GHUTË ET MORT DE HENRI VU
entourait les grands empereurs gibelins du douzième siècle, moins les circonstances qui donnaient à leurs enireprises un caractère héroïque. Sans argent pour payer ses troupes, composées presque entièrement de mercenaires, sans crédit pour en obtenir de la confiance et de Tamour des Italiens, Henri fut réduit à vivre de rapines. La Toscane fut ravagée par ses soldats. En même temps il proclama la déchéance de Robert de Kaples, mit Florence au ban de l'empire et fit alliance avec les Génois et avec Frédéric de Sicile.
Son but était, contre le vœu de la cour d'Avignon, d'attaquer Robert au cœur même de ses États et de le chasser de Naples. Le jeune empereur allait se mettre en campagne quand la mort le frappa si subitement, que « le bruit se répandit qu'il avait été empoisonné \ »
L'empire n'avait reparu en Italie que pour montrer son impuissance. Mais le but du saint-siège était atteint : il voulait affaiblir, non ruiner le trône de Naples. L'entreprise de l'empereur contre le royaume méridional avait vivement inquiété Clément V, et celui-ci se disposait à tourner contre Henri sa politique. La mort du jeune prince était survenue fort à propos. Robertde Naples était bien toujours, après cet échec des partisans de Tempire, le chef de tout le parti guelfe , mais
* DeCherrier, t. UI, p. 317.
PUISSANCE DE VISCOMI. 19
l'apparition d'Henri de Luxembourg n'avait pas été sans influence sur Tétat jgénéral de la Péninsule.
Florence avait grandi dans cette lutte où elle osa regarder en face et traiter comme un aventurier ce César qui prétendait parler en maître ; elle ne daigna pas même donner audience aux ambassadeurs de ce prince ^ Tout en continuant d'accepter le patronage du roi de Naples, la fière cité sentait sa force et n'était pas plus disposée à aliéner son indépendance entre les mains d'un roi qu'entre les mains d'un empereur.
Dans la haute Italie, le passage de l'empereur avait eu des résultats plus considérables encore. Si le parti gibelin pris en masse n'y avait rien gagné, quelquesuns de ses chefs en avaient profilé pour fortifier leur position et étendre leurs domaines. Nous avons vu les Visconti rétablis à Milan dès l'arrivée d'Henri YII. A partir de ce moment, leur puissance fut sans rivale en Lombardie. Le grand Matteo Visconti était en mesure d'opposer une digue à l'ambition de Robert de Naples. Désormais c'est cette maison qui va devenir menaçante pour les provinces italiennes et exciter les alarmes du saint-siége.
Robert de Naples essaya donc vainement, après la mort de Henri VII, de reprendre ses projets de conquête, il rencontra partout les redoutables seigneurs gibelins qui battirent ses troupes ou déjouèrent sa
* F., dans Sismondi, t. UI, p. 210 et suiv., le curieux récit que fait de cette aventure l'évêque de Botronte, l'un des deux délégués de l'empereur yers la république.