‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 130 sur 184 · LE DÉBAT SE GÉNÉRALISE ET SE PRÉCISE · texte numérisé non relu

LE DÉBAT SE GÉNÉRALISE ET SE PRÉCISE

droit social dans l'autorité suprême et universelle du sacerdoce, l'autre croyant le trouver dans un pouvoir supérieur et également universel qui commande au prêtre aussi bien qu'au citoyen.

Et, chose remarquable, malgré le discrédit où sont tombées les deux puissances, ce double rêve s'est agrandi dans l'imagination des Italiens, à mesure que les révolutions ont étendu le champ de la politique et donné un but plus élevé aux luttes sociales. Chacun, guelfe ou gibelin, cherche une formule supérieure qui corresponde aux conquêtes sociales réalisées et aux horizons indéfinis qu'elles ont ouverts.

En même temps que l'idée qui, est au fond du débat s'élève, elle prend un caraclère plus précis; on voit manifestement, soit dans la formule guelfe, soit dans la formule gibeline, à quel point la question religieuse et la question sociale se sont confondues, et comment le principe politique primitif de chacun des deux partis a cherché dans le dogme chrétien un point de vue qui correspondit au but qu'il voulait atteindre.

La démocratie guelfe, essentiellement révolutionnaire, après avoir porté le marteau sur tous les privilèges de l'ancien monde, détruit le château féodal, soumis le noble au niveau de la loi générale dans la commune, appelé à la vie publique par des émancipations successives toutes les classes déshéritées, relie tous ces éléments pleins de force expansive sous l'autorité unique, suprême, universelle du pontificat romain, providence visible de Dieu sur la terre,

chargée de garantir tous les droits, de veiller à la conservation des conquêtes sociales réalisées et d'empêcher toutes les tentatives nouvelles d'usurpations aristocratiques.

Dans ce système, où le monde féodal, qui était le monde de l'empire, disparait pour faire place au inonde nouveau des marchands, des industriels, des marins, au monde du travail, de la valeur personnelle, de l'égalité civile et politique, le personnage de lempereur devenait un personnage inutile ou tout au moins le vassal de l'Église.

Le saint-empire gibelin, renonçant à reconstruire la société féodale écroulée, mais essentiellement incompatible avec cette société si variée, si vivante, si consciente de sa valeur et de ses droits dans chacun de ses membres, avec ces agitations de la place publique, avec ce mouvement de l'industrie et des arts, source inépuisable de richesse et de puissance, le saintempire gibelin supprimait tout cela dans son rêve.

Ne pouvant remonter le courant de la révolution, il la poussait d'un seul coup à son point extrême, il passait le niveau égalitaire sur cette bourgeoisie qui avait la prétention de s'élever au-dessus de la plèbe. Ainsi délivré des assemblées républicaines où les citoyens se sentent trop vivre et des associations protectrices où le despotisme du pouvoir ne les peut atteindre, il n'a plus sous sa domination que deux termes extrêmes, quelques grands et la vile multitude, sans éléments intermédiaires qui servent de

degrés ascensionnels à celte multitude déshéritée en masse et de frein à la toute-puissance des privilégiés. Dans ce système, le pape, indépendant, serait un danger permanent, et son influence un appel incessant à la revendication des petits et des faibles. Il faut donc que le pape soit le sujet de l'empereur.

Mais les deux formules seraient incomplètes et par conséquent inexactes si Ton négligeait de faire ressortir un trait, le plus caractéristique peut-être qui distingue les deux systèmes : à la tête du premier, c'est le prêtre ; à la tête du second, c'est l'homme. Et, dans l'esprit des deux sectes, c'est là le principe de leur irrémédiable antagonisme.

Le pape a beau consommer la révolution démocratique et accorder une égale protection à tous les droits et à tous les intérêts légitimes ; en sa qualité de ministre de la vérité éternelle, il affirme et impose ses doctrines, il pèse sur la pensée humaine. Que les peuples s'agitent, se développent, prospèrent matériellement et moralement; mais, sous la loi immuable conservée par le chef suprême, malheur à qui mettrait en doute l'infaillibilité de ses oracles! Dans ce système, la liberté n'existe pas; et les gibelins croient la trouver dans le saint-empire.

Là, c'est la société laïque tout entière qui semble se

résumer dans l'autorité d'un pouvoir humain. La conscience individuelle se sent plus libre en face de l'homme qu'en face du prêtre, en face de l'empereur qu'en face du pape. Les philosophes, les poètes, les savants, les réformateurs, se croient plus en sécurité sous le pouvoir élastique du saint-empire que sous l'inflexible tutelle de la cour de Rome; oubliant hélas ! que les empereurs, quand leur intérêt l'exige, livrent les courageux novateurs aux flammes sacerdotales, ou se font eux-mêmes les exécuteurs sanglants . des jugements prononcés par l'autorité religieuse contre les hérétiques.

Quoi qu'il en soit, telle était la position respective des deux sectes, et c'est en ce point fondamental qu'elles continuent, en la généralisant et en la précisant, la querelle du sacerdoce et de l'empire, de l'élément religieux et de l'élément laïque, querelle qui date, avons-nous déjà dit, du jour où les pouvoirs politiques et le sacerdoce chrétien se sont rencontrés.

Nous le répétons, cette lutte des deux sectes efface et annule toutes les autres. Si des questions d'un autre ordre s'agitent au sein des républiques, si des révolutions sociales s'accomplissent, elles sont un aliment à la guerre entre les deux sectes et des armes nouvelles qui la rendent de plus en plus acharnée. Et cette condition de la lutte est si nécessaire, si uni* Verselle, si dominatrice, que toute question, si mi* nime qu'elle soil, se posant dans une cité, a aussitôt son contrecoup dans toutes les villes; Comme par

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