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L'Italie

Depuis la destruction du royaume, les cités italiennes n'ayant entre elles de lien commun que les ligues accidentelles qui les unissaient pour la défense, soit contre l'empire, soit contre la papauté, furent tout entières, on Ta vu, au travail intime de leurs révolutions sociales. Quant à leur vie extérieure et à leur participation aux mouvements généraux de la Péninsule, toute leur activité, toute leur puissance d'expansion furent dépensées dans la lutte des Guelfes et des Gibelins.

Par l'effet inévitable de cet éternel conflit, chaque cité suivait toujours fatalement, non un drapeau

national, mais le drapeau dérisoire du sacerdoce onde Tempire. L'esprit de parti s^était substitué au sentiment de la patrie ; les Italiens n'étaient plus des Italiens, mais des sectaires. Toute idée de solidarité et d'unité s'était si entièrement effacée, qu'on ne la retrouvait pas dans le plus petit groupe de provinces ou de cités. De même que les grandes capitales restaient fièrement indépendantes les unes vis-à-vis des autres et libres de se jeter à leur gré ou dans le parti de l'empire ou dans celui de la papauté, de môme les villes secondaires, les villages et les bourgs tâchaient incessamment de se soustraire à l'attraction de la grande cité voisine, pour suivre, selon la passion qui les inspirait, le drapeau guelfe ou le drapeau gibelin.

Or, comme il était impossible, nous en avons dit la raison, que l'un des deux partis vainquît et anéantît l'autre, le sacerdoce et l'empire se servaient mutuellement de frein et de limites; et chaque république avait été ainsi préservée de l'absorption, soit dans l'empire, soit dans l'État pontifical.

C'est cette indépendance relative des cités vis-à-vis des deux puissances, en même temps que l'absence de tout lien commun et de tout rapport de subordination entre ces cités, qu'on a appelé l'indépendance et la liberté de l'Italie. Les républiques italiennes du moyen âge n'ont pas connu d'autre indépendance.

Quoiqu'il en soit, ce qu'il y a de certain, c est que, si aucune des deux puissances ne fut assez forte pour

anéantir sa maie et absorber Tltalie, l'illusion de Tempire universel^ guelfe ou gibelin, avait suffi pour écarter toute prétention d'unification nationale, soit totale, soit partielle, au profit d'une individualité considérable quelconque.

Quand les Italiens se virent abandonnés dei ces protecteurs en qui ils avaient rais toutes leurs espérances, quand la papauté fut déconsidérée, que Tem^ pire fut tombé dans le mépris public, et que les républiques, épuisées et découragées, cessèrent de se passionner pour la grande querelle qui les agitait depuis si longtemps sans résultat, des groupements de dtés commencèrent à se former autour des villes les plus importantes.

Cette révolution dans Tétat politique de la Péninsule ne s'accomplit pas en un jour. Les républiques, fières de leurs glorieux souvenirs d'indépendance, es3ayèret)t longtemps de sauvegarder le droit, quand, de fait, elles se donnaient des chaînes. Pour se sauver de l'anarchie, elles suspendaient la constitution, elles confiaient tous les pouvoirs à un chef unique, souvent à un prince étranger ou à quelque capitaine de fortune. Mais cette 'dictature était temporaire, et les citoyens croyaient rester libres, parce qu'ils avaient fixer un ternie à leur ser^tudé.

Ainsi, Tannée 1518, le roi Robert de Naples fut

4 ÂVÉNEBtENT DES SEIGNEURS.

nommé pour dix ans seigneur de Gènes. En 1326, le fils de ce prince, duc de Calabre, fut appelé par les Florentins effrayés des progrès de Castruccio, et il reçut pour dix ans la dictature de la république, puis de la plupart des villes alliées de Florence. Dans le même temps, plusieurs villes des Romagnes et de rÉmilie se mirent, au même titre, sous la sauvegarde des légats du saint-siége.

Ce régime des dictatures temporaires, engendré par la déroute des partis et par Tabsence d'un droit national protecteur pour chaque cité, se généralisa et devint une impérieuse nécessité. Peu à peu tout esprit public se perdit au sein des communes, et ces cités, jadis si jalouses de leurs franchises municipales, se trouvèrent façonnées pour la servitude.

C'est alors que des hommes audacieux, le plus souvent des chefs de bandes, s'emparent du pouvoir, les uns par la ruse, les autres par la violence, et que des gouvernements permanents ne relevant que d*euxmèmes remplacent les dictatures temporaires volontairement instituées par la cité. Telle fut l'origine des seigneuries.

L'avènement des seigneurs est comme une trêve dans la lutte acharnée des Gibelins et des Guelfes. Les populations, désespérées de la stérilité de ces crises violentes et ne pouvant se rendre compte de la cause qui mettait l'Italie dans une impasse, subirent, sans trop de résistance, le joug de quiconque leur assurait un peu de repos. Les chefs habiles qui surent saisir

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