AVÈNEMENT DES SEIGNEURS
Toccasion offerte à leur ambition, au lieu de prendre parti pour Tune ou l'autre des deux sectes, ainsi que l'avaient fait jusque-là le podestat, le capitaine du peuple, le tyran, essayèrent de dominer et de représenter tous les éléments, en affectant une impartialité souveraine. N'épousant au fond ni la cause du pape ni celle de Tempereur, sceptiques à Tendroit du saintempire et de la théocratie romaine, mais profitant, pour asseoir et augmenter leur influence, de tout ce qui pouvait leur venir en aide, ils louvoyaient entre l'empereur et le pape, se servant tantôt de l'un, tantôt de l'autre.
De la cité principale, le nouveau chef étendit bientôt sa domination, d'abord sur la banlieue, sur la campagne, sur tous les villages des alentours, puis sur les villes voisines de second ordre. Et ce mouvement d'absorption ne s'arrête que devant une puissance analogue qui travaille à grouper autour d'un autre grand centre les éléments destinés à former une autre seigneurie.
Rien n'échappe à la loi commune. Pour résister à cette attraction de la cité souveraine, où trouver un point d'appui? Les vieux partis ne représentent plus une force i en vain une cité essayera-t-elle d'invoquer le droit supérieur de l'empire ou la tutelle du saintsiége. En dehors du droit seigneurial, ce qui règne, c'est l'anarchie. Chaque cité comme chaque bourgade tombera donc à son tour dans l'orbite d'une ville de premier ordre.
Et ritalie se trouva divisée, non plus eu une multitude de républiques, grandes et petites, toujours rivales et respectivement indépendantes, mais en un très-petit nombre de seigneuries fortement constituées sous la main de chefs omnipotents.
Parmi les maisons nouvelles qui fondèrent des établissements de haute importance et exercèrent sur la Péninsule une influence capitale, deux surtout s'illustrèrent par les éminentes &cultés de quelques-uns de leurs chefs et par leur immense ambition, la maison des La Scala, maîtres de Vérone, et celle des Visconti, seigneurs deMilan. Toutes^ deux nexêvèrent rien moins que la conquête de l'Italie, et toutes deux furent deux fois sur le point d'atteindre ce but suprême, les La Scala sous Cano le Grand et sous Mastino II, les Visconti sous Bernabos et sous Galéas.
Une Italie forte et indépendante pouvait sortir de ce mouvement. Si. Rome eût pu se laire vraiment italienne, nous ne doutons, pas que quelqu'un de ces seigneurs souverains, prenant Rofiie pour sa capitale, n'eût fini par englober daps un vaste État national toutes les provinces de la Péninsule, comme firent les rois de France rayonnant de Paris sur toutes les Gaules.
Mais ces tentatives d'unification devaient échouer par les mêmes causes qui avaient fait échouer toutes
les tentatives antérieures. Les deux puissances fatales, qui ne vivaient que des divisions de Tltalie, virent le danger et tâchèrent de le conjurer. Le pape et Tempereur, alarmés de ces révolutions qui menaçaient de faire disparaître à la fois le saint-empire et le sacerdoce politique, réagirent violemment. Le régime nouveau n'ayant pas d'autre raison d'être que Teffacement des vieux partis de la papauté et de l'empire, le moyen de le combattre était de raviver la vieille querelle des Guelfes etides Gibelins.
L'exil de la papauté ne profitera pas plus à la cause nationale que ne lui a (Hrofité l-éclipse de lempire. La cour d'Avignon va continuer par ses légats les traditions delà politique pontificale. Que le péril, pour ses possessions temporelles, vientie du midi ou du nord, elle saura arrêter ïa marche de toute puissance envahissante. Il faut une digue contre les prétentions de celte maison d'Anjou imprudemment appelée par Urbàitï IV, et qui va devenir èi menaçante sous Robert de ^ Naples. Il faut une digue contre lés progrès de ces seigneurs de la haute Italie, qui bientôt seront plus redoutables encore. Le saint-siégé triomphera de tous les obstacles. Encore une fois pour saiïver son trône politique, il sacrifiera rilalie.