer, que j'apercevais ici dans toute son immensité, mon œil suivait toutes les sinuosités des golfes devant lesquels j'avais passé il y a quelques jours, et enfin les îles m'apparaissaient comme autant de parcs à l'anglaise ; la petite ville de Capri , les vignes , les oliviers , les campagnes et leurs rochers aigus , formaient une carte de géographie en relief, devant laquelle je restai quelques minutes en extase.
L'on a peine k comprendre comment une plaine si riante, une pelouse si fraîche, peuvent être suspendues à cette hauteur. A Anna Capri plus d'antiquités, on m'y conta le débarquement miraculeux des Français en 1808.
Le colonel Hudson Lowe commandait la garnison anglaise qui occupait l'fle. Fortifié sur tous les points accessibles , il se croyait dans une position inexpugnable. Au premier signal de Murât , alors roi de Naples , une poi-
plaisir, je vis un mur à hauteur d'ap- gnée de Français , sous les ordres du
pui qui garnit cet escalier et sert de rampe ; la fatigue seule était h craindre, et de fait elle est grande ; cependant je l'oubliai par la contemplation des points de vue que chaque pas me faisait découvrir. Les femmes qui des-
lieutenant général Lamarque, escalada pendant la nuit les rochers à pic d'Anna Capri. Des canons furent hissés sur cette plate-forme, et braqués sur la ville de Capri. Lelendemain , au point du jour, les Anglais virent le drapeau national
cendaient avaient un je ne sais quoi de comme suspendu dans les nues , et les grec dans leur pose et dans leurs mou- braves qui les foudroyaient , à qui ils
vemens, qui me donnait une idée favorable de ce que j'espérais trouver une fois au but de ma course. Enfin , à la dernière marche, je franchis un pont-
furent forcés de se rendre. Les habitans prenaient plaisir à me montrer la place des canons.
Sur ces roches si âpres , l'on ne sait
ce que Ton doit le plus admirer , ou de la vue qui se découvre ici dans toute sa maguificence, ou de la hardiesse de riiomme qui sut se frayer jusqu'à ce petit coin de terre une voie si périlleuse. àSur une pointe du rocher, l'on me montra une immense enceinte d'un château bâti au temps de Frédéric Barberousse , encore flanqué de tours et occupé par une garnison d'invalides.
Ce monument gothique, en face du palais de Tibère, met en présence deux civilisations tout entières; l'antiquité et le moyen âge, entre lesquels s'étend un intervalle.aussi profond que l'abîme réçl qui les sépare.
. Me souvesia^nt .qu'Auguste prenait plaisir ^ux. ex^qci.ce$ de la jeunesse de G^pri, jl itfe sembla piquant de pa^ rodier: un. .empereur rômaiii. En conséquence je me procurai une chaise sur laquelle je m'assis gravement , et je proposai une course entre quelques jeunes gens. Une ligne tracée par moi fut le point de départ , un arbre désigné l.e but, et quelques ^ram devaient: être la récompense du vainqueur. C'était absolument les jeux gymniques des Grecs, dont mes héros n'avaient conservé que la nudité. Qu'il faut peu de chose pour se faire bénir par le pauvre ! Au bout/d'une heure j'avais acquis l'amitié • de toute cette
d'Azur, découverte faite depuis six ans par un étranger qui se baignait ; apercevant une cavité assez profonde sous un rocher, il eut la curiosité d'y entrer au risque de ce qu'il y trouverait ; il en sortit émerveillé, et racontant ce qu'il avait vu, il inspira le plus yif désir d'aller vérifier si son récit n'était pas fabuleux.*
J'avais aussi le dessein d'aller visiter Pestum : jusque-là aucun plan n'avait été arrêté ; j'hésitais pour savoir si je m'y rendrais par. terre ou par mer. Je -mis. fin' à -mes. incertitudes, et je m'arrêtai à ce dernier parti. Je louai une barque partant le lendemain pour la Calabre ; par nos accords, il était convenu que je pounrais visiter la côte , et •y em.plpyer le temps nécessaire. Comme il faut voir la grotte d'Azur par une journée claire et sans nusige, j'allai achever ma nuit dans la seule espèce d'auberge qui existe dans la ville , et y attendre le lendemain.
Au lever du soleil, je me jetai dans inon gros bateau, suivi par un autre plus petit qui devait nous servir pour entrer dans la grotte , mais sur lequel on ne se hasarde pas de faire le trajet* La grotte d'Azur (PI. 34) est à un mille et demi de Capri , du côté ouest de la Marine: cette caverne immense, de forme circulaire, est souvent visitée par les
population. C'était^ à qui me le. prou- curieux , qui , comme moi , sont obligés
verait : l'un m'apportait . des cailles ,d^ se placer sur la petite barque avec
toutes vivantes * prises dans* les -filets laquelle ,on ne peut ectrer que par un
qui couvrent rtle à cette époque, un temps câline, et en passant sous une ou-
autre me fît don de quelques oiseaux ,verture cintrée de trois à quatre pieds
au joli plumage ; mais dans.ma haine .de haut«et/de la largeur du.batelet : ce
pour la tyrannie et ppur les; tyrans •, qui.djsibprd fait craindre de ne rencon-
excitée encore piSgr l'aspect .du lieu où trer qu'une obscurité complète; mais,
jeme trouvais, jcm'empressai de leur au contraire, lorsque le ciel est sans
rendre la liberté.
Redescendu des hauteurs d'Anna Capri à la Marine, je voulais payer mon tribut de curiosité à la grotte
nuage; Fqn est enviroimé d[une lumière éblouissante, et qui serait insoutenable si elle n'était tempérée par sa teinte du plus beau bleu. Peu à peu
/joia di Ca^ri .
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GAPRI.
l'odl s'accoutume à cette clarté magique, et c'est alors que Ton admire à son aise la beauté de ce bain gigantesque et féerie, dont les contours resplendissans donnent l'idée d'un palais enchanté. Pour peu que l'on fût romanesque, on serait tenté de croire qu'une élégante néréide en a fait son boudoir.
Plos tard je m'expliquai ce phénomène : jamais la moindre oscillation ne vient ici altérer la surface de la mer. Un côté du rocher qui sépare cette •grotte de la pleine mer, ne descendant qu'à fleur d'eau, la lumière j'arrive d'une manière horizontale , en traversant toute la masse de cette eau bleue de la Méditerranée , qui fait ici l'office du verre coloré, teignant de
servi , comme on veut le faire croire , de communication avec une villa de Tibère ou de Julie. La masse supérieure du ro« cher me semble trop considérable pour avoir pu être percée. On a pu venir pren« dredes bains danscettevoùteenchantée; mais en admettant même des restes de fabrique, nul doute que cette grotte ne soit l'ouvrage delà nature. Sa situation , à la base d'une énorme roche perpendiculaire , et la petitesse de son entrée , avaient, par la difficulté des abords, empêché qu'on y pénétrât ; ou plutôt son existence était soupçonnée; mais une superstition populaire , qui la peuplait d'esprits , en écartait les curieux.
Je m'amusai à laisser tomber dans
ses couleurs le jour qu'il transmet. La cette eau quelques cailloux que je
voûte, couverte de stalactites , contribue encore à cet éclat. Toutes ces combinaisons produisent un efièt de lumière le plus surprenant que j'eusse vu, et dont je ne puis donner l'idée
trouvai par hasard dans le bateau ; ils descendaient très-lentement. Mon œil en les suivant les voyait environnés d'un reflet argenté ; ils mettaient quinze secondes à peu près pour atteindre le
qu'en le comparant à celui produit par fond, où je les distinguais encore parles bouteilles de cristal pleines d'eau faitement.
azurée qui décorent nos pharmacies, et derrière lesquelles on aurait placé une lumière.
Quelques personnes veulent que l'on ne puisse parvenir à lex trémi té de cette grotte, à cause d'un reste de maçonnerie antique qui forme obstacle; ne l'ayant pas parcourue en entier, jen'oserais l'affirmer, cependant je doute que cette maçonnerie existe, et qu'elle ait
Ce n'est pas sans une espèce de danger que l'on visite cette grotte, car si, dans le moment où l'on y est, un vent d'ouest venait à s'élever subitement , on risquerait d'y demeurer prisonnier tout le temps qu'il soufflerait.
Je ne dois pas oublier une espèce d'écho qui dénature la voix au point de ne pas reconnaître celle de la personne qui vous parle.
3i L'ITALIE.
KAiiA, AMA&ri, iA&XBirS, VXSTUK, SBOU, &A OATA, btc.
Je partis de Capri à dix heures du matin, et me yoilà une autre fois en mer. La vie d'un voyageur est ayentureuse; laisser le bien-être pour des privations, un bon dîner pour un mauvais^ telles sont les chances que court un homme voué à une vie nomade , tout cela pour aller chercher des notions nouvelles et revenir en faire part à des personnes qui ny attachent souvent que peu d'importance.
Je devais débuter par Massa ^ située sur la pointe de la Gampanella , autrefois promontoire de Minerve.
Massa était déjà célèbre dans les anciens âges ; alors , comme aujourd'hui , elle donnait son nom au pays qui touche au Promontoire. Des écrivains nous disent que deux femmes portèrent le sceptre et régnèrent sur cette portion du continent, et sur la ville , où du temps d'Ulysse il existait une ac<'idémie renommée pour ^éloquence et les sciences qu'on y enseignait, en même temps que pour la corruption des mœurs des académiciens. Delà la fable des syrènes célèbres par la douceur de leur voix , qui perdaient l'imprudent assez faible pour s'en laisser charmer.
Toe de ta mer , Massa offre une jolie perspective. Délicieusement située au milieu de champs de vignes et d'oliviers, sur le versant dune colline, pas assez haute pour laisser apercevoir les tles des Syrènes, et au pied de laquelle viennent se briser les vagues de la baie de Naples , je n'y retrouvai que les vestiges d'un aqueduc parmi d autres débris. Dans la ville, je visitai la cathédrale qui possède une petite Sainte Famille que l'on me dit être de Raphaël , un palais épiscopal attenant
. à la cathédrale et une jolie église près de la Marine. Les habitans me vantèrent la fête de cette église le 1 5 août , la foire qui dure toute la journée , la musique que l'on y entend, enfin les feux d'artifice qui la terminent. C'est une occasion saisie par le beau sexe des environs pour venir faire assaut de luxe et de coquetterie; je reconnus dans cette fête les feriœ satiuœ des Latins, empruntées elles-mêmes aux Grecs, et j'en conclus que de tout temps les mêmes cérémonies ont eu lieu. Les noms seuls ont changé.
A Massa je trouvai un jeune Anglais établi depuis plusieurs jours ; je fus liéaveclui en moins d'un quart d'heure.
£n pays étranger, on a besoin de se rapprocher, et l'on n'a pas de temps à perdre en cérémonial : il avait eu le temps de recueillir toutes sortes de notions intéressantes. Je lui proposai de m'accompagner à Pestum , ce qu'il accepta d'autant plus volontiers , qu'il était au terme de ses explorations dans ces contrées.
Me voilà donc un compagnon , car je ne connais rien de plus triste que de voyager seul sans avoir à qui communiquer ses sensations.
La mer calme favorisait notre dessein de côtoyer le rivage ; un jour de vent , nous eussions éprouvé de graves difficultés , à cause de l'oscillation de la mer, toujours agitée à cette pointe, par l'action et la réaction des eaux des deux golfes.
Le premier lieu que nous visitâmes est la Marina de' Gantoni ; puis vient une petite ile voisine du rivage , qui parait renfermer quelques corridors souterrains ; mais elle est transformée