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RÔLE DES DEUX PUISSANCES EN FACE DES PODESTATS

Dans la question des podestats, l'histoire nous offre un spectacle analogue : chacune des puissances, l'empire et la papauté, secondant d'abord une révolution, puis, par un intérêt contradictoire, s'eflbrçant d'enrayer le mouvement; et toujours les deux puissances prenant, dans la querelle, parti Tune contre l'autre, balançant ainsi les forces rivales et rendant la lutte sans issue.

§ 1". — Rôle de l'empire.

Dans cette question des podestats, quel est le rôle et l'intérêt de l'empereur? Nous l'avons dit, le podestat

est un modérateur suprême entre les citoyens et les concitoyens acharnés les uns contre les autres, c'est un dictateur au-dessus de tous les partis, au-dessus des agents impériaux, au-dessus de ces châtelains qui sont les débris de la constitution féodale de l'empire. Le podestat est le grand niveleur ; il commande, et les châteaux sont détruits, et les châtelains sont traînés dans la ville au tribunal du dictateur.

Cette justice expéditive et inexorable n'était pas seulement nécessaire hors des murs. Nous savons que les nobles, devenus citoyens, s'étaient fait de leurs maisons, dans l'intérieur de la cité, autant de places fortes. Toute décision du podestat contre eux eût donc été illusoire, si le magistrat s'en était tenu, pour l'exécution, aux moyens ordinaires. A chaque fois, il était obligé de recourir à un moyen révolutionnaire : il soulevait la ville et la menait tout entière à l'assaut de la forteresse rebelle.

« Lorsque le podestat était instruit, par la renommée, de quelque délit public, il suspendait aux fenêtres de son palais le gonfalon de justice; il sommait, par ses trompettes, tous les citoyens de prendre les armes; il entreprenait le siège de la maison du coupable, et, après s'en être rendu maître, il la faisait raser jusqu'aux fondements *. »

C'était l'état de guerre et l'état révolutionnaire en permanence dans chaque cité : Toute loi était sus-

4 Siimondi, t. II, p. 67.

pendue, tout autre pouvoir que celui du podestat méconnu. Devant ce maître absolu qui est à lui seul la loi vivante, qui est-ce qui songe à l'autorité supérieure de l'empereur? Qui est-ce qui se souvient que c'est de lui que ces nobles, traqués dans leur dernier refuge, tiennent leurs titres et leurs privilèges? Le podestat annule l'empereur.

L'empereur, à moins d'abdiquer, doit mettre des bornes à la toute-puissance du chef de la commune. Il prendra donc parti pour les châtelains contre le podestat niveleur.

Le successeur de Frédéric Barberousse comprit qu'il était temps de réagir contre les conséquences de la paix de Constance qui avait fait les républiques si fortes en reconnaissant leur indépendance, surtout dans le droit de décider de la paix ou de la guerre.

Déjà Barberousse lui-même avait pris des mesures pour neutraliser la victoire des villes italiennes, et il avait ouvert la voie à la politique réactionnaire de Henri VI. Dans les Romagnes, en Toscane, dans la Marche trévisane, il avait prêté son assistance aux villes où dominait le parti de la noblesse et qui résistaient au mouvement des républiques consulaires. En même temps, il entretenait par ses manœuvres l 'éternelle hostilité des Romains contre le Saint-Siège. Mais son coup de maître avait été d'assurer la réunion

de la Sicile à l'empire, par le mariage de son fils Henri avec Constance, unique héritière du trône où était assis Guillaume II.

Henri VI n'eut garde de s'écarter de cette habile politique. A peine fut-il élevé à la dignité impériale, que la mort de Guillaume le Bon rendit vacant le trône de Naples. Henri se hâta de faire valoir ses droits; mais il eut à combattre un redoutable compétiteur, Tancrède, fils naturel d'un frère de Guillaume Ier, et soutenu par le chancelier du royaume, Mathaeus, chef du parti national. La lutte se prolongea jusqu'après la mort de Tancrède, et Henri ne prit possession de la couronne qu'en 1194, après s'être emparé de la personne de Guillaume III, fils et successeur de Tancrède.

Ainsi maitre du midi de la péninsule, Henri VI put tourner tous ses soins du côté des provinces septentrionales. Là, la noblesse territoriale, vaincue dans la plupart des villes, trouvait un refuge assuré et inaccessible dans les parties montagneuses du pays. Retranchée derrière les murailles de ses châteaux forts, elle tint longtemps en échec les forces révolutionnaires de la bourgeoisie.

Tant qu'il s'était agi de détruire dans la noblesse féodale les débris encore vivaces de l'ancien royaume, les empereurs avaient secondé les efforts de la bourgeoisie contre les châtelains. Maintenant que le royaume n'est plus qu'un souvenir historique, et que la bourgeoisie devient la grande puissance menaçante, les

empereurs retournent leur politique. Autant ils ont favorisé la révolution des consuls, autant ils soutiendront les châtelains dans leur résistance aux podestats.

Grâce à cette protection et aux avantages naturels qu'offrent les régions occupées par les montagnes, les nobles qui tenaient leurs fiefs de l'empire purent braver presqu'impunément les cités républicaines. Les Alpes liguriennes qui séparent Gênes de l'Emilie, les Apennins de l'Italie centrale se peuplèrent ainsi d'une multitude de châteaux indépendants. Mais ce fut surtout dans la Marche trévisane que les délicieuses valléos des montagnes euganéennes offrirent aux châtelains des retraites sûres d'où ils dominaient les provinces environnantes.

Cette noblesse, riche et obéie dans ses domaines, conserva sur les villes voisines une influence exceptionnelle. Henri VI, qui avait à cœur de relever la féodalité laïque, ne cessa d'augmenter le nombre et la force de ces seigneuries indépendantes. Il s'attacha par des faveurs la maison de Romano, afin d'avoir un point d'appui contre la Marche véronaise. Il en fit autant dans les Apennins dont l'un des versants, par ses châteaux, commande les Romagnes, et l'autre la Toscane. Il donna le duché de Romagne à son sénéchal, le duché de Toscane à son propre frère, et rétablit le marquisat de Spolète.

On le voit, la politique invariable des empereurs, c'est d'empêcher tout travail d'unification en Italie, en

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