AMALFI
aujourd'hui en garenne, dont les avenues sont fermées par des portes. Les clefs en sont déposées à Massa. L'ayant tournée, nous entrâmes dans une petite anse, appelée Marina Nerano, nom qui lui vient d'un temple des néréides qu'on y voyait autrefois. C'est aujourd'hui un havre de refuge pour les pécheurs de Sant'Agata, qui alimentent les marchés de Naples. Sur le sable nous pûmes apercevoir les vestiges du temple qui paratt avoir été un édifice carré. 11 aurait occupé tout l'espace en haut de l'anse^ à en juger par les murs en pierre, ouvrage réticulaire que nous vîmes. Au centre est un ancien réservoir destiné apparemment à purifier l'eau. Une portion d'aquéduc et quelques voûtes sont encore debout. Un sentier étroit sur le bord d'un précipice^ baigné par les vagues, conduit à une autre ruine, dont l'intérieur nous montra une église divisée en trois parties par deux rangs de colonnes ; six sont en marbre parien , les deux autres en granit ; elles supportent des arceaux sur lesquels sont peints , ainsi que sur les murs , des sujets de TEcriture. Ces peintures datent de la renaissance; elles sont en bon état , si l'on considère que l'édifice est sans toiture ; le chœur, à l'exception des endroits où le stuc est tombé , présente aussi des fresques assez bien conservées. Des pécheurs nous dirent qu'elle avait été dédiée à saint Pierre. Cette église rappelle celles bâties du temps de Constantin. Les murs extérieurs sont construits avec des vases grossiers , sphériques , placés très-près les uns des autres, précisément, me dit William, comme ceux du cirque découvert à Rome, et reconnu, depuis peu , avoir été consacré au fils de Maxence : s'il est vrai que ce mode de construction datedutempsdeMaxence, N,
cette église aurait probablement été bâtie peu de temps après cette période.
De petites chanibres modernes ont été ajoutées dans la suite à l'édifice, et sur un des murs est une inscription.
Probablement ces peintures furent faites dans le quinzième siècle, en même temps que les chambres occu pées par un pieux ermite qui donnait des secours aux marins en danger; on découvrit, il n'y a pas long-temps, sous le plancher de la sacristie, un nombre considérable de monnaies. Près de l'église était un cimetière qui s'est écroulé dans la mer.
Non loin de la Marina Nerano est le village de Torca, anciennement 7%eorica , nom qui dérive sans doute de la procession qu'on y faisait de toutes les divinités , pour se rendre dans un temple d'Apollon. Avant l'ère chrétienne, une procession partait tous les ans du Panthéon de Surrentum et se rendait aux temples de Minerve et d'Apollon pour y célébrer la fête du Lectisternium. Le canton de Massa était obligé de fournir les personnes qui l'accompagnaient et de leur donner des vivres et du vin. Aujourd'hui une procession»
va annuellement de l'église de San* Bacolo à Sorrento , aux églises qui ont remplacé les temples détr^uits, et les habitans de la moderne Massa sont obligés , comme autrefois , de fournir les personnes, les vivres et le vin.
Ainsi les anciennes coutumes se retrouvent, et les images des divinités païennes ont fait place à celles vénérées de la Vierge et des saints.
De Torca à Amalfi, la cdte n'avait rien d'intéressant; aussi ne nous y arrêtant pas, notre barque nous porta en vue de cette dernière ville où nous descendîmes.
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liviers et de myrtes , ses grottes , ses ruines , ses précipices et ses blancbes maisons', autour desquelles se groupent des massifs d'orangers, ses cascades si ' belles après un jour de pluie, méritent l'éloge qu'en fait Bocace lorsqu'il la cite comme une des plus délicieuses contrées de l'Italie.
Autrefois république puissante du môyen-âge, célèbre par ses armes et par son commerce en Orient , qui riyalisait avec celui de Venise , Amalfi vante la plus baute antiquité, quoique les bistoriéns ne la fassent pas remonter au delà du troisième siècle , en attribuant sa fondation aux familles romaines fuyant la persécution des Gotbs. Mais laissant à part les fables, dont tout peuple ne manque pas d'entourer son origine, citons les titres que ses habitans ont véritablement à la gloire. Déjà riches et puissans à l'époque des Croisades , ils aident de leurs arm«s et de leurs vaisseaux , qui couvraient le3 mers , les chrétiens qui volent à la conquête du saint sépulcre; en 102O, nous les voyons fonder cet ordre de religieux hospitaliers, devenu depuis l'ordre de Malte; saccagée en ii35, c'est dans leur ville que l'on retrouve les Pandectes de Justinien; enfin, en i3o2, un AmaIGtain, Flavio Gioja, invente la boussole.
Soa code maritime servit loog- temps de règle aux -autres nations, et encore aujourd'hui forme la base de la jurisprudence de mer.
Sa sagesse et sa puissance ne la préservèrent pas du joug. Elle fut conquise par Roger, duc de Calabre, dont elle avait excité la jalousie, et pillée deux fois par les Pisans. Ce fut cette seconde attaque qui compléta la ruine d'une ville peuplée de cinquante mille babitans, et surnommée la reine des.
mers.
Aujourd'hui sans splendeur, elle n'est citée que pour ses fabriques de macaroni, le meilleur du royaume, et ses papeteries. Son sol ne produit pas de quoi l'alimenter, et pour fournir ses marchés l'on doit recourir à Salerne; ce qui , dans les temps de bourrasque, rend très- précaires ses approvisionnemeus, car là roule par terre est impraticable -aux voitures. Entre ses deux cascades est une fonderie où se travaille le fer qu'on tire de l'île d'Elbe. La porte de la mer paraît être fort ancienne; la cathédrale, grand et bel édifice qui renferme les reliques de saint André, s^élève fièrement sur les ruines d'un ancien temple païen. Nous vîmes un vase antique de porphyre servant de baptistère, et deux belles colonnes de granit rouge d'Orient. Les colonnes qui ornent le maître-autel sont également aatiques. Sur le mur de l'église, dans un endroit obscur, est un bas-relief dont la sculpture, évidemment grecque, est fort belle : il représente la Discorde sous les traits d'une femme assise dans un char traîné par des serpens, et chassant devant elle un groupe de figures, parmi lesquelles on distingue Cérès ; ce char est précédé d'un autre que traînent des chevaux; un homme âgé, sous les traits de Pluton, guide celui-ci. On nous engagea à descendre sous la cathédrale pour voir un crypte, supposé avoir fait partie d'un temple païen , et orné de jolies peintures probablement appartenantes à l'école florentine, et une statue en bronze de saint André.
Sur une hauteur auprès de la ville est un ancien fort bâti par les Romains, d'où l'on jouit d'un point de vue admirable. Plus haut encore est une ancienne église , qui ne contient rien de remarquable qu'une colonne de marbre ' cipolin avec son chapiteau corinthien.
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