CAUSE DE LA REFORME
la ville du droit, de la probité politique et de la liberté, au lieu d'en faire une arène ouverte à toutes les ambitions et un objet de scandale pour le monde civilisé ; supposez ritalie, à la fois centre de l'unité religieuse et lumière des nations, donnant, par l'union et le patriotisme de ses enfants, par la sagesse et le libéralisme de ses institutions, la preuve éclatante de la supériorité du génie social de la doctrine orthodoxe; supposez, en un mot, un chef spirituel désarmé à la place d'un pape roi et une nation italienne forte, homogène, marchant d'un pas sûr dans la voie du progrès, à la place de ces provinces fatalement divisées entre elles dans l'intérêt de la conservation prétendue nécessaire de l'État pontifical, et condamnées à des luttes fratricides, sanglant prélude à la domination étrangère...
Dans ces conditions, si bien conformes à la véritable mission de l'Église, est-il téméraire d'affirmer que tous les efforts de l'hérésie seraient venus se briser contre l'imposant édifice de l'unité catholique?
Mais la réalité était tout l'opposé de notre hypothèse : la conduite des chefs de T Église par rapport à l'Italie, l'abandon des traditions libérales du saintsiégé, l'adoption officielle d'une politique absolutiste et antinationale, tout semblait destituer la papauté de cette haute tutelle qu'elle avait exercée pendant des siècles sur les destinées sociales des peuples.
Faut-il s'étonner qu'un grand nombre de chrétiens aient fini par croire que l'esprit de l'Évangile s'était entièrement retiré de cette cour pontificale où l'on
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avait Yu régner lour à tour la débauche avec les Borgia, le génie de la guerre avecles la Rovère, les mœurs païennes avec les Médicis? Tous ceux qui voulaient marcher sentirent le besoin de chercher une direction en dehors d'elle. Telle fut la cause de Timmense révolte qui éclata sur tous les points de TEurope contre son autorité.
Malheureusement, les révolutionnaires, ainsi que l'histoire en offre de fréquents exemples, n'y virent pas plus clair que les conservateurs. Pressés de détruire, ils frappèrent en aveugles. Une simple distinction eût fait la lumière; il suffisait de dire à la puissance religieuse : le droit social n'est pas votre domaine, et à la puissance politique : l'ordre religieux échappe à votre empire. L'unité de la doctrine eût été sauvée, en même temps que la conscience eût été affranchie.
Ils aimèrent mieux tout renverser d'un seul coup, croyant rendre Thomme plus libre et les sociétés plus facilement perfectibles, parce qu'ils supprimaient tout intermédiaire entre la raison individuelle et Dieu. Et la confusion ne fit qu'augmenter. En brisant l'unité morale de la famille chrétienne, on risquait de faire tomber Tautorité religieuse dans les mains des puissances humaines, et par là on faussait et on compromettait le mouvement politique.