‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 2 sur 184 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

en entourant d'un respect religieux le sanctuaire domestique, élargissent le champ d'activité de la créature humaine, centuplent ses facultés, et donnent un nouvel et sublime aliment à ses puissances affectives.

Plût à Dieu que familles et nations, si dispersées qu'elles soient sur la surface du globe, au lieu de s'entre-déchirer sans pitié ni trêve au nom de leurs innombrables idoles, ne formassent toutes qu'une immense famille sous cette admirable loi du Christ, qui n'est autre chose que le triomphe de la justice par l'amour.

Qu'en n'on doute pas, si des divisions arbitraires se sont opérées, si des nationalités ont été sacrifiées, ce n'est pas parce que l'unité religieuse s'est établie dans le monde, c'est parce que cette œuvre de l'unité a été prise à un point de vue étroit, exclusif et barbare. L'intolérance religieuse, telle est la cause de tout le mal. C'est la même cause qui a fait tourner une religion essentiellement libérale et protectrice de tous les droits à la ruine de la li-

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bertéet à l'asservissement des peuples faibles.

A ce compte, qui est-ce qui n'a pas sa part de responsabilité dans le passé? Quel est le peuple', quelle est la secte qui n'a pas cru faire acte de patriotisme en imposant une croyance nationale? Une idée religieuse commune étant l'élément capital de toute nationalité, il n'est pas un législateur qui n'en ait fait la base de la constitution politique. Le violateur du culte officiel était considéré comme le plus dangereux ennemi de l'ordre établi ; le châtier et au besoin le retrancher du corps social, c'était le principal office de la justice politique.

Or, ces procédés, logiques et sans danger chez les peuples païens qui n'avaient pas conscience d'un autre droit que le droit social, devenaient un non-sens et par suite devaient produire des effets désastreux chez des peuples affranchis par TÉvangile, c'est à dire où chaque individu, soumis aux lois de l'État comme citoyen, se savait libre comme chrétien et maître de ses destinées religieuses. User de la force brutale pour produire l'unité de croyances entre des hommes qui portaient en eux la notion indestructible du droit nouveau et le besoin indomptable de la liberté, c'était l'entreprise la plus insensée qui se puisse concevoir.

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La terreur érigée en système, les éliminations et épurations successives, sous prétexte de garder aux peuples une foi intacte, produisent certes d'un bout à l'autre du pays l'immobilité et le silence, mais l'immobilité de la mort et le silence de la tombe. C'est le malade qu'on épuise et qu'on tue, à force de lui ôter du sang pour le sauver. La liberté seule peut créer une âme nationale forte, vivante, inviolable. En étouffant violemment la liberté religieuse, on a étouffé toutes les libertés, on a amoindri les peuples, on les a façonnés pour la servitude. La même cause qui a paralysé les uns à l'intérieur a forgé des chaînes aux autres, et même les a rayés du rang es nations.

L'histoire en fournit de trop mémorables exemples.

Voyez l'Espagne : là, le fanatisme a réussi à exclure toute trace d'hérésie, mais à quel prix ! Et l'Espagne ne se relève qu'à mesure que l'esprit de tolérance s'introduit dans son sein. Qu'elle répudie à tout jamais ses sombres et lamentables traditions ; qu'elle conçoive largement l'idée de liberté, et alors, nous en avons la conviction, sans rien perdre de l'unité de ses croyances qui en fait un peuple si homogène, elle marchera à pas de géants.

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