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L'Italie

En plus d'une occasion, et bien avant la dernière expédition française en Italie, nous avions annoncé, au nom des intérêts universels du monde civilisé, la solution prochaine de ce grand problème de la nationalité italienne, qui se trouve lié aux plus importantes questions de la politique moderne. L'insuccès de la tentative de 1848 n'avait pas affaibli nos espérances ; au-dessous des divisions superficielles, des luttes des partis, des malentendus et des préjugés invétérés , nous avions aperçu les symptômes vivants, les éléments homogènes qui promettaient à l'Europe une nouvelle et grande nation.

h INTRODUCTION.

Ces éléments de la nationalité italienne n'étaient pas une création de l'esprit moderne ; ils avaient leurs racines dans le passé; nous les avions constatés, aussi réels, aussi profonds, sinon aussi manifestes, dans tous les siècles de cette histoire si pleine de querelles intestines, de déchirements et de révolutions. Il importait donc, pour comprendre la puissance des aspirations de la jeune Italie, de suivre cette chaîne non interrompue des traditions nationales, de saisir les causes accidentelles qui, pendant une longue suite de générations, avaient empêché les peuples de la péninsule de se grouper autour d'un centre commun et de s'organiser en corps de nation, enfin de montrer que., ces causes ayant disparu, rien désormais ne faisait plus obstacle à l'accomplissement du rêve des patriotes italiens.

Sans prétendre réaliser dans son ensemble cette œuvre immense qui serait, convenablement exécutée, la véritable histoire nationale de l'Italie, nous nous proposions du moins d'en esquisser les premiers éléments; trop heureux si, réduits à ces proportions, nos essais avaient pu gagner quelques sympathies de plus à la cause italienne. Dès 1856, nous annoncions ce travail en ces termes :

« Ailleurs nous essayerons de reprendre, avec

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tout le calme que commande un pareil sujet, les grands traits de ce mouvement italien si contradictoire dans les moyens, si simple et si constant dans le but. Du sein de cet apparent chaos, où se rencontrent et se heurtent, sans issue visible, les intérêts, les passions, les illusions de l'Italie du moyen âge et les questions vivantes des sociétés modernes, nous tâcherons de dégager l'idée sociale qui peut mettre un terme à ces déchirements intimes et produire l'unité. Au milieu de ce champ de bataille où les fantômes de la papauté temporelle et de l'empire, encore debout à côté des affirmations toutes -puissantes de la démocratie, ajoutent une complication de plus à la confusion déjà si grande résultant des rivalités municipales, de l'ambition des princes, de l'inexpérience des patriotes, nous recueillerons les symptômes de vitalité, les aspirations communes qui promettent une nation. Nous montrerons pourquoi l'Italie est indispensable au mouvement de l'Europe. Son histoire, ses révolutions, ses chutes, même ses utopies qui l'ont si longtemps égarée dans ses voies, jetteront de vives lumières sur la nature de la mission qui lui est réservée, maintenant que semble venue l'heure de sa seconde renaissance. Nous dirons pourquoi, par un instinct infaillible, les princes et les

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peuples ont toujours tourné leurs regards vers l'Italie, les princes pour y asseoir le centre de leur équilibre monarchique, les peuples pour en attendre le signal de leur délivrance. C'est en Italie, c'est à Rome qu'est le nçeud du grand débat qui tourmente le monde ; en sorte que la question italienne est à la fois la question européenne et la question universelle. Cette question peut faire explosion tantôt en Espagne, tantôt à Vienne, aujourd'hui à Paris, demain en Orient; c'est à Rome qu'elle doit se résoudre. La France, le soldat de Dieu, selon l'expression de Shakspeare, la France démocratique s'agitera en vain sur ellemême et fera révolutions sur révolutions, jusqu'au jour où, comprenant toute la grandeur de son rôle, elle ira poser et résoudre la question européenne en Italie. Une solidarité étroite lie les destinées des deux nations, et toutes deux se doi- : vent au monde... Immense problème qui résume en lui tous les intérêts sociaux du siècle l. »

Tel est le grave sujet dont nous avons essayé de mettre en lumière les traits principaux. L'étude que nous offrons au public n'est pas, on le voit, un plaidoyer fait après coup en faveur d'une cause en partie gagnée. C'est l'expression d'une

* Introduction aux mémoires de Joseph Montanelli sur l'Italie, t. I, p. 7 et 8.

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pensée bien ancienne et le fruit de longues méditations.

Du reste, quelques progrès qu'ait fails, dans ces dernières années , cette question italienne, que d'esprits attardés refusent de croire à la réa- , lité de cette renaissance, et surtout à l'homogénéité des éléments nationaux ! Et parmi les catholiques, combien est grand encore le nombre de ceux qui protestent, au nom des intérêts mal compris de l'Église, contre la dépossession temporelle du saint-siçge !• Ils comptent que Dieu, plutôt que de laisser se consommer ce qu'ils regardent comme une monstrueuse iniquité et comme un véritable désastre, opérera quelque grand miracle qui remettra toutes choses dans Tordre.

11 n'est donc pas sans utilité de combattre ces illusions persistantes, de rechercher, dans l'histoire italienne, les causes qui les ont produites, et de montrer quels maux incalculables a faits à l'Italie et au monde cette institution de la papauté temporelle.

Elle n'a eu sa raison d'être que sous le règne de ce préjugé, héritage du droit antique, qui donnait aux dogmes religieux la sanction de la justice politique; elle était le fondement nécessaire et la dernière expression de ce régime anti-

vi INTRODUCTION.

chrétien qui faisait peser sur les sociétés le double despotisme du prince et du prêtre, soit sous le nom de théocratie, soit sous le nom de saintempire. Elle n'a plus de sens sous le règne de la liberté.

Toute l'histoire des peuples civilisés roule sur deux grandes questions : le droit national et la liberté.

La gloire de ce siècle sera de les résoudre définitivement.

Il est visible que tous les intérêts, toutes* les aspirations, tous les efforts, convergent autour de ces deux questions. Tout mouvement intérieur chez les peuples se fait au nom de la liberté ; toute guerre extérieure , tout conflit diplomatique fait surgir une question de nationalité. Chaque jour ces deux questions se posent devant l'opinion, plus impérieuses et plus menaçantes. L'Europe se sent mal assise sur son vieux droit public ; l'équilibre que lui ont fait ses partages arbitraires la tient suspendue sur un abîme. Sous quelque forme que s'affirme le droit de l'homme

INTRODUCTION. vu

ou du citoyen, soudain la question prend les plus vastes proportions, tous les peuples se reconnaissent: solidaires et attendent une solution suprême et universelle. Sur quelque point que se manifeste une revendication nationale, l'Europe en est ébranlée jusque dans ses fondements; il ne lui est plus permis d'assister indifférente à l'écrasement d'une nation.

Cette fois, quand la Pologne s'est levée, princes et peuples ont compris que c'était pour une lutte décisive. Le monde civilisé a retenti d'un immense cri de réprobation contre les barbares qui prétendent se faire un droit de l'iniquité des siècles.

Toutes les puissances, même celles que des liens étroits rattachent au passé, se sentent entraînées par le mouvement irrésistible de l'esprit moderne; toutes, quoique timidement, ont tendu la main à la Pologne.

Qu'on n'espère donc pas écarter cette question en supprimant un peuple. Le conquérant, transformé en bourreau, aura beau répandre à flots le sang de cette race héroïque, n'en restât-il qu'une goutte , la rosée du ciel la féconderait pour une triomphante résurrection.

Ainsi chaque peuple opprimé aura son heure de renaissance, et cette heure est prochaine;

vin INTRODUCTION.

vous l'entendrez bientôt retentir, Hongrois, Vénitiens, vous tous qui, sous les chaînes, gardez indomptable le sentiment de la patrie. Et chez tous les peuples se poseront en même temps la question de la nationalité et la question de la liberté.

Mais c'est à Rome que ces deux questions doivent recevoir leur solution radicale et universelle, puisque c'est là qu'est la clef de voûte de ce régime qui unit les deux pouvoirs pour nier la liberté, et qu'a été assise, pendant tous les siècles de l'antiquité et des temps modernes, l'idée de l'empire universel qui est la négation du droit national. En tranchant le nœud gordien à Rome, on détruit à la fois tout pouvoir politique sur les âmes et toute idée d'empire universel.

Plus de pouvoir temporel entre les mains de la papauté; par suite, plus d'emploi de la force, ni par le clergé, ni en son nom ; plus de complicité entre les puissances qui tiennent le glaive de la justice humaine et l'autorité morale qui ne doit posséder d'autre arme que celle de la persuasion.

Plus d'idée d'empire universel; par suite, plus de divisions arbitraires des peuples, toutes les nationalités reconstituées et le droit européen entièrement renouvelé.

INTRODUCTION. ix

Cela ne peut faire le compte ni de la Russie, ni de l'Autriche, ni de toute puissance n'ayant pour titre que des partages léonins, ni des partis politiques ou religieux ancrés dans les vieux systèmes théocratiques ; mais cela répond aux principes de la justice distributive, qui groupe les familles sociales suivant leurs affinités naturelles et leurs grands intérêts communs.

Des préjugés nombreux et tenaces se sont accumulés sur ces deux questions. Il est à peu près convenu dans le monde démocratique que le catholicisme, par cela même qu'il repose sur une autorité commune et universelle, est à la fois un obstacle invincible à la liberté politique et au droit national : sous l'empire de cette autorité toujours présente, la conscience du fidèle ne semble t-elle pas dominer pour les asservir éternellement les droits et les devoirs du citoyen? Et le droit national, à son tour, n'est-il pas subordonné aux combinaisons religieuses de l'unité théocra tique?

Il faut convenir que le catholicisme, tel que le rêvaient soit les guelfes, soit les gibelins du la négation du droit national. Or, cette tenmoyen âge, c'est-à-dire avec la théocratie ou le saint-empire, était la négation de la liberté, et dance était si bien le contraire de l'esprit du

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christianisme , que, malgré tout, cet esprit vivant a opéré son œuvre ; c'est lui qui a donné peu à peu au monde la liberté ; c'est lui qui a créé les nations modernes, non plus selon l'idée de la patrie des peuples païens, c'est-à-dire la cité, ou plutôt la caste dans la cité, mais selon la haute conception de la patrie véritable, c'està-dire la grande famille nationale constituée sur les droits et les devoirs respectifs de tous les membres.

Mais, dit-on, cet esprit du christianisme qui a accompli ces grandes choses n'est-il pas tout l'opposé de l'unité catholique ? et n'est-ce pas vouloir perpétuer l'obstacle que de s'enfermer à tout jamais dans ce cadre étroit et suranné ?

Nous sommes convaincu du contraire, et, selon nous, les plus graves embarras de cette époque de transition viennent des malentendus qui régnent à ce sujet. On a fait un système indivisible du principe de l'unité religieuse et de la théocratie, erreur capitale d'où sont nées toutes les autres erreurs, et sur la prétendue inaptitude des peuples latins pour la liberté, et sur la prétendue incompatibilité du droit national avec l'existence d'une autorité religieuse commune et universelle, etc., etc.

Nous espérons que ces études sur le mouve-

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ment de ridée chrétienne dans le monde moderne contribueront à dissiper ces déplorables préjugés, en montrant au grand jour les confusions et les malentendus qui leur ont donné naissance.

Quant à la première question de la liberté, on verra par suite de quelles alliances entre des pouvoirs, des droits et des intérêts appartenant à deux ordres entièrement différents, on a été conduit à confondre l'unité morale, et l'autorité spirituelle qui en est l'expression, avec cette autocratie gouvernementale des chefs politiques, qui est la négation de l'initiative individuelle.

C'est cette confusion qui a dénaturé, dans le passé, le rôle de Rome et de l'Italie et celui de la France; qui a discrédité, aux yeux des amis de la liberté, à la fois cette idée d'unité spirituelle et la race latine qui la représente, et mis en relief d'autres peuples, tels que les Anglo Saxons, comme étant plus que les premiers les représentants de la liberté individuelle.

L'intolérance universellement pratiquée jus-

»i INTRODUCTION.

qu'à ces derniers temps, l'adoption d'un culte officiel comme le plus puissant instrument de despotisme, n'étaient nullement la conséquence du principe d'une autorité spirituelle commune, mais bien l'effet d'une fausse conception de la constitution des sociétés temporelles et du rôle des pouvoirs politiques, conception qui avait régné pendant tout le paganisme et dont le monde chrétien avait hérité.

11 suffira de rétablir la vraie notion philosophique de l'autorité religieuse et celle de l'autorité temporelle, entièrement distinctes et dans leur essence et dans leur but, pour faire la lumière dans ce chaos et montrer que le principe dé l'unité spirituelle est parfaitement innocent des fausses doctrines politiques qui se sont accréditées en son nom.

On cessera de confondre la liberté religieuse avec la liberté politique ; on comprendra que le chrétien puisse appartenir par sa libre adhésion à une société spirituelle universelle, tout en gardant la complète indépendance de sa conscience vis-à-vis des pouvoirs humains; on comprendra également que ce membre de l'Église catholique puisse admettre, comme citoyen, les principes les plus larges sur la participation de tous les membres de l'État à la souveraineté politique;

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on comprendra enfin que des peuples, pour avoir reçu la grande mission de représenter plus particulièrement le principe de l'unité morale du genre humain, ne sont pas, par cela même, les moins capables de pratiquer la liberté politique.

Il faut renoncer à cette philosophie de l'histoire, superficielle et étroite, qui établit deux catégories : Tune des peuples plus faits pour subir l'autocratie de l'État, l'autre des peuples plus faits pour l'indépendance et l'initiative individuelle. Rien n'est plus arbitraire que ces classifications qui cherchent, dans de prétendues dispositions natives des races diverses , certains vices ou certaines vertus dont la cause véritable est plutôt dans des circonstances exceptionnelles et accidentelles.

Pour ne parler que de l'Italie, on verra que pendant ses beaux siècles du moyen âge, où elle eut si bien la notion véritable de la souveraineté politique, elle ne le cédait à aucun peuple pour l'initiative individuelle et la grandeur des caractères. Est-ce que l'unité religieuse conservée par TÉglise, avec le concours si fidèle de l'Italie, empêchait les Italiens de concevoir la vie publique avec les idées de la plus grande indépendance? Ajoutez-y le principe moderne de la séparation de l'Église et de l'État, principe qui est la consé-

xiv INTRODUCTION.

quence logique de la doctrine chrétienne, et nous demandons ce qu'un pareil régime laisserait à désirer aux amis les plus ardents de la liberté politique.

Il ne sera donc pas nécessaire d'aller chercher ailleurs que chez les peuples latins la notion de la liberté. On se convaincra que cette unité, représentée par eux, qui n'est autre chose que l'unité morale de la civilisation, comporte, quant à la vie temporelle des sociétés, l'indépendance la plus absolue ; de telle sorte que des peuples également chrétiens, et tous fidèles à l'orthodoxie religieuse, peuvent offrir la plus grande variété d'organisation politique, et que ces mille constitutions dépendront de causes aussi multiples que les combinaisons des innombrables éléments de l'histoire de l'humanité.

Le même soleil fait mûrir des moissons bien diverses, suivant la nature du sol, les latitudes, les conditions climatériques. Il en est ainsi du Dieu des chrétiens. Au-dessus des régions où s'agitent les choses humaines, il reçoit de tous les mêmes adorations; c'est là le culte. Mais quand les chrétiens redescendent sur le théâtre des choses temporelles, ils restent avec leur liberté et leur responsabilité, et ils cherchent, à leurs risques et périls, dans ce monde du relatif,

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les moyens les plus favorables pour accomplir leurs destinées terrestres.

Ce qu'il y a de vrai dans cette question de races qu'on a compliquée mal à propos de la question de l'autorité spirituelle, c'est que tous les peuples sont faits pour connaître et pratiquer la liberté politique. La liberté est destinée à faire [le tour du monde, car elle est le vrai titre de noblesse de l'espèce humaine dans la création.

Il est à peine besoin d'ajouter que les considérations que nous venons d'indiquer dans la question de la liberté, s'appliquent également à la question du droit national. C'est par suite du même préjugé que, dans cette question des nationalités, on a imputé au principe de l'unité religieuse ce qui appartient à la théocratie et à l'idée de l'empire universel.

Délivrez les sociétés catholiques de l'idée du saint- empire aussi bien que du principe théocratique, et vous verrez, avec la liberté et sans troubler l'harmonie intellectuelle, morale et religieuse de la grande famille chrétienne, les divers

xvi INTRODUCTION.

groupes nationaux se former, se compléter, par la « conscience que possède chaque peuple de son rôle comme organe de la civilisation. »

Est-ce parce que le catholicisme repose sur l'unité de doctrine religieuse, et que par là il est cosmopolite, qu'il serait la négation des nationalités?

Cet argument, souvent invoqué, prouve quel degré de confusion peuvent atteindre, dans les meilleurs esprits, les idées les plus élémentaires, quand une injuste prévention a mis un malentendu au point de départ. Que dirait-on si, se plaçant au même point de vue, on adressait un reproche analogue à la Révolution française?

Le caractère essentiel de cette révolution, c'est d'être cosmopolite, universelle, en ce sens que la théorie des droits de l'homme est vraiment le code de l'humanité. Serait-il juste d'en conclure que cette révolution est essentiellement opposée au principe des nationalités ?

Cette erreur, pour être une énormité, n'en a pas moins fait illusion à un grand nombre. Et cependant, c'est au contraire cette révolution, universelle par sa radicale conception de la justice sociale, qui, en appelant chaque membre d'un même groupe national à l'exercice de la souveraineté, a élevé le principe de la nationa-

INTRODUCTION. XVIi

lité à sa plus haute signification, et ennobli le patriotisme sans rien ôter à ce sentiment de son ardeur et de sa puissance.

C'est à l'heure même où la grande voix du peuple-apôtre proclamait l'humanité tout entière une seule famille de frères, que, sur tous les points du monde civilisé, s'est posée, impérieuse et imminente, la question des nationalités. C'est que la Révolution, en renversant les barrières arbitraires, fait le champ libre aux divisions naturelles, aux groupements selon les vraies traditions historiques des peuples et leur mission respective.

Dès qu'on allait saisir le droit social à sa racine, il devait être à la fois individuel et universel, la loi du citoyen dans l'État, la loi du groupe national dans l'humanité; la même justice qui mettait fin aux inégalités dé castes et rétablissait la personne humaine dans la plénitude de ses droits et de sa dignité, devait anéantir les empires artificiels pour restituer à chaque peuple son autonomie et ses limites légitimes. *

Et parce qu'il s'est trouvé une nation, et, dans l'histoire de cette nation, une époque glorieuse

1 Voir sur ce sujet un remarquable article de M. Albert Castelnau, les Nationalités, dans la Revue Germanique du mois d'avril

vxiii ISTU0DBCTI0H.

entre toutes où ces grands principes, dégagés de tout alliage, ont jeté un éclat incomparable, et parce qu'ainsi les saines traditions de la sagesse antique et les conquêtes du monde chrétien, resplendissant au milieu des éclairs d'un nouveau Sinaï, ont été gravées sur des tables indestructibles, pour tous les siècles et pour tous es peuples, déclarera-t-on cette haute formule trop immuable et trop universelle pour être libérale et nationale ?

Or la question est exactement la même quant à la doctrine évangélique, laquelle, par son côté social, se confond avec la doctrine de la Révolu,tion française. Parce que l'Église maintient l'unité de cette doctrine et qu'elle relie tous les croyants dans une même société spirituelle, en quoi porte -t-elle la moindre atteinte aux groupements des sociétés temporelles en corps de nations ?

Qu'on suppose toutes les familles qui peuplent la terre ne formant, dans la foi du Christ, qu'un seul esprit et un seul cœur, et professant les mêmes grands principes de morale et de justice, cesseraient-elles de constituer des familles distinctes, respectivement indépendantes et maîtresses de leurs destinées temporelles? Il en est ainsi des nations, ces grandes familles qui, tout

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