DEMOLITION DU ROYAUME
de l'empereur pour opérer la démolition du royaume. Sur chaque point, l'évéque se trouve en face du comle représentant féodal de l'organisation royale, et, dans la lutte qui s'engage entre eux, révoque sera vainqueur,
Il faut rappeler ici que les évoques, à côté du rôle politique qu'ils jouaient au profit de la cour romaine et de l'empire, remplissaient vis-à-vis des populations une mission sociale. Tout en servant les projets ambitieux des papes, ils ne cessent pas d'être les représentants, dans le monde, des principes de la civilisation chrétienne. C'est à ce titre qu'ils sapent les institutions féodales apportées à l'Italie par lès chefs barbares, et qui servent encore d'assiette au royaume.
Cette démolition du royaume par l'influence des évoques couvrit au fond une grande révolution populaire : ce fut l'autorité bienveillante, paternelle, évangélique du pasteur, substituée à l'autorité brutale, barbare et violente du seigneur féodal. Cette révolution s'accomplit à mesure que les évoques furent investis par l'empereur du droit de juridiction. L'attribut suprême du pouvoir, c'est le droit de rendre la justice. Dés que les comtes féodaux furent atteints dans ce droit, la ruine de leur puissance fut assurée.
On procéda d'abord vis-à-vis du comte avec des ménagements extrêmes; on lui laissa longtemps, au moins officiellement, tous ses titres, sa juridiction civile et militaire, le droit d'imposer les taxes, les corvées, de disposer de la force publique ; on semblait ne confier au clergé qu'une autorité purement mo-
raie. Le tribunal de l'évoque, en effet, ne fut d'abord qu'un tribunal exceptionnel, pour ainsi dire domestique; puis, peu à peu, par leprestige de la dignité épiscopale, parles faveurs impériales qui, chaque jour, étendaient les limites de cette juridiction, l'exception devint la régie, et le nouveau tribunal finit par tout absorber.
En Italie, cornue dans toute l'Europe, le clergé fut ainsi le véritable initiateur de la commune. C'est son action, d'abord purement morale, puis plus directe, qui ruina peu à peu toutes les forces féodales et lit surgir le groupe social appelé la commune, c'est-à-dire l'ensemble de tous les membres de la cité se sentant solidaires les uns des autres, s'unissant pour défendre contre le seigneur leur autonomie naissante, prenant conscience du droit de chacun dans la souveraineté commune par ce premier et timide essai de résistance collective et même d'insurrection contre les petits despotes féodaux.
Ce n'est pas là, comme on Ta cru longtemps, la simple renaissance du vieux municipe romain. On ne saurait nier, sans doute, qu'il n'y ait une certaine analogie entre l'ancien municipe et la commune nouvelle, en ce que le premier, comme la seconde, possédait une vie propre à côté du pouvoir impérial. Le municipe aurait pu même, si l'on veut, servir de cadre à la commune moderne, sauf à s'élargir et à se modifier sous l'action des principes chrétiens. Mais quelle modification radicale, pour substituer l'égalité à l'esclavage, le travail réhabilité et honoré au travail réservé