DÉMOLITION DU ROYAUME
nouveau motif plus personnel les pousse contre les rois, quoique maintenant indigènes.
Dès que la papauté, appuyée sur les donations des rois francs, eut en vue de fonder des Etats pontificaux et de les étendre le plus possible, elle ne put accepter à côté d'elle un royaume d'Italie. Un roi d'Italie, même restreint tout d'abord à la Lombardie, devait tendre naturellement à envahir peu à peu toute la péninsule, pour fonder une nation italienne, de même que les rois francs ont fondé peu à peu, par des accroissements successifs et un travail d'assimilation, une nation française, les rois d'Angleterre une nation anglaise, etc.
Le royaume d'Italie était en soi la négation de l'État ecclésiastique. Les papes ne s'y trompèrent pas. Leur instinct fit d'eux les ennemis irréconciliables du royaume. Leur projet d'établissement temporel, nous lavons déjà dit, se conciliait mieux avec l'empire. L'idée de l'empire, entretenue dans l'esprit des populations italiennes, favorisait môme admirablement ce projet.
Le saint-empire romain, tout en dominant de haut Tltalie, en même temps que les immenses États de la chrétienté, permettait la coexistence des États pontificaux, vis-à-vis desquels le pouvoir impérial n'était qu'une sorte de suzeraineté sans application très-directe. L'empereur pouvait môme, sans danger pour le pape, être investi du tilre de roi des Romains, titre en quelque sorte honorifique, et qui avait, pour les
23i LA RÉVOLUTION DES ÉVÊQUES.
prétentions temporelles des papes, un avantage inappréciable, c'était de neutraliser un peu la souveraineté du peuple romain.
Ainsi les papes, suivant les circonstances, purent opposer, à leur gré, le peuple souverain au roi de Rome, ou le roi de Rome au peuple souverain ; jusqu'à ce qu'enfin, les ayant détruits l'un par l'autre, ils se trouvassent maîtres exclusifs du terrain.
On voit combien l'idée de l'empire servait à tous les points de vue les projets ambitieux de la cour de Rome : avec l'empire, elle écartait tout établissement de gouvernement national italien; avec l'empereur, roi de Rome, elle tenait en échec le peuple romain, très-jaloux de sa souveraineté, et peu disposé à la laisser confisquer par des prêtres ; en même temps que les papes, dans leur rêve de théocratie universelle, espéraient dominer le monde par l'empereur.
L'empereur, bien loin de les gêner dans leurs projets d'établissement temporel, les investissait de droits, de propriétés, d'avantages féodaux qui sont l'origine de leurs possessions temporelles. Aussi voyons-nous toujours les papes faire la guerre au royaume et conclure des alliances avec l'empire.
L'alliance formée avec Charlemagne se renouvelle avec Othon Ier contre les rois indigènes, et les évoques deviennent a la fois les instruments du pape et ceux